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EAN : 9782330153908
336 pages
Actes Sud (18/08/2021)
4.12/5   83 notes
Résumé :
Ce matin-là, Jacques Bonhomme n’est pas dans sa cuisine, pas sur son tracteur, pas auprès de ses vaches. Depuis la veille, le jeune homme est en cavale : il a quitté sa ferme et s’est enfui, pourchassé par les gendarmes comme un criminel. Que s’est-il passé ?
D’autres voix que la sienne – la mère d’un ami, un vieux voisin, une sœur, un fonctionnaire – racontent les épisodes qui ont conduit à sa rébellion. Intelligent, travailleur, engagé pour une approche sai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
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Jeanfrancoislemoine
  15 septembre 2021
Couverture bien énigmatique qui semble toutefois annoncer un livre bien sombre , et c'est une triste réalité qui va se jouer sous nos yeux , un drame final en 9 jours ....Le personnage principal , un paysan , Jacques Bonhomme , cultivé , travailleur , respectueux de la terre et de la nature ....Hélas, voilà déjà un moment que l'exode rural a frappé les campagnes , que les villages regorgent de panneaux délabrés qui annoncent la sentence : " A vendre " placardée sur des murs " mangés " par le lierre quand ce n'est pas par les ronces .
Quelques fermes résistent ça et là , derniers héritages d'une société rurale à l'agonie . Les paysans y maintiennent la tradition , celle qui a vu ces hommes et femmes robustes " retirer " de la terre et des près la nourriture essentielle chargée de " faire vivre " une population urbaine plus avide de " prix " que de qualité. Concurrence , prix , grandes surfaces , les " petits " sont à l'agonie et la machine économique s'avance , de plus en plus destructrice , de plus en plus jalouse , de plus en plus vorace . Les paysans luttent puis , emportés par le tsunami , certains par l'âge de la retraite , d'autres par l'intermédiaire du fusil ou de la corde ....Échapper à la vie pour fuir la honte de l'échec....
Pour les " survivants " le coup de grâce viendra . Aujourd'hui , demain , dans quelques mois ou quelques années, apporté par des " bureaucrates " armés de textes de loi , de paperasses si complexes que le temps passé à les remplir mange le moindre espace de repos , de liberté , de textes si stupides que toute possibilité de respiration devient vaine . Et quand ça ne suffit pas , il s'ajoutera le mépris, l'irrespect d'incompétents sbires zélés du pouvoir envers ceux qui , encore , s'accrochent désespérément à leur terroir comme à une bouée au milieu d'un océan déchaîné....Et si tout tarde trop , si l'infortuné résiste encore , il reste encore les gendarmes ...
C'est un beau texte dur , âpre, rude que nous offre Corinne Roger, un texte qui nous emballe , qui nous pousse à toujours croire , à espérer avec cet homme que nous allons accompagner pendant neuf jours incroyables , un personnage vu par d'autres , ses voisins , ses amis ou autres , un personnage qui va nous toucher au plus profond de nous mêmes et nous faire pénètrer dans le monde rural le plus noir , celui qui lutte encore et encore et qui luttera jusqu'au moment fatal ...Pour lui ? pour nous ?
Aujourd'hui , temps de pandémie, la vie rurale semble reprendre quelques droits , mais jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'un coq chante même le dimanche , un peu trop tôt, un peu trop fort , un peu trop longtemps ? ? Jusqu'à ce que les odeurs de lisier agressent les narines de citadins en quête de...de quoi , au fait ? D'un monde rural sans éleveurs ou paysans peut - être ? Patience , ça vient...vite .
Je me répète, ce livre est comme sa couverture , bien sombre . Roman noir de disparitions programmées, roman social , économique, raconté par un style " au scalpel " , sans concession , sans pathos , sans morale ....Deux yeux , une plume , pas moyen d'y échapper, de dire " je ne savais pas " ....Il y avait Gainsbourg et Gainsbarre . Pourquoi pas Bonhomme et Bas - homme ? le Jacques.
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fanfanouche24
  26 août 2021
Librairie Caractères- [Issy-les-Moulineaux- Mardi 24 août 2021 ]
Pépite bouleversante …Un immense coup de coeur et au coeur !...
Prise aux tripes par ce roman inspiré d'un fait divers , nous montrant la situation dramatique de certains agriculteurs, poussés au désespoir à cause de la lourdeur et l'avalanche des obligations, réglementations des gouvernements qui poussent à la production de masse, « à la déshumanisation de leurs pratiques et à la négation de leurs savoir-faire ancestraux »
Un jour, Jacques Bonhomme se retrouve privé de son cheptel ; qu'est-ce qu'un éleveur sans ses bêtes ? Il se rebelle, se révolte contre l'aberration et l'injustice de sa situation, et on lui oppose les gendarmes puis des hommes en blanc… pour « l'enfermer », car on le prend pour un fou, car il se révolte contre toute cette bureaucratie !!!
L'impression que ces avalanches d'obligations, de pressions de rendement… asservissent totalement les agriculteurs…et les acculent parfois au pire. Roman qui se déroule en 9 journées, 9 jours de cavale… alternés avec les récits des voisins-amis, de sa soeur, du Vieux Baptiste, sorte de père adoptif de Jacques, et même la voix d'un inspecteur sanitaire, mettant en cause au fil des années la déshumanisation de son travail…
J'ajoute des extraits significatif de notes explicatives de l'auteur , situées à la fin de l'ouvrage : » Ce roman est inspiré de l'histoire de Jérôme Laronze, un agriculteur de Saône-et- Loire abattu par des gendarmes en mai 2017 après trois années de harcèlement administratif et neuf jours de cavale. Il n'avait pas encore trente-sept ans.
En septembre 2017, le gendarme responsable des tirs mortels a été mis en examen(…)
Jacques Bonhomme est le sobriquet attribué au chef de file des paysans révoltés en mai 1358. En réalité, par l'expression « Jacques Bonhomme », les sources de l'époque dénomment l'ensemble des révoltés de la Grande Jacquerie. Cette dénomination est basée sur l'ancien français « jacques », qui désignait les paysans vêtus d'une veste courte, la jacque »
Je découvre par ce texte la fort belle plume poétique, empreinte de bienveillance et d'empathie de Corinne Royer pour défendre le monde paysan… sans omettre de parler de la solitude , et des suicides trop nombreux des paysans…
un récit bouleversant…que j'ai choisi pour une amie de la campagne bressane, agricultrice à la retraite, avec en doubles pensées, la vie âpre et difficile d'un cousin, septuagénaire, qui se refuse à la retraite et continue de faire marcher dans le Cantal, la ferme héritée de son père…Il me reste toutefois le souvenir très vif de ses récits sur les changements de quotas pour le lait, le lait excédent qu'il était obligé de jeter, la paperasserie continuelle, aberrante, demandée, à tel point que son épouse, en plus de son travail à Aurillac, passait ses jours de congé à mettre tout à jour.
Des vies difficiles, éprouvantes, écrasées par la bureaucratie… Toutefois, ce cousin , ayant exercé des années durant des responsabilités syndicales pour défendre les Agriculteurs ,continue de se battre, car la passion de la terre, de ses bêtes restent sa vie, sa fierté…J'avoue éprouver à son encontre une véritable admiration pour sa ténacité et sa vaillance, envers et contre tout !
Le texte de Corinne Royer nous interpelle tous, nous montre combien le système est à changer, à remettre en cause…car il met en danger la terre, la nature, ceux qui « nous nourrissent », les Agriculteurs, ces hommes vaillants, 7 jours sur 7, au labeur…Cela fait pourtant déjà un très grand nombre d'années que les signaux d'alarme sont en branle !
« Il s'était affranchi des abrutissements générés par des années d'espérance plus ou moins passive, se sevrant sans préavis des promesses de jours meilleurs administrées comme des sédatifs. Il avait dit non. Il avait refusé de se laisser à nouveau endormir par le refrain habituel : les allègements de cotisation, les crédits d'impôts, les aides aux calamités, les primes à l'hectare, les subventions à l'investissement, à la formation, à l'exportation. Il s'était détourné d'un système où il ne trouvait plus sa place - ni lui ni tous ceux animés du seul attachement à la terre et aux bêtes. »(p.16)
Texte exceptionnel par sa force de conviction, et une plume magnifique pour décrire la Terre, les bêtes, la nature, et la vie quotidienne des plus méritantes de « nos » Agriculteurs…à qui on doit « RESPECT » pour leur travail journalier difficile, nous « nourrissant», nous les « citadins » !!!…
Je ne peux résister à transcrire un einième extrait très lumineux , pour conclure cette chronique:
« Nous avons inspiré les peintres et les romanciers. Nous avons façonné l'imaginaire de tous ceux qui, le temps d'un été, ont assisté aux fenaisons et aux vêlages. Nous avons été la fierté d'un peuple et d'une nation. Souvenons-nous des textes de Ramuz: le Paysan, au sens vrai du mot, est l'homme des pouvoirs premiers; il a paru de bonne heure sur la terre et il dure encore. Pourrat, Giono, Thibon ont exalté, chacun à sa manière, l'homme à la bêche. Marcel Arland voyait dans les paysans davantage qu'une classe, la race la plus riche en réserves et en possibilités, celle des hommes les moins artificiels, les plus vrais. » (p. 304)

[*** il me reste dans ma PAL, un autre texte bouleversant à lire depuis des mois, je voulais "nommer" "La Malchimie" de Gisèle Bienne
[Actes Sud, 2019 ]

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Kittiwake
  11 octobre 2021
Pleine terre, sans surprise, a pour cadre le monde paysan, dont l'existence conditionne la distribution de notre nourriture, fut-elle carné ou végétale. Aux premières loges, en contact direct avec la nature,, et pourtant, ce monde agricole a profondément muté dans les cinquante dernières années, en faisant évoluer les fermes polyvalentes en exploitations spécialisées, noyées sous le poids des contraintes administratives, des contrôles et asservies aux banques dans un cercle vicieux qui brise le lien à la terre.
C'est ce que vit Jacques, seul dans la ferme familiale qu'il a voulu à son tour faire vivre. Un contrôle des services vétérinaires, des veaux étiquetés mais non déclarés, sans intention de se soustraire à cette formalité, et c'est le début d'une spirale infernale qui conduira l'homme a s'enfuir, à se terrer comme un gibier traqué.
L'histoire est construite à partir d'un fait divers, mais le personnage principal, lui, est fictif, issu de l'imagination créatrice de Corinne Royer. Si j'ai adhéré totalement à ce que met en lumière le roman, cette difficulté gigantesque à maintenir un mode de gestion des fermes à taille humaine, les règlements et normes étant conçus pour répondre aux exigences des méga-exploitations, aberrations écologiques et éthologiques, le personnage central m'a paru peu crédible, trop romanesque, voire romantique pour faire corps avec le sujet du roman.
Il n'en reste que c'est un roman nécessaire pour faire prendre conscience de l'impasse dans laquelle sont pris au piège les paysans du monde entier.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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BurjBabil
  02 septembre 2021
Roman choc pour moi dans cette rentrée littéraire. A plusieurs voix comme c'est un peu la mode actuellement. Inspiré d'une histoire vraie, et quand on l'apprend en fin de livre, on en reste un peu soufflé. Non pas que l'on doute un seul instant de cette tendance absurde de l'administration à encadrer, réglementer, punir, sanctionner toute activité au nom de la traçabilité et des directives européennes (en réalité, ce n'est pas être efficace qui compte mais faire des rapports nombreux et documentés au format pdf qui potentiellement pourraient justifier d'un travail à des personnes incapables d'en faire un vrai, ce qui est sensiblement différent).
Non pas que l'on doute qu'il y ait la même proportion d'imbéciles obéissants et serviles chez les dépositaires de la force dite « publique » que partout ailleurs dans la société, mais là quand même...
Ce roman est un coup de poing, qui prend aux tripes par la démesure des causes et des conséquences, parce qu'il nous parle de ce que les transhumanistes (il y a très peu d'agriculteurs, de menuisiers, de boulangers parmi cette espèce de parasites en col blanc) ne pourront jamais comprendre : notre lien indéfectible avec notre petite planète Terre.
C'est un roman mais c'est aussi un manifeste pour une agriculture qui revient aux sources, pas bio comme les multinationales le conçoivent, mais naturelle comme seul un type (ou une femme) qui connaît ses bêtes, ses plans, sa terre peut le comprendre.
Et c'est bien écrit. Lu d'une traite. La vache !
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montmartin
  24 août 2021
Jacques Bonhomme vient d'avoir trente-six ans, il est l'unique garçon sur trois enfants dans cette famille où la vocation d'agriculteur se transmet comme la providence. Il a fait ce qu'il devait faire, la seule échappatoire possible, il a quitté la ferme et s'est enfui. Jacques Bonhomme est désormais un fugitif. de quoi s'est-il rendu coupable ? Pourquoi s'est-il mué en une bête traquée ? Tout a commencé avec les premiers contrôles administratifs.
Dans ce roman poignant tiré de faits réels, à travers la révolte de Jacques, Corinne Royer nous raconte la réalité du monde paysan au XXIe siècle. Les sécheresses, les récoltes détruites par les maladies, les orages. le peu de rémunérations, les longues heures de travail sans week-ends ni vacances. Les effets pervers des avancées technologiques qui apparaissent comme un gain de temps et de simplification, mais qui peu à peu dépossèdent les agriculteurs de leur savoir. Emprunter, toujours emprunter pour s'agrandir et rembourser les traites. Les dettes, ils en ont pris pour perpétuité pas seulement eux, mais après eux leurs enfants et après les enfants de leurs enfants. L'agriculture intensive, produire toujours davantage, la merde chimique qu'on déverse dans les champs, la surrèglementation, et ces satanées normes toujours plus compliquées, le monde agricole qu'on enterre vivant, sa conviction intime d'être un mauvais paysan.
Les neuf jours de cavale de Jacques alternent avec les voix de sa famille de ses amis, des histoires d'agriculteurs. Marie-Ange dont le fils Arnaud a été retrouvé au bout d'une corde et qui maintenant dans son fauteuil est une moitié d'homme. Baptiste, le plus vieil agriculteur en activité, on lui reprochait des vaches non identifiées et il avait résisté à l'administration. Paulo 22 ans, qui rêvait d'intégrer les petits Chanteurs à la Croix de Bois et qui s'est jeté dans la cuve à lisier. Pierre contrôleur, qui reconnaît qu'il n'a pas le temps de prendre en compte la dimension humaine.
Les dernières pages sont bouleversantes portées par une plume belle et limpide. Corinne Royer a su retranscrire avec réalisme la souffrance de ces hommes qui ne se reconnaissent plus dans ce métier qu'on leur impose, elle a su porter leurs paroles, leurs cris, leur détresse, elle ne juge pas elle se contente de raconter et c'est vraiment dur. Ce livre avec une couverture superbe, est sans aucun doute un des grands romans de cette rentrée littéraire.

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critiques presse (2)
LaCroix   27 septembre 2021
Corinne Royer raconte l’étranglement administratif des exploitants agricoles et fait le portrait poignant d’un homme qui reste debout pour l’honneur des campagnes.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Culturebox   03 septembre 2021
Avec la force de la littérature, Corinne Royer nous invite à regarder en face la situation tragique de certains agriculteurs aujourd'hui, et plus largement à réfléchir à notre rapport d'êtres humains au monde que nous habitons.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
GeraldineBGeraldineB   02 janvier 2022
Chaque fois qu'il s'était projeté dans l'avenir, c'était avec ses terres et son bétail. Pour le reste, jamais il ne s'était senti envieux. Ni de ceux qui s'échinent à l'usine pour des rêves aussi étroits qu'une véranda et une berline métallisée, ni de ceux qui se pavanent dans des bureaux climatisés et règlent la marche du monde en se faisant croire qu'il tourne rond. Il n'était prêt à payer ni le prix de la soumission ni celui de l'arrogance. Ce qu'il obtenait, c'est la terre qui consentait à le lui donner, et seul le prix qu'elle réclamait lui convenait, celui de la sueur et de la patience chevillée au corps.
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AgneslitdansonlitAgneslitdansonlit   14 décembre 2021
Il expliquerait qu'il ne se rendrait pas tant que sa voix n'aurait pas été entendue , tant que la mesure ne serait pas prise de l'aberration d'un système qui éliminait les paysans aussi sûrement que des mouches sur un piège électrique, grillait tout sans distinction - le présent et l'avenir. Il faudrait bien que cesse cette odeur de roussi qui gagnait les campagnes. Il faudrait en finir avec cette administration qui allumait des feux chez les petits éleveurs, leur reprochait aussitôt de ne pas savoir les circonscrire alors que d'imminentes catastrophes couvaient en toute impunité chez ceux que ce même système avait décidé de placer sous son aile - parce qu' ils pesaient sur les emplois, qu'ils faisaient vivre les banques, les coopératives, les fabricants de glyphosate, les poids lourds de l'agro-industrie, les géants de la grande distribution. (P.65)
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fanfanouche24fanfanouche24   25 août 2021
Dans le flot des événements survenus à la ferme des Combettes, il s'était senti ballotté comme un vulgaire bout de bois. Chaque déferlante de contrôles administratifs lui était apparue plus injuste, plus incompréhensible que la précédente. Il avait perdu patience et cette impatience avait initié un mouvement qu'aucune intimidation ne pourrait désormais suspendre. Il était habité de la séculaire volonté de ne plus subir qu'il avait découverte sous la plume de Barrès: cette impérieuse bouffée de protestation qui conduit les hommes humiliés à la révolte. Il voulait croire en la légitimité de ses refus et plus encore en celle de ses exigences. Il voulait atteindre une foi plus forte que le déni des sommations et des menaces, se forger une croyance tenace en la vertu du courage allié à l'intelligence. (p. 64)
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fanfanouche24fanfanouche24   26 août 2021
La nature avait regagné ses droits, elle avait fait plier les poutres, elle avait écroulé les murs, elle rampait jusqu'aux toitures, les éventrait. Après des siècles d'apprivoisement, elle s'ensauvageait en cascade de lierre, assaillait les portes d'un amas de ronces, les griffait, les retournait comme de vulgaires pelures. Plusieurs fois, il ralentit l'allure. C'était tout un monde qui s'évanouissait dans un long soupir que personne n'entendait: un corps de bergerie, de grange, de ferme qui entrait dans la terre et qui emportait avec lui tous les corps de ceux qui, ici même, avaient vécu, aimé, sué, trimé.
Lui, Jacques Bonhomme, ne voulait pas être remporté.
Dans les anciennes vallées industrieuses, il savait que les cicatrices s'exposaient. On les nommait anciennes usines, friches industrielles, parfois on les visitait, elles étaient élevées au rang de patrimoine, témoins d'une époque révolue dont on entretenait avec fierté la nostalgie. mais ici, dans les campagnes, c'était différent: la paysannerie avait des relents d'infortune, elle reniflait la honte et la misère, on ne lui concédait jamais une seconde chance- pas plus de clémence pour les murs que pour les hommes. (p. 250)
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fanfanouche24fanfanouche24   26 août 2021
Pour le reste, jamais il ne s'était senti envieux. Ni de ceux qui s'échinent à l'usine pour des rêves aussi étroits qu'une véranda et une berline métallisée, ni de ceux qui se pavanent dans des bureaux climatisés et règlent la marche du monde en se faisant croire qu'il tourne rond. Il n'était pas prêt à payer ni le prix de la soumission ni celui de l'arrogance. Ce qu'il obtenait, c'est la terre qui consentait à le lui donner, et seul le prix qu'elle réclamait lui convenait, celui de la sueur et de la patience chevillée au corps. (p. 124)
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Vidéo de Corinne Royer
Quitter le monde rural, n'est-ce pas à la fois démissionner de nos racines et de notre avenir? Que fait-on de l'héritage que nos ancêtres ont protégé tant de siècles au prix de leurs vies? Éric Fottorino "Mohican" (Gallimard), Corinne Royer "Pleine terre" (Actes Sud) et Guillaume Sire "Les Contreforts" (Calmann-Lévy). Animée par Karine Papillaud, journaliste
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