AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2081408309
Éditeur : Editions Arthaud (26/09/2018)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
"Les vainqueurs des guerres modernes ont la mémoire courte, pour ne pas dire ossifiée. Faite d'arcs de triomphe, d'ossuaires glacés, de levers du drapeau, de trompettes, tambours et commémorations. Les vaincus, souvent obligés par l'histoire de commémorer leurs morts dans un silence craintif ou de remâcher un sentiment de culpabilité, conservent au contraire un souvenir intime et tenace."

Parti sur les traces de son grand-père, officier triestin engag... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Kirzy
  19 janvier 2019
Paolo Rumiz est un écrivain voyageur, ancien reporter de guerre. Il se dit «  fils de la frontière », né à Trieste, ville aujourd'hui italienne, à la charnière du monde latin, germanique et slave.
Son livre se met en marche à la première personne dès le départ, lorsque l'auteur décide de partir sur les traces de son grand-père, officier de la Première guerre mondiale, engagé sous le drapeau de l'Empire austro-hongrois à l'époque où Trieste n'était pas encore italienne. Après l'armistice de 1918 et la réorganisation territoriale de l'Europe suite au démembrement de l'Autriche-Hongrie, ces soldats triestins tombent en disgrâce puisqu'ils n'ont pas combattu du bon côté, dans l'oubli, le sujet est tellement tabou que plus personne ne les évoque.
Paolo Rumiz veut sortir de l'ombre ces «  caduti » ( soldats tombés pendant la Grande guerre ), convoquant leur mémoire en un requiem de cette Europe défunte. Il est obnubilé par la volonté de créer une réelle armistice des peuples au delà des frontières nationales.
«  Je ne veux ni goulasch, ni amatriciana, ni bière, ni vin. Ou alors un banquet avec les quatre à la fois. Ici on voyage dans ce no man's land. Et les nations, on s'en fout éperdument. »
On le suit donc sur le terrible front de l'Est, en Galicie, territoire aux confins de la Pologne et de l'Ukraine.
Ce reportage road-movie est très érudit, parsemé de références à l'histoire géopolitique et culturelle de la Mitteleuropa ( Europe centrale ), une lecture très exigeante donc. Je m'y suis souvent perdue par manque de repères initiaux, j'ai trouvé parfois les pages longues, mais j'ai trouvé la réflexion passionnante sur notre Europe.
Il n'est pas uniquement question de la Première guerre mondiale, ce n'est qu'un point de départ pour évoquer les heures sombres de l'Europe : le génocide juif ashkénaze durant la Deuxième guerre mondiale, la guerre des Balkans en Yougoslavie à partir de 1991, la crise ukrainienne et de façon générale, la faillite de l'Union européenne aujourd'hui.
«  Maintenant je me vois comme dans un film. (...) Il sort à ciel ouvert, s'étend dans l'herbe. Il se dit in petto : mais enfin, c'est quoi, ce voyage que je fais ? Il s'est aperçu que plus il parle des morts, plus il s'enfance dans la compréhension du présent. Qu'il lui semble clair depuis ce bastion en décomposition, le destin malheureux de l'Ukraine. Comme il lit aisément le réveil dislocateur des nations et la balkanisation de l'Europe. Tout est déjà écrit. Il murmure : « Quels imbéciles nous faisons, nous qui n'avons pas d'anticorps de la mémoire, aplatis sur l'éphémère, farcis du néant , malmenés par une actualité anxiogène. Combien elle nous manque, L Histoire. Et plus il pénètre les raisons de la dissolution de son vieil empire, plus lui apparait fulgurante, à l'époque actuelle, la décadence de la fédération de peuples à laquelle il appartient. »
Sous ce récit très intellectuel et cérébral, la chair palpite souvent , notamment lorsqu'il retrouve des écrits laissés par ces soldats triestins de 14-18, les lignes se muent en chant des morts. Comme si le fait de déambuler, de sentir la terre, le soleil, les champs de Galicie faisaient réapparaître la mémoire des morts, la rendant sensible. le style de Paolo Rumiz n'est pas du tout neutre et journalistique comme on pourrait l'atteindre, il est au contraire très travaillé, fait d'envolées lyriques très maitrisées. La fin est superbe, une lettre écrite à fils puis son grand-père, presque bouleversante dans cette intimité qu'il accepte de partager avec le lecteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          792
topocl
  16 août 2019
A bord de trains interminables, Paolo Rumiz part pour de nouveaux voyages, une fois de plus aux frontières de l'Europe, dans une vaste réflexion tout autant intime que géopolitique,
Cette fois-ci c'est sur les traces de son grand-père, soldat de la guerre de 14. Italien de Trieste, il vivait dans cette zone de l'Italie qui était en territoire austro-hongrois. Il est donc parti avec l'armée du Kaiser, dans les rangs de laquelle il fut méprisé et bafoué. Quand lui et ses congénères sont rentrés après le conflit, ils ont été considérés comme traîtres par les locaux, et gommés des récits et des livres d'histoire.
Paolo visite ce silence, cette douleur. Il traverse des lieux qui stimulent l'imaginaire, entre rêverie, poésie et souffrance. Chaque anfractuosité du terrain évoque une tranchée, chaque poste suggère un corps enfoui, où les myrtilles et les bouleaux plongent leurs racines dans la chair des soldats tombés au combat. Il va de cimetière en cimetière : là les corps sont honrés, les ennemis réunis, ailleurs c'est l'abandon le plus complet…
L'émotion d'aujourd'hui rappelle les drames de jadis. Elle n'empêche pasune réflexion sur cette Grand Guerre, et plus généralement l'histoire d'un siècle où sont en préparation toutes les dérives nationalistes d'aujourd'hui.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

critiques presse (1)
LeMonde   09 novembre 2018
Ancien reporter de guerre, l’écrivain voyageur triestin a exploré les confins de la Galicie, sur les traces de son grand-père, engagé en 1914 sous le drapeau austro-hongrois.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Anne578869Anne578869   24 janvier 2019
Qu'est-ce que je lui dis au type qui est en face de moi ? Que quand nous disons "nos soldats", nous ne savons même pas nous-même de qui nous parlons : s'agit-il des garçons en uniforme autrichien ou des bersagliers arrivés pour nous "libérer" en 1918 ? Comment lui faire comprendre que nous nous reconnaissons dans les deux ? Et comment lui expliquer que moi, Paolo Rumiz, je sais me mettre dans la peau de ceux qui voyaient l'empire une cage répressive et cléricale, mais que j'ai aussi la conscience claire et nette du fait qu'après l'empire, il ne nous est tombé dessus que du mauvais : le fascisme, l'impérialisme, le communisme, la négation des langues des autres, l'esthétique de la mort ? Autant abandonner.

p. 70
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Anne578869Anne578869   24 janvier 2019
Dans ma ville, les fortes pensées ne règnent pas dans les salons et encore moins dans les académies, mais dans les derniers endroits où l'on se sert de ses mains, parce que les mains vous tiennent éloigné de ce grand anesthésique qu'est l'internet. Entre trois et six heures du matin, tout en pétrissant le pain, Marco - qui donne volontier dans le millénarisme apocalyptique - fait une chose que personne ne fait plus. Il médite. Et comme il lit beaucoup, il médite beaucoup. Depuis que j'ai commencé à m'occuper de la guerre mondiale, il médite encore plus. Et quand je vais acheter du pain, le matin, il me lâche ses conclusions à bout portant.

Il insiste : "la guerre a été de la faute de tout le monde, c'est clair. Mais s'il n'y avait pas eu la guerre, va savoir combien de temps encore ces pouilleux d'aristocrates auraient duré, grâce aux empires".

p. 62-63
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Lire un extrait
Videos de Paolo Rumiz (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paolo Rumiz
Paolo Rumiz lors de la présentation de son magnifique livre de voyage "La Légende des montagnes qui naviguent".
autres livres classés : première guerre mondialeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1722 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre