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ISBN : 2070179893
Éditeur : Gallimard (22/03/2018)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 5 notes)
Résumé :
«Ce livre est un récit de voyage. Le voyage que j’ai fait dans ma région natale, l’Ouest conservateur et clérical de l’Anjou, pour retrouver ce qui caractérisait l’éducation républicaine que j’y ai reçue, de parents instituteurs, au milieu du siècle dernier.
C’est une certaine idée de la république, forgée au XIXe siècle dans la retombée des révolutions, la contre-offensive catholique et les débuts de l’expansion coloniale. En revisitant les lieux familiers ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Bigmammy
  12 mai 2018
C'est la première fois que je prends en mains un livre de Danièle Sallenave – de l'Académie française – pour la bonne raison qu'il m'a été offert.
Bien des aspects de son engagement politique me sont en effet étrangers, même si nous avons de nombreux points communs : une même génération (elle a six ans de plus que moi), une origine familiale très modeste - un père ayant été premier de son canton lors du passage du Certificat d'Etudes (ma mère le fut aussi) et qui fut prisonnier de guerre comme le mien, la nécessité, au soir de la vie, de revenir aux souvenirs de l'enfance en évoquant le parcours et les valeurs de sa famille.
Ce pavé bourré de références (530 pages avec les annexes) raconte son pèlerinage, une sorte de pérégrination savante sur les routes du pays natal, ce territoire compris entre Segré, Angers-Trélazé et Cholet, si proche de la Vendée militaire au passé si prégnant encore aujourd'hui. Un pays où explose un catholicisme de combat, parsemé de laides églises reconstruites en plus grand au XIXème siècle et de châteaux nés de la rente foncière : autant de souffrance pour cette fille d'un couple d'instituteurs laïques et militants socialistes en pays profondément religieux.
Danièle Sallenave, pur produit de l'élitisme républicain, cherche à comprendre notamment comment s'est reformée l'alliance entre l'ancienne noblesse et les républicains face à l'hystérie des conquêtes coloniales et aux mouvements ouvriers. Son récit de la révolte des ouvriers des ardoisières de Trélazé en 1855, préfigurant la Commune, est riche d'enseignements. Comme le paradoxe des descendants des chefs chouans pleinement engagés dans la conquête de l'Algérie : aucun de ces nobles qui avaient défendu les armes à la main le droit des Vendéens d'être fidèles à leurs traditions et à leur Dieu n'imagine reconnaître ce droit aux Arabes …
Bref (mais c'est une antiphrase vu la longueur de ce texte-testament), il faut bien constater que la France est un pays difficilement amendable, même avec l'appui des vaillants hussards de la République. Ainsi que l'écrivait déjà François Guizot (1787 – 1874) : « La France a toujours renfermé deux situations, deux classes sociales, profondément diverses et inégales, qui ne se sont point amalgamées ni placées l'une envers l'autre dans un état d'union et de paix, qui n'ont enfin cessé de lutter, celle-ci pour conquérir le droit, celle-là pour retenir le privilège. C'est notre histoire. »
Danièle Sallenave continue son combat entre l'école catholique et l'école laïque, redoutant les résurgences actuelles de l'activisme religieux. Un paradoxe cependant puisque ceux qui prônent le libre arbitre, la liberté, contestent aux catholiques les valeurs de leur religion… C'est son combat et je le respecte. Elle écrit bien, c'est la seule raison qui m'a fait aller jusqu'au bout de ce livre de souvenirs et d'hommage à ses parents.
Un dernier élément pour en comprendre le titre : l'églantine rouge est la fleur de la fête du travail (qui sera plus tard transposée dans la rose du PS). Elle fut supplantée sous Vichy par le muguet, la fleur de la Vierge Marie …
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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jmb33320
  27 octobre 2018
C'est à une pérégrination toute personnelle que nous invite Danièle Sallenave dans cet essai. le cadre de ses recherches est tout entier situé dans une partie du Maine-et-Loire où elle avait ses attaches, Angers étant au centre de ce triangle.
Mais si le territoire considéré peut paraître étroit le voyage dans le temps long de l'histoire, lui, est quasiment illimité. Fernand Braudel, qu'elle cite, nous avait démontré que le passé ne passe jamais tout à fait et que ce nous nommons histoire est un empilement de faits marquants, de strates de comportements, qui, en dépit des apparences, influent toujours sur le présent.
Les parents de Danièle Sallenave étaient instituteurs, profondément dévoués aux valeurs de l'école de la République dans une région où ça n'allait pas partout de soi. Notamment à cause de l'emprise encore profonde de l'église catholique sur les mentalités et des ressentiments, encore à vif, des massacres de 1793.
En janvier 2017, mois de grand beau froid, elle s'installe à Savennières, région de vignobles en bord de Loire où elle a passé son enfance, pour sillonner ce triangle formé au nord par la ville de Segré, au sud par les Mauges et à l'est par la ville de Trélazé. Trois lieux très différents par leur passé et leurs habitants. Autant d'occasions d'évoquer les contextes dans lesquels ses parents, alors en poste dans ces lieux, enseignaient.
Danièle Sallenave a visiblement voulu se confronter à l'héritage moral qu'elle a reçu d'eux. Elle fait le point, de façon très nuancée, sur ce qui est toujours d'actualité dans les entraves que met la société à l'émancipation de ses citoyens. C'est donc une sorte de bilan de vie, mais qui n'est jamais passéiste. Tout au contraire car elle n'oublie pas le présent et ses questions les plus brûlantes
Elle fait feu de tout bois, parfois emportée par son sujet. Ses réminiscences sont induites par les lieux visités, donc les époques et les faits se chevauchent parfois dans un apparent désordre, qui pourtant arrive toujours au bout de son raisonnement.
Au final cet ouvrage assez inclassable mais passionnant démontre une fois de plus que c'est aussi par le particulier qu'on atteint à l'universel
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michdesol
  09 août 2018
Pour persister dans le symbole floral ce livre aurait pu s'appeler également « La rose et le réséda », merci Aragon !
A travers une balade dans son Anjou natal, l'auteure nous fait revivre la fracture encore non cicatrisée issue de la Révolution française et particulièrement vive dans sa province, entre le parti du muguet et celui de l'églantine rouge. D'un côté la tradition, le conservatisme, le poids de la religion, le culte de l'identité. De l'autre, le progressisme, le culte de l'égalité et de la fraternité ici-bas, du rejet de tout obscurantisme par l'instruction.
L'auteure insiste particulièrement sur un point : la République n'est pas exempte de tout reproche, son orgueil l'a lancée dans une entreprise coloniale dont nous payons encore les conséquences.
Un livre superbe et particulièrement bien documenté.
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BARGAS
  29 août 2018
Passionnant voyage historique dans ces territoires de l'Ouest où s'est construite difficilement la République laïque, face à la culture féodale ancrée depuis les temps si longs. Danielle Sallenave creuse avec une exigeante lucidité , qui lui coûte parfois, l'histoire mouvementée, douloureuse de la République et de la laïcité et de leurs tissages.
Elle documente précisément les liens directs, voire la parenté, entre les anti-républicains et anti-laïcs et les colonisateurs de l'Algérie. Sa connaissance du terrain, imprégnée des souvenirs d'enfance confèrent une sensibilité douce à la lecture.
Tout d'abord, vous ne lâchez pas le livre et puis vous voulez l'offrir à vos meilleurs amis.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
jmb33320jmb33320   27 octobre 2018
Durant ces jours lumineux d’un froid de glace où j’erre dans les paysages de mon enfance, mais aussi, dans le temps, sur des chemins parfois presque effacés, une conviction m’est venue, de plus en plus forte : tout ce que je suis, tout ce que je pense, tout ce que je fais ou ce que j’ai pu faire est marqué du sceau d’un principe fondamental que je tiens de mon éducation républicaine, la laïcité. C’est pour moi le principe des principes, le fondement de tous les autres, le fondement d’abord de la légitimité politique. La séparation entre l’État et les religions. La liberté de conscience, le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Et enfin le libre exercice de ses convictions, et la liberté de les exprimer.
Or de cette liberté-là, il semble que l’usage soit essentiellement réservé aujourd’hui à l’expression de ses convictions religieuses. Et chichement concédé à celle d’une incroyance sereine, vigoureuse et argumentée, reposant sur le refus philosophique de tout dogme et croyance en une surnature et en une révélation divines. Quelle outrecuidance, nous dit-on, et quelle naïveté de la part des incroyants, que de prétendre ou même seulement souhaiter se soustraire à l’emprise des religions ! On n’arrachera jamais l’humanité à son besoin de spiritualité et de consolation !
Et alors ? L’argument est des plus faibles. « La peur a créé les dieux », disent les épicuriens, dont Lucrèce. Et Freud après lui. Mais la détresse, le sentiment d’abandon, la peur de la mort, que nous partageons tous, ne donnent aucune existence et aucune vérité aux constructions métaphysiques dont notre faiblesse se soutient. Et aucune consistance à ce mirage de survie au-delà de la mort, de consolation, de rachat, de justification de nos peines. Platon dans le Ménon l’avait déjà dit : penser selon ce qui plaît, ce n’est pas penser. Ce que proposent les religions est « une imposture morale, intellectuelle, et politique », écrit Yvon Quiniou dans son livre Critique de la religion. Les religions prétendent à la vérité, alors qu’elles ne s’offrent à aucune des procédures qui font reconnaître une proposition comme juste et vraie. Elles ne peuvent donc garantir un ordre social dont les valeurs seraient unanimement partagées ; par nature, les religions divisent, en prétendant relier ; elles ne sont donc pas le facteur de paix qu’elles prétendent être. Et elles sont toutes menacées par des tentations de fanatisme et d’intolérance. La paix religieuse a été imposée en France par l’État, non sans difficulté ; quant à la paix des religions entre elles, c’est à la république qu’on la doit. Comme le dit une fameuse formule, la paix du zoo doit tout à la solidité des cages.
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michdesolmichdesol   09 août 2018
L’Église a planté des vignes, dont elle avait besoin pour les sacrifices de sa messe ; mais nous en avions fait un tout autre usage. Nous autres vignerons (mon grand-père avait quelques arpents dans le Layon), nous lui avions repris le vin, nous l'avions arraché à ses douteuses opérations, à ses prestidigitations, pour en faire la lumière et la consolation de cette vallée terrestre, la seule à laquelle l'homme peut prétendre. Il y avait là, et aussi en Touraine, ou en descendant encore un peu la Loire, tout ce qu'il fallait pour le développement « toscan » ou « grec » d'une civilisation entièrement de ce monde : facilité du sol, du climat, mais aussi ce qu'il faut de brumes et d'air marin pour assurer les goût du mystère, et de l'infini. Tout était en place pour un miracle grec traversé d'énigmes cimmériennes. Mais par une configuration historique et politique encore inexplorée, il a fallu subir l'imprégnation mortifère d'une vieille religion bédouine rejustifiée par la pseudo-humanisation des Évangiles ; on nous avait imposé de préférer l'au-delà à l'ici-bas, et nous avons cédé. Les idéaux et les principes de la république, cernés de toute part au cœur d'un océan de catholicité, ne trouvèrent donc qu'un appui indirect dans cette population vigneronne et madrée qui ne « disait trop rien », mais n'en pensait pas moins.
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rkhettaouirkhettaoui   27 août 2018
Tout est là : à livre ouvert. Le poids de l’Église, avec ses processions, ses fêtes. Les rapports entre les sexes. Les alliances, la grande propriété, la soumission des domestiques, des employés des châteaux, des commerçants : ma mère n’aime pas que la baronne salue le boucher par son prénom, sans saluer personne d’autre, et se fasse servir la première, quand la boutique est pleine de clientes. Tout est clair et se dispose dans un ordre parfaitement évident : le haut, le bas, la droite, la gauche, dans un équilibre qui parfois se rompt, à l’occasion d’un événement local, ou national. Un monde extrêmement construit qui se révèle jusque dans la manière dont on parle de soi, dont on me parle, à moi qui ne suis qu’une enfant.
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rkhettaouirkhettaoui   27 août 2018
L’églantine est la fleur des socialistes, les « églantinards » comme les appelle Maurice Barrès. Sous le gouvernement de Vichy, l’églantine rouge des socialistes est contrainte de laisser sa place au muguet pour le 1er mai. La rivalité de l’églantine et du muguet est comme le symbole et le résumé des grands affrontements de notre histoire nationale.
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rkhettaouirkhettaoui   27 août 2018
« La France, écrivait Sartre en 1961, était autrefois le nom d’un pays ; c’est aujourd’hui le nom d’une névrose. » Cinquante ans plus tard, elle s’est réincarnée dans la « question musulmane ». Associée au fantasme d’une immigration non contrôlée, et dramatisée par la série d’attentats qui ont ensanglanté notre sol, où des musulmans étaient impliqués, elle nourrit nos peurs, pervertit le dialogue social, empoisonne le débat politique. S’éveillent ou se réveillent des questions politiques, sociales, religieuses qu’on croyait oubliées. Des choix datant des guerres coloniales, notamment de la guerre d’Algérie.
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Vidéo de Danièle Sallenave
"Les artistes ne peuvent pas être du côté de la domination." Alors que 1400 artistes viennent de publier une tribune en soutien aux Gilets jaunes, Danièle Sallenave, membre de l'Académie française dénonce le mépris de classe à l'égard du mouvement. Elle rappelle le rôle qu'ont joué Victor Hugo et George Sand au XIXe siècle.
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