AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jacques Lacarrière (Traducteur)Egérie Mavraki (Traducteur)
EAN : 9782070325290
224 pages
Éditeur : Gallimard (14/03/1989)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Ce recueil contient la somme poétique de George Séféris (Prix Nobel de Littérature 1963) depuis 1933 jusqu'à 1955 ainsi qu'un autre recueil "Trois poèmes secrets". On y trouve aussi une préface d'Yves Bonnefoy et une postface de Gaëtan Picon.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
JacobBenayoune
  07 octobre 2015
« Ami, nous venons trop tard » avait déjà écrit Hölderlin dans son fameux poème Pain et Vin. Cette présence tardive s’exprime dans la poésie de Seféris, car comment être un poète grec après tant de noms illustres qui ont brillé dans le ciel helléniste? Cette condition du poète est celle de toute une nation qui a connu jadis la gloire et la majesté.
Ici, nous avons jeté l’ancre pour réparer nos rames brisées,
(…)
La mer qui nous a meurtris, la mer profonde est insondable,
Déploie son calme sans limites.
(…)
Nous sommes repartis avec nos rames brisées
Et ailleurs :
La vie qu’on nous a donnée à vivre, nous l’avons vécue.
Seféris, surtout dans Mythologie, nous décrit cette disparition douloureuse des amis et des navires :
Nos amis sont partis
Peut être ne les avons-nous jamais vus
Ou encore :
Tout ce que j’ai aimé a disparu avec les maisons
Neuves l’autre été
Rien ne reste que le calme qui a envahi même la mer autrefois tumultueuse.
La Grèce antique devient « Mythistorima » (une mythologie historique). Le poète est « comme celui qui porte les grandes pierres », le fardeau tragique de décrire cette décadence.
Dans Cahiers d’études, il varie ses outils (haïku, poèmes en prose…). Poète universel, Seféris ne se prive pas d’employer des vers et des phrases venus de partout (même cette fameuse phrase de Proust qui ouvre son Du côté de chez Swann). Cette universalité apparait aussi dans sa capacité à rendre un simple quotidien digne d’une mythologie symbolique qui ne décrit pas seulement la condition de l’homme grec mais celle de l’Homme. Or, le poète ne cesse de situer ces poèmes dans des cadres spatiaux issus de la belle nature grecque (ses arbres et surtout ses mers).
« Pourquoi des poètes en temps de détresse ? » : Seféris cite Hölderlin. Les affres de la Guerre Mondiale pèsent sur l’âme du poète ainsi que son exil involontaire.
En somme, ce recueil qui comporte la majorité des poèmes de Seféris est un plaisir de lecture.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Henri-l-oiseleur
  20 décembre 2015
Beauté des images, grandeur d'un lyrisme sobre, raffinement des formes ... On peut trouver cela chez nombre de poètes, mais Seferis a quelque chose de plus, qui se ne se trouve que chez lui : cette capacité à dépasser le moi et les contingences individuelles pour donner sa voix à tout un peuple, dont le destin particulier devient en poésie une facette de la condition humaine. "Le chagrin de la grécité", selon sa formule, devient la plainte de tout homme, et de toute minorité, écrasé par l'histoire et sa violence.
Commenter  J’apprécie          70
Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
santorinsantorin   05 août 2019
Ne me parle pas du rossignol, ni de l'alouette,
Ni du petit hoche-queue
Traçant des chiffres dans la lumière avec sa queue,
Je ne sais pas grand'chose des maisons :
Je sais qu'elles ont leur caractère, voila tout.
Neuves au début, comme les petits-enfants
Qui jouent dans les jardins avec les franges du
soleil,
Elles brodent des persiennes de couleur et des
portes
Etincelantes sur le jour.
Quand l'architecte a fini, elles s'altèrent,
Elles se rident, ou sourient, ou encore s'irritent
De ceux qui sont restés, de ceux qui sont partis
Et de ceux qui reviendraient s'ils le pouvaient,
Ou qui ont disparu, maintenant que le monde
Est devenu immense hôtellerie.

Je ne sais pas grand'chose des maisons ;
Je me rappelle leur joie et leur tristesse
Parfois quand je m'arrête ;
aussi
Parfois près de la mer, dans des chambres nues,
Sur un lit en fer, sans rien qui m'appartienne,
En regardant l'araignée du soir, je me dis
Que quelqu'un s'apprête à venir, qu'on le pare
D'habits blancs et noirs, de bijoux de toutes les
couleurs,
Et qu'autour de lui à voix basse
Parlent des femmes de grande dignité,
Cheveux gris et sombres dentelles
Qu'il s'apprête à venir me dire adieu,
Ou qu'une femme à la prunelle prompte, à la taille
de guêpe,
Revenant des ports du Midi,
Smyrne, Rhodes Syracuse, Alexandrie,
Revenant de cités closes comme de chaudes
persiennes
Aux parfums de fruits dorés et d'aromates,
Monte l'escalier sans remarquer
Ceux qui sont endormis sous les marches.

Tu sais, les maisons s'irritent facilement
Quand on les dépouille.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          302
santorinsantorin   29 novembre 2019
RECIT


Cet homme marche en pleurant ;
Nul ne saurait dire pourquoi.
Certains pensent qu'il pleure sur des amours perdus
Pareils à ceux qui nous obsèdent tant,
L'été, près de la mer, avec les phonographes.

Les autres pensent à leurs tâches quotidiennes,
Papiers inachevés, enfants qui grandissent,
Femmes qui vieillissent avec difficulté.
Lui, possède deux yeux comme des coquelicots,
Comme des coquelicots cueillis au printemps,
Et deux petites sources au coin des yeux.

Il marche dans les rues, ne se couche jamais,
Enjambant de petits carrés sur le dos de la terre,
Machine à vivre une souffrance sans limite
Qui finit par ne plus avoir d'importance.

D'autres l'ont entendu parler
Seul, tandis qu'il passait,
De miroirs brisés depuis des années,
De visages brisés au cœur des miroirs,
Que nul jamais ne pourra restaurer.

D'autre l'ont entendu parler du sommeil,
De visions horribles aux portes du sommeil,
De visages insupportables de tendresse.

Nous nous sommes habitués à lui, il est correct, il est tranquille
Sauf qu'il marche en pleurant, sans cesse,
Comme ces saules au bord des fleuves qu'on aperçoit du train
Dans une aube brouillée, par un réveil maussade.

Nous nous sommes habitués à lui - il ne signifie rien,
Comme toute chose devenue habitude ;
Et si je vous en parle c'est que je ne vois rien
Qui ne soit devenu pour vous une habitude.
Mes respects.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          293
santorinsantorin   24 août 2019
Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
Sur des ponts de bateaux délabrés,
Entassées parmi des femmes blêmes et des enfants qui pleurent,
Que ne peuvent distraire ni les poissons volants
Ni les étoiles que les mâts désignent de leur pointe ;
Usées par les disques des phonographes,
Liées sans le vouloir à d'inopérants pèlerinages,
Murmurant en langues étrangères des miettes de pensées ?

Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
De port en port
Sur des coques pourries ?

Déplaçant des pierres éclatées, respirant
La fraîcheur des pins plus péniblement chaque jour,
Nageant tantôt dans les eaux d'une mer
Et tantôt dans celles d'une autre mer,
Sans contact,
Sans hommes,
Dans un pays qui n'est plus le nôtre
Ni le vôtre non plus.
Nous le savions qu'elles étaient belles, les îles
Quelque part près du lieu où nous allions à l'aveuglette,
Un peu plus bas, un peu plus haut,
A une distance infime.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          191
santorinsantorin   28 septembre 2019
Je l'ai vue mourir très souvent ;
Tantôt en pleurant dans mes bras,
Tantôt dans ceux d'un étranger,
Tantôt seule et nue :
Ainsi a-t-elle vécu auprès de moi.

A présent, je sais que rien d'autre n'existe, plus loin,
Et j'attends
Si je suis triste c'est une affaire personnelle,
Comme ces sentiments pour ces choses très simples,
Dépassées - dit-on
Et pourtant je continue de regretter
De ne pas être devenu à mon tour (je l'eusse tant voulu)
Comme cette herbe que j'entendis pousser
Une nuit près d'un pin
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
coco4649coco4649   09 février 2016
FUITE


C'était cela notre amour ;
Il partait, revenait, nous rapportait
Une paupière baissée, infiniment lointaine,
Un sourire figé, perdu
Dans l'herbe du matin ;
Un coquillage étrange que notre âme
Essayait de déchiffrer à tout moment.

C'était cela notre amour, il progressait lentement
À tâtons parmi les choses qui nous entourent,
Afin d'expliquer pourquoi nous refusions la mort
Si passionnément.

Nous avions beau nous accrocher à d'autres tailles,
Enlacer d'autres nuques, éperdument
Mêler notre haleine
À l'haleine de l'autre,
Nous avions beau fermer les yeux, c'était cela notre
amour. . .
Rien que le très profond désir
De faire halte dans notre fuite.

p.52
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
Videos de Georges Séféris (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Séféris
La maison près de la mer, Georges Séféris lu par Nathalie Nerval et Jean-Claude Michel
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature hellénique. Littérature grecque>Littérature grecque moderne (56)
autres livres classés : poésieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
809 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre