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EAN : 9782081435018
416 pages
Flammarion (03/03/2021)
3.89/5   48 notes
Résumé :
Jean a cinq ans en 1960 et vit avec ses grands-parents sur la place du village de Vic-le-Comte, en Auvergne. Louise, sa mère, travaille en ville toute la semaine, et à son retour le week-end, elle le déguise, s’adresse à lui uniquement au féminin. D’une beauté à couper le souffle, elle est sans mari et convoitée par tous. Jean admire sa tante Véronique, « la divorcée », qui lui rappelle à chacune de ses trop rares visites qu’il est bien un garçon et non une fille. L... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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fanfanouche24
  10 mars 2021
Une lecture grandiose, bouleversante… que j'ai faite traîner…tant , je ne souhaitais surtout pas quitter les personnages attachants construisant cette ample chronique sociale, entre la première Guerre mondiale et les années 60…
Chronique sociale, luttes sociales diverses, les bouleversements, les changements de mentalité, nouveaux rêves des individus après la Guerre, les aspirations des femmes, l'idéal communiste…tout cela, nous le vivons au plus près à travers le récit familial de « notre » écrivain… , enfant né en 1955...
Beaucoup d'émotion en débutant cette chronique… car faisant des recherches sur cet écrivain dont j'ai lu quasiment tous les textes, avec un même enthousiasme…j'ai ressenti un choc violent [comme si j'avais perdu un proche, un ami ] en apprenant avec une année de retard, son décès brutal et prématuré , en mars 2020, à 64 ans…
Dans un même temps, j'apprends qu'à titre posthume, le premier tome d'un projet de longue haleine, à forte résonnance autobiographique, paraît [Projet qui aurait dû comprendre 3 tomes ]…
Comme fréquemment chez cet écrivain très humaniste, La Grande Histoire croise la petite histoire des personnes, des individus anonymes, souvent très impactés par les événements sociétaux, les mentalités et préjugés d'une époque !
Un petit garçon (l'auteur), Jean raconte son enfance à la fin des années 50, début des années 60, avec une mère « subliment belle », aimant séduire, étouffant et pesant de son déséquilibre personnel l'enfance et l'éducation de son fils qu'elle habille et traite en fille. Heureusement… qu'il y a la présence aimante, équilibrante des grands-parents ( Cette enfance restera empoisonnée par cette confusion des genres, originelle… Confusion dont nous comprendrons les racines tout à la fin de ce récit…)
Au fil de cette enfance plus que perturbante…le récit de l'époque se défile devant nos yeux. Ces années 60… qui raviveront moult souvenirs…d'un autre temps, comme d'une planète devenue étrangère !...
Jean-Luc Seigle va d'ailleurs au-delà, il nous raconte en résumé le XXe siècle dans son ensemble, avec les vies de ses grands et arrière grands-parents ,les traumatismes des guerres, et les souvenirs qu'il en a conservés, à travers les récits des Anciens !...
Tous les personnages ont leur richesse, leur singularité… mais il est bien difficile de ne pas succomber au couple incroyable que représente les grands-parents de Jean-Luc Seigle ; on comprend d'ailleurs infiniment mieux sa sensibilité, son empathie, la finesse d'analyse de tous ses personnages dans ses fictions…au vu de cette enfance partagée avec des grands-parents
tout à fait extraordinaires…
Un grand-père, Antoine, un « taiseux », soldat traumatisé par la Grande Guerre, paysan de son état, qui se décidera à devenir ouvrier à l'usine chez Michelin, pour favoriser sa petite soeur, en lui laissant la ferme familiale, celle-ci se mariant.…
Son paradis à lui, en dehors du travail « subi » à l'usine c'est son jardin, qu'il soigne, « chouchoute », cultive, embellit pour son épouse… un espace préservé…pour eux deux !
« Les hommes de la génération de mon grand-père, même lorsqu'ils se retrouvaient au café où quelquefois je le suivais, ne parlaient pas ou peu de politique (...) Jamais de conversations sur le sens de la vie ou sur le rôle de chacun sur cette terre. C'est d'autant plus curieux que ceux-là avaient fait la guerre de 14-18 et avaient participé au changement radical de l'ordre du monde. Preuve qu'ils n'en avaient aucune conscience ou, s'ils en étaient conscients, qu'ils s'en foutaient pas mal, voire regrettaient qu'il y ait eu tant de morts pour en arriver là. La seconde guerre mondiale, plus dégueulasse que la leur, les avait contraints à un silence définitif d'une part leurs efforts et leurs sacrifices en 14 n'avaient pas garanti une paix durable, et que, d'autre part, le pacifisme de nombre d'entre eux en 39 les avait réduits au statut de traîtres, de collabos et de pétainistes. de quoi la boucler jusqu'au tombeau. (p. 50)”
La grand-mère, Rose, marquée par la mort de Pierre, son frère vénéré, tué à la guerre ; frère cultivé, engagé du côté de l'Espoir de l'époque : le Communisme. Jeune homme, instruit, lisant beaucoup, écrivant longuement à sa petite soeur, à sa famille. A sa disparition, son "refuge absolu" sera sa bibliothèque, elle lira « ses » livres, ses notes, fera de la politique, deviendra militante « communiste »…Une figure féminine haute en couleurs et en caractère , qui donnera le « goût des livres » à son petit-fils, Jean, notre « future écrivain »…!
Ce grand-père, différent, fort caractère aussi, bien que très taiseux, possède une forte présence :
« Une seule chose faisait réagir mon grand-père: si on le prenait pour un héros des tranchées, il répondit assez sèchement:
-Les héros, c'est ceux qui sont morts.
Il n'était donc pas un héros. Difficile de le définir. Il était un homme solide dans la vie ordinaire, et l'inverse, presque en apesanteur, le reste du temps, même dans son jardin. Il n'était pas non plus un "taiseux" comme la plupart des gens aiment qualifier ce genre d'hommes qui s'expriment rarement et préfèrent le silence aux bavardages. le "taiseux" est en général un paysan qui a suffisamment tiré profit des leçons du temps et de la terre pour qu'il ne lui soit plus nécessaire de rajouter quoi que ce soit ni aux mouvements du ciel, ni aux élans généreux de la terre, ni aux idées des hommes. C'était un terrien, cela ne veut pas dire qu'il vivait sur la terre ni qu'il était viscéralement attaché à elle, mais qu'il était comme la terre, qu'il subissait comme elle la bienveillance ou la malveillance du ciel sans rien pouvoir y faire et même sans rien avoir " à y redire". « (p. 51)
J'ajoute l'extrait suivant qui en dit fort long de ce couple très soudé, et pourtant si différent…Rose, la paysanne-communiste , lectrice boulimique, passionnée de littérature russe… et Antoine, paysan-ouvrier, jardinier-poète à sa manière, une sorte de « sage »… réfléchi, pondéré, fin observateur…ne parlant pas pour ne rien dire…n'ayant jamais su lire, sont toutefois, à leur manière, complices, soudés.
Ce livre est un formidable hommage de Jean-Luc seigle à son enfance, à ses grands-parents, d'origine modeste, qui, toutefois, avaient une vraie grandeur!
« Ma grand-mère profitait d'un moment de répit pour lire quelques pages de "son" Anna Karénine. Ce temps de lecture qu'elle prenait quelquefois en journée était une énigme pour moi. Je ne comprenais pas pourquoi tout semblait s'arrêter autour d'elle, ni pourquoi mon grand-père prenait soin de ne faire aucun bruit dans ces moments-là. Elle ne demandait rien et pourtant le silence s'imposait de lui-même. « (p. 256)
Il y aurait encore mille choses à dire de ce “grand Livre” , conclu par une postface de son éditeur qui nous explique fort bien la genèse de cette oeuvre… Les lignes suivantes donnent une belle idée du caractère unique de cette lecture, qui nous laisse « orphelins » d'un écrivain aussi talentueux que généreux dans sa prose aussi fluide qu'empreinte d'une empathie constante envers ses « personnages »… :
« Nous n'irons jamais jusqu'au bout de « cette course insensée pour qu'un petit garçon travesti en fille devienne un homme ». (…) Mais l'Enfant travesti- remplit pleinement son office en ce qu'il nous fait partager tous les sentiments que Jean-Luc a voulu nous livrer : la folle inquiétude d'un enfant chahuté dans son identité mais aussi sa fascination pour la beauté des femmes qui affolait les hommes et éveilla chez lui une –attention absolue- aux autres, au sens où l'on parle d'oreille absolue. (…)
Nous apprécions le courage qu'il aura fallu au jeune Antoine pour survivre à son retour du front et nous comprenons d'instinct quel guide réconfortant aura été ce grand-père silencieux dans le monde peuplé de fantômes où se débat son petit-fils. Comme dans tous ses romans, le temps passe, l'histoire reste et frappe à la porte.
C'est grâce à Antoine et Rose, et tous les autres, que Jean-Luc est devenu l'écrivain que l'on sait. Qu'ils en soient remerciés à jamais. « [Postface de Patrice Hoffmann, p.407]
Un gigantesque trésor d'émotions…et de bonheur des mots….que cette publication posthume.
[***Acquis chez les camarades-libraires- Librairie Caractères / Issy-les-Moulineaux- samedi 27 février 2021 ]
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zabeth55
  07 avril 2021
Un tableau de Chaïm Soutine, La petite fille à la poupée.
Tableau qui interpelle l'auteur.
Il s'associe à cette petite fille.
Oui, sa très jeune mère s'amusait chaque week-end à le travestir en petite fille.
Une robe en dentelle blanche :
« Ma belle, ma beauté, ma petite fille chérie...... »
Le reste de la semaine, il vit avec ses grands-parents.
On est dans les années 60.
Que d'émotions en lisant ce livre ;
Émotions parce que Jean-Luc Seigle est mort et que ce livre est le premier d'une trilogie dont on ne saura jamais la fin.
La sensibilité de l'auteur est là, bien présente
Il nous livre pudiquement son enfance, sa famille.
En même temps, il mêle L Histoire à sa propre histoire.
J'ai été plus que surprise en voyant ce livre en librairie, connaissant sa disparition en 2020.
Quel beau cadeau posthume il nous fait !
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Melancoly
  10 août 2021
Tout simplement magnifique ! D'autant plus émouvant que l'on sait que ce fut son dernier roman.
En vieillissant, les hommes ont-ils plus grande conscience, compréhension de leurs blessures d'enfant ?
"L'enfance silencieuse, muette, mutique, bâillonnée, aveugle et sourde m'empêchait de nuancer mes pensées jusqu'à défigurer les intentions véritables de ceux qui m'entouraient".
Le récit de Jean, en partie autobiographique, s'inscrit dans ce cheminement à vouloir reconstituer le puzzle de ces lointains événements, de se projeter dans le chaos de ses souvenirs douloureux.
Petit garçon, il acceptait avec docilité, chaque week-end, de devenir, entre les mains de sa mère, une jolie petite poupée....ambigüité perçue sur cette photo en noir et blanc, moue agacée, jambes croisées, main délicatement recourbée, troublant de féminité.
Trois figures de femmes à fort tempérament ont façonné ( et fragilisé) le socle de sa personnalité:
-Mariette, l'ancêtre centenaire, la mémoire en miettes, qui, du fond de son lit qu'elle ne quitte guère, lui conte des histoires pêle-mêle.
-Rose, la grand-mère, érudite communiste, à qui il doit d'être initié précocement à la lecture et l'écriture.
Louise, la mère "passablement "singulière, qui porte en elle le secret d'une mystérieuse Marie-Claire.
Mais aussi, plus en retrait, discret, Antoine, le grand-père, meurtri par quatre années de guerre, qui trouve un peu de sérénité dans son jardin (d'hiver).
Juste un peu gênée, au début, par le va et vient incessant entre les années 20 et 60 sans avoir un tant soit peu assimiler tous les personnages existants, m'empêchant d'être immédiatement dedans
Touchée au plus près par un environnement qui, par certains côtés , m'est plutôt familier
Profondément attristée par la mort prématurée de cet auteur que j'appréciais, et qui avait en projet la suite, en deux tomes, de cette histoire qui restera inachevée.
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lulu8723
  21 mars 2021
Jean-Luc SEIGLE. L'Enfant travesti.
En lisant mon quotidien local, j'ai eu l'agréable surprise de trouver un article annonçant la sortie de ce roman. Je me suis précipitée chez le libraire pour en faire l'acquisition. J'avais commencé le dernier SCHMITT. Je l'ai abandonné à la page 25 (il y en a plus de 500) pour me consacrer au livre de Jean-Luc… Mais vous constaterez que je suis encore dans le Massif Central. Je me trouve à Vic-le-Comte, à une vingtaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, en Auvergne.  C'est là que Jean-Luc SEIGLE situe l'action de ce dernier roman, « L'enfant travesti », et ce sera bien le dernier, même s'il avait promis une trilogie à son éditeur en 2017. Il est malheureusement décédé le 5 mars 2020.
J'ai découvert cet auteur avec « En vieillissant les hommes pleurent », puis j'ai lu, »Je vous écris dans le noir », roman relatant l'affaire Pauline Dubuisson, et j'ai poursuivi avec « Femme à la mobylette » ; Ce sont des livres que je ne peux que vous recommander. Je vais maintenant me m'immerger dans ses pièces de théâtre.
Dans cette dernière aventure, Jean-Luc se plonge dans le domaine de l'enfance et même la petite enfance. Son héros, Jean a cinq ans en 1960, (l'écrivain est né en 1955), il vit à Vic-le-comte, dans la proche banlieue de Clermont-Ferrand. Sa mère avait dix-sept ans lors de sa naissance, et elle est célibataire. Il n'y a pas de père au foyer. Jean vit avec ses grands-parents maternels, Antoine et Rose et son arrière grand-mère paternelle, Mariette. Louise, la mère de Jean travaille dans le chef-lieu du département du Puy-de-Dôme, dans un magasin d'art de la table, porcelaine, cristaux. En semaine, elle réside dans une chambre de bonne à Clermont. Elle rentre au domicile familial tous les week-end. Dès son arrivée, elle joue à la poupée avec son fils. Elle l'habille avec des robes, le maquille, le coiffe ; il a de longs cheveux blond et de belles anglaises. Une véritable fille et de plus, il est très beau, il a les traits fins. Louise est également une très belle femme. Tous les samedis soirs, elle fréquente les bals et danse toute la nuit. Elle vit intensément sa jeunesse. Cependant elle cherche un époux…. Combien d'hommes va-t-elle éconduire ? Elle désire une vie de bourgeoise, non une vie de labeur comme ses parents. Antoine, un taiseux, est à la retraite mais il a été ouvrier chez Michelin. Rose a travaillé, a été une grande syndicaliste communiste. Elle avait quatorze ans lorsque son frère Pierre âgé de vingt-six ans a été tué lors de la première guerre mondiale et elle a poursuivi les lectures entreprises par ce frère adoré. Elle va éduquer son petit-fils, lui apprendre à lire, à écrire.
Nous passons des années 1920 aux années 1960. Nous parcourons avec Jean-Luc une page de l'histoire de France qui constitue la trame de l'histoire de la famille de Jean. le père présumé de l'enfant est un marin engagé, qui a parcouru le monde en guerre, de l'Indochine à l'Algérie et qui ne parvient pas à se fixer. Veut-il fonder un foyer avec Louise et son fils? « Les militaires savent trop obéir pour savoir se rebeller. ». Et Louise que veut-elle ? C'est une grande exhibitionniste, fort déçue de ne pas avoir une petite fille. Ah, si elle pouvait, elle en ferait une vraie fille de son petit garçon. Elle est, ce que nous nommons aujourd'hui une bipolaire. Nous accompagnons ces personnages, haut en couleur, humains sur une grande période de leur vie. Nous voyons les transformations sociales, politiques qui envahissent le monde.
Ce roman autobiographique est la recherche de l'enfance, les premiers souvenirs tangibles de l'auteur, la nostalgie du temps qui fuit, les regrets du passé que l'on ne peut remonter jusqu'à la source. Un livre empreint de poésie, de sensibilité, de bienveillance, d'humilité, d'humanité, d'empathie et de résilience. Il y a également beaucoup de douceur, de tendresse et d'amour. Merci Jean-Luc pour ce beau texte empreint de tant de réalité, de vérité et de véracité. Mais ce sont des traits de caractère que vous nous avez déjà dévoilé dans vos précédents écrits. Vous étiez un homme sincère. Vous nous avez quitté bien trop tôt et nous sommes comme des orphelins…. Nous ne connaîtrons malheureusement pas la suite de ce splendide roman. Mais, par contre, nous savons ce qu'est devenu ce petit garçon de cinq, six ans, lequel a reçu une déflagration lorsque « sa mère » lui a annoncé, « Je ne suis pas ta mère. ». C'est VOUS. J'encourage les uns et les autres à le lire. Bonne lecture. (19/03/2021)
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myriampele
  23 avril 2021
Il aurait fallu une vie de plus à Jean-Luc Seigle pour terminer cette trilogie . le destin en a voulu autrement Jean-Luc Seigle nous a quitté en 2020, nous laissant ce premier volet de " La beauté des femmes".
Dans ce roman l'enfant ( Jean) grandit dans les années 60 entre ses grands parents et sa mère, qui revient en fin de semaine et couvre son fils de baisers en lui donnant des petits noms féminins et en l'habillant comme une petite fille.
Jean se pose bien des questions concernant la famille, les secrets non dévoilés, les noms qu'il ne faut pas prononcer, et ce "papa" marin qui est toujours loin et que sa mère ne semble pas vouloir épouser.
L'histoire de Jean et de sa famille rejoint la grande Histoire, les deux guerres et leurs lots de disparus, la crainte du communisme et/ ou l'engouement de la jeune génération pour celui-ci.
C'est un roman profond, des personnages attachants et atypiques, des faits d'histoire largement commentés.
Un roman inspiré de la vie de l'auteur, dommage qu'il faille en rester là.
Merci à son épouse de nous avoir permis de lire au moins ce volet!
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fanfanouche24fanfanouche24   28 février 2021
Une seule chose faisait réagir mon grand-père: si on le prenait pour un héros des tranchées, il répondit assez sèchement:
-Les héros, c'est ceux qui sont morts.
Il n'était donc pas un héros. Difficile de le définir. Il était un homme solide dans la vie ordinaire, et l'inverse, presque en apesanteur, le reste du temps, même dans son jardin. Il n'était pas non plus un "taiseux" comme la plupart des gens aiment qualifier ce genre d'hommes qui s'expriment rarement et préfèrent le silence aux bavardages. Le "taiseux" est en général un paysan qui a suffisamment tiré profit des leçons du temps et de la terre pour qu'il ne lui soit plus nécessaire de rajouter quoi que ce soit ni aux mouvements du ciel, ni aux aux élans généreux de la terre, ni aux idées des hommes. C'était un terrien, cela ne veut pas dire qu'il vivait sur la terre ni qu'il était viscéralement attaché à elle, mais qu'il était comme la terre, qu'il subissait comme elle la bienveillance ou la malveillance du ciel sans rien pouvoir y faire et même sans rien avoir " à y redire". (p. 51)
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fanfanouche24fanfanouche24   03 mars 2021
J'en ai été témoin. je l'ai [***grand-mère du narrateur-auteur ] vue s'abîmer les yeux sur des livres sans rien demander d'autre qu'une parcelle de lumière, un acompte sur l'éternité, si peu, presque rien, un brin de consolation à Jules Vallès, Victor Hugo, Lamartine, Tolstoï, Taine, Marx, Babeuf, qu'elle considérait comme l'inventeur du marxisme, ou à Aragon.
Personne sur la place ne lisait, du moins pas autant qu'elle et pas les mêmes auteurs. Et puis, d'une part, elle n'en faisait jamais état et, d'autre part, le monde des livres appartenait à sa chambre, autant dire à la nuit. Lire fut de tout temps pour elle une expérience intime et impartageable. (p. 168)
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fanfanouche24fanfanouche24   28 février 2021
Les hommes de la génération de mon grand-père, même lorsqu'ils se retrouvaient au café où quelquefois je le suivais, ne parlaient pas ou peu de politique (...) Jamais de conversations sur le sens de la vie ou sur le rôle de chacun sur cette terre. c'est d'autant plus curieux que ceux-là avaient fait la guerre de 14-18 et avaient participé au changement radical de l'ordre du monde. Preuve qu'ils n'en avaient aucune conscience ou, s'ils en étaient conscients, qu'ils s'en foutaient pas mal, voire regrettaient qu'il y ait eu tant de morts pour en arriver là. La seconde guerre mondiale, plus dégueulasse que la leur, les avait contraints à un silence définitif d'une part leurs efforts et leurs sacrifices en 14 n'avaient pas garanti une paix durable, et que, d'autre part, le pacifisme de nombre d'entre eux en 39 les avait réduits au statut de traîtres, de collabos et de pétainistes. De quoi la boucler jusqu'au tombeau. (p. 50)
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fanfanouche24fanfanouche24   03 mars 2021
Le twist apparaissait d'une indécence totale. ça se remuait les hanches et les fesses dans un dévissé contrebalancé des bras. Certaines mères allaient chercher leurs filles au milieu de la piste et les ramenaient sur une chaise près d'elles. C'était surtout la première fois qu'on dansait sans partenaire. (...) Les danseurs et les danseuses de twist se faisaient face et se souriaient, s'excitaient et se lançaient des regards de défi. Plus rien à voir avec les regards passionnés du tango ou ceux plus évanescents de la valse. le rythme associé aux jeux de jambes des twisteurs inondait de gaieté les spectateurs qui n'en revenaient pas. pour ma grand-mère le twist n'était qu'un poison de plus offert par les Américains pour nous endormir et nous faire gober leur mode de vie. (p. 175)
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fanfanouche24fanfanouche24   01 mars 2021
Rose
Printemps 1919

un jeune lecteur n'est pas un lecteur jeune. Elle sait que c'est un lecteur qui ouvre un livre pour la première fois. Un vrai livre, écrit par de grands auteurs et de grands penseurs et qui sont devenus grands parce que leur oeuvre les a dépassés. Elle est ce lecteur. C'est aussi impressionnant que d'aborder pour la première fois un tournant de sa vie sans la tutelle de personne. (...) Lire, il n'y a pas d'autre salut possible. (p. 129)
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