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EAN : 9782226442932
592 pages
Éditeur : Albin Michel (17/06/2020)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Que seriez-vous prêt à sacrifier pour vous souvenir ?
Un jour, en Inde, un homme perd son ombre - un phénomène que la science échoue à expliquer. Il est le premier, mais bientôt on observe des milliers, des millions de cas similaires. Non contentes de perdre leur ombre, les victimes perdent peu à peu leurs souvenirs et peuvent devenir dangereuses.
En se cachant dans un hôtel abandonné au fond des bois, Max et son mari Ory ont échappé à la fin du monde ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  20 mai 2020
Pour ce début d'été, c'est un curieux roman que nous propose les éditions Albin Michel Imaginaire avec le Livre de M de l'américaine Peng Shepherd.
Après avoir fait grand bruit outre-Atlantique, l'ouvrage débarque en France dans une période particulièrement appropriée où chacun a pu avoir (en quelque sorte) un avant-goût d'une apocalypse mondiale…
C'est en effet d'une fin du monde dont nous parle le Livre de M mais une fin du monde originale et inattendue où les hommes perdent leurs ombres…et leurs souvenirs !
Ciel, mon ombre !
« Nous sommes notre mémoire, ce musée chimérique aux formes inconstantes
ce tas de miroirs brisés. » disait Jorge Luis Borges bien avant que Peng Shepherd décide de supprimer l'ombre de ses personnages et d'effacer peu à peu leurs souvenirs.
Dans le Livre de M, quelque part en Inde pendant le « Zero Shadow Day » (moment unique où le soleil ne projette aucune ombre au sol une fois au zénith et qui arrive deux fois par an dans des lieux géographiques très précis), un homme perd son ombre. Il s'appelle Hemu Joshi et c'est le premier sans-ombre de l'histoire de l'humanité. Curiosité mondiale dans un premier temps, Hemu devient la plus grande énigme scientifique moderne… jusqu'à ce que d'autres personnes commencent à perdre leurs ombres à travers le monde et que la mémoire des contaminés s'effrite de jour en jour.
De l'autre côté du globe, à Arlington en Virginie, Max et Ory assistent au mariage de leurs amis Paul et Immanuel. C'est dans un complexe hôtelier qu'ils apprennent la nouvelle : l'épidémie se propage aux États-Unis également et les premiers cas viennent d'apparaître à Boston.
Rapidement, tout le pays tombe en morceaux avec la lente destruction des structures sociales et des institutions. Pire encore, des rumeurs arrivent aux survivants à propos de phénomènes impossibles, de rues qui changent d'aspect, de maisons qui disparaissent, d'animaux extraordinaires…
Il semblerait que les sans-ombres ne font pas qu'oublier mais qu'ils comblent le vide laissé par l'Oubli avec de faux-souvenirs devenant aussitôt réalité.
Peng Shepherd commence son récit avec le couple qui occupera la totalité de ces 592 pages, à savoir Max et Ory.
Pour nous compter sa fin du monde et l'échec de l'humanité, elle entrelace quatre points de vues : celui de Max qui se raccroche désespérément à ses derniers souvenirs tout en fuyant vers la Nouvelle-Orléans, celui d'Ory qui décide de partir à la recherche de Max qu'il croit alors en route vers Washington D.C, celui de Naz une jeune femme iranienne qui s'entraîne pour le tir à l'arc en vue des prochains jeux olympiques à Boston et enfin Celui qui Rassemble, énigmatique personnage qui sert de fil rouge à l'histoire et qui se révèle rapidement le plus original de tous.
Maladie ou Malédiction
Le Livre de M trouve son originalité dans l'origine de son apocalypse avec cette espèce de pandémie d'Alzheimer 2.0 qui transforme les gens en gruyère mémoriel. C'est cette première comparaison qui vient d'ailleurs à l'esprit lorsque l'on suit le destin des personnages de Peng Shepherd, cette sensation que le science-fiction s'utilise ici pour parler du drame quotidien vécu par des millions de personnes et qui ôte une chose capitale à l'être : la mémoire.
Pourtant, avec l'arrivée des chapitres de Celui qui Rassemble, on découvre d'autres facettes à cette apocalypse. Narré par un homme amnésique suite à un grave accident de la route, ces chapitres nous permettent de rencontrer Hemu Joshi et de visiter l'Inde. Peng Sheperd apporte avec ce voyage exotique un autre abord au sujet de la pandémie : celui de la croyance.
Comme nombre de romans post-apocalyptiques, le Livre de M va suivre le parcours de quelques survivants opposés à ce qu'il reste de l'humanité.
On y croise des sans-ombres pathétiques ou des sauvages belliqueux sous l'autorité d'un Roi sanguinaire, des illuminés vénérant les pouvoirs des sans-ombres ou encore de simples pauvres diables jetés sur la route de la Nouvelle-Orléans où, semble-t-il, Celui qui Rassemble a trouvé un moyen de vaincre l'Oubli !
Il n'y a donc pas grand chose de neuf ici malgré une exécution impeccable et des rebondissements savamment dosées par l'autrice.
La vraie surprise vient d'ailleurs…
Apocalypse magique
Si nous disions en introduction que le Livre de M est un curieux roman, c'est que malgré son étiquette science-fictive et post-apocalyptique, il s'hybride joyeusement avec un autre genre : la fantasy. Grâce aux pouvoirs que vont acquérir certains sans-ombres (et le caractère erratique de leur fonctionnement), le Livre de M devient peu à peu une aventure magique où des événements totalement fantastiques vont se produire.
Cela permet à la fois quelques dénouements étonnants mais également certaines fulgurances narratives incroyables comme cette Statue de la Liberté dévastant Manhattan ou des alligators-bateaux illuminés comme un jour de fête.
Refusant les cases, Peng Shepherd utilise la fantasy pour prolonger et exploser sa métaphore religieuse/mystique à propos de cette pandémie.
Comme nous l'avions dit, l'américaine se sert d'une légende indienne autour de Sūrya, dieu du soleil, et de son épouse Saranyu pour entretenir ambiguïté à propos de l'origine des sans-ombre. Plus tard dans le récit, l'autrice fera également référence à J.M. Barrie et Peter Pan, autre figure célèbre dont l'ombre pose problème.
En mélangeant joyeusement ces influences et en changeant régulièrement d'angle d'attaque, Peng Shepherd construit quelque chose qui ne ressemble à rien d'autre : une apocalypse magique voire mystique !
Ce choix délibéré propose une rupture radicale dans la rationalité science-fictive de l'oeuvre et pourra contrarier plus d'un lecture lorsqu'il s'agira d'accepter quelques deus ex machina un tantinet abrupt.
Mais qu'à cela ne tienne, la plus grande réussite du roman n'est pas là.
Cinquante-deux
Comment définir, globalement, le Livre de M ?
C'est une histoire d'amour et d'identité.
Voilà ce qu'est le roman de Peng Shepherd. Ce qui va structurer tout le récit de l'américaine, c'est cette émouvante histoire d'amour entre Max et Ory, qui refusent se s'oublier malgré les épreuves, malgré la pandémie, malgré les morts, malgré la vie.
Naz, quant à elle, tentera tout ce qu'elle peut pour sauver sa soeur Rojan, et le trajet de ces différents personnages sera jalonné d'histoires d'amours poignantes où un homme endosse le costume de général pour retrouver le livre de poésie de son défunt mari, où un couple se voit rappeler de jour en jour qu'ils sont ensemble pour ne pas perdre cette dernière partie d'eux-mêmes, où un magnétophone devient l'ultime déclaration d'amour d'une femme pour son compagnon.
L'amour…et l'identité.
Qu'est-ce que la mémoire ? Que devenons-nous lorsque nous oublions qui nous sommes, ce que nous aimons, ce que nous détestons, ce que nous croyons ?
Notre mémoire, cette ancre de l'âme, nous définit, nous permet d'exister. Ce sont nos souvenirs qui transforment notre enveloppe mortelle en quelque chose d'autre, quelque chose qui peut vivre par delà la mort.
Peng Shepherd explique l'amour et la mémoire, brise des souvenirs et en construit de nouveaux pour expliquer que l'humanité se définit par sa capacité à se souvenir. Pour l'illustrer, l'autrice américaine nous représente la chose à échelle humaine, elle nous montre que l'homme se raccroche de façon désespérée à sa mémoire lorqu'il sent que celle-ci lui glisse entre les doigts, par un livre, par un magnétophone, par une photo, par une peinture.
Tout plutôt que le néant. Tout plutôt que l'Oubli.
La force du Livre de M se situe là, quelque part entre les batailles sanglantes et les phénomènes surnaturels, dans la longue confession d'une femme pour son homme qu'elle aimera toujours, dans l'immense aventure d'un homme qui n'oubliera jamais que sa femme l'aime.
Apocalypse sensible et poignante, histoire d'amour terrible et fantasy-SF surprenante… voilà le programme étonnant du Livre de M, premier roman de l'américaine Peng Shepherd qui agit sur le lecteur comme un page-turner émouvant et original, redéfinissant l'être humain à l'aune de ses souvenirs et consacrant l'amour comme ultime recours.
Lien : https://bit.ly/2ygwdhI
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boudicca
  16 juin 2020
Pour son premier roman, Peng Shepherd a misé sur le post-apo, un genre qui a le vent en poupe depuis un moment, mais qui peine malheureusement de plus en plus à se renouveler. Or, avec « Le livre de M », l'autrice reprend la plupart des stéréotypes généralement associés à ce type de récits, tout en y injectant une bonne dose d'originalité qui fait de ce roman un véritable page-turner. Tout commence en Inde, lorsque plusieurs personnes se rendent compte avec stupéfaction qu'un homme a visiblement perdu son ombre. Très vite, le monde entier se fascine pour l'histoire de ce drôle de phénomène que les scientifiques ne parviennent pas à expliquer. La curiosité laisse toutefois peu à peu place à l'effroi, puis à la panique, lorsque les gens réalisent que cette perte s'accompagne d'une disparition progressive de tout souvenir, et que de plus en plus de cas sont recensés dans le monde. Très vite, la pandémie atteint un seuil critique, certaines villes voyant la quasi totalité de leur population transformée en l'espace de quelques minutes en sans-ombre, des coquilles vides incapables de se rappeler de leur vie passée et dotée d'étranges pouvoirs influents dangereusement sur le réel. Et c'est ainsi qu'arrive la fin du monde, ou du moins celui que l'on connaissait jusqu'alors. Une épidémie déclenchée à l'autre bout du monde suivie d'une pandémie mondiale, des scènes de paniques, des supermarchés pris d'assaut… : autant dire que le timing de parution de l'ouvrage ne pouvait pas coller davantage à l'actualité du moment, ce qui renforce immanquablement l'implication du lecteur (de même que son angoisse, il faut bien le reconnaître). le coup de la mystérieuse épidémie frappant aléatoirement les individus n'a, il faut bien l'admettre, rien de bien originale. de même, la mise en scène de survivants, réduits à vivre dans la clandestinité et à se méfier des personnes infectées correspond tout à fait aux codes du genre (certes, il ne s'agit pas ici de zombies mais la différence n'est parfois pas bien mince lorsque l'autrice décrit des hordes de sans-ombres agressifs et presque décérébrés). Heureusement, l'ouvrage possède un certain nombre d'atouts qui vont lui permettre de s'écarter des clichés et de titiller agréablement la curiosité du lecteur.
La première grande réussite du roman tient à l'ambiance crépusculaire vraiment très bien rendue par l'autrice. La tension est palpable en permanence, et certaines visions de villes dévastées ou complètement transformées par les sans-ombres viennent renforcer le sentiment d'oppression du lecteur. le mode de narration choisi par l'autrice participe également à faciliter l'immersion puisqu'elle alterne entre les souvenirs qu'ont les survivants de la catastrophe, et le récit de leur vie actuelle, avec toutes les difficultés et les dangers qu'elle comporte désormais. Une alternance qui permet non seulement d'entretenir le suspens (puisque le lecteur ne peut qu'être avide de comprendre les circonstances exactes du basculement), mais aussi de renforcer l'identification avec les personnages (leurs préoccupations passées étant évidemment proches des nôtres, les extrémités auxquelles ils sont désormais réduits ne nous paraissent que plus tragiques et plus réalistes). Autant de raisons qui poussent le lecteur à dévorer le roman qui ne souffre que de rares moments de temps morts et qui multiplie les rebondissements (certains prévisibles, d'autres très surprenants). Cette envie presque frénétique de continuer à lire jusqu'au bout s'explique aussi en partie par l'enchaînement de chapitres mettant en scène des acteurs différents de l'histoire. Les principaux protagonistes sont Ory et Max, deux survivants qui ne s'en sortaient pas si mal jusqu'à ce que l'un d'eux perde soudainement son ombre, mais on suit également Naz, une iranienne expatriée aux États-Unis au moment du drame, ou encore un homme devenu amnésique suite à un accident de voiture et dont on ignore pendant la majeure partie du roman le lien avec les autres personnages, ou même les raisons de sa présence dans l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs bien construite, et a pour originalité de mêler des scènes très stéréotypées et d'autres plus novatrices. le pitch de base est, il faut l'avouer, assez fascinant, et, quand bien même l'autrice ne se donne pas la peine d'expliquer le phénomène, sa seule existence et ses spécificités suffisent bien souvent à satisfaire le lecteur. La conclusion est pour sa part très réussie, celle-ci reposant sur un retournement de situation sans doute prévisible mais dont la portée dramatique reste incroyablement forte.
Tous ces points positifs font qu'on passe un vrai bon moment de lecture, et que celle-ci s'avère étonnement rapide. le roman n'est cependant pas parfait, et certains de ses aspects m'ont quelque peu fait tiquer, même s'ils sont dans l'ensemble assez secondaires. La plupart des bémols que j'ai à émettre s'explique d'ailleurs en grande partie par le cadre dans lequel se déroule l'histoire qui, comme la grande majorité des récits post-apo, se déroule aux États-Unis. Or, j'ignore s'il s'agit là d'une différence culturelle majeure entre Américains et Européens, ou si la plupart des auteurs se contentent de recycler des clichés, mais le comportement des personnages est vraiment surprenant, et la vision que cela donne du genre humain pas franchement optimiste. Moi, naïve, je me dis que si une telle catastrophe devait malheureusement advenir, la plupart des individus (pas tous, mais la plupart…) seraient enclin à faire preuve de solidarité, surtout si la situation ne paraît, au départ, pas encore complètement désespérée. Ici (et dans la plupart des romans post-apo US), on oublie illico toute idée de partage ou d'entre-aide : c'est chacun pour soi, et que le meilleur gagne ! Les décisions parfois très extrêmes (et franchement disproportionnées) prises par les personnages au tout début de l'épidémie viennent ainsi quelque peu écorner l'image qu'on se faisait d'eux. C'est le cas pour Ory, avec lequel j'ai eu énormément de mal (surtout que le monsieur a tendance à se montrer très paternaliste), et, dans les premiers temps, avec Max, même si celle-ci se fait par la suite bien plus touchante. Enfin, dernier aspect qui m'a dérangée et qui tient peut-être, là encore, à une différence d'ordre culturelle : à quoi rime ce trip des personnages pour l'ordre et la hiérarchie militaire ? Sans rire, alors que le monde disparaît, le premier truc auquel on pense c'est vraiment de nommer le premier quidam venu « Général » (avec la majuscule !), de mettre sa vie à son service, et de le suivre sans plus jamais se poser de question ? (c'est un détail, hein, mais ça m'a vraiment fait tiquer).
Peng Shepherd signe avec « Le livre de M » un premier roman qui tient la route et réutilise efficacement les principaux stéréotypes liés aux récits post-apo, tout en y ajoutant plusieurs éléments de son cru qui donnent une petit touche d'originalité bienvenue à l'ensemble. Si le roman n'est pas exempt de tous défauts, ceux-ci restent toutefois assez mineurs, et ne pèsent pas bien lourd face à la qualité de l'immersion proposée et à la forte dimension émotionnelle du récit. Une belle découverte.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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gruz
  22 juin 2020
Peut-on penser que le roman post-apocalyptique a encore quelque chose à inventer ? Entre les nombreux chefs-d'oeuvre passés et la crise du COVID-19, une nouvelle venue pouvait-elle encore s'affirmer ? Oui, son nom : Peng Shepherd.
Le livre de M reprend les ingrédients types du genre. Il est donc en synergie avec les nombreux livres déjà parus dans le genre, et leur rend hommage. Mais Shepherd a réussi un miracle.
Oui, ce qu'a réussi l'écrivaine tient de la magie. Il faut du talent pour réinventer une atmosphère. Et il éclabousse chacune de ces 580 pages.
Un petit temps d'acclimatation est nécessaire pour bien entrer dans le roman. Non pas qu'il soit complexe, mais le lecteur doit se laisser imprégner par l'ambiance. Après une cinquantaine de pages, le charme opère et la très grande difficulté sera d'arriver à sortir du livre.
Parce que cette histoire s'insinue dans vos pores et votre âme. C'est le genre de lecture impossible à oublier, qui vous trotte en tête, jusqu'à vous empêcher de démarrer un autre livre ensuite.
Un monde demain. Qui débute avec une attraction de foire, un homme en Inde perd son ombre. le monde s'extasie. Jusqu'à que le phénomène se propage comme un virus, et que les personnes touchées commencent à perdre des pans entiers de leur mémoire.
Mais l'anomalie n'est pas un virus, nous ne sommes pas dans une histoire de pandémie. Même si une partie du résultat est le même.
Lire ce roman au moment de la crise du COVID-19 lui donne une dimension supplémentaire, c'est clair. Les sociétés s'y effondrent comme des châteaux de carte, et on sait maintenant combien elles sont fragiles.
Le parallèle peut s'arrêter là, ou plutôt servir métaphoriquement de réflexion pour la suite de l'intrigue. Les sujets traités sont bien plus vastes qu'un « simple » écroulement de civilisation.
Perdre son ombre est une chose, mais perdre la mémoire en est une autre. Les souvenirs sont la vie. Les voir se déliter progressivement, devenir des réminiscences pour ensuite disparaître, est une situation épouvantable. On perd qui on est, et qui on a aimé. La métaphore autour de la maladie d'Alzheimer est puissante, et violemment marquante.
J'en perds d'ailleurs mes mots à tenter de décrire l'immensité des émotions ressenties durant cette lecture. A les trouver dignes de la fascination engendrée par ceux de la primo écrivaine.
Cette fable noire s'apprivoise. L'écriture, à la fois descriptive et forte, devient au fil des pages un parfait vecteur d'émotions. L'intrigue est surprenante sans jamais tomber dans la surenchère, par touches subtiles ou parfois brutales. Un livre dont il convient d'apprécier tous les passages, et les lire lentement.
C'est un vrai roman fantastique, dans tous les sens du terme, où l'imagination est au pouvoir, et où il convient d'ouvrir son esprit sans toujours attendre des explications. La science ne peut pas tout déchiffrer, il faut l'accepter pour bien se laisser porter par l'ambiance. L'autrice décrit, raconte, mais n'explique pas tout. Un choix gagnant, à mon sens.
Et quelle(s) histoire(s) ! Comme un roman choral, vu à travers les yeux de plusieurs personnages, dont des « sans ombre ». C'est noir, mais si humain.
Des personnages touchants, qui n'ont rien de super-héros, qui pourraient être vous et moi, dans une Amérique qui se désagrège à vue d'oeil. Il fallait cette étincelle d'ombre pour la faire s'effondrer, si loin de ses valeurs d'origine.
L'écrivaine raconte, avec sensibilité quand il le faut (souvent), violence aussi quand c'est nécessaire. Une intrigue immersive qui fait vibrer tant d'éléments dans votre coeur et vos tripes. On s'en rend compte durant les moments où on pose le livre. C'est aussi un récit sur la quête de sens, les relations, le temps, la mémoire. Ces composants qui rendent la vie importante.
Quant aux situations, certaines sont d'une étonnante originalité, rendant ce roman unique par son cheminement, son imagination et son audace. Toujours au service de l'histoire et des personnages.
Et puis, il y a le final. Aussi incroyable qu'éblouissant. Éclatant de magie et d'inventivité. Et qui surtout trouve une conclusion admirable, digne de cette histoire, en lui donnant un vrai sens.
Oui, je pourrais dérouler les superlatifs concernant le livre de M. Mais ils se résument en quelques mots : un des meilleurs livres lus ces dernières années.
Pour un coup d'essai, Peng Shepherd réussit un coup de maître, de ceux qui restent en mémoire pour longtemps. Paradoxal quand on parle d'un monde qui perd la mémoire !
M le béni, qui nous entraîne au bord de l'abîme…
Lien : https://gruznamur.com/2020/0..
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audelagandre
  04 juillet 2020
Arlington, nord de la Virginie. Ory et Max vivent dans un « monde depuis longtemps (…) nettoyé jusqu'à l'os ». Il ne reste rien : très peu à manger, très peu à voler. Chaque journée est une nouvelle bataille qu'il va falloir livrer pour survivre. Tous ces hommes, les derniers, possèdent une chose inestimable, de ces choses qui n'ont pas de prix : les souvenirs, ce qui reste quand on a tout oublié. Et pourtant… Comme le reste, les souvenirs sont amenés à disparaître. Peu à peu, les hommes perdent leurs ombres, et avec elles, leurs souvenirs, comme si celles-ci étaient le réceptacle de tout leur être. Il ne reste alors que deux catégories d'humains : les indemnes, et les sans ombre. Ceux qui se souviennent et ceux qui ont tout oublié. Comment se transmet cette « curieuse maladie » ? Est-elle contagieuse ? Comment s'en préserver ? Peut-on en guérir ? Est-ce une bénédiction ou au contraire une malédiction ?
Nous sommes bien dans un roman post-apocalyptique, plongés dans un futur qui détient les prémices de notre présent. La seule chose que nous possédons vraiment dans ce monde est notre histoire personnelle, notre corps et nos souvenirs. C'est ce qui fait de nous des êtres vivants, de chair et de sang. Qui sommes-nous quand notre corps ne nous appartient plus, que notre mémoire nous lâche tellement profondément que nous pouvons oublier de manger, de boire et même notre faculté de savoir lire ? Que nos souvenirs disparaissent emportant avec eux nos émotions telles que l'amour, la tendresse, l'amitié, le bonheur d'une histoire commune ?
Des personnalités emblématiques hantent ce roman : Max et Ory, Naz une femme iranienne, archer, en lice pour les JO, Hemu Joshi, indien, le premier à perdre son ombre, et « Celui qui rassemble ». Autant de fils rouges à suivre pour ne pas se perdre dans l'Oubli, dans ce monde qui souffre d'un Alzheimer géant, une pandémie qui s'attaque à tous. Toute ressemblance avec des évènements vécus récemment serait purement fortuite… et pourtant ! C'est bien grâce à cette pandémie, que mon esprit a pu s'ouvrir à un genre littéraire pour lequel j'étais totalement réfractaire, ou du moins très frileuse.
Hemu Joshi perd donc son ombre. C'est un événement international, festif, approché comme une bénédiction. Ce jour existe vraiment. C'est un jour où le soleil ne projette pas l'ombre d'un objet à midi, lorsque le soleil est exactement au zénith. Cet étrange phénomène survient une fois par an dans les pays situés entre +23,5 et -23,5 degrés de latitude. Il est intéressant de voir comment Sheng Shepherd transforme cet évènement festif en réalité effrayante, contagieuse et virulente, comment la joie devient inquiétude, et surtout combien il détruit l'humanité à l'échelle mondiale, alors qu'il était préalablement une célébration.
Si le début de roman demande un peu d'investissement personnel, à savoir se laisser prendre par la main pour plonger dans cet univers créé de toute pièce, le reste n'est que pur bonheur lorsqu'on est enclin à suivre Peng Shepherd qui ouvre grandes les portes de son ciel étoilé. Elle choisit de faire converger le monde entier vers un seul endroit que je vous laisse découvrir, un endroit qui symbolise à la fois le renouveau, la possibilité d'une île, l'espoir d'obtenir des réponses. Entre légendes indiennes, culture vaudou, personnages emblématiques, l'auteur parvient avec brio à créer cet autre monde dans lequel le lecteur n'a aucune difficulté à se plonger, comme s'il le reconnaissait pour l'avoir maintes fois frôlé du doigt sans en avoir réellement conscience.
L'ombre est le sujet principal du roman. Elle est le réceptacle, le moteur, l'âme, le centre de chaque être humain. Toute la réflexion du livre est basée sur ce postulat, ce qui revient à s'interroger sur qui nous sommes sans notre ombre. L'idée est brillante, le développement intelligent, les péripéties surprenantes, les conséquences habiles. Une fois ouvert, ce roman est difficile à refermer tant il est questionnant, mais aussi profond. Il m'est venu une réflexion très personnelle durant cette lecture, surtout après cette période très anxiogène de confinement et toutes les choses que j'aie pu voir ou lire : l'humanité mérite-t-elle d'être sauvée ? A-t-elle gagné le droit de conserver sa mémoire ?
À vous de juger… Ne passez pas à côté de ce roman phénomène qui est non seulement magnifiquement écrit, mais qui possède aussi ce supplément d'âme qui touche profondément chaque parcelle de votre être, en temps qu'humain.

Lien : https://aude-bouquine.com/20..
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Le_chien_critique
  04 juin 2020
Comment faire du neuf avec du vieux ? La méthode Peng Shepperd !
Un roman au croisement du Passage de Cronin, de Celle qui a tous les dons de Mike Carey, d'Amatka de Karin Tibeck, mais aussi avec quelques touches de Priest et de Wilson. Mais Peng Shepherd apporte son étrange touche au roman post apocalyptique et fait de son roman plus que la somme de ces références. Classique donc dans sa forme et sa trame, ce roman l'est moins sur le fond, avec cette maladie (?) étrange qui touche la population. Un mal quasi magique...
600 pages, trois jours de lecture en poussant le sommeil dans ses retranchements. Voilà pour le condensé de mon ressenti qui en dit plus qu'un long avis. Et chose surprenante, pas une seule fois je n'ai levé les yeux au ciel face à l'histoire d'amour, je peux donc clamer haut et fort que l'autrice a du talent.
Je n'en dis pas plus, c'est un roman à découvrir sans trop en connaitre dessus afin de se laisser surprendre. Juste une précision pour celles et ceux qui ne sont pas adeptes du post apo, celui ci est loin d'être noir et pessimiste.
Allez, comme je suis sympa, trois lignes qui me sont venues à l'esprit lors de la lecture et qui résume ce que j'y ai trouvé :
Si tu ne sais pas qu'une chose est impossible, c'est donc qu'existe la possibilité de son existence.
Rester, partir. Vivre sa vie comme elle est ou en inventer une meilleure. Que faire ?
Ils ont perdu quelque chose, ils ne sont plus que l'ombre d'eux même.

Avis réalisé dans le cadre d'un service de presse.
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critiques presse (1)
Elbakin.net   15 juin 2020
Si ce roman ne se révèle pas à proprement parler un coup de cœur - on “voit” presque l’autrice progresser au fil d’une bonne moitié de l’ouvrage, qui aurait donc, peut-être, mérité d’être plus ramassé - le final, et ses implications, ont su inverser une tendance longtemps mitigée.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
AderuAderu   06 juillet 2020
Le pire vous savez ce que c'est ? [...]
C'est oublier quelque chose et se souvenir du fait que vous l'avez oublié. [...]
J'aime mieux quand ça va de pair : non seulement on oublie, mais en plus on oublie qu'on a oublié. C'est plus grave, au fond, mais c'est moins cruel. (208)
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AderuAderu   06 juillet 2020
La différence entre une lettre écrite et une lettre dessinée est infime, mais fascinante. (238)
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JustAWordJustAWord   20 mai 2020
À y repenser, c’était presque risible. Ils étaient tous là, robes et vestes de smoking frémissant dans le vent léger de la montagne, le couvert magnifiquement mis, les bougies allumées avant le tiède crépuscule, se préparant à fêter le contraire précisément de ce qui allait se produire : l’union des souvenirs, la promesse de les faire durer longtemps après le départ des invités. Au lieu de quoi ils furent témoins, juste avant minuit, du débarquement de l’Oubli aux États-Unis.
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JustAWordJustAWord   20 mai 2020
Quand tu oublies tout, est-ce que tu vas au même endroit que quand tu meurs ? Je voudrais tant que mes souvenirs soient restés dans un autre endroit de mon corps — n’importe où, les yeux, le bout des doigts, la plante des pieds. Les gens quand ils meurent ont si peur de perdre leur corps — mais à quoi ça sert, un corps ? À rien. Le corps ne se souvient de rien. De rien du tout. Ce n’est pas le corps qu’on devrait avoir peur de perdre.
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YuyineYuyine   10 juin 2020
Les gens quand ils meurent ont si peur de perdre leur corps - mais à quoi ça sert un corps? A rien. Le corps ne se souvient de rien. De rien du tout. Ce n’est pas le corps qu’on devrait avoir peur de perdre.
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