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EAN : 9782072906435
Éditeur : Gallimard (03/09/2020)
3.52/5   64 notes
Résumé :
1968, palais du Potala au Tibet. L'ancienne demeure du Dalaï-lama est occupée, depuis l'exil en Inde du chef spirituel, par une petite troupe de très jeunes gardes rouges fanatisés, étudiants des BeauxArts dirigés par un garçon particulièrement cruel, surnommé « le Loup ». Bstan Pa, ancien peintre du Dalaï-lama, est retenu prisonnier dans les anciennes écuries du palais. Il est repéré par le Loup qui veut lui faire avouer ses crimes contre-révolutionnaires. Les jeun... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Jolap
  31 août 2020
Les prémices du conflit entre la Chine et le Tibet visant l'annexion ont commencé en 1966. le 14 ème Dalaï Lama est exilé en Inde depuis 1959. Nous sommes en 2020. Rien n'est réglé pour les tibétains.
Daï Sijie choisit ce contexte de dominant-dominé pour son nouveau roman.
En 1968 le Palais du Potala, résidence et lieu d'étude et de recherche des Dalaï-lamas successifs, est occupé par des gardes rouges. "Le loup" chef de ces jeunes révolutionnaires fanatiques chinois enferme Bstan Pa, le peintre officiel du Dalaï lama dans les anciennes écuries du palais. Il veut lui faire avouer un crime contre révolutionnaire imaginé de toute pièce. Qui gagnera? le prisonnier ou le bourreau?
Dai Sijie pose une plume extrêmement fine sur cet épisode terrifiant de 1968. Il me semble qu'il n'a pas choisi certains détails par hasard. Les gardes rouges sont étudiants aux beaux-arts. Ils détruisent avec acharnement, avec délectation des pièces d'une grande valeur artistique. Ils étudient l'art et couvrent les stupas d'immondices. Cependant, leur attirance pour l'art ne les empêche pas de profaner les reliquaires des dalaï-lamas, de brûler des piles d'ouvrages calligraphiés à l'encre d'or, de renverser les statues, de détériorer les portraits. Décidément, le fanatisme est un rouleau compresseur destructeur irréfléchi et barbare que rien ne peut arrêter, même pas la passion.
Bstan Pa le sait et pour tenir, pour faire face à la souffrance physique et morale, il va dérouler sa vie comme on déroule un tanka, avec précision et délicatesse. Les souvenirs sublimes affluent nous donnant à nous lecteurs atterrés l'occasion de lire une histoire exceptionnelle, lui donnant à lui la force de tenir.
Ce texte alterne en permanence l'harmonie, la méditation, la sensualité le raffinement et la cruauté, l'horreur, l'acharnement, la destruction.

Le loup et ses sbires cognent de la façon la plus ignoble qui soit et la beauté, sorte d'anesthésiant trouve encore et encore un espace où il se faufile et s'impose.
Qui pliera le premier? Qui sera vainqueur?
Ce texte relativement court peut être le symbole du bouddhisme et de l'esprit des dalaï-lamas, apôtres de la non violence. Il fait partie intégrante du conflit Chine-Tibet. Enfin, à titre individuel, il donne une place de choix à l'harmonie vitale que chacun a en soi et peut développer pour contrer les agressions extérieures.

Je remercie vivement l'auteur, les éditions Gallimard et l'opération Masse critique privilégiée pour m'avoir fait vivre ce moment unique où beauté et laideur s'affrontent. Un livre marquant à plus d'un titre.

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Cannetille
  03 janvier 2021
En 1968, le Tibet est occupé par la Chine, Le Dalaï-Lama en exil, et son palais du Potala aux mains de gardes rouges, acharnés à anéantir objets sacrés et oeuvres d'art bouddhiques. Emprisonné et torturé pour crime contre-révolutionnaire, le vieux Bstan Pa résiste mentalement en se remémorant sa vie de peintre : son apprentissage auprès d'un maître, sa progression jusqu'à sa nomination au service des plus hautes autorités tibétaines, son bonheur de consacrer son existence à la méditation et à la beauté.

En opposant un vieux sage versé dans l'art et la contemplation à une bande de très jeunes révolutionnaires haineux et violents, dans un face à face où, malgré les apparences, l'asservissement de l'un aux autres est loin de paraître définitivement acquis, Dai Sijie réussit à incarner tout le conflit entre une Chine encore aujourd'hui obsédée par la sinisation de son voisin et un Tibet que l'occupation chinoise n'a jamais réussi à vider de sa culture et de son identité.

Face à l'obscurantisme, au fanatisme et à la barbarie, le récit nous fait découvrir, dans un luxe de détails colorés, le raffinement de l'art des tankas, ces rouleaux peints caractéristiques de la culture bouddhiste tibétaine et servant de supports à la méditation. Après avoir suivi leur élaboration minutieuse et l'apparition de leurs couleurs sous les doigts et le pinceau parfois à un seul poil de Bstan Pa, c'est un crève-coeur d'assister à leurs autodafés aux côtés de leur créateur qui, privé de son art, garde la force de continuer à peindre mentalement.

Après la littérature vecteur d'émancipation dans Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie choisit cette fois la peinture pour un nouvel acte de résistance à la violence et à l'aliénation au travers de l'art et de la création. Il nous livre un très beau texte, d'une grande puissance d'évocation et d'une poésie lumineuse, malgré la brutalité qui endeuille ses pages.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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PhilippeCastellain
  17 août 2020
Ma première participation à Masse Critique ! Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour cette découverte.

Peu de peuples, dans la seconde moitié du XXème siècle, ont été traités aussi cruellement que les tibétains, prisonniers dans leur propre pays, obligés de contempler la destruction d'un des plus riches patrimoines du monde et de voir nier jusqu'à l'existence de leur culture. Et peu de sujets font autant partir les chinois au quart de tour. Après l'invasion du Tibet en 1950, la Chine de Mao toléra quelques années son système orthogonal au communisme. Puis la révolution culturelle éclata. Elle fit plusieurs millions de morts, causa des destructions colossales, déchaina une violence et un niveau de cruauté inimaginable… Et suscita l'enthousiasme des intellectuels d'extrême-gauche français. le Tibet la subit de plein fouet. Ses milliers de monastères furent détruits, les trésors qu'ils contenaient brûlés…

Mettre en scène un moine spécialisé dans la peinture sacrée à cette période est donc un choix acéré. L'histoire se construit en alternant les moments du passé, sa formation et ses années dans les sphères du pouvoir, et le présent, où un groupe de Gardes Rouges l'a pris pour cible. Une façon de mieux illustrer l'ampleur des destructions, et la folie collective ayant déferlée sur un pays qui ne cherchait que la paix. La documentation est impressionnante, les références aux lieux, aux coutumes et aux rituels religieux denses et pointues.
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visages
  16 août 2020
Nous sommes en 1968. Mao a lancé sa Révolution Culturelle et le Tibet en paye un lourd tribut. Bstan-Pa désormais un viel homme est arrêté et pris en main par le Loup, un jeune révolutionnaire cruel et pervers. Bstan-Pa a été le peintre officiel du Dalaï lama toute sa vie. Il est donc un ennemi du Peuple. Depuis sa geôle, il va se remémorer toute cette vie au service de son maître puis du Dalaï lama, mais surtout au service de l'Art et d'une spiritualité des plus raffinée et évoluée.A travers ce viel homme, Dai Sijie dépeint à la perfection une société avec ses croyances, ses valeurs, ses rites et son Art splendide. Son raffinement et la façon dont l'auteur décrit avec précision les Tankas , l'immense respect qui anime les tibétains pour le vivant, les matériaux utilisés pour peintre, la beauté des temples etc, tout ceci met en exergue la brutalité et la vulgarité du comportement des révolutionnaires. de fait il apparaît clairement que l'idéologie de Mao est pour certains révolutionnaire prétexte à l'expression de ce qu'il y a de plus vil et Violent en eux. Les caves du Potala m'ont énormément appris sur le Tibet et son art et m'ont donné très envie d'aller admirer ses oeuvres picturales. Cependant le vocabulaire tibétain et les multiples références sur les lieux, les Maîtres, les faits historiques ,les objets,les rituels etc rendent la lecture un peu ardues. J'avoue ne pas avoir toujours été les consulter en fin d'ouvrage pour mieux m'immerger dans l'histoire.Je sais malheureusement que je ne retiendrai qu'une infime partie de toute cette richesse culturelle mais ma connaissance du Tibet et de son Art splendide est cependant bien plus précise aujourd'hui. C'est un ouvrage que je recommande vivement aux amoureux du Tibet et de l'Art, pour les autres, reste le plaisir d'une histoire poignante écrite avec poésie et extrêmement visuelle. Je suis heureuse d'avoir été sélectionnée lors de la dernière Masse critique privilégiée pour découvrir ce roman et j'en remercie Babelio ainsi que les éditions Gallimard.
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Srafina
  08 octobre 2020
Bstan Pa ancien peintre attitré du 13ème Dalaï-lama, se retrouve en 1968, aux mains des gardes rouges chinois, qui après l'invasion du Tibet, saccagent tout : moines, monastère, réfractaires au nouvel ordre, ils détruisent tout ce qui représentent l'art Tibétain depuis des siècles. Triste destinée pour toutes ces oeuvres d'art, archives, tankas, et livres sacrés. Tout est brûlé. En en plus ils veulent avilir encore plus les intellectuels ou les artistes comme Bstan Pa qui fut un grand peintre de tankas, apprécié de tous les hauts dignitaires tibétains.
Ce livre est une alternance entre passé et présent. le pauvre homme est torturé pour lui faire avouer des faits totalement faux sur Le Dalaï-lama. Sa foi toujours présente, son passé lui revient en mémoire et nous fait assister à toute la beauté remplit de sérénité de son art.
Ce livre est à la fois plein de sensibilité, de poésie mais aussi malheureusement elle côtoie de plein fouet la cruauté de l'homme/
Livre fort intéressant sur les subtilités de l'art Tibétain.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique   29 septembre 2020
Il dénonce la folie des gardes rouges de façon si éblouissante qu'on aurait aimé en lire plus.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   03 janvier 2021
Au cours de ce dernier périple, l’état de santé du lama Snyung Gnas s’était tellement détérioré qu’il avait perdu connaissance sur la route qui conduisait à Dingzhou, où la délégation devait prendre le train pour Pékin. Le chirurgien britannique de la compagnie du chemin de fer, qui l’avait opéré en urgence, avait extirpé de son estomac un caillou bariolé de la taille d’un œuf. Il s’y était formé au fil des ans, à cause de la fâcheuse habitude qu’avait le maître de lécher du bout de la langue la pointe de son pinceau imprégné de pigments minéraux, avant de le poser sur la toile. Un geste qu’il avait reproduit des centaines de fois par jour durant sa longue carrière de peintre.
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JolapJolap   26 août 2020
Quand les yeux sombres de la femme se détachent avec éclat sur la toile blanche, un sourire de satisfaction se dessine sur les lèvres du peintre, car il sait mieux que personne qu'il est impossible de rater un portrait quand les yeux sont réussis.
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CannetilleCannetille   03 janvier 2021
Des corneilles faisaient des va-et-vient et rejoignaient l’avant-toit qui abritait la fenêtre, tenant entre leur bec rouge des brins de paille, de crin, ou de la laine abandonnée par une brebis à la pointe d’une ronce. C’était un ballet incessant, ponctué de froissements d’ailes et de croassements chamailleurs. L’une d’elles s’était enhardie jusqu’à pénétrer dans l’atelier, où elle s’était promenée en sautillant sur le plancher, à la recherche de matériaux pour garnir son nid. Elle avait fini par jeter son dévolu sur une croûte sombre, patinée par la poussière, qui s’était brisée alors qu’elle la saisissait dans son bec, dévoilant en son cœur un lumineux fragment d’azurite tombé d’un pinceau trop chargé. Le bleu était la couleur préférée de l’enfant, plus particulièrement l’indigo, avec ses subtils reflets violets, légèrement rougeâtres, comme ceux d’une flamme. Malgré son jeune âge, il l’avait déjà testé sur une toile imprégnée d’un enduit de kaolin, et il avait été enchanté par la finesse des glacis et la richesse des dégradés que permettait cette couleur.
La corneille avait continué d’explorer les taches sur le plancher. Un instant, elle s’était arrêtée devant une éclaboussure vermillon, dont l’intensité, par comparaison, rendait son bec plutôt terne, car Snyung Gnas enrichissait toujours de gomme sa poudre de cinabre finement broyé, pour donner de la brillance à ses vermillons. Elle s’était ensuite approchée de deux constellations vertes : l’une plus mate et granuleuse, dans laquelle Bstan Pa avait reconnu la malachite qu’il avait toujours tant de mal à broyer, mais qui avait l’avantage de résister au temps et à la poussière ; l’autre, particulièrement intense et lumineuse, était ce mélange d’orpiment et d’indigo qu’on appelait le vert perroquet.
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DianaAuzouDianaAuzou   17 août 2020
La corneille avait continué d'explorer les taches sur le plancher. Un instant elle s'était arrêtée devant une éclaboussure vermillon, dont l'intensité, par comparaison, rendait son bec plutôt terne... Un bruit sec, métallique, le sortit brusquement de ses rêveries : celui de la culasse du fusil que le Loup actionnait... Une corneille cendrée, qui avait sans doute perçu le danger, tournoya au-dessus du bâtiment en poussant des croassements inquiets... Soudain elle piqua sur le groupe d'envahisseurs qui menaçaient sa progéniture dans une descente si fulgurante qu'elle frôla presque le canon du fusil, avant de rejoindre son nid. A ce instant le Loup appuya sur la queue de détente de son arme et la corneille tomba d'un coup à la verticale, entraînant dans sa chute le nid qui abritait deux oisillons, le corps couvert d'un fin duvet de citron. Il s'approcha des deux innocents et vida sur eux le reste de ses cartouches.
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DianaAuzouDianaAuzou   17 août 2020
A Pékin, il avait passé un temps fou à broyer lui-même une améthyste et à en pulvériser les grains car la finesse du pigment était déterminante dans l'art des tankas... Plus les particules pigmentaires étaient écrasées, plus elles absorbaient la colle et plus elles absorbaient la lumière... "Broie encore, mon enfant", lui avait inlassablement répété son maître au cours de son apprentissage."L'améthyste est comme le cinabre. Si tu la broyait tous les jours pendant vingt ans, la couleur en serait toujours plus belle."
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Entretien avec Dai Sijie à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com le 15 avril 2019. Découvrez les mots choisis par l'auteur pour évoquer son roman 'L'Évangile selon Yong Sheng', paru chez Gallimard. Retrouvez toutes les critiques de 'L'Évangile selon Yong Sheng' sur Babelio : https://www.babelio.com/livres/Sijie-Lvangile-selon-Yong-Sheng/1116403
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