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EAN : 9782253142973
188 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (19/02/2003)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 112 notes)
Résumé :
Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible. Le dimanche - c'était le 4 avril -, la pluie s'était mise à tomber à verse dès trois heures de l'après-midi. A ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l'écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral. deux péniches à moteur avalantes, un bateau de déchargement et une vidange. Un peu a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
HORUSFONCK
  02 avril 2019
Ce Charretier de la Providence, je l'ai lu avec La chanson de Brel "L'éclusier" en tête et son inimitable accord d'accordéon.
Il y fait humide, il y fait froid, il y fait lent! À la vitesse de ces bateaux qui empruntent un canal aux innombrables écluses.
Ça se passe vers 1930, à l'époque ou la batellerie dépendait encore des solides chevaux menés par leurs charretiers sur ces chemins de hallage loin de tout.
Simenon, artiste-peintre des atmosphères lourdes, amples et puissantes; amène le commissaire Maigret dans ce milieu de la navigation fluviale syncopée par le passage des biefs et des écluses. Dans ces cafés/épiceries/ écuries qui fleurent bon le vin et l'odeur du goudron et des chevaux.
Et Maigret ("Autant...") , opiniâtre, massif, bloc humain, suit une piste de boue, de nuit et de tout petits matins qui doit le mener à une seule vérité de qui a commis deux assassinats. Les deux victimes étaient sur le yacht Southern Cross, qui emprunte le canal pour se rendre à...Porquerolle. le Southern Cross, tel un insecte qui se faufile en trématant les grosses et placides péniches. le Southern cross et son parfum anglais de whisky dont abuse son capitaine , un lord et ex-colonel de l'armée britannique.
Une enquête du célèbre commissaire, qui vaut plus par son atmosphère et le milieu décrit que par l'énigme des meurtres en elle-même.
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Woland
  18 septembre 2014
Ici encore, Simenon retourne aux sources du roman populaire. Sous la plume d'un autre, les bases de son intrigue policière et le personnage de Jean, le charretier, auraient sombré dans le ridicule et le mélo. Mais la recherche de l'auteur, en quête d'une façon unique et jamais vue de raconter une histoire policière, et sa maîtrise de l'écriture qu'il doit sans doute autant à sa nature foncière qu'à un travail acharné dans les colonnes du journalisme de l'époque, retournent la situation comme une crêpière habile le ferait d'une pâte un peu trop lourde. "Le Charretier de la Providence" n'est pas seulement un roman policier, c'est surtout un drame humain singulièrement poignant, auquel assiste un lecteur peu à peu fasciné par sa profondeur et son absurdité.
A l'origine, évidemment, un cadavre. Celui d'une jeune femme retrouvée ensevelie dans la paille de l'écurie, sur l'une de ces péniches qui, non encore dotées d'un vrai moteur, qui remontent les chemins fluviaux en se faisant haler sur une partie du chemin par des chevaux. Nous sommes en effet à la fin des années vingt. Comment ce cadavre, celui d'une femme soignée, bien habillée et visiblement à mille lieues de l'univers de la batellerie, a-t-il fini dans la paille de "La Providence" ? Sur son cou, de grosses marques noires : elle a été étranglée par quelqu'un qui possède une sacrée poigne.
Sur "La Providence", personne n'a rien vu, personne ne sait rien et la péniche reprend bien vite sa route. (Il faut dire que, alentour, on n'a rien vu et on ne sait rien de plus. ) On finit cependant par identifier le corps : c'est celui de la troisième épouse d'un yachtman anglais, ancien officier de l'Armée des Indes, qui remontait lui aussi le cours de la Seine, entre deux péniches. Mais cette identification ne fait que placer un nom sur le corps d'une victime d'assassinat. Rien sur l'identité de son meurtrier et moins que rien quant à la façon dont cette bourgeoise bien nantie a atterri auprès des chevaux endormis de "La Providence."
Maigret est perplexe. On le serait à moins. A cela s'ajoute le fait que les autorités françaises n'ont aucune envie de troubler le veuf, ce gentleman qui, certes, aime à se pochetronner un peu plus que la moyenne mais qui est aussi un sujet, respectueux et décoré, de Sa Très Gracieuse Majesté. Surtout pas d'incident diplomatique !
Là, Maigret s'énerve. Si l'on excepte ses rapports délicats avec l'inspecteur Malgracieux, on ne peut pas dire qu'il fasse souvent dans la diplomatie. Et puis, disons-le tout net, il soupçonne fortement le mari (et l'amant, car la disparue avait son amant sur le yacht, de même que son époux voyageait avec sa maîtresse). Sans compter que ce n'est tout de même pas parce que l'Anglais a été décoré par George V qu'il faut tout lui passer !
Cette répugnance de Maigret, il le reconnaîtra lui-même, va sinon le bloquer, en tous cas l'orienter dans une mauvaise direction. Mais, dans un sursaut, il retrouve vite la seule piste valable et entreprend de la suivre ... à bicyclette - et sur soixante-dix-huit kilomètres, avec la pluie et la boue pour toutes compagnes. (L'idée du commissaire à bicyclette m'a beaucoup amusée, je dois l'avouer.)
Au-delà du crime, il y a aussi la passionnante promenade dans un milieu bien particulier, celui de la batellerie au temps où elle employait encore des chevaux ou des mulets, et cette façon unique qu'a Simenon de "croquer" ses personnages, principaux comme secondaires, par un ou deux détails qui, très vite, s'imposent à l'esprit du lecteur et leur donnent une étonnante réalité. Si peu de détails dans le fond et pourtant, on pourrait presque les toucher ... Il n'y a guère que leurs motivations qui nous échappent. L'écrivain nous en distille bien çà et là un éclat, un miroitement fugitif, à peine aperçu qu'il s'évanouit tout de suite dans la foule d'interrogations qu'il suscite. Mais cela s'arrête là. Par exemple, par la force des choses (il a les côtes éclatées et ne peut plus parler), on ne saura jamais ce que le charretier de la Providence voulait confier à Maigret. Et l'on reste là, le livre terminé, à se demander, à rêver ...
Le miracle s'est accompli : le lecteur s'est si bien "simenonisé" qu'il n'a même plus envie de savoir. le rêve lui suffit ... ;o)
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Lavieestunlongfleuvetranquille
  04 février 2020
Le commissaire Maigret va résoudre une enquête sans réelle difficulté, avec son caractère légendaire dans le milieu maritime fluvial.
Deux morts par strangulation, des personnages atypiques que la vie n'a pas épargné pour des raisons diverses vont aboutir, finalement et doucement, à la découverte d'un drame de la vie d'une quasi banalité criminalistique.
C'est ça le vrai génie de Simenon, celui nous faire vivre un drame d'une banalité foudroyante dans sa conception, comme le résultat des faiblesses de la vie, ou notre côté sombre prend irrésistiblement, sans aucune autre issue, les rênes de notre destinée avec une pointe d'humanité démoniaque.
Deuxième "Maigret" sous son patronyme, l'auteur impose un style inimitable, avec encore quelques maladresses (celle du titre est fameuse...) qui restera sa marque de fabrique dans le monde du polar.
Maigret s'installe, prend son temps, fume sa pipe, observe, récupère l'atmosphère de la scène du crime, s'en imprègne doucement pour tisser sa toile et nous livrer une intrigue ou l'homme banal, celui d'une classe moyenne voire pauvre explose de singularité pour exprimer ses doutes et ses sentiments.
Le miroir de cette société n'est pas déformant, et cela contribue à instaurer un malaise indéfinissable chez le commun des lecteurs.
S'il fallait une autre raison de (re)lire Simenon et en particulier cette oeuvre singulière, elle pourrait trouver son fondement dans le caractère historique de l'action.
Nous ne connaîtrons plus ce monde maritime fluvial sous cette forme, avec ses codes et son langage fleuri, les éclusiers ont disparu comme les gardes barrières de chemin de fer.
Cet environnement va à merveille avec "l'esprit" Maigret... le long cheminement des péniches, tirées par des chevaux le long des canaux bordés de roseaux sous une bruine au coeur de la France incite, bien évidemment, à contempler ces évènements avec sérénité.
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Enagrom
  30 avril 2020
Le décor de ce Maigret invite à la tranquillité et à la quiétude. J'ai découvert l'univers des écluses et le quotidien des habitants qui vivent le long des canaux de la Marne. C'est un décor que Simenon lui même a bien connu et dont il se sert pour y planter son intrigue.
Le corps d'une femme étranglée est découvert par deux charretiers sous la paille dans une grange à côté de l'écluse de Dizy. Il s'agit de la femme d'un colonel anglais possédant un yatch. Flegme britannique ou autre chose, ce décès ne succite pas beaucoup d'émoi à bord.
L'enquête de Maigret avance au rythme des peniches, j'ai trouvé cette lecture empreinte d'humanité très agréable.
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Baluzo
  07 mai 2019
Avant tout une atmosphere qui vient d'une ecriture ancrée ( c'est le cas de le dire) dans ce monde à part qui a été celui des écluses et des peniches. Un souvenir d'enfant d'avoir vu cette histoire à la télé ( JEan Richard je crois qui jouait Maigret ) et ce sentiment vague du "déjà lu" qui flotte , page apres page. Mais evidemment, on ne se souvient pas du dénouement ...Et c'est plutôt mieux comme cela!
A lire ou relire ou redécouvrir!
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   20 septembre 2014
[...] ... Le yachtman bougea à peine la tête pour regarder le portrait. Puis il examina Maigret, soupira :

- "Police ?"

Il avait un fort accent anglais, une voix fatiguée.

- "Police Judiciaire ! Un crime a été commis ici la nuit dernière. La victime n'a pas encore pu être identifiée.

- Où elle est ?" questionna l'autre en se levant et en désignant le portrait.

- "A la Morgue d'Epernay. Vous la connaissez ?"

La face de l'Anglais était impénétrable. Maigret remarqua pourtant que son cou énorme, apoplectique, était devenu violacé.

Il prit sa casquette blanche qu'il posa sur son crâne dégarni, grommela d'abord en anglais en se tournant vers son compagnon :

- "Encore des complications !"

Puis, enfin, indifférent à l'attention des mariniers, il déclara en tirant une bouffée de sa cigarette :

- "C'est mon femme !"

On entendit plus nettement le crépitement de la pluie sur les vitres et même le grincement des manivelles de l'écluse. Le silence dura quelques secondes, absolu, comme si toute vie eût été suspendue.

- "Vous paierez, Willy ..."

L'Anglais jeta son ciré sur ses épaules, sans passer les manches, grogna à l'adresse de Maigret :

- "Venez dans le bateau ..."

Le matelot qu'il avait appelé Vladimir acheva d'abord la bouteille de champagne, puis s'en fut comme il était venu, en compagnie de Willy.

La première chose que vit le commissaire en arrivant à bord fut une femme en peignoir, pieds nus, cheveux défaits, qui sommeillait sur une couchette de velours grenat.

L'Anglais lui toucha l'épaule et, avec le même flegme que précédemment, sur un ton exempt de galanterie, commanda :

- "Va dehors ..."

Puis il attendit, le regard errant sur la table pliante où il y avait un flacon de whisky et une demi-douzaine de verres sales, ainsi qu'un cendrier débordant de bouts de cigarettes.

Il finit, machinalement, par se verser à boire, poussa la bouteille vers Maigret d'un geste qui signifiait :

- "Si vous en voulez ..."

Une péniche passait à ras des hublots et le charretier, à cinquante mètres de là, arrêtait ses chevaux dont on entendait tinter les grelots. ... [...]
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WolandWoland   20 septembre 2014
[...] ... Comment la femme était-elle venue là ? Pourquoi ? C'était la question que la police d'Epernay, le Parquet, les médecins, les techniciens de l'Identité Judiciaire s'étaient posée avec ahurissement et que Maigret tournait et retournait dans sa lourde tête.

Elle avait été étranglée, c'était une première certitude. La mort remontait au dimanche soir, vraisemblablement vers les dix heurs et demie.

Et le cadavre avait été découvert, dans l'écurie, un peu après quatre heures du matin.

Aucune route ne passe près de l'écluse. Rien ne peut y attirer quelqu'un qui ne s'occupe pas de navigation. Le chemin de halage est trop étroit pour permettre le passage à une auto. Et, cette nuit-là, il eût fallu patauger jusqu'à mi-jambe dans les flaques d'eau et dans la boue.

Or, la femme appartenait de toute évidence à un monde qui se déplace plus souvent en voiture de luxe et en sleeping qu'à pied.

Elle ne portait qu'une robe de soie crème et des chaussures en daim blanc qui étaient plutôt des chaussures de plage que des souliers de ville.

La robe était fripée, mais on n'y relevait pas une tache de boue. Seul le bout du soulier gauche était encore mouillé au moment de la découverte.

- "Trente-huit à quarante ans !" avait dit le médecin après l'avoir examinée.

Ses boucles d'oreilles étaient deux perles véritables, valant environ quinze mille francs. Son bracelet, en or et platine, travaillé dans le goût ultramoderne, était plus esthétique que coûteux mais portait la signature d'un joaillier de la place Vendôme.

Les cheveux étaient bruns, ondulés, coupés très court sur la nuque et aux tempes.

Quant au visage, défiguré par la strangulation, il avait dû être d'une joliesse assez remarquable.

Une femme, sans doute, du genre pétillant.

Ses ongles, manucurés, vernis, étaient sales.

On n'avait pas retrouvé de sac-à-main près d'elle. Les polices d'Epernay, de Reims et de Paris, munies d'une photographie du cadavre, essayaient en vain, depuis le matin, d'établir son identité. ... [...]
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EnagromEnagrom   30 avril 2020
Le bief, au-dessous de Vitry-le-François, était encombré. C'est à peine s'il paraissait possible de se faufiler à la gaffe entre les bateaux qui attendaient leur tour.
Et pourtant, les portes ouvertes, l'eau bouillonna autour de l'hélice. Le colonel, d'un geste indifférent embraya.
Et le Southern Cross prit d'un seul coup toute sa vitesse, frôla les lourds chalands, au milieu des cris, des protestations, mais n'en toucha pas un seul.
Deux minutes plus tard, il disparaissait au tournant et Maigret prononça à l'adresse de Lucas qui l'avait accompagné :
- Ils sont tous les deux ivres morts !
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BibliorozBiblioroz   19 février 2018
A gauche, une salle de café pauvre, avec de la toile cirée brune sur les tables, des murs peints moitié en brun, moitié en jaune sale.
Mais il y régnait une odeur caractéristique qui suffisait à marquer la différence avec un café de campagne. Cela sentait l’écurie, le harnais, le goudron et l’épicerie, le pétrole et le gasoil.
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porthosporthos   29 septembre 2012
L’éclusier de Dizy lui avait dit en plaisantant :
— Quand il ne pleut nulle part ailleurs, il y a au moins deux endroits où on est sûr de voir tomber de l’eau ici et à Vitry-le-François…
Maigret approchait de cette ville et il commençait à pleuvoir à nouveau ; une pluie toute fine, paresseuse, éternelle
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À lire – Clémentine Mélois, Dehors, la tempête, Grasset, 2020. Le Mercredi 4 mars 2020 - 19H00
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