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EAN : 9782253142928
190 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (02/01/2003)
  Existe en édition audio
3.59/5   514 notes
Résumé :
Vendredi 7 novembre.
Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort.
Seules les trois fen... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (73) Voir plus Ajouter une critique
3,59

sur 514 notes
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jeunejane
  25 février 2019
Le roman a été écrit en 1931 dans les premiers de la série des "Maigret".
Le commissaire qui ne semble pas encore célèbre est envoyé à Brest. Non loin de là, à Concarneau, se produisent des faits étranges.
Des notables qui jouaient tranquillement aux cartes vont être passablement secoués.
L'un d'entre eux, joyeusement ivre, sort de l'hôtel de l'Amiral et reçoit une balle dans le ventre. Le lendemain, c'est le journaliste Servières qui disparaît. Le docteur Michoux tremble de peur.
De la strychnine flotte dans les verres de Pernod.
Un chien jaune maigre traîne autour d'Emma, la serveuse de l'hôtel. Il sème la peur.
Des pas de grande pointure sont repérés.
Maigret est assisté de son jeune collègue Leroy.
Le premier travaille par intuition, par déduction et le jeune essaie avec les moyens du bord d'effectuer des moulages, de relever des empreintes.
Finalement, le mystère sera levé à partir d'Emma et de son amoureux , un marin, qui avait de quoi en vouloir aux notables de Concarneau. Une sombre affaire qui se termine bien.
Le roman est structuré à merveille, très bien écrit, nous révèle la vie et les habitudes de 1930 avec cette obéissance que les femmes montraient aux hommes. Une pitié !
Un récit d'un autre temps.
Je ne les ai pas lus tous au contraire de mon père né en 1922.
Mes préférés sont " Le pendu de Saint-Pholien"et "L'affaire Saint Fiacre" .
J'apprécie beaucoup la présentation "collector" de celui-ci et pour un prix très modique.
Simenon et son "Maigret" méritent quand même de belles présentations.

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Deleatur
  28 juillet 2020
Il n'est jamais trop tard pour découvrir Simenon... Comme j'ai voulu faire les choses dans les règles, j'ai choisi un Maigret, et un des premiers et des plus connus. Soyons honnête, si j'ai commencé par celui-là, c'est aussi parce qu'il s'agit de l'un de ceux que l'on est à peu près certain de trouver en entrant chez un bouquiniste.
N'avoir jamais lu Maigret tout en ayant vu la plupart de ses films pose évidemment une sorte de problème. Je ne connais ni Pierre Renoir ni Michel Simon dans le rôle, et Jean Richard m'a toujours paru un peu fadasse, quoique bien sympathique. Je suis par ailleurs assez curieux de découvrir ce que Rowan Atkinson peut faire du personnage.
Mais pour moi, c'est très simple : Maigret aura toujours la gueule de Gabin.
Dans le Chien jaune, je croyais deviner sa silhouette massive à tous les coins de page, et entendre sa voix dans chaque dialogue. Simenon n'imaginait sans doute pas que son Maigret pourrait ainsi se confondre avec un acteur (et je crois d'ailleurs que Gabin n'était pas son Maigret préféré), mais en ce qui me concerne cette incarnation du personnage, au sens propre, a incontestablement rajouté à la saveur de ma lecture.
L'identification de Maigret à un visage de cinéma est d'autant plus facile que Simenon caractérise très peu son héros. Il ne faut pas s'attendre en effet à ce que l'auteur se fende d'un portrait du commissaire. Maigret, c'est d'abord un taiseux. Quelqu'un qui parle peu, parce qu'il lui suffit d'être là. Maigret, c'est une présence, un Oeil scrutateur. Et s'il ne dit rien, il fait parler tout le monde, tamisant ses indices au fil des phrases perdues.
Un second charme incontestable du livre est le côté en quelque sorte régionaliste de l'histoire : une enquête à Concarneau, ça me parle. Si on rajoute à ça, l'âge du livre étant ce qu'il est, que cette enquête se déroule au début des années Trente, voilà qui me ravit doublement. Certes, le roman est court, mais Simenon peaufine son ambiance, sans grandes phrases ni longues descriptions, mais d'une façon très efficace. On y est, tout simplement.
Presque secondaire, le crime n'est là-dedans qu'une simple pelote à dévider afin de mettre à nu un microcosme pas très reluisant. Et ce petit bijou d'atmosphère m'a renvoyé du coup à toute une autre série de références : les films de Carné et leur réalisme poétique, ou bien ceux de Duvivier, à la noirceur plus naturaliste. Des pavés mouillés par la pluie, un bistro à l'ambiance glauque, des destins malheureux et toute la chiennerie de la vie... Un vrai régal, quoi.
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Dionysos89
  20 juin 2012
Lecture faite pour le collège, le Chien Jaune n'éveille en moi que de bons et beaux souvenirs. Sixième aventure de Maigret écrite par Georges Simenon, elle permet une introduction simple et rapide dans l'univers du célèbre commissaire porté de très nombreuses fois à la télévision.
Tout d'abord, le Chien Jaune est évidemment un polar local comme le savait si bien en écrire Georges Simenon. Ici, c'est Concarneau, la ville fortifiée, qui est mise en valeur : des petites rues aux quais, nous suivons le commissaire Maigret à la découverte de cette ville embrumée par son climat, mais riche d'une atmosphère particulière. Pour revenir au titre-même de ce roman, le Chien Jaune, c'est aussi et d'abord un témoin particulier des scènes de crime : Maigret doit déjà aiguiser ses talents d'ami des animaux pour dénouer les ficelles de cette affaire. Maigret, d'ailleurs, LE personnage parfait du commissaire bourru, justicier solitaire, qui ne fait appel aux renforts que pour constater sa réussite, figure maintes fois réutilisées depuis : Georges Simenon magnifie son héros par sa simplicité, son esprit et son charisme. Enfin, comme c'est du Georges Simenon, cela se lit avec une relative facilité, tout en y incorporant des procédés stylistiques bienvenus pour rendre notre chère langue française encore plus belle.
Bref, le Chien Jaune, un roman policier rapide comme tout, qui se fait plutôt illustrateur sous certains côtés, mais vu comment Georges Simenon écrivait vite en ce temps-là (1931), rien de grave là-dedans : une très bonne enquête qui laisse de bons souvenirs finalement.
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Woland
  24 septembre 2014
En pays breton, on dit de quelqu'un qui n'attend pas que le ciel lui tombe tout rôti dans le bec, de quelqu'un qui travaille donc, se montre courageux et ne laisse sa tâche à personne, de quelqu'un aussi qui est débrouillard, vif et prompt à prendre une décision, qu' "il n'a pas les deux pieds dans le même sabot." C'est la définition qui correspond à mon sens au mieux à ce "Chien Jaune" de Simenon, un roman où, même si Maigret pense et cogite toujours autant, l'action domine l'essentiel du récit.
En effet, à l'Hôtel de l'Amiral de Concarneau, où le commissaire Maigret, alors en détachement à Rennes, est dépêché suite à une tentative de meurtre sur la personne d'un honnête notable de la petite ville - a-t-on jamais rencontré d'ailleurs de notable qui ne fût point honnête ? - les actes criminels s'enchaînent avec une précision implacable. Des bouteilles de Pernod et de calvados empoisonnées à la strychnine dès le jour même de l'arrivée de Maigret jusqu'à la mort - toujours par absorption de poison - d'un second notable compagnon de bouteille et de bamboche du premier, en passant par la "disparition" du journaliste local, qui connaît tout le monde et peut-être tout sur tout, et dont on ne retrouve que la voiture avec de nombreuses taches de sang à l'intérieur, tout va à une vitesse singulière et tout à fait inhabituelle pour l'amateur de Maigret : c'est un véritable tourbillon, qu'accompagnent en mesure la pluie et le vent bretons, particulièrement en grande forme dans "Le Chien Jaune". (Et je ne vous dis rien de la boue dans les rues et sur la lande : un vrai régal ! )
L'astuce de Simenon dans ce roman consiste d'une part à ralentir les réflexions du commissaire et, d'autre part, à ne pas donner au lecteur le temps de raisonner. Maigret n'a pas terminé un interrogatoire que, paf ou boum ! il se passe à nouveau autre chose et il doit agir en urgence, entraînant à sa suite un lecteur qui, bien sûr, veut comprendre mais dont les montées d'adrénaline successives handicapent lourdement les facultés de compréhension. le coupable est-il celui-là ? Ou alors cet autre ? A moins que ce ne soit Emma, la fille de salle tellement résignée qu'on peut la soupçonner de toutes les révoltes ? Et qui est ce vagabond énorme, éternellement accompagné d'un chien jaune, qui va et vient tout autour ? Pour le maire, qui est apparenté au ministre de l'Intéreur , pas de doute : ce vagabond est l'assassin, il faut l'arrêter. Maigret, lui, est loin d'en être aussi certain ... Et cet hypocondre de Dr Michoux - qui, d'ailleurs, n'a jamais exercé ? Que cache-t-il de si terrible pour se retrouver tout heureux enfermé dans une cellule parce que, de son propre raisonnement, l'Assassin ne pourra ainsi s'en prendre à lui ? Il y a bien cette histoire comme quoi, bien des années auparavant, une diseuse de bonne aventure lui aurait prédit que la Mort s'avancerait vers lui aux côtés d'un chien jaune mais Maigret a beau être compréhensif - et nous aussi - on n'y croit guère ...
De tous temps, "Le Chien Jaune" a bénéficié d'une excellente presse parmi les amis de Simenon et de Maigret. C'est un roman chaleureux, plein de vie et de notations attachantes, avec un Assassin remarquable tant par son cynisme que par la brutalité avec laquelle il se révèle à tous lorsque le commissaire démêle enfin l'écheveau du mystère. Les victimes, d'abord pâlotes et presque indistinctes dans ce furieux remue-ménage, deviennent de plus en plus attachantes - je parle des vraies victimes, si vous lisez le roman, vous comprendrez la nuance. Seul regret à exprimer : l'assassinat du fameux chien jaune qui a si fidèlement tenu compagnie à son maître - et inquiété tant de mauvaises consciences parmi les notables du coin.
... Pourtant, dans un sens, cette mort était nécessaire : elle achève de conférer au roman sa tonalité intimement tragique. "Le Chien Jaune" ? Un incontournable de Georges Simenon et un livre qui, fidèle à la région où se situe son action (le Finistère) n'a certainement pas les deux pieds dans le même sabot. ;o)
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morganex
  21 novembre 2020
Concarneau. Une nuit d'hiver des années vingt ou trente. L'obscurité. le port désert. le froid. La pluie. Les barques s'entrechoquant dans la tempête qui s'annonce. Les faibles lumières d'un café dont la porte s'ouvre ; des cris, des rires s'en échappent ; une silhouette ébrieuse s'en va le long du quai, elle titube. Un coup de feu, l'homme s'affale. C'est un notable. Maigret, détaché de Paris, enquête. Une disparition, une tentative d'empoisonnement dans la foulée: deux autres notables sont concernés. Dans le café de l'Hôtel de l'Amiral où Maigret porte toute son attention, un gros chien jaune, pouilleux et sale, que personne ne connait, se couche dans la sciure sur le parquet et attend au pied de la caisse enregistreuse. Il va devenir le noeud par lequel tout se dénouera d'une sombre affaire locale. Il apparaitra vite comme le témoin probable mais silencieux d'un passé revenu demander des comptes, expliquer un présent où se mêlent crimes et silences des uns et peur palpable des autres.
Ce n'est qu'un début, la suite appartient au récit…
« le chien jaune », écrit en 1931, est un des premiers Maigret, le sixième seulement dans la bousculade des 75. Je ne suis, jusqu'à présent, jamais descendu aussi bas dans l'ordre chronologique de la série. Mon choix initial fut d'y picorer au hasard, sur le fil des acquisitions successives. Mon ressenti, concernant cet opus, bien que positif, est curieux, bizarre, fuyant, malaisé à définir. Je n'écris pas mitigé : ce Maigret là est excellent, comme tous les autres déjà lus, jamais un en dessous de la moyenne ; là n'est pas le problème, si même d'ailleurs problème il y a.
Alors, quoi, que se passe t'il ?
Du déjà lu et oublié ? Sûr que non : l'épilogue, singulier et glauque à souhait, me serait resté en mémoire. Simenon, comme à son habitude, s'y montre peu enclin à concéder le moindre crédit au genre humain ; même si Maigret au bout du bout libère une bouffée d'espoir.
Du déjà vu ? Pas plus : une seule adaptation ciné en 1932 dont j'ignorais l'existence, deux téléfilms par la suite avec Jean Richard (le premier en N&B, le second en couleurs) que je n'ai jamais vu.
On y trouve, en ébauche déjà bien dégrossie, le Maigret à venir. Celui qui, dans sa singularité, attirera l'attention, l'empathie du lecteur et le succès de la série. Ce qu'il est, à gros traits, ira en s'affinant sur le fil des épisodes:
_sa silhouette pachydermique éternelle, pipe, chapeau melon et pardessus inclus, sa fausse nonchalance, ses yeux bovins, son intuition à défaut d'intelligence ;
_son caractère grognon, bourru, un rien taiseux, quelquefois paternaliste ;
_sa faculté à se faire oublier, à se faufiler sans heurts entre les choses et les êtres, celle de se rendre invisible, de se noyer dans la masse (les journalistes qui envahissent bruyamment le café lui servent de paravent derrière lequel il observe, sourit, s'interroge, compatit ou s'énerve) ;
_sa patience à l'écoute des autres, de ce qu'ils disent et taisent, de leurs failles, forces et faiblesses. On le sent aux aguets des sons creux ou pleins qu'ils renvoient sous les assauts de la moindre haine, passion, ambition ou peur qui les agitent. le maitre mot du « Chien jaune » est la peur, celle par exemple qui verrouille, on ne sait pourquoi, le Dr. Michaux ; celle d'Emma, la servante, qui par instants laisse échapper des notes d'espoir sur le masque figé qu'elle s'impose ; celle des habitants de Concarneau qui peu à peu s'inquiètent au-delà de leur curiosité malsaine première (un étrange vagabond rôde, un colosse, des mains en battoirs, du 46 aux pieds). L'atmosphère générale en devient suffocante, fiévreuse et instable ;
_ ses rapports distants avec les avancées de la police scientifique. On ne change pas ce qui marche. Un adjoint à peine sorti d'école reste ébahi devant sa fausse apathie, ses yeux dans le vide face à des empreintes de pied dans la boue, le fait qu'il fasse fi des indices matériels le laisse pantois ;
_sa prédisposition marquée pour le bon vin, la bière, la nourriture de choix (pas de Mme Maigret dans cet épisode) et les repos compensateurs ;
_ses rapports difficiles, souvent houleux, avec sa hiérarchie et les hommes de pouvoir, la prudence et la distance qu'il leur impose l'air de rien ou de manière définitive (ici le maire de Concarneau s'entend dire : « J'entends qu'on me f … la paix ») ;
_ ses enquêtes ponctuelles en province, souvent à la rencontre du noeud vérolé d'une notabilité locale, dédaigneuse et méprisante, détestable et hautaine, prisonnière d'un entre-soi silencieux qui ne demande qu'à se dénouer aux yeux de tous, face à de petites gens taiseux et hypocrites ou tout simplement honnêtes et vindicatifs.
Tout Maigret est donc déjà là dans ce « Chien jaune », on y trouve l'essentiel de son personnage singulier et atypique. Mais il m'est apparu incomplet, m'a-t-il semblé, amputé de ce qu'il n'était pas encore, comme en construction, en devenir, en promesse de plus grande ampleur. Ce Maigret là m'a semblé dans l'attente des menus détails qui suivront, qui s'accumulant au fil des épisodes, rendront peu à peu un personnage plein et totalement cohérent, méritant une vraie vie. Curieuse sensation anachronique qui donnera peut-être raison à celles et ceux qui mettent en avant la nécessité de lire le cycle dans l'ordre de parution ?
« le chien jaune » devient donc un classique de la série, il reste accroché à Maigret comme deux parties de Velcro l'une à l'autre. Souvent pour les addicts ce fut le premier Maigret lu, celui décisif qui attira tous les autres. Il est devenu un axe, un point d'ancrage dans la sarabande des titres qui précèdent et suivent. On le cite dans les collèges au rang des lectures souhaitables, pour pousser vers d'autres Simenon, mais surtout pour appâter vers la littérature tout court. Sacré retour pour un petit polar qui l'air de rien…

Lien : https://laconvergenceparalle..
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   05 décembre 2013
Maigret regarda à travers les vitres. Il ne pleuvait plus, mais les rues étaient pleines de boue noire et le vent continuait à souffler avec violence. Le ciel était d'un gris livide.
Des gens revenaient de la messe. Presque tous avaient Le Phare de Brest à la main. Et tous les visages se tournaient vers l'hôtel de l'Amiral tandis que maints passants pressaient le pas.
Il y avait certes quelque chose de mort dans la ville. Mais n'en était-il pas ainsi tous les dimanches matin? La sonnerie du téléphone résonna à nouveau. On entendit Emma qui répondait :
"Je ne sais pas, monsieur... Je ne suis pas au courant... Voulez-vous que j'appelle le commissaire?... Allô!... Allô!... On a coupé...
- Qu'est-ce que c'est? grogna Maigret.
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WolandWoland   24 septembre 2014
[...] ... - "Ecoutez, Kervidon ... Il faut immédiatement nous analyser le contenu de cette bouteille et des verres ...

- Aujourd'hui ? ...

- A l'instant ! ...

- Quelle réaction dois-je essayer ? ... Qu'est-ce que vous pensez ? ..."

Jamais Maigret n'avait vu poindre aussi vite l'ombre pâle de la peur. Quelques instants avaient suffi. Toute chaleur avait disparu des regards et la couperose semblait artificielle sur les joues de La Pommeret.

La fille de salle s'était accoudée à la caisse et mouillait la mine d'un crayon pour aligner des chiffres dans un carnet recouvert de toile cirée noire.

- "Tu es fou ! ..." essaya de lancer Servières.

Cela sonna faux. Le pharmacien avait la bouteille dans une main, un verre dans l'autre.

- "Strychnine ..." souffla le docteur.

Et il poussa [le pharmacien] dehors, revint, tête basse, le teint jaunâtre.

- "Qu'est-ce qui vous fait penser ... ?" commença Maigret.

- Je ne sais pas ... Un hasard ... J'ai vu un grain de poudre blanche dans mon verre ... L'odeur m'a paru bizarre ...

- Autosuggestion collective ! ..." affirma le journaliste. "Que je raconte ça demain dans mon canard et c'est la ruine de tous les bistros du Finistère ...

- Vous buvez toujours du pernod ? ...

- Tous les soirs avant le dîner ... Emma est tellement habituée qu'elle l'apporte dès qu'elle constate que notre demi est vide ... Nous avons nos petites habitudes ... Le soir, c'est du calvados ..."

Maigret alla se camper devant l'armoire aux liqueurs, avisa une bouteille de calvados.

- "Pas celui-là ! ... Le flacon à grosse panse ..."

Il le prit, le mania devant la lumière, aperçut quelques grains de poudre blanche. Mais il ne dit rien. Ce n'était pas nécessaire. Les autres avaient compris. ... [...]
+ Lire la suite
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WolandWoland   24 septembre 2014
[...] ... - "Vite ! ... Un crime ... Je ne sais pas ..."

Le chien jaune est entré sur ses talons et s'est couché aux pieds de la fille de salle.

Il y a du flottement, un vague effroi dans l'air.

- "Votre ami, qui vient de sortir ..."

Quelques instants plus tard, ils sont trois à se pencher sur le corps, qui n'a pas changé de place. La mairie, où se trouve le poste de police, est à deux pas. Le douanier préfère s'agiter. Il s'y précipite, haletant, puis se suspend à la sonnette d'un médecin.

Et il répète, sans pouvoir se débarrasser de cette vision :

- "Il a vacillé en arrière comme un ivrogne et il a fait au moins trois pas de la sorte ..."

Cinq hommes ... six ... sept ... Et des fenêtres qui s'ouvrent un peu partout, des chuchotements.

Le médecin, agenouillé dans la boue, déclare :

- "Une balle tirée à bout portant en plein ventre ... Il faut opérer d'urgence ... Qu'on téléphone à l'hôpital ..."

Tout le monde a reconnu le blessé. M. Mostaguen, le principal négociant en vins de Concarneau, un bon gros qui n'a que des amis.

Les deux policiers en uniforme - il y en a un qui n'a pas trouvé son képi - ne savent par quel bout commencer l'enquête.

Quelqu'un parle, M. Le Pommeret, qu'à son allure et à sa voix on reconnaît immédiatement pour un notable.

- "Nous avons fait une partie de cartes ensemble, au Café de l'Amiral, avec Servières et le docteur Michoux ... Le docteur est parti le premier, voilà une demi-heure ... Mostaguen, qui a peur de sa femme, nous a quittés sur le coup de onze heures ..."

Incident tragi-comique. Tous écoutent M. Le Pommeret. On oublie le blessé. Et le voici qui ouvre les yeux, essaie de se soulever, murmure d'une voix étonnée, si douce, si fluette que la fille de salle éclate d'un rire nerveux :

- "Qu'est-ce que c'est ? ..."

Mais un spasme le secoue. Ses lèvres s'agitent. Les muscles du visage se contractent tandis que le médecin prépare sa seringue pour une piqûre.

Le chien jaune circule entre les jambes. Quelqu'un s'étonne.

- "Vous connaissez cette bête ? ...

- Je ne l'ai jamais vue ...

- Sans doute un chien de bateau ..."

Dans l'atmosphère de drame, ce chien a quelque chose d'inquiétant. ... [...]
+ Lire la suite
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WolandWoland   24 septembre 2014
[...] ... - "Ecoutez, Kervidon ... Il faut immédiatement nous analyser le contenu de cette bouteille et des verres ...

- Aujourd'hui ? ...

- A l'instant ! ...

- Quelle réaction dois-je essayer ? ... Qu'est-ce que vous pensez ? ..."

Jamais Maigret n'avait vu poindre aussi vite l'ombre pâle de la peur. Quelques instants avaient suffi. Toute chaleur avait disparu des regards et la couperose semblait artificielle sur les joues de La Pommeret.

La fille de salle s'était accoudée à la caisse et mouillait la mine d'un crayon pour aligner des chiffres dans un carnet recouvert de toile cirée noire.

- "Tu es fou ! ..." essaya de lancer Servières.

Cela sonna faux. Le pharmacien avait la bouteille dans une main, un verre dans l'autre.

- "Strychnine ..." souffla le docteur.

Et il poussa [le pharmacien] dehors, revint, tête basse, le teint jaunâtre.

- "Qu'est-ce qui vous fait penser ... ?" commença Maigret.

- Je ne sais pas ... Un hasard ... J'ai vu un grain de poudre blanche dans mon verre ... L'odeur m'a paru bizarre ...

- Autosuggestion collective ! ..." affirma le journaliste. "Que je raconte ça demain dans mon canard et c'est la ruine de tous les bistros du Finistère ...

- Vous buvez toujours du pernod ? ...

- Tous les soirs avant le dîner ... Emma est tellement habituée qu'elle l'apporte dès qu'elle constate que notre demi est vide ... Nous avons nos petites habitudes ... Le soir, c'est du calvados ..."

Maigret alla se camper devant l'armoire aux liqueurs, avisa une bouteille de calvados.

- "Pas celui-là ! ... Le flacon à grosse panse ..."

Il le prit, le mania devant la lumière, aperçut quelques grains de poudre blanche. Mais il ne dit rien. Ce n'était pas nécessaire. Les autres avaient compris. ... [...]
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andreepierretteandreepierrette   13 août 2015
page 58 Maigret écarta les spectateurs, des jeunes gens pour la plupart, surpris de son arrivée. Deux d'entre eux étaient encore occupés à jeter des pierres dans la direction du chien. Leurs compagnons voulurent arrêter leur geste. On entendit, ,ou plutôt on devina :
-Attention !
Et un des lanceurs de pierre rougit jusqu'aux oreilles tandis que Maigret le poussait vers la gauche, s'avançait vers l'animal blessé. Le silence, déjà, était d'une autre qualité. Il était évident que quelques instants plus tôt une ivresse malsaine animait les spectateurs, hormis une vieille qui criait de sa fenêtre :
- C'est honteux !
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Vidéo de Georges Simenon
Faire littérature à partir de faits divers constitue un genre en soi, popularisé notamment par Capote, Carrère ou Jablonka. Lien entre travail journalistique et écriture au long cours, dimension romanesque, importance des aspects sociologiques : on brûle d'entendre Florence Aubenas, autrice du grand succès le Quai de Ouistreham (2010, L'Olivier) et Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du Prix Première 2021, sur ces sujets. Née à Bruxelles, Florence Aubenas adore Simenon. de permanence au Monde, journal où elle écrit aujourd'hui, un coup de fil lui inspire le sujet de L'inconnu de la poste (L'Olivier). Qui a sauvagement assassiné Catherine Burgod, employée de la poste à Montréal-la-Cluse, dans l'Ain ? On soupçonne Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1990, marginal qui n'a jamais coupé les ponts avec le milieu du cinéma. Aubenas refait l'enquête, rencontre l'acteur qui finit par disparaître subitement et livre cet ouvrage captivant, tendu, construit comme un roman, bel exemple de littérature du réel. Journaliste et chroniqueur judiciaire, Dimitri Rouchon-Borie, a fait sensation en janvier avec le démon de la colline aux loups (Le Tripode). Dans ce texte très fort, qui semble avoir été écrit comme en apnée, à la ponctuation presque absente, il donne la parole à Duke, enfant sacrifié devenu adulte violent. de façon très troublante, son éveil à la conscience nous fait le considérer tour à tour en victime ou en coupable.
Une rencontre diffusée dans le cadre de la Foire du Livre de Bruxelles 2021.
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