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Marianne Millon (Traducteur)
EAN : 9782742784929
380 pages
Actes Sud (30/11/-1)
3.29/5   134 notes
Résumé :
Puissant, immense, tout de verre et d'acier, le Grand Train de 7 h 45 vient de s'ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge Sang aux pieds d'un passager. Pour déjouer l'attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui Susurre quelques mots à l'oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d'un effroyable secret : l'emplacement de la "Clé" qui pourrait détruire Die... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Darkcook
  01 mars 2018
Me voici réconcilié avec Somoza, grâce à un de ses romans qui pourtant divise le plus, et je comprends qu'il y ait de quoi! C'est à mes yeux un de ses plus difficiles, dans un de ses délires les plus radicaux et personnels, et qui est loin d'être sans tache et gros défauts. Il y a véritablement une scission dans son oeuvre, avec au centre La Théorie des cordes, et j'ai l'impression, partagée par beaucoup, que ses premiers romans resteront ses meilleurs. Pour autant, j'ai totalement adhéré à l'idée derrière La Clé de l'abîme.
Cela commence comme un thriller sur la religion, et véritablement addictif. Dans un train, en Allemagne, Daniel Keane, modeste employé, est pris en otage par un terroriste kamikaze qui dit connaître "la clé pour détruire Dieu" et vouloir la lui léguer. le suspense est effréné, à l'image de ce train défilant au milieu d'une Allemagne ravagée par l'apocalypse. Des citations de la Bible émaillent le roman à chaque chapitre, et on se rend vite compte qu'il y a quelque chose qui cloche, que ce n'est pas véritablement de la Bible chrétienne que l'on parle, surtout quand il est fait allusion aux morts à absolument disposer de façon verticale et à incinérer car enterrés, ils pourraient revivre sous terre... (j'ai adoré cette idée)
Daniel Keane s'embarque donc dans une aventure folle, accompagné de personnages assez typiques de Somoza, avec une seule facette, mais peu importe... le savant Darby, la super-combattante aveugle Maya Müller étant bien sûr les plus mémorables.
Peu à peu donc, on réalise que, sur cette Terre post-apocalyptique, c'est l'oeuvre d'H.P. Lovecraft qui est considérée comme la Bible, et que croyants de divers bords et non-croyants se déchirent au sujet de cette mystérieuse Clé de l'abîme qui pourrait anéantir Dieu, évidemment plusieurs fois imaginé comme un monstre marin... le roman voyage beaucoup, et malheureusement, passé les premières scènes au Japon, c'est la dégringolade par rapport au début, et aux attentes qu'il avait suscitées (tout comme la 4e de couverture ultra-vendeuse, comme souvent pour cet auteur). Les moments dans la Zone Enfouie ou en Nouvelle-Zélande ne sont vraiment pas à la hauteur de ce qu'on attend, et sont laborieux, pas très inspirés... On comprend certes à la fin le pourquoi du déroulé si loufoque des événements, mais reste que le roman est grandement racheté par son début à toute berzingue, et sa fin qui livre les clés (c'est le cas de le dire) de sa chouette réflexion théologique et de son hommage poussé à Lovecraft. Mais entre les deux, on s'ennuie...
C'est un roman de Somoza avant tout. Vous aurez des scènes débiles assez hallucinantes avec une obsession du corps, d'une bisexualité et d'une sexualité permanente mais étrange (car les humains de ce futur sont pour la plupart des "êtres de conception", génétiquement crées, sorte d'eugénisme asexué ou androgyne, et les femmes ne peuvent plus enfanter). Somoza n'a de cesse de répéter encore et encore les descriptions vestimentaires bariolées de tel ou tel sbire rencontré, dans un tic assez infernal. Dans Clara et la Pénombre, sur des humains tableaux, évidemment que c'est vital. Dans L'Appât, avec ses acteurs permanents qui pensent leurs poses, OK. Mais là, c'est vraiment ridicule... Idem pour les tortures sado-masos de ce malheureux Daniel Keane...
Le roman a l'air mauvais au vu de ce dernier paragraphe, mais le voyage vaut le détour grâce à la fin. Somoza offre, grâce à ce futur égaré dans la foi absolue en un auteur d'horreur, un beau développement par l'absurde sur les conséquences des croyances extrêmes en des textes sanctifiés, pourtant écrits par un esprit tiers. Les moments consacrés à la Vérité, entité obscure du roman, parcourus de phrases à double sens du genre "La Vérité est impossible à trouver", font partie de ses plus belles réussites. Structurer un roman entier à partir de 14 textes de Lovecraft était également un beau challenge! Dommage que tout ne se vaille pas dedans, mais ça reste pour moi un grand souvenir de lecture, et grâce à la révélation finale, un livre que je n'ai cessé de retourner dans ma tête durant deux jours après l'avoir terminé! Ça faisait bien longtemps que cela ne m'était pas arrivé! En résumé, ne surtout pas commencer par celui-là pour aborder Somoza, et être patient avec ses défauts et ses moments moins réussis. Je viens d'entamer Stanislas Lem, et c'est tout de même bien mieux écrit et traduit par contre, avec une redoutable simplicité et efficacité...
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AMR_La_Pirate
  25 avril 2017
José Carlos Somoza est considéré comme un des auteurs qui a renouvelé le polar en espagnol, avec des romans qui tendent à faire disparaître les barrières entre les genres. Ainsi ses livres, construits sur des trames policières, touchent également au fantastique, à la terreur ou encore à l'anticipation. C'est le cas avec La Clé de l'abîme qui nous entraine sans protocole futuriste avéré dans une société proche de la notre et dans un univers référentiel qui nous rappelle nos propres problématiques : terrorisme, procréation, religion, fanatisme… Mais cela se complique au fil de la lecture de ce thriller.
Dans ce roman, la clé de lecture est constituée par l'oeuvre de Lovecraft dont Somoza est un fervent admirateur. Cependant l'écrivain américain n'est jamais clairement cité et les références à son univers n'apparaissent en filigrane que pour les initiés ; une note de l'auteur à la fin du roman précise d'ailleurs que La Clé de l'abîme peut « être lu et apprécié par ceux qui n'ont jamais approché Lovecraft ».
Somoza recrée un texte biblique fondateur et revisite les origines d'une humanité post-fin du monde ; le monde tel que nous le connaissons a subi une ère de cataclysmes et a dû se reconstruire. La « Sainte Bible de l'Amour et de l'Art » (Holy Bible of Love Craft) comporte quatorze chapitres, sous forme de fables ou de paraboles, et il y a des croyants différents pour chaque chapitre ; le roman suit cette division et entraine les lecteurs dans une quête au départ d'une Allemagne relativement proche du monde que nous connaissons même si les humains y sont pour la plupart conçus artificiellement. Les êtres de conception sont beaux, résistants, androgynes…
La seconde partie se déroule au Japon, mais ce pays est partiellement enfoui sous les eaux, sous une immense cloche de verre protectrice ; les personnages deviennent plus énigmatiques tant dans leurs postures que dans leurs façons de s'habiller et de se dévêtir. Il y a sans doute une symbolique particulière à déchiffrer tant dans les chorégraphies que dans les descriptions détaillées des vêtements mais elle est complexe et peu évidente.
La montée en puissance s'accentue encore dans la troisième partie du roman, en Nouvelle-Zélande, « hors de toute protection et de tout contrôle ». Personnellement, j'ai été subjuguée par le personnage de la Vérité, omnisciente, « fanatique de la croyance » qui se met toujours au service du plus offrant.
La Clé de l'abîme n'est pas un roman facile à lire, loin de là et je ne conseillerais pas d'aborder l'oeuvre de Somoza par ce titre. En effet, il faut être un peu familiarisé avec son univers pour accepter l'effort que demande cette lecture. Ce n'est pas mon préféré de cet auteur car j'ai dû me faire un peu violence pour en venir à bout… mais, paradoxalement, je ne regrette pas cette lecture laborieuse pour la manière de traiter la peur omniprésente, d'analyser le fonctionnement des croyances, de revisiter le mythe de création du monde et de prendre le contre-pied de la recherche de Dieu puisque celui qui trouve la clé devrait pouvoir le détruire…
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coincescheznous
  08 décembre 2020
La littérature espagnole contemporaine est riche et passionnante. Arturo Perez-Reverte, Antonio Munoz Molina, Carlos Ruiz Safon, Manuel Vasquez Montalban… sont autant d'auteurs qui montrent toute sa vitalité et sa diversité. Ils affichent notamment une grande liberté pour s'affranchir des carcans de genre et osent faire des incursions sur le terrain du fantastique, de l'imaginaire ou du policier, là où les écrivains « sérieux » en France restent plus timorés.
Parmi ces auteurs, on peut également citer José Carlos Somoza, traduit et publié en France par Actes Sud. Cet ancien psychiatre et psychanalyste est l'auteur d'une dizaine de romans à mi-chemin entre le conte philosophique, le thriller et le récit fantastique.
Je n'avais jamais lu ce romancier et j'avoue que je me suis intéressé à ce livre uniquement parce que je savais qu'il avait pour source d'inspiration l'univers de HP Lovecraft (grand nom et quasi fondateur de la littérature horrifique pour qui j'ai eu une véritable passion adolescent.)
L'action se situe dans un futur indéfini où la croyance en un Dieu spécifique est extrêmement présente et anxiogène. Dans ce monde étrange et inquiétant, les êtres sont majoritairement androgynes et génétiquement créés. Nous suivons, l'un d'entre eux, Daniel Kean, employé d'un grand train qui traverse une Allemagne postapocalyptique. Un monsieur tout-le-monde simple et non croyant. Mais un Kamikaze prêt à commettre un attentat va bouleverser le quotidien de Daniel, en lui confiant avant de mourir un terrible secret que s'arrachent bien des gens : l'endroit où se trouve la Clé de l'Abîme, capable de détruire Dieu. Daniel va alors se trouver enrôler dans une aventure dangereuse et pleine de péripéties où la croyance sera au coeur de tous les questionnements.
La Clé de l'Abyme est un livre hybride : à la fois roman d'aventure, thriller, récit fantastico-ésotérico-mystico-poétique et livre hommage à Lovecraft. Sa grande force réside dans sa capacité à créer un univers étrange et beau. Il utilise pour cela la cosmogonie (récit mythologique qui explique la formation du monde) lovecraftienne pour en faire la base théologique de son univers de science-fiction. Les aficionados du père fondateur des récits horrifiques retrouveront ainsi ses grands mythes revisités de manière originale. Ceux-ci prennent chez Somoza une dimension mystique et poétique très originale. Les monstres de Lovecraft se transforment en dieux et l'horreur devient une religion de la peur et de la soumission. Mais pas besoin de connaître son petit Lovecraft illustré sur le bout des doigts pour goûter à l'univers proposé par l'auteur, le livre peut être lu sans rien connaître de Cthulhu et des Grands Anciens.
Également, le traitement des héros, créés artificiellement avec des corps parfaits, aussi féminins que masculins dans leur allure, pensant que l'enfantement est un mythe et passant la majeure partie du récit nus, ajoute à l'étrangeté du récit.
Malgré ces belles idées et l'univers prenant, le livre n'est pas sans défaut. Les personnages sont tous des caricatures plates. On retrouve un élu héros malgré lui, une aveugle super combattante, un vieux sage humain biologique, des méchants sans foi ni loi, des traîtres… Bref, pas mal de clichés, traités de façon très conventionnelle. le traitement de la fille du héros, très importante dans la première partie, puis totalement oubliée dans la seconde, est un exemple criant du manque d'intérêt que l'auteur a pour ses personnages. L'action qui promettait d'être trépidante ne l'est pas véritablement, malgré quelques moments de bravoure. Enfin, le suspense est souvent mis en place avec de grosses ficelles un peu répétitives comme l'utilisation de l'intuition du héros qui sent que quelque chose cloche sans pouvoir le définir ou par l'utilisation abusive de coupures de chapitre à des moments clés.
Malgré ces défauts, grâce à son univers unique et une fin très réussie, ce livre fou fonctionne et illustre parfaitement son thème central : la place de la croyance dans nos vies et ce que cela peut engendrer.
À découvrir donc pour les fans de Lovecraft et les amoureux des univers mystico-fantastiques !
Tom la Patate

Lien : http://coincescheznous.unblo..
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Okenwillow
  01 octobre 2020
L'histoire démarre à cent à l'heure tel un roman d'aventures ou un thriller échevelé. Les premières pages ne nous laissent pas d'autre choix que celui de poursuivre notre lecture avide. Daniel Kean est lui aussi embarqué dans une quête qui le dépasse mais qui va très vite le concerner de près, et pour laquelle il prendra tous les risques. L'univers décrit par Somoza est un futur très lointain, assez lointain pour nous faire perdre tous nos repères, et lui permettre de distiller des indices troublants tout au long du récit. Il ne dit finalement pas grand-chose des us et coutumes de l'époque, que l'on estime à quelques millions d'années dans le futur, mais sans plus de précision. Somoza se contente de semer des allusions, comme si cela coulait de source, au lecteur de faire ses déductions. C'est sans doute pour cela que j'ai eu plusieurs fois envie d'abandonner ! Trop peu de repères, trop de « bizarreries », etc. Et pourtant ! j'ai fini par classer ce roman dans mes coups de coeur pour les mêmes raisons.Daniel Kean rejoint un groupe de personnes plus ou moins liées et les suit dans leur recherche de la clé de l'abîme. Croyants et non-croyants s'allient dans une même quête, celle de la preuve de l'existence de Dieu, ou de sa non-existence. le principe du roman reste assez basique : deux bandes rivales se disputent la découverte de la clé, le héros est pris entre les deux, aspirant à la vengeance. de nombreux clichés parsèment l'intrigue, l'action est omniprésente, le rythme complètement débridé, avec de rares temps morts. Ces fameux clichés m'ont un peu gênée, mais l'idée de fond étant ce qu'elle est, et la virtuosité de Somoza étant indéniable, certains aspects un peu too much sont finalement passés à la trappe. La société dans laquelle nous plonge l'auteur est clairement très avancée, d'un point de vue technologique, nous sommes à des années-lumière de ce que nous connaissons. le contraste avec les croyances de certains personnages est d'autant plus prononcé. Sur des allures de thriller et de roman d'aventures, le fond du propos reste l'absurdité des croyances religieuses. On nous dépeint une Humanité qui a réussi à améliorer physiquement l'Homme, à le rendre plus résistant, plus beau, libéré de la plupart des contraintes liées à sa nature, mais qui a échoué à le libérer des superstitions. L'Homme serait-il voué à la crédulité ? Somoza va plus loin, et comme dans tous ses romans, oppose la fiction à la réalité. À force de croire sans réserve, est-il possible de rendre réel ce que nous croyons ? Les croyants de Somoza, finissent par voir ce qu'ils croient. La frontière devient étroite et l'effet placebo surpuissant. le pouvoir de l'esprit, des croyances, de l'ignorance, semblent repousser les limites. Dans ce monde, qui ignore tout de son origine et de son histoire, il ne reste que la Sainte Bible en guise de repère. Les non-croyants ont d'autant plus de mérite d'exister ! Quant aux croyants, c'est un peu comme aujourd'hui, chacun prend ce qu'il veut, ce qui l'arrange, parle de métaphores et de symboles, ou de vérité ultime selon le cas. Les différents courants de croyance se distinguent parmi les quatorze chapitres qui composent la Bible, rare sont ceux qui y croient dans son intégralité, au contraire : « Il s'agit de la Bible, celle qui s'intitule... Sainte Bible de l'Amour et de l'Art"
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Malaura
  28 avril 2011
Plusieurs millénaires et une série de cataclysmes ont changé la face de la Terre. Les hommes sont des êtres de conception et l'humanité tout entière s'adonne à une religion universelle "la Sainte Bible Amour et Artisanat". En déjouant les plans d'un kamikaze dans le Grand Train où il travaille, Daniel Kean se retrouve dépositaire d'un secret qui pourrait remettre en cause la croyance ancestrale. Aux prises avec de fervents croyants prêts à tout pour lui arracher "la clé de l'abîme", Daniel est entraîné dans la pire des aventures.
Avec cet ouvrage, Somoza est loin d'atteindre les sommets auxquels il nous avait habitué. Si ce n'est par les thèmes abordés et l'univers fantaisiste, on a même du mal à reconnaître l'auteur génial de "La caverne des idées".Prenant le pari du roman de science-fiction et malgré un sujet très prometteur (l'hommage rendu à un grand maître de la terreur dont nous tairons le nom) l'auteur ne nous offre malheureusement pas plus qu'un roman d'aventures futuriste, entre manga et jeu vidéo. Décevant !
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
AMR_La_PirateAMR_La_Pirate   25 avril 2017
Je suis juste bizarre, dit Darby, très sérieux. Comme tu peux le voir, je collectionne et je lis beaucoup de livres. Tous ceux qui lisent sont bizarres : cela vient du fait que lire nous aide à savoir, et, comme l’ignorance abonde, les rares personnes qui savent sont de plus en plus bizarres. – Il sourit – Cependant, grâce à ce savoir, je suis en mesure de t’assurer que les croyants font des choses qui pour nous, les non-croyants, ressemblent à des miracles…

[…]

Croire consistait surtout à croire, sans retenue, sans hésitation. Et en une seule chose. « Si tu crois, ne serait-ce qu’un peu, en la possibilité inverse, tu n’arriveras à rien », se rappela-t-elle que lui disait un de ses maîtres. « Tu dois croire comme s’il n’existait que ce en quoi tu crois ».

[…]

Au Huitième Chapitre, qui contient une grande sagesse mathématique, on affirme que les angles d’un plafond sont aussi une porte qui permet le passage vers d’autres réalités. Tu peux insister autant que tu voudras sur le fait qu’il ne s’agit que d’un plafond à la forme spéciale et non d’une porte, mais tout ce que tu gagnes à conserver ce point de vue est que la porte ne s’ouvrira jamais pour toi, tu comprends ?

[…]

Tu sais que la Bible permet de déduire que la folie est une conséquence directe de la sagesse. Les fous ont contemplé plus de choses que les gens sensés, et possèdent en quelque sorte une vision plus large, prismatique, comme les facettes de cette pierre appelée pierre Trapézoïdale qui, au Neuvième Chapitre, provoque les rêves du protagoniste et éveille l’être qui gît dans les ténèbres. C’est la raison pour laquelle ils doivent vivre reclus, car ce sont des ponts entre l’obscurité et la lumière.

[…]

La Vérité sait tout.
Il n’est pas difficile de tout savoir : cela consiste à ne pas se soucier de ce que l’on ignore.
Ce que la Vérité ignore ne fait pas partie de la Vérité et, par définition, n’est pas important. C’est du moins ce qu’elle croit. Et ce que La Vérité croit est toujours vrai. La Vérité croit au fait de croire. C’est une fanatique de la croyance.
[…]
Bien que le fait d’être La Vérité l’oblige à vivre seule, la solitude ne la dérange pas.
Elle ne s’ennuie jamais. Elle peut s’imaginer être n’importe quoi, voire plusieurs choses à la fois. […] La vie peut être très amusante si l’on ne dépend que de ce que l’on croit.
La Vérité vit de ce qu’elle demande pour son travail. Elle demande beaucoup et elle est immensément riche. Personne ne discute son prix, car il n’y a rien de mieux que d’obtenir que La Vérité travaille pour vous, si vous pouvez vous le permettre. Si vous possédez de l’or, vous possédez La Vérité. Et si vous possédez La Vérité, rien ne pourra vous arrêter.
[…]
Le Maître se montre optimiste, bien que La Vérité sache qu’il ment. Et il se produit pour ainsi dire le curieux paradoxe selon lequel le Maître dissimule sa peur par de petits mensonges.
La Vérité aime les mensonges.
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fbalestasfbalestas   07 juillet 2018
L'horreur, telle une main invisible, sembla le pousser. Il recula et la plante de ses pieds fit ployer le bois. il tomba dans une pluie d'échardes.
Il sentit que le sol contre lequel il se cognait ne l'arrêtait pas, qu'il continuait à descendre dans un interminable abîme d'obscurité ...
Quelqu'un l'appelait depuis cet abîme. Un visage se pencha sur lui.
- Calme-toi, dit Darbyn et il répéta : Calme-toi, Daniel.
Mais il n'était pas nerveux. Il voulait juste bouger. Il regarda autour de lui. Il était allongé sur un fauteuil transformé en divan. La pièce était minuscule - Darby se recroquevilla pour pouvoir s'asseoir à côté de lui - dépourvue de fenêtres, éclairée par des panneaux bleus. Il remarqua un doux balancement.
- Où suis-je ?
- Dans notre véhicule, de retour de Tokyo, dit Darby en remuant son crâne chauve tout en se massant la barbe.
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LeRouquinBouquineLeRouquinBouquine   25 février 2014
Klaus avait posé les conditions : le train devait continuer à rouler, sans s’arrêter dans les gares ; ils resteraient là tous les deux et personne ne s’approcherait ni ne les interromprait ; il avait quelque chose à dire à Daniel et lui seul pouvait l’entendre. Du moins Klaus avait-il accepté que les passagers quittent ce niveau et les laissent seuls.
Et c’était ce qu’ils avaient fait, en rang, derrière la subalterne, sans cris ni évanouissements, ni même de démonstrations de panique intense. Épaules tombantes, tête baissée, tous acceptaient ce qui pouvait arriver. Daniel comprit qu’ils étaient résignés par l’habitude. C’était le monde, pas eux. Il était illogique que des fous commettent des actes tels que tuer d’autres personnes sans explication, songeait-il. Qui pouvait en être surpris ? Ce genre de choses arrivait aujourd’hui ou demain, aux uns ou aux autres, et cette sorte de mort n’était sans doute pas le pire des destins. Le véritable, unique sens de la vie était la peur. La peur constituait le monde : peur de mourir, de devenir fou, d’être attaqué ou d’être poussé à attaquer, ou à des agissements encore bien pires. Le gouvernement était un gouvernement car il protégeait les citoyens autant que possible, mais cet « autant que possible » incluait quelques variables et en excluait d’autres. C’était là la vie normale, alors, pourquoi ne pas l’accepter ?
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josteinjostein   28 août 2010
Les historiens affirment qu'en des temps très lointains, il y avait des poètes qui écrivaient des mensonges pour le plaisir des lecteurs...

Si tu as une illusion, tu dois essayer de la faire durer jusqu'à ta mort, car ce sera pour toi une forme de vérité. J'ai cette illusion, et je veux qu'elle dure jusqu'à ma mort.
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strummerstrummer   30 octobre 2012
- Tu as un tempérament juvénile et irréfléchi, Daniel Keane.
- C'est votre façon de dire "non croyant" ? lui assena Daniel avec rage.
- C'est ma façon de dire "stupide".
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