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Marianne Millon (Traducteur)
EAN : 9782742765188
259 pages
Actes Sud (03/01/2007)
3.95/5   360 notes
Résumé :
Sur un îlot perdu de l'Atlantique sud, deux hommes barricadés dans un phare repoussent les assauts de créatures à la peau froide. Ils sont frères par la seule force de la mitraille, tant l'extravagante culture humaniste de l'un le dispute au pragmatisme obtus de l'autre. Mais une sirène aux yeux d'opale ébranle leur solidarité belliqueuse.

Comme les grands romanciers du xrxe siècle dont il est nourri — Conrad, Lovecraft ou Stevenson —, l'auteur de La ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
3,95

sur 360 notes
Un huis-clos insulaire, oppressant et mystérieux. Entre L'île mystérieuse de Jules Verne et L'ancêtre de Joan José Saer, un récit subtil en une boucle temporelle désespérée et profondément humaine.

Les récits dans lesquels une poignée de personnes, lorsque ce n'est pas une seule personne, se retrouvent sur une île isolée ne manquent pas. Une liste a même été créée sur Babélio pour tenter de les rassembler, liste riche que je vous invite à découvrir : https://www.babelio.com/liste/6366/les-maudites.
C'est cette liste et quelques très belles critiques récentes qui m'ont attirée vers ce livre à la couverture énigmatique.

le narrateur est un météorologue irlandais. Les conflits entre l'Angleterre et l'Irlande, puis la guerre civile au sein même de l'Irlande, ont émoussé son patriotisme qui a perdu tout son sens, et l'ont poussé à fuir cette spirale de violence et ses semblables. Il s'engage alors pour rejoindre un poste, un an durant, sur une île minuscule, « terre écrasée entre le gris de l'océan et celui du ciel, entouré d'un collier d'écume », totalement isolée, de l'Atlantique Sud. Cet isolement, choisi, va lui permettre de se retrouver, de lire de la philosophie, de couper un temps avec la civilisation…croit-il. En réalité, il va découvrir, après le départ du bateau qui l'a déposé, que lui et le gardien du phare, uniques habitants de l'île, seront soumis toutes les nuits aux terribles assauts meurtriers de créatures venues de la mer, des monstres effrayants de prime abord, fascinants au fur et à mesure que nous les découvrons, des créatures maritime très musclées, agiles, aux yeux d'un bleu intense, aux doigts palmés, recouverts d'une peau de requin vert salamandre, d'une peau froide.

« A mesure qu'ils foulaient le sable, ils se transformaient en reptiles. Leur peau mouillée ressemblait à l'acier d'une sculpture huilée. Ils rampaient sur une centaine de mètres puis se relevaient, dans un bipédisme parfait. Mais ils avançaient le torse un peu penché en avant, comme quelqu'un qui lutte contre la bourrasque ».

Pour sa survie, en échange des munitions qu'il possède, à savoir deux pistolets et de très nombreuses balles, il va réussir à quitter son fragile cabanon, frêle station météorologue qui ne peut en aucun cas le protéger bien longtemps des assauts nocturnes, et à venir vivre dans le phare avec cet homme très particulier qu'est Batis Caffo. Un homme rustre, égoïste et farouche, au passé que nous devinons trouble. Un homme qui ne vit en réalité pas seul. Il détient une créature, une femelle, la « mascotte », dont il a fait son esclave sexuelle. Nous sommes tiraillés, notamment lors de certaines scènes intimes, entre le malaise lié à l'exploitation malsaine de cette pauvre créature et son érotisme qui, associé aux chants envoutants qu'elle entame par moment, font penser à une sirène au corps parfait, à la beauté étrange.

« Des hanches de ballerine et un ventre plat, très plat. Des fesses plus denses que le granit de l'île. La peau du visage en accord avec le reste de la peau, alors que chez les humains la texture des joues et celle du reste du corps ne sont pas généralement pas homogènes (…) les cuisses sont un miracle de sveltesse et s'ajustent aux hanches avec une exactitude qu'aucune sculpture ne saurait reproduire ».

C'est avec l'oeil de l'anthropologue (Albert Sanchez Pinol est d'ailleurs anthropologue et cela se ressent dans cet écrit) que notre homme aborde la psychologie de son compagnon d'infortune, mais aussi les relations avec les « faces de crapauds », et notamment, après la terreur et le dégout, la compréhension progressive de leur mode de vie, de leur organisation, via l'observation approfondie qu'il va mener sur la femelle captive et sur les enfants des créatures qui viennent peu à peu jouer au pied du phare. Albert Sanchez Pinol ne veut pas seulement divertir son lecteur, au moyen d'efficaces et multiples rebondissements tous captivants, parfois gore même, où le sang, bleu, gicle en tous sens, il décortique également au scalpel cette peur que nous avons de l'autre, de l'inconnu, de l'étranger. Monstrueux sont celles et ceux que nous voyons comme tels, avec notre regard empli de préjugés et de filtres. Si nous prenons le temps de ne pas simplement regarder mais de voir, de comprendre, alors les monstres se transforment en êtres doués d'âme et de sentiments. La question est alors non pas ce que nous pouvons leur apprendre mais ce que nous apprenons d'eux.
Ce que nous voyons avec dégout et haine est souvent le reflet des peurs que nous cachons en nous, profondément enfouies. Des peurs que nous faisons rejaillir sur l'autre. Comme le souligne avec subtilité l'incipit :
« Nous ne sommes jamais très loin de ceux que nous détestons. Pour cette même raison, nous pourrions donc croire que nous ne serons jamais au plus près de ceux que nous aimons ».

Lorsque la recherche de la paix du néant et du silence aboutit à un enfer peuplé de monstres… Un livre haletant, mystérieux, oppressant, bien rythmé mais aussi une riche réflexion sur notre rapport à l'autre, servi par une belle écriture, sensible et élégante. Un livre à découvrir sans hésiter !

« Tous les yeux regardent, peu observent et très peu voient »

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On dit de lui que c'est un magicien ; ceci est son premier roman ; certains parlent de talent d'hypnose (coucou Péco !) ; il a depuis convaincu tout ceux qui l'ont lu, avec son « Victus », qu'il est à suivre à la trace, dans le genre « oh toi…je m'en vais lire tous tes livres » ; les chanceux vont le découvrir ; voici Albert Sànchez Piñol, le catalan universaliste.

Ce roman commence avec les mêmes qualités que le susmentionné, bien maîtrisées par le bougre : celles du roman d'apprentissage hors de tout pontife ou poncif, rare performance à l'époque où la notion même d'autorité professorale se voit menacée, voire détruite, par le relativisme postmoderne.
Réduite à peu de pages, elle sert ici d'introduction, autant à ce roman qu'à son oeuvre, avec cette évocation du nationalisme irlandais face à l'impérialisme anglais, évident miroir des préoccupations catalanes que Piñol développera avec maestria lors de son roman sur le siège de Barcelone.

Son approche humaniste libérée des bons et des mauvais semble d'une telle évidence, qu'on en reste toujours ébahi qu'elle ne soit pas simplement la norme. L'histoire ne connait jamais de méchants et des gentils, mais les livres ou les mémoires, si…

Toutefois, ce premier roman laisse pour les prochains ces considérations, nous entrainant plutôt vers un froid et humide huis-clos sur une île perdue de l'Atlantique sud, qui dégénère rapidement en un surprenant et gore récit d'épouvante, la rouge hémoglobine remplacée par de larges éclaboussures d'un intense bleu désaturé, virant avec la nuit polaire vers le noir brillant, ou pour faire court, d'une couleur de Sélénite.

L'affrontement entre deux hommes, alliés de circonstance face à l'Etrange, compliqué par une trouble troisième pointe du triangle, amours extra-ordinaires, évoquant l'impossible « Possession », hallucinant film d'Andrzej Żuławski — sûrement le meilleur rôle d'Isabelle Adjani (désolé Pin-Pon…) — artisans d'un érotisme impossible.
Ce livre évoque surtout une autre grande réussite cinématographique, plus récente, « The Lighthouse », dont les correspondances ne peuvent être fortuites ; bien que l'intrigue diffère totalement, l'ambiance psychologique, et la très réussie représentation du sexe des sirènes, appellent au rapprochement.

Cette Peau Froide va très loin, avec une grande facilité, dissimulant parfaitement le faisceau des possibles, ce serpent se mordant la queue n'en devenant pas pour autant un animal à sang chaud.
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Un homme, en fuite de lui-même, est dépêché pour 1 an sur une île loin de tout en tant que climatologue. Là, se trouve Batis Caffo, un homme taciturne, sauvage. Réfugiés dans le phare, les 2 hommes vont subir les attaques nocturnes d'étranges créatures marines.

"La peau froide" est un très bon roman fantastique qui mêle habilement action et réflexion.
La mise en place est rapide. L'auteur ne perd pas de temps et propose un récit rythmé qui se lit très vite.
Il parvient à renouveler régulièrement son intrigue, ce qui n'était pas gagné d'avance au vu de l'argument de départ. En effet, le huis-clos est un art délicat, ici très bien maîtrisé. L'auteur dose parfaitement la tension. le côté routinier des attaques des créatures auraient pu facilement donner lieu à des redondances et s'avérer ennuyeux. Il n'en est rien. A chaque fois, un nouvel élément vient renouveler le récit.

Les créatures marines sont à la fois effrayantes et fascinantes. La "mascotte", avec sa sensualité envoûtante et ses chants mystérieux, m'a évoqué une sirène.
Les personnages sont bien campés. Ils ont de l'épaisseur, tout en gardant une part de mystère. L'évolution du climatologue est particulièrement intéressante, à l'image du récit qui semble former une boucle.

Au delà du divertissement efficace, "la peau froide" décortique subtilement les mécanismes de la peur de l'autre. L'auteur ne désigne ni victimes, ni coupables, il raconte simplement comment la peur de l'inconnu, les préjugés et l'absence de communication engendrent la violence.

Voilà un récit très intéressant et bien mené, servi par une belle écriture, simple et élégante. Je ne connaissais pas du tout Albert Sanchez Pinol mais il ne fait aucun doute que ma route de lectrice croisera de nouveau un de ses livres.

Challenge Multi-défis 2017 - 18 (33- un livre d'un auteur du pourtour méditerranéen)
Challenge Atout-prix 2016-2017 - 20 (prix ojo critico de narrativa 2003)
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Les aventures d'un naufragé volontaire sur une île peuplée d'un type acariâtre et de créatures étranges. Si l'auteur use de certaines caractéristiques de la littérature dite d'horreur/fantastique, le propos de ce roman n'est pas là puisque les monstres ne sont, ici, que prétexte à réflexion... miroirs où se reflète notre propre bestialité. Outre une aventure palpitante, l' intérêt du roman réside donc dans la confrontation du personnage à la solitude, à l'inconnu, à la peur de l'autre, de la différence... Une exploration intelligente des profondeurs de l'âme humaine et des logiques ancestrales des conflits. Un roman habile, bien construit (même si, au début, l'histoire peut paraître un peu longue à se mettre en place), que vous ne pourrez reposer avant de l'avoir fini et qui ne vous quittera plus.
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Une île perdue dans l'océan, un phare, une maison, quelques arbres... et deux hommes sur cette île.

Notre héros (le roman est raconté à la première personne) est un ancien révolutionnaire irlandais, déçu par l'humanité, qui vient s'isoler sur cette île pour un an en tant que climatologue. Et il y a Batis Caffô, être énigmatique, taciturne, inamical...

Des créatures sanguinaires, fantastiques et inquiétantes s'invitent toutes les nuits pour en découdre avec les deux hommes. L'ambiance est angoissante, terrible. On se retrouve un contexte et une mise en place qui n'est pas sans rappeler « l'île du Docteur Moreau », avec un mystère pesant, une animosité entre les protagonistes. Les scènes de luttes sont vraiment bien menées, avec le grand classique de l'angoisse : les créatures qui grimpent de tous bords sur le phare où sont assiégés nos deux hommes (Vikings, Fog, Moi moche et méchant 2...). La tension est toujours au maximum grâce à l'écriture juste et efficace, bien rythmée, ce qui contribue à la qualité du livre. On ne peut que le lire d'une traite tant l'atmosphère nous tient en haleine et nous absorbe.

J'ai littéralement dévoré ce roman, en apnée totale... et cette lutte ne s'arrête pas à la lutte des bons contre les méchants, elle nous laisse plein de questionnements sur l'humanité, les motivations belliqueuses des protagonistes, les préjugés...

Je ferais tout de même quelques reproches : j'ai regretté que le second personnage ne nous ai pas dévoilé un peu plus son histoire, ses états d'âmes, il se maintient dans une sauvagerie trop uniforme, sans jamais ouvrir sa garde, or sur la durée de l'histoire, on a du mal à envisager que la curiosité du personnage principal n'ait pas cherché à le cerner plus profondément. Ensuite, j'ai trouvé la dernière partie moins bien réussie, l'évolution de notre irlandais n'est à mon avis pas suffisamment claire, un peu brouillonne et trop brusque, le chapitre XVI aurait mérité un développement plus lent, plus étendu, pour mieux amener le final.

Malgré ces petits défauts, La Peau Froide reste un bon roman, prenant, bien écrit, que je n'hésiterais pas à recommander.
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critiques presse (1)
Bibliobs
23 août 2013
A partir d’une idée au fond assez simple, Sánchez Piñol est parvenu à trousser un conte qui ne perd jamais ni son souffle ni sa profondeur et qui a connu un succès fulgurant – quoiqu’ un brin confidentiel chez nous. Son roman est pourtant fantastique, dans tous les sens du terme.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
La mascotte avait entonné un air d'une lointaine origine balinaise, une mélodie qu'il serait inutile de décrire, une musique qui devait fuir tout pentagramme. Combiens d'humains avaient-ils entendu cette chanson ? Combien d'êtres humains, depuis le début des temps, depuis que l'homme est homme, avaient-ils eu le privilège d'entendre cette musique ? Juste Batis et moi ? Tous ceux qui avaient affronté à un moment donné la dernière bataille ?
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Qu'avait-il pu arriver ? Une nouvelle guerre de portée mondiale qui aurait interrompu le transit naval jusqu'à la fin des hostilités ? Peut-être. Mais, bien que nous les hommes nous ayons tendance à rejeter la faute de nos peines sur les grandes hécatombes -cela rehausse notre importance en tant qu'individus-, la vérité s'inscrit toujours en lettres minuscules.
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- Mein Gott, mein Gott... murmura soudain Batis. Les faces de crapaud sont plus nombreux que jamais.
- Où sont-ils ? Je ne vois rien.
Mais Batis ne répondait pas. Il était très loin de moi, bien qu'il fût là, à mes côtés. Il avait les lèvres écartées et humides d'idiot, comme s'il avait regardé à l'intérieur de son esprit au lieu de surveiller les abords du phare.
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C'était un hymne épouvantable et un psaume barbare, et il était beau dans sa malice ingénue, très beau. Il touchait tout le spectre de nos sentiments, avec la précision d'un bistouri ; il les mêlait, les altérait et les niait trois fois. La musique s'émancipait de l'interprète.
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Nous ne sommes jamais très loin de ceux que nous détestons. Pour cette même raison, nous pourrions donc croire que nous ne serons jamais au plus près de ceux que nous aimons.
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