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Henri Mongault (Autre)Pierre Pascal (Autre)
EAN : 9782070105632
1657 pages
Gallimard (12/03/1945)
4.53/5   213 notes
Résumé :
1805. L'armée menée par Napoléon se rapproche inexorablement des frontières de l'empire Russe, pendant qu'à Moscou et Saint-Pétersbourg, les Rostow, Bolkonsky ou Besoukhow, aristocrates ou grand bourgeois, mènent une vie mondaine, insouciante et frivole. Au moment où la Russie entre en guerre aux côtés de l'Autriche contre la France, tout bascule. Un chef-d'oeuvre de Tolstoï écrit entre 1865 et 1869, et qui fut un immense succès, dès sa parution.
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Cricri124
  24 février 2022
Quelle Fresque ! Quelle épopée !
Elle démarre à Pétersbourg en 1805, de raouts en raouts, dans les froufrous des robes, des cancans, des intrigues et les rumeurs d'une guerre Napoléonienne qui semble inévitable, qui est même désirée, qui exacerbe les rêves de gloire.
Nous suivons principalement les membres de quatre familles, les Bolkonski, les Rostov, les Bezoukhov et dans une moindre mesure les Kouraguine jusqu'en 1813, avec une incursion en 1820 dans l'épilogue.
Pas besoin d'en dire plus sur le contexte, ça ne se raconte pas, ça se lit et se vit !
C'est le deuxième livre que je lis de Tolstoï, et les deux fois, ils ont fait un carton plein d'étoiles. J'en suis encore toute éblouie.
Les personnages sont vraiment d'une justesse remarquable. Ils s'empêtrent dans leurs contradictions faisant étalage de toutes les gradations de leurs défauts et de leurs qualités. Bref, des personnages parfaitement imparfaits à l'instar d'un Pierre qui dira qu'il « sentait qu'en lui-même le bon et le mauvais faisaient un mélange et s'atténuaient l'un par l'autre ».
Tolstoï a vraiment un talent admirable pour animer et faire vivre ses personnages, pour les faire rebondir et évoluer au gré des événements et des aléas qui les frappent, les fauchent ou les cajolent.
C'est d'autant plus accentué que l'écriture, à tout le moins dans les deux premiers livres (il y en a quatre), est très visuelle. C'est truffé de détails savoureux, tellement expressifs et humains. On croirait y être. J'y étais. Nous sommes projetés aux cotés des protagonistes et nous interagissons avec eux. Parfois d'ailleurs à leur insu, comme par exemple quand leur perception d'eux même est contredite par les événements. Certaines scènes m'ont beaucoup amusée. D'autres, comme les rituels militaires, notamment au début, m'ont carrément fait halluciner. J'ai parfois eu l'impression d'assister à un spectacle. Mais comme le chantait Freddie Mercury: the show must go on …
Et ce n'est pas tout... Tolstoï introduit graduellement, principalement à partir du troisième livre, la vision des historiens et sa propre vision. Il les fait cohabiter avec celle des protagonistes jusqu'à cet épilogue dans lequel il approfondit et développe ses convictions sur la science de l'histoire, ce qui met les hommes en mouvement, sur le libre arbitre, la responsabilité, le pouvoir. C'est passionnant et bien amené.
En tout cas, en ce qui me concerne, un grand moment de lecture ! Petite et grande histoire s'attirent et se repoussent dans une mazurka entrainante aux multiples variantes, à moins que ce ne soit dans un Danilo Cooper…
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Christels
  29 janvier 2022
Une fresque éblouissante!
Début du XIXè siècle en Russie, Napoléon est l'ennemi.
Tolstoï nous livre une observation détaillée de l'aristocratie à travers le parcours de nombreux personnages à la psychologie fouillée. Dans le faste de la vie de salon ou sur les champs de bataille, ils accumulent victoires ou défaites, personnelles ou militaires. Tous sont entravés par leur époque et par leur milieu, et cherchent un sens à leur vie. Entre grandeur et mesquinerie, amour et amitié, égoïsme et abnégation… la frénésie de leur recherche fait le tour des passions humaines.
Un chef d'oeuvre tout à la fois romanesque, historique, politique et social, qui engloutit le lecteur dès la première page pour, la dernière page tournée, le laisser abandonné et pantois.
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Gehenne
  27 mai 2020
Mission accomplie. J'ai terminé mon défi du confinement avec l'intégrale de "LA GUERRE ET LA PAIX", tel est le titre retenu pour l'édition de décembre 1944 dans la Pléiade dans une traduction de Henri Mongault.
Ce livre-épopée est un monstre, mais un monstre magnifique. Jamais batailles n'ont été mieux décrites au coeur même de la mêlée, jamais l'âme russe n'a été aussi bien illustrée. Point n'est besoin de s'attarder outre mesure sur ce chef-d'oeuvre sur lequel tout a été dit.
Sauf à ajouter un petit bémol : le prodigieux écrivain qui a passé 5 années à enfanter ce roman-fleuve aurait pu faire l'économie de cette cinquantaine de pages finales qui embrouillent son propos par un trop plein d'explications.
Sur cette édition de la Pléiade de 1607 pages, l'histoire proprement dit se termine à la page 1556, soit au terme de la 1ère partie de l'épilogue. Puis l'écrivain se mue en professeur qui disserte à foison sur le sens de l'Histoire. Si vous n'êtes ni historien, ni philosophe, évitez cet ultime sentier escarpé. Pour le reste, rien que du bonheur !
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Jerome012630
  07 avril 2020
Quand on parle de classique, le roman fleuve de Tolstoï fait partie de ceux qui viennent tout de suite à l'esprit.
Cela faisait des années que Guerre et Paix, ou La Guerre et la Paix, était dans ma bibliothèque.
Mais une oeuvre de cette ampleur, on ne la lit qu'au moment où on se sent prêt à plonger dedans.
Par rapport au mythe que ce roman représente dans la littérature mondiale et par sa taille de presque 2000 pages.
Mes précédentes expériences avec Tolstoï avaient été diverses. J'ai adoré Anna Karenine mais ai eu plus de mal avec Résurrection, son dernier roman de 1899, représentatif si j'ai bien compris d'un moment de la vie de l'auteur où celui-ci reniait ses oeuvres romanesques.
Quant au livre de poche regroupant "la mort d'Ivan Illitch", "maître et serviteur" et "trois morts", j'avoue être passé un peu à côté. Je le relirai.
Voilà posé le "contexte" dans lequel j'ai entrepris cette lecture.
Guerre et Paix commence en juillet 1805, au sein de la noblesse petersbourgeoise et moscovite. Dans la première partie, on découvre, au travers de salons mondains et de dîners, les personnages que nous suivrons tout au long de l'oeuvre.
(Attention, je vous conseille de noter dans votre smartphone ou sur un papier quelques éléments sur les personnages : qui est le fils ou la fille de qui, le cousin ou la cousine de qui, etc. En effet on fait la connaissance d'énormément de personnages en même temps, et il peut parfois être difficile de s'y retrouver).
A cette époque, on discute de Bonaparte, de la menace qu'il fait peser sur l'Europe et la Russie et de la nécessité de partir en guerre. Ainsi, certains s'engageront tels le prince André Bolkonski ou le jeune comte Nicolas Rostov.
Place plus tard à la vie au sein des régiments alors que la guerre fait rage, ce qui nous amènera dans un premier temps à la fameuse bataille d'Austerlitz, défaite amère pour l'alliance austro-russe. Et source de désillusions pour beaucoup, pour ceux qui ne voyaient dans l'affrontement que l'aspect héroïque, superbe, propice à l'avancement et à la gloire.
Le roman va ainsi alterner entre périodes sur le front et périodes de vie "normale", que ce soit à travers les soldats en permission ou les personnages qui ne participent pas à cette croisade contre Napoléon, que les russes appellent "l'ennemi du genre humain".
Nous suivrons le prince André Bolkonski et sa soeur Maria, Natacha Rostov et sa famille dont le jeune Nicolas, et ce fameux Pierre Bezoukhov.
Tous liés les uns aux autres, et comme toujours chez Tolstoï, ces personnages, au gré de leurs expériences, de leurs rencontres, vont être amenés à évoluer. Dans leurs positions, dans leurs sentiments, notamment ceux qu'ils éprouvent les uns envers les autres.
Cette alternance mentionnée ci-dessus permet de donner de l'air au récit, récit dont la fluidité m'a d'ailleurs étonné, moi qui m'attendais à quelque chose de plus ardu.
Le 2ème tome est lui entièrement consacré à cette fameuse campagne de Russie en 1812, au coeur même de Moscou, là où certains parlaient de la guerre avec parfois un peu trop de légèreté.
Comment en effet ne pas parler de cet événement, célèbre dans les livres d'histoire et une des plus cuisantes défaites de l'empereur Napoléon.
De Borodino, à Kraskoie, en passant par Moscou évidemment, des dizaines de milliers d'hommes meurent, plus par les conditions de vie, le pillage, la retraite précipitée, que par les affrontements à proprement parler.
Tolstoi se sert aussi de son roman pour développer sa thèse sur L Histoire et les Grands Hommes. le génie militaire n'existe pas. C'est à posteriori qu'on qualifie untel ou untel de héros. Car la victoire ne dépend jamais des consignes données et souvent déjà dépassées quand elles arrivent aux soldats. La force est égal à une équation dans laquelle, outre la quantité d'hommes à disposition, rentre un multiplicateur : le moral.
Celui qui fait que 10 hommes en renverseront 15.
Et que c'est un ensemble de paramètres qui ne peuvent être prévus qui vont définir le succès, plus que le pouvoir de quelques-uns.
Se dresse lors de cette campagne russe une opposition entre Napoléon, que Tolstoï fait plus qu'égratigner, et (non pas l'empereur Alexandre relégué au second plan) Koutouzov le commandant de l'armée russe, que Tolstoï réhabilite. Il réhabilite l'homme et ses choix, parvenant à en faire un portrait non dénué de tendresse, un incompris.
Il serait passionnant d'échanger sur ce livre et sur cette guerre avec un historien. Afin de confronter le point de vue de l'auteur, dont on sent l'immense travail historique sur ces événements vieux d'une cinquantaine d'années, et les études postérieures.
Guerre et Paix est bel et bien un chef-d'oeuvre, dont la longueur ne doit pas décourager le lecteur. Elle est indispensable à la quantité de choses que Tolstoï veut nous raconter, à la masse d'informations qu'il veut mettre à notre disposition.
Pourtant, nous ne sommes jamais noyés. Tout le monde trouvera quelques longueurs, c'est évident, surtout dans cette dernière partie d'une cinquantaine de pages qui n'est qu'une analyse du pouvoir, de l'histoire et des notions de liberté et nécessité (le "vrai" roman s'arrêtant à la fin de la première partie de l'épilogue).
A bientôt et bonne lecture !
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jongorenard
  04 décembre 2021
Je m'intéresse depuis quelque temps à la littérature russe dont j'ai adoré deux ouvrages de Dostoïevski, mais je ne m'étais jamais aventuré chez Tolstoï. Un de mes professeurs de lycée disait que "Guerre et paix" faisait partie de ces monuments difficiles à lire en raison de sa portée et de sa longueur. Conquérir ce sommet était une expérience permettant de savoir si on était un lecteur, voire un homme ! Et même si l'épaisseur de ce volumineux pavé peut décourager ou effrayer, la montagne n'est finalement pas si grande et pour la vaincre « rien ne vaut ces deux soldats qui s'appellent le temps et la patience. »
Alors, j'ai pris mon temps, j'ai continué à lire d'autres livres en parallèle, j'ai fait de longues pauses, j'ai dû lutter pour ne pas me perdre, j'ai adoré certains passages, j'ai peiné dans d'autres, j'ai admiré le génie de l'auteur. le fait est que j'ai trouvé que c'était une bonne lecture même si elle ne m'a pas autant bouleversé que celle de "Crimes et châtiments". La faute probablement au récit mélangeant avec audace, mais aussi lourdeur fiction et essai historique. Vous êtes en train de lire le roman et vous commencez à comprendre qui est chaque personnage. L'histoire avance. Napoléon traverse le Danube. La tension dramatique monte. Et puis, Tolstoï stoppe brusquement la narration avec une digression magistrale sur le thème de l'Histoire (avec un grand H), ou sur le libre arbitre, ou sur les tactiques militaires ou encore sur l'intelligence de Napoléon. Ces digressions, bien qu'intéressantes, perturbent le récit. On perd de vue les personnages pendant des dizaines de pages. Au lieu de se demander ce qui va se passer, on se pose des questions comme « où suis-je ? » ou « combien de temps ai-je dormi ? ».
Oui, Tolstoï est cet invité qui s'est installé chez vous pendant plusieurs mois et dont vous êtes certes ravi de sa visite parce qu'il est intelligent, génial, intéressant et sincère. Mais parfois il devient déroutant avec ses digressions politiques ou militaires. Les personnages principaux perdent de leur dynamique. Ils m'ont souvent étonné par leur bêtise et ne m'ont pas autant impressionné que Rodia ou les frères Karamazov. Pierre est attachant, mais fatigant avec ses sempiternelles crises de conscience. Natacha est pleine de vie et d'espièglerie, mais également le stéréotype de la fille qui effeuille les marguerites : je l'aime, je ne l'aime pas, je l'aime… Loin de moi l'idée de promouvoir des héros parfaits en littérature, mais je trouve que Tolstoï a un peu trop forcé le trait de ses personnages principaux. La volonté de l'auteur de vouloir également les placer absolument au coeur des événements historiques renforce leur aspect équivoque. Et pour en finir avec le désagréable, la fin du roman est décevante et ne récompense guère les efforts fournis.
Heureusement le reste du temps, le récit est excellent, plutôt captivant et très instructif, car vous en apprendrez plus que vous n'avez jamais voulu en savoir sur le grand Napoléon ou sur la vie en Russie au début du XIXe siècle ! Vous tombez soudain sur une scène qui est dessinée de manière si vivante que vous vous en souviendrez pour toujours. Il y a la bataille d'Austerlitz, qui est impeccablement documentée et racontée de manière passionnante. Il y a le prince André, blessé sur le champ de cette bataille, qui regarde au-dessus de lui « un ciel sans fin », réalisant qu'il ne l'a jamais vraiment regardé auparavant. Il y a Pierre, qui réalise qu'il est amoureux de Natacha en regardant les étoiles et en apercevant la comète de 1811. Il y a Napoléon souffrant d'un rhume la veille de Borodino. Sans celui-ci, « ses combinaisons eussent été marquées au sceau du génie pendant la bataille, la Russie eût été perdue, et la face du monde changée ! » Il y a André qui regarde un obus tomber en sifflant à deux pas de lui « comme un oiseau au vol rapide se posant à terre ». Il y a le jeune Pétia qui court à sa perte en poursuivant les Français pendant leur retraite.
Il y a aussi des passages qui montrent que Tolstoï n'est pas seulement prolixe, mais aussi inventif. Par exemple, la scène dans laquelle il décrit les pensées d'un vieux chêne. « Le printemps, l'amour, le bonheur ?… En êtes-vous encore à caresser ces illusions décevantes, semblait dire le vieux chêne. » Ou celle où il raconte un conseil de guerre de l'armée russe du point de vue de Malacha, une petite paysanne qui parle de Koutouzov comme d'un « grand-père ».
Bref, si vous aimez le développement abouti des personnages, les intrigues qui se déroulent sur une longue période, si vous êtes quelqu'un qui réfléchit un tant soit peu à la vie ou la mort, ce livre devrait vous plaire. « Qui suis-je ? Pourquoi suis-je né ? Dans quel but ? », ces questions existentielles sur le sens de la vie infusent sans cesse le récit qui traite également de la responsabilité de l'individu combattant la dichotomie entre le libre arbitre et l'influence du monde extérieur dans le cours de l'histoire. Les personnages fictifs et historiques se mêlent naturellement à la narration explorant la manière dont les vies individuelles affectent le progrès de l'histoire, remettant en cause la nature de la vérité acceptée par les historiens modernes.
"Guerre et paix" est bien plus qu'un roman. C'est un vaste récit détaillé d'un monde en constante contradiction où coexistent deux manières d'être : la guerre et la paix. La paix, entendue non seulement comme l'absence de guerre, mais surtout comme l'état tant convoité dans lequel l'individu met la main sur les clés de son identité et de son bonheur, tout en parvenant à une communion harmonieuse avec les autres.
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Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   21 décembre 2017
Les parenthèses de pur bonheur ne sont pas si nombreuses dans La Guerre et la paix et l'envie d'y regoûter me prend parfois surtout à l'approche de Noël. Je me réfère ici pour les citations à l'édition de la Pléiade. L’hiver 1806, tel que raconté dans le roman, est l'un de ces moments très particuliers de grâce dans l’épopée somptueuse et tourmentée de Tolstoï. Oubliés tout d'un coup Koutouzov, Bilibine et Bagration...

La bataille d'Austerlitz vient de faire rage et bien qu'une nouvelle guerre avec Napoléon soit déjà envisagée l’écriture de Tolstoï déborde d’une légèreté et d’une gaité très largement communicative innondant encore les pages d’aujourd’hui. Chez les Rostov à Moscou le temps paraît comme suspendu. Jeunes gens, Nicolas, son ami Denissov et Dolokhov avec qui il est également lié, et jeunes filles, Vera, Sonia et Natacha, se retrouvent. De très belles pages s'ensuivent.

« L’automne venu, les Rostov regagnèrent Moscou. Au début de l’hiver, Denissov y revint également et descendit chez eux. Cet hiver de 1806, le premier que Nicolas Rostov passât à Moscou, fut l’un des plus gais, l’un des plus heureux que cette famille eût connus. » (p. 422).

Arrivent les fêtes de noël, occasions pendant plusieurs jours, de bals, de rencontres et de festivités. Extraits :

« La maison des Rostov était imprégnée à ce moment de cette atmosphère amoureuse particulière aux maisons où il y a de très jeunes et très jolies filles. » (p. 423)

Un peu plus loin encore :

« Le troisième jour des fêtes de noël […] Jamais encore chez les Rostov l’air n’avait été à ce point saturé d’amour. » (p. 425)

Enfin, point d’orgue de ces fêtes, le bal chez Iogel :

« A peine entrée dans la salle Natacha céda à son penchant amoureux. Sans distinguer personne en particulier, elle s’éprit de tout le monde à la fois… » (p. 428)

... Et vient sa mazurka endiablée avec Denissov (p. 430) :

« Il sortit de la rangée des chaises, saisit vigoureusement la main de sa danseuse, redressa la tête et tendit la jambe, attendant la mesure. En deux occasions seulement – quand il était à cheval et quand il dansait la mazurka – la médiocrité de sa taille passait inaperçue, et Denissov devenait pleinement le rude et beau gaillard qu’il voulait être. Quand son tour fut venu, il coula vers sa danseuse un regard à la fois plaisant et vainqueur, fit un brusque appel du pied et bondit comme une balle élastique, entraînant Natacha dans la danse. Il parcourut ainsi sur un seul pied la moitié du salon, sans faire le moindre bruit, sans paraître voir les chaises placées devant lui ; il allait, croyait-on, s’y heurter quand soudain, jambes écartées, éperons sonnants, il s’arrêta un instant sur ses talons, en multipliant les appels de pied fit une volte rapide, et rejoignit la chaîne des danseurs le pied droit battant sans cesse contre le gauche. Natacha devinait chacune de ses intentions et s’y abandonnait inconsciemment. Tantôt il la faisait pirouetter par la main droite ou par la main gauche ; tantôt se mettant à genoux, il lui faisait décrire un cercle autour de lui, puis, soudain redressé, il reprenait sa course furieuse comme s’il voulait d’un seul élan parcourir toutes les salles ; tantôt il s’arrêtait inopinément pour exécuter une figure imprévue. Quand, après une magistrale virevolte, il immobilisa sa danseuse juste devant sa place et s’inclina dans un dernier tintement d’éperons, Natacha n’eut même pas la présence d’esprit de lui faire la révérence. Elle fixait sur lui ses yeux souriants, étonnés et paraissait ne pas le reconnaître. »

Pour ce noël délicieux de 1806, pour sa jeunesse, pour le plaisir d’une danse : Livre 2, 1ère partie, chapitre 10, 11, 12, p. 422 et suivantes.
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Cricri124Cricri124   10 février 2022
Ne pas faire de prisonniers, reprit le prince André, ce serait transformer toute la guerre et la rendre moins cruelle. Au lieu de cela, nous jouons à la guerre, hélas ! nous faisons les généreux. Cette générosité, cette sensiblerie me rappellent celle d’une petite-maîtresse qui se trouve mal à la vue d’un veau qu’on égorge : son excellent cœur ne lui permet pas de voir le sang couler, mais elle se régalera volontiers de ce même veau accommodé à une bonne sauce. On met en avant les lois de la guerre, l’humanité, la chevalerie, le respect des parlementaires, etc. Niaiseries que tout cela ! […] On livre nos maisons au pillage, on met en circulation de faux assignats, et, ce qui est pire, on tue mon père ou mes enfants et l’on vient après cela me parler des lois de la guerre et de générosité envers l’ennemi ! Non, il ne faut pas faire de prisonniers, mais les tuer tous et marcher soi-même à la mort ! […]
Que vient faire la galanterie dans la guerre ? N’est-elle pas ce qu’il y a de plus infâme au monde ? [...] Ecartons tout mensonge : la guerre, eh bien, c’est la guerre et non une amusette. Il n’en faut pas faire un divertissement à l’usage des oisifs et des esprits légers. Le métier militaire n’est-il pas tenu pour le plus noble de tous ? Et pourtant, qu’est-ce que ce métier, comment y obtient-on des succès, quels mœurs entraîne-t-il chez ceux qui l’exercent ? Son but, c’est le meurtre ; ses moyens, l’espionnage, la trahison et l’encouragement à trahir, la ruine des habitants, le pillage et le vol organisés pour la subsistance de l’armée, la duperie et le mensonge décorés du nom de ruses de guerre ; ses mœurs, l’esclavage baptisé discipline, l’oisiveté, la grossièreté, la cruauté, la débauche, l’ivrognerie. Et malgré cela, la caste militaire prime les autres, tout le monde l’honore. Tous les souverains, excepté l’empereur de Chine, portent l’uniforme militaire et l’on donne la plus haute récompense à celui qui a tué le plus de gens.

(Livre troisième, Deuxième partie, Chapitre XXV)
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Cricri124Cricri124   12 décembre 2021
Il regardait les Français s’approcher de lui qui, quelques instants auparavant, brulait de les atteindre et de les sabrer, trouvait maintenant leur approche si effrayante qu’il n’en croyait pas ses yeux. […] "Voudraient ils me tuer ? ... Me tuer, moi, que tout le monde aime tant ? ... " En songeant à l’affection que lui témoignait sa mère, sa famille, ses amis, il lui parut impossible que les ennemis voulussent le tuer. "Et pourtant, si telle était leur intention ?" Il resta plus de dix secondes immobile, sans se rendre compte de la situation. Le Français de tête, au nez crochu, était déjà si près que Rostov pouvait distinguer ses traits. La physionomie exaspérée de cet homme qui, baïonnette croisée, se précipitait sur lui, épouvanta Rostov. Il saisit son pistolet, mais au lieu de tirer, le lança vers le Français et s’enfuit à toutes jambes vers les broussailles, comme un lièvre poursuivi par les chiens. Il n’était plus animé, comme au pont de l’Enns, par un désir de lutte, mêlée à une vague inquiétude ; la terreur de perdre la vie, cette vie si jeune, si joyeuse, dominait maintenant tout son être. Il courait à travers champs, bondissait par-dessus les fossés, avec la même fougue que s’il jouait aux barres ; il se retournait de temps à autre, son bon visage juvénile couvert d’une pâleur mortelle et un frisson d’effroi lui parcourait le dos.

Livre premier, Deuxième partie, Chapitre XIX.
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Cricri124Cricri124   04 février 2022
L’ordre portait de chercher un gué et de traverser la rivière. Le colonel des uhlans, un vieil homme portant beau, cramoisi et balbutiant d’émotion, demanda à l’aide de camp s’il lui était permis de passer la rivière à la nage sans se soucier du gué. Avec un effroi visible qu’on ne la lui refusât, comme un gamin qui demande la permission de monter à cheval, il sollicita l’autorisation d’effectuer cette prouesse sous les yeux de l’empereur. L’aide de camp répondit que celui-ci ne serait sans doute pas mécontent de cet excès de zèle.
Aussitôt le vieil officier à longues moustaches, l’air radieux et les yeux brillants, brandit son sabre en criant : Vivat ! Puis, donnant l’ordre à ses soldats de le suivre, il éperonna son cheval et s’élança vers la rivière. Comme la bête regimbait, il la serra rageusement et s’enfonça dans l’eau, gagnant un endroit où le courant était fort. Des centaines de uhlans le suivirent. Mais vers le milieu, le froid et la peur les saisirent : ils s’accrochaient les uns aux autres et se trouvaient désarçonnés. Quelques chevaux se noyèrent ; des hommes se noyèrent également, d’autres tentèrent de nager en se cramponnant qui à leur selle, qui à la crinière de leurs montures. Ils s’efforçaient de gagner l’autre rive et, bien qu’à cinq cents mètres de là il y eût un gué, ils étaient fiers de nager et de se noyer sous les yeux de cet homme assis sur un tronc d’arbre et qui ne regardait même pas ce qu’ils faisaient.

(Livre troisième, Première partie, Chapitre II)
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Cricri124Cricri124   08 février 2022
Les médecins laissaient entendre qu’elle courait un vrai danger. […] Peu importait qu’ils fissent absorber à la malade des drogues pour la plupart nuisibles, dont l’effet néfaste était d’ailleurs atténué par la petitesse des doses ; ils étaient utiles, voire indispensables, pour la raison qu’ils satisfaisaient les besoins moraux de Natacha et de ceux qui l’entouraient. C’est pourquoi, soit dit entre parenthèses, il y aura toujours de faux guérisseurs, des charlatans, tant allopathes qu’homéopathes. Ils donnent satisfaction à ce désir éternel chez l’homme d’espérer un soulagement, de voir les gens s’empresser autour de lui, sympathiser à ses maux. [...]
Que serait-il advenu de Sonia, du comte et de la comtesse, s’ils avaient dû se croiser les bras au lieu de faire prendre à heure fixe ces pilules, ces boissons chaudes, ces croquettes de poulet, et de veiller à mille autres prescriptions des médecins qui leur procuraient une occupation consolante ?

(Livre troisième, Première partie, Chapitre XVI)
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