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Henri Mongault (Autre)Pierre Pascal (Autre)
EAN : 9782070105632
1657 pages
Éditeur : Gallimard (12/03/1945)
4.52/5   161 notes
Résumé :
1805. L'armée menée par Napoléon se rapproche inexorablement des frontières de l'empire Russe, pendant qu'à Moscou et Saint-Pétersbourg, les Rostow, Bolkonsky ou Besoukhow, aristocrates ou grand bourgeois, mènent une vie mondaine, insouciante et frivole. Au moment où la Russie entre en guerre aux côtés de l'Autriche contre la France, tout bascule. Un chef-d'oeuvre de Tolstoï écrit entre 1865 et 1869, et qui fut un immense succès, dès sa parution.
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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sur 161 notes
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jongorenard
  04 décembre 2021
Je m'intéresse depuis quelque temps à la littérature russe dont j'ai adoré deux ouvrages de Dostoïevski, mais je ne m'étais jamais aventuré chez Tolstoï. Un de mes professeurs de lycée disait que "Guerre et paix" faisait partie de ces monuments difficiles à lire en raison de sa portée et de sa longueur. Conquérir ce sommet était une expérience permettant de savoir si on était un lecteur, voire un homme ! Et même si l'épaisseur de ce volumineux pavé peut décourager ou effrayer, la montagne n'est finalement pas si grande et pour la vaincre « rien ne vaut ces deux soldats qui s'appellent le temps et la patience. »
Alors, j'ai pris mon temps, j'ai continué à lire d'autres livres en parallèle, j'ai fait de longues pauses, j'ai dû lutter pour ne pas me perdre, j'ai adoré certains passages, j'ai peiné dans d'autres, j'ai admiré le génie de l'auteur. le fait est que j'ai trouvé que c'était une bonne lecture même si elle ne m'a pas autant bouleversé que celle de "Crimes et châtiments". La faute probablement au récit mélangeant avec audace, mais aussi lourdeur fiction et essai historique. Vous êtes en train de lire le roman et vous commencez à comprendre qui est chaque personnage. L'histoire avance. Napoléon traverse le Danube. La tension dramatique monte. Et puis, Tolstoï stoppe brusquement la narration avec une digression magistrale sur le thème de l'Histoire (avec un grand H), ou sur le libre arbitre, ou sur les tactiques militaires ou encore sur l'intelligence de Napoléon. Ces digressions, bien qu'intéressantes, perturbent le récit. On perd de vue les personnages pendant des dizaines de pages. Au lieu de se demander ce qui va se passer, on se pose des questions comme « où suis-je ? » ou « combien de temps ai-je dormi ? ».
Oui, Tolstoï est cet invité qui s'est installé chez vous pendant plusieurs mois et dont vous êtes certes ravi de sa visite parce qu'il est intelligent, génial, intéressant et sincère. Mais parfois il devient déroutant avec ses digressions politiques ou militaires. Les personnages principaux perdent de leur dynamique. Ils m'ont souvent étonné par leur bêtise et ne m'ont pas autant impressionné que Rodia ou les frères Karamazov. Pierre est attachant, mais fatigant avec ses sempiternelles crises de conscience. Natacha est pleine de vie et d'espièglerie, mais également le stéréotype de la fille qui effeuille les marguerites : je l'aime, je ne l'aime pas, je l'aime… Loin de moi l'idée de promouvoir des héros parfaits en littérature, mais je trouve que Tolstoï a un peu trop forcé le trait de ses personnages principaux. La volonté de l'auteur de vouloir également les placer absolument au coeur des événements historiques renforce leur aspect équivoque. Et pour en finir avec le désagréable, la fin du roman est décevante et ne récompense guère les efforts fournis.
Heureusement le reste du temps, le récit est excellent, plutôt captivant et très instructif, car vous en apprendrez plus que vous n'avez jamais voulu en savoir sur le grand Napoléon ou sur la vie en Russie au début du XIXe siècle ! Vous tombez soudain sur une scène qui est dessinée de manière si vivante que vous vous en souviendrez pour toujours. Il y a la bataille d'Austerlitz, qui est impeccablement documentée et racontée de manière passionnante. Il y a le prince André, blessé sur le champ de cette bataille, qui regarde au-dessus de lui « un ciel sans fin », réalisant qu'il ne l'a jamais vraiment regardé auparavant. Il y a Pierre, qui réalise qu'il est amoureux de Natacha en regardant les étoiles et en apercevant la comète de 1811. Il y a Napoléon souffrant d'un rhume la veille de Borodino. Sans celui-ci, « ses combinaisons eussent été marquées au sceau du génie pendant la bataille, la Russie eût été perdue, et la face du monde changée ! » Il y a André qui regarde un obus tomber en sifflant à deux pas de lui « comme un oiseau au vol rapide se posant à terre ». Il y a le jeune Pétia qui court à sa perte en poursuivant les Français pendant leur retraite.
Il y a aussi des passages qui montrent que Tolstoï n'est pas seulement prolixe, mais aussi inventif. Par exemple, la scène dans laquelle il décrit les pensées d'un vieux chêne. « Le printemps, l'amour, le bonheur ?… En êtes-vous encore à caresser ces illusions décevantes, semblait dire le vieux chêne. » Ou celle où il raconte un conseil de guerre de l'armée russe du point de vue de Malacha, une petite paysanne qui parle de Koutouzov comme d'un « grand-père ».
Bref, si vous aimez le développement abouti des personnages, les intrigues qui se déroulent sur une longue période, si vous êtes quelqu'un qui réfléchit un tant soit peu à la vie ou la mort, ce livre devrait vous plaire. « Qui suis-je ? Pourquoi suis-je né ? Dans quel but ? », ces questions existentielles sur le sens de la vie infusent sans cesse le récit qui traite également de la responsabilité de l'individu combattant la dichotomie entre le libre arbitre et l'influence du monde extérieur dans le cours de l'histoire. Les personnages fictifs et historiques se mêlent naturellement à la narration explorant la manière dont les vies individuelles affectent le progrès de l'histoire, remettant en cause la nature de la vérité acceptée par les historiens modernes.
"Guerre et paix" est bien plus qu'un roman. C'est un vaste récit détaillé d'un monde en constante contradiction où coexistent deux manières d'être : la guerre et la paix. La paix, entendue non seulement comme l'absence de guerre, mais surtout comme l'état tant convoité dans lequel l'individu met la main sur les clés de son identité et de son bonheur, tout en parvenant à une communion harmonieuse avec les autres.
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Gehenne
  27 mai 2020
Mission accomplie. J'ai terminé mon défi du confinement avec l'intégrale de "LA GUERRE ET LA PAIX", tel est le titre retenu pour l'édition de décembre 1944 dans la Pléiade dans une traduction de Henri Mongault.
Ce livre-épopée est un monstre, mais un monstre magnifique. Jamais batailles n'ont été mieux décrites au coeur même de la mêlée, jamais l'âme russe n'a été aussi bien illustrée. Point n'est besoin de s'attarder outre mesure sur ce chef-d'oeuvre sur lequel tout a été dit.
Sauf à ajouter un petit bémol : le prodigieux écrivain qui a passé 5 années à enfanter ce roman-fleuve aurait pu faire l'économie de cette cinquantaine de pages finales qui embrouillent son propos par un trop plein d'explications.
Sur cette édition de la Pléiade de 1607 pages, l'histoire proprement dit se termine à la page 1556, soit au terme de la 1ère partie de l'épilogue. Puis l'écrivain se mue en professeur qui disserte à foison sur le sens de l'Histoire. Si vous n'êtes ni historien, ni philosophe, évitez cet ultime sentier escarpé. Pour le reste, rien que du bonheur !
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Jerome012630
  07 avril 2020
Quand on parle de classique, le roman fleuve de Tolstoï fait partie de ceux qui viennent tout de suite à l'esprit.
Cela faisait des années que Guerre et Paix, ou La Guerre et la Paix, était dans ma bibliothèque.
Mais une oeuvre de cette ampleur, on ne la lit qu'au moment où on se sent prêt à plonger dedans.
Par rapport au mythe que ce roman représente dans la littérature mondiale et par sa taille de presque 2000 pages.
Mes précédentes expériences avec Tolstoï avaient été diverses. J'ai adoré Anna Karenine mais ai eu plus de mal avec Résurrection, son dernier roman de 1899, représentatif si j'ai bien compris d'un moment de la vie de l'auteur où celui-ci reniait ses oeuvres romanesques.
Quant au livre de poche regroupant "la mort d'Ivan Illitch", "maître et serviteur" et "trois morts", j'avoue être passé un peu à côté. Je le relirai.
Voilà posé le "contexte" dans lequel j'ai entrepris cette lecture.
Guerre et Paix commence en juillet 1805, au sein de la noblesse petersbourgeoise et moscovite. Dans la première partie, on découvre, au travers de salons mondains et de dîners, les personnages que nous suivrons tout au long de l'oeuvre.
(Attention, je vous conseille de noter dans votre smartphone ou sur un papier quelques éléments sur les personnages : qui est le fils ou la fille de qui, le cousin ou la cousine de qui, etc. En effet on fait la connaissance d'énormément de personnages en même temps, et il peut parfois être difficile de s'y retrouver).
A cette époque, on discute de Bonaparte, de la menace qu'il fait peser sur l'Europe et la Russie et de la nécessité de partir en guerre. Ainsi, certains s'engageront tels le prince André Bolkonski ou le jeune comte Nicolas Rostov.
Place plus tard à la vie au sein des régiments alors que la guerre fait rage, ce qui nous amènera dans un premier temps à la fameuse bataille d'Austerlitz, défaite amère pour l'alliance austro-russe. Et source de désillusions pour beaucoup, pour ceux qui ne voyaient dans l'affrontement que l'aspect héroïque, superbe, propice à l'avancement et à la gloire.
Le roman va ainsi alterner entre périodes sur le front et périodes de vie "normale", que ce soit à travers les soldats en permission ou les personnages qui ne participent pas à cette croisade contre Napoléon, que les russes appellent "l'ennemi du genre humain".
Nous suivrons le prince André Bolkonski et sa soeur Maria, Natacha Rostov et sa famille dont le jeune Nicolas, et ce fameux Pierre Bezoukhov.
Tous liés les uns aux autres, et comme toujours chez Tolstoï, ces personnages, au gré de leurs expériences, de leurs rencontres, vont être amenés à évoluer. Dans leurs positions, dans leurs sentiments, notamment ceux qu'ils éprouvent les uns envers les autres.
Cette alternance mentionnée ci-dessus permet de donner de l'air au récit, récit dont la fluidité m'a d'ailleurs étonné, moi qui m'attendais à quelque chose de plus ardu.
Le 2ème tome est lui entièrement consacré à cette fameuse campagne de Russie en 1812, au coeur même de Moscou, là où certains parlaient de la guerre avec parfois un peu trop de légèreté.
Comment en effet ne pas parler de cet événement, célèbre dans les livres d'histoire et une des plus cuisantes défaites de l'empereur Napoléon.
De Borodino, à Kraskoie, en passant par Moscou évidemment, des dizaines de milliers d'hommes meurent, plus par les conditions de vie, le pillage, la retraite précipitée, que par les affrontements à proprement parler.
Tolstoi se sert aussi de son roman pour développer sa thèse sur L Histoire et les Grands Hommes. le génie militaire n'existe pas. C'est à posteriori qu'on qualifie untel ou untel de héros. Car la victoire ne dépend jamais des consignes données et souvent déjà dépassées quand elles arrivent aux soldats. La force est égal à une équation dans laquelle, outre la quantité d'hommes à disposition, rentre un multiplicateur : le moral.
Celui qui fait que 10 hommes en renverseront 15.
Et que c'est un ensemble de paramètres qui ne peuvent être prévus qui vont définir le succès, plus que le pouvoir de quelques-uns.
Se dresse lors de cette campagne russe une opposition entre Napoléon, que Tolstoï fait plus qu'égratigner, et (non pas l'empereur Alexandre relégué au second plan) Koutouzov le commandant de l'armée russe, que Tolstoï réhabilite. Il réhabilite l'homme et ses choix, parvenant à en faire un portrait non dénué de tendresse, un incompris.
Il serait passionnant d'échanger sur ce livre et sur cette guerre avec un historien. Afin de confronter le point de vue de l'auteur, dont on sent l'immense travail historique sur ces événements vieux d'une cinquantaine d'années, et les études postérieures.
Guerre et Paix est bel et bien un chef-d'oeuvre, dont la longueur ne doit pas décourager le lecteur. Elle est indispensable à la quantité de choses que Tolstoï veut nous raconter, à la masse d'informations qu'il veut mettre à notre disposition.
Pourtant, nous ne sommes jamais noyés. Tout le monde trouvera quelques longueurs, c'est évident, surtout dans cette dernière partie d'une cinquantaine de pages qui n'est qu'une analyse du pouvoir, de l'histoire et des notions de liberté et nécessité (le "vrai" roman s'arrêtant à la fin de la première partie de l'épilogue).
A bientôt et bonne lecture !
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Warrenbismuth
  27 mars 2018
Le roman de la démesure. Les chiffres étant souvent plus parlants qu'un long discours, je vous en livre ici quelques-uns : près de 2000 pages (pour lesquelles j'ai opté pour la version en trois volumes), 17 parties, 337 chapitres. Dans la vie normale, l'épilogue d'un roman se résume en quelques lignes voire quelques pages. Ici ce sont plus de 100 pages qui concluent la fresque. On croise des centaines de personnages (je ne les ai pas comptés, mais certaines sources font état de 500 !). L'écriture du roman s'est étalée durant sept années, entre 1863 et 1869. Dans la vie normale, un roman se lit en quelques dizaines d'heures au maximum. Ici j'évalue ma durée totale de lecture à plus de 130 heures. Comme le disait si justement le grand Rod SERLING en parlant de tout à fait autre chose : « Nous voilà transportés dans une autre dimension ».
On ne résume pas un livre qui n'est pas résumable. L'histoire s'étend de 1805 à 1820 en Russie et raconte la destinée de plusieurs familles bourgeoises : les Bezoukhov (dont Pierre, l'enfant bâtard, est le héros principal du roman, et se trouve être l'un des doubles de TOLSTOÏ), les Bolkonsky (André, l'un des autres doubles de l'auteur, est aussi l'une des charnières de l'intrigue), les Kouraguine ou encore les Rostov.
Le titre « Guerre et paix « est inspiré de l'anarchiste théoricien Pierre-Joseph PROUDHON (TOLSTOÏ lui-même était anarchiste). le mot « Guerre » devrait d'ailleurs s'écrire au pluriel puisqu'il est question de trois guerres : celle dite de la troisième coalition en 1805, celle de Tilsitt en 1807 et enfin la longue et désastreuse campagne de Russie de 1812 avec l'épisode de la Bérézina. Toutes mirent en scène principalement la Russie d'Alexandre 1er et la France de Napoléon 1er, même si de nombreux autres pays prirent part aux conflits. Une réflexion du Prince André Bolkonsky dès le début du livre peut servir de trame : « Si l'on ne se battait que pour ses convictions, il n'y aurait pas de guerre ». Ce roman sera ponctué de très nombreuses morts, pas toutes sur les champs de bataille d'ailleurs.
La paix : elle est vue historiquement par la paix de Tilsitt, mais plus fictionnellement par le destin des personnages du roman. de nombreuses histoires d'amour par le biais de rencontres, déchirements, trahisons, adultères, etc. TOLSTOÏ a mis le paquet et sorti les violons pour approfondir un romantisme très marqué, si certains passages traitant des affaires de coeur, des émotions amoureuses ou de ressentis peuvent s'avérer longs, ils éclairent pourtant sur tout le reste. Je ne dévoilerai rien de ce point du livre, ma chronique ne ferait que vous perdre un peu plus (si vous ne l'êtes pas déjà).
Dans cette saga d'une rare densité, c'est aussi le personnage de Napoléon qui est mis en exergue. En mettant bout à bout les nombreux passages concernant sa personne, on aurait sans nul doute une biographie assez complète d'un empereur qui fascine l'Europe entière, par une adoration doublée d'une haine farouche (il est vu sous les traits de l'antéchrist), émanant parfois d'un même cerveau à quelques mois de distance. TOLSTOÏ n'hésite pas à se placer en porte-à-faux de l'histoire de ces guerres telle que racontée par les historiens officiels. Il s'en arroge le droit, notamment car, parlant au nom du peuple russe envers ce qu'il dévoile sur la stratégie de Napoléon, « Nous n'avons pas, Dieu merci, pour cacher notre honte, à nous incliner devant son génie, nous avons payé cher le droit de juger ses actes, de bonne foi et sans déguisement, et dès lors nous ne sommes obligés à aucune concession ». Et s'il tacle les historiens c'est aussi parce que « le mouvement des masses n'est produit ni par le pouvoir ni par l'activité intellectuelle, ni par l'union de l'un et de l'autre, comme le pensent les historiens, mais par l'activité de tous ceux qui prennent part aux événements, et qui se groupent de telle façon que ceux qui agissent le plus directement sont les moins responsables, et réciproquement », leur reprochant leur manque de recul et la non prise en compte d'une quantité de causes.
Pour bien comprendre le récit historique, il faut quand même se passionner pour les stratégies militaires qui sont explorées ici avec force détails, telle un immense tableau chargé de microparticules multicolores. Certaines pages peuvent paraître longues, d'autres sont tout simplement d'anthologie, je pense notamment à la campagne de Russie et de ses incendies gigantesques de Smolensk et Moscou.
Mais le plus beau reste à venir, et rien que pour cela il vous faut parvenir à la conclusion du vertigineux ouvrage : l'épilogue. Plus de 100 pages en version essai sur la notion de guerre, de paix, de liberté et de nécessité, ce moment est proprement divin, il termine un bouquin d'une variété extrême. Pour TOLSTOÏ (et il va implacablement le démontrer), la liberté totale n'existe pas, elle n'est que relative. Il en est de même pour la nécessité. Cet épilogue fait à coup sûr partie des grandes émotions de la littérature mondiale de par son développement, sa précision, les exemples pris, on en ressort éreinté mais convaincu.
Il est indéniable que lire « Guerre et paix » est une sorte de défi lancé à soi-même. Tout en lisant de manière soutenue et quotidienne, il ne m'a fallu pas moins de cinq semaines pour voir apparaître le mot « fin ». Et comme après chaque longue expérience littéraire, je me retrouve un peu à poil après une telle aventure, car bien que n'étant pas téméraire, pour moi le fait de terminer « Guerre et paix », c'est un peu comme descendre les chutes du Niagara en caisse à savon. C'est aussi un défi par les patronymes utilisés par l'auteur : certains personnages portent le même prénom, des noms de familles sont presque similaires (les Karaguine et les Kouraguine).
Le plus incroyable dans tout cela, c'est que TOLSTOÏ a écrit plusieurs versions de ce roman fleuve (et je ne dis pas cela pour la seule Bérézina qui d'ailleurs est une rivière) ! Pour la présente version, visiblement la plus usitée, j'ai choisi la traduction d'Irène PASKEVITCH, qui semble toujours faire autorité dans le domaine puisque son travail est encore réédité de nos jours.
Je parlais de démesure au début de cet article : ce roman a amené des liesses populaires ou individuelles hors norme, à la hauteur de ce qu'a écrit TOLSTOÏ : récemment en Russie, une lecture publique de 60 heures non stop a eu lieu, je me souviens aussi de cette anecdote (je n'ai malheureusement pas pu retrouver la source) d'un homme qui a envoyé « Guerre et paix » en SMS à sa fiancée. Dans mon souvenir, et à raison de nombreux SMS quotidiens, l'aventure a duré plus d'un an. Pour finir, cette petite anecdote contée par une amie : sa grand-mère alors impotente ne quittait plus son fauteuil aménagé, elle a passé les dernières années de sa vie à lire, refermer et reprendre du début « Guerre et paix ». Avec un roman pareil, la raison n'existe plus, les réflexes rationnels sont oubliés au profit d'actions d'envergure dans le temps. « Guerre et paix » est considéré que le plus grand roman russe historique : le travail effectué par TOLSTOÏ pour le rédiger ne peut que nous amener à nous incliner devant ce gigantesque rendu. Pour la compétition, on reviendra plus tard. Je termine aujourd'hui ce roman et je me sens comme groggy ou migraineux un jour de gueule de bois, avec cette question : comment peut-on entreprendre un travail littéraire aussi acharné, surdimensionné ? D'ailleurs, cette question mérite-t-elle même d'être posée ? Quoi qu'il en soit, il me va falloir reprendre une vie normale après cette expérience hors du commun, atterrir de nouveau dans la vraie vie, ce qui devrait encore prendre quelques jours.
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LiliGalipette
  29 juillet 2019
Faut-il résumer ce roman ? Peut-on résumer ce roman ? Est-il pertinent de résumer les batailles opposant la Russie à l'armée napoléonienne ? Où est l'intérêt de décrire chacun des nombreux personnages et chacune des intrigues amoureuses et sociales qui les rassemblent ?
Dans deux mois, voire dans deux semaines, nul doute que je serai bien en peine de me rappeler de qui unetelle est amoureuse et qui untel épouse-t-il par intérêt ou raison. du même auteur, j'ai largement préféré Anna Karénine, pourtant lu quand j'étais une toute jeune adolescente. le texte ne m'avait pas semblé si dense et ardu. Guerre et paix est un pavé, non pas indigeste, mais tout de même un peu lourd. Certes, il est passionnant de suivre Tolstoï dans ses réflexions sur la prétendue véracité du génie militaire de Napoléon. Certes, il est passionnant de voir deux personnages mettre en application des principes sociaux nouveaux, inspirés de la franc-maçonnerie, et qui tendent à abolir le servage. On retrouve là les idées sociétales de l'auteur. Mais dans l'ensemble, j'ai éprouvé assez peu de sympathie pour les personnages, à l'exception de Pierre, le héros le plus principal, si j'ose dire.
J'ai cependant l'intention de voir l'adaptation de ce roman par la BBC.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Cricri124Cricri124   26 novembre 2021
Les regards de Nésvitski allaient de la rivière au pont, découvrant ici et là un spectacle identique. En bas, l’Enns précipitait ses petites vagues bruyantes et ridées, qui, se poursuivant l’une l’autre, venaient se briser et se confondre contre les pilotis. En haut, d’autres vagues déferlaient, humaines celles-ci, mais tout aussi uniformes : c’était un incessant défilé de sacs, de longs fusils avec leurs baïonnettes, de shakos avec leurs housses et leurs jugulaires, laissant entrevoir des visages aux joues creuses, aux pommettes saillantes, de jambes enfin, barbottant dans la boue gluante.

Livre premier, Deuxième partie, Chapitre VII.
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Cricri124Cricri124   25 novembre 2021
- Peste ! Quelle élégance ! reprit Nésvitski en considérant la pelisse neuve et la chabraque du hussard.
Denissov souriant, tira de sa sabretache un mouchoir imprégné d’eau de senteur et le fourra sous le nez de Nésvitski.
- Mais bien sûr ; un jour de bataille voyons ! Je me suis lavé, parfumé, je me suis même lavé les dents.

Livre premier, Deuxième partie, Chapitre VII.
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Cricri124Cricri124   23 novembre 2021
Grâce à son zèle et à sa sévérité, le régiment avait meilleure allure qu’aucun de ceux qui venaient d’arriver à Braunau ; il ne comptait que deux cent dix-sept malades et trainards, et rien n’y clochait, sauf la chaussure.

Livre premier, Deuxième partie, Chapitre I
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4shgoth4shgoth   20 novembre 2021
Le rapport de celui qui ordonne envers ceux à qui il ordonne, c’est précisément ce qu’on appelle le pouvoir et il consiste en ceci :

Pour l’activité générale les hommes se réunissent toujours en certaines combinaisons dans lesquelles, malgré la différence de buts assignés à l’activité commune, les rapports entre les hommes qui participent à l’activité sont toujours les mêmes. En s’unissant dans une combinaison, les hommes se placent toujours entre eux en un tel rapport que le plus grand nombre d’hommes prend la plus grande part directe et le plus petit nombre d’hommes la plus petite part directe à cette activité pour laquelle ils s’unissent.

De toutes les combinaisons que forment les hommes pour l’accomplissement d’actes communs, une des plus remarquables et des plus définies, c’est l’armée.

Chaque armée se compose de membres infimes par leur grade : les soldats, toujours en plus grand nombre, puis des caporaux, des sous-officiers, moins nombreux, jusqu’au pouvoir supérieur militaire qui se concentre en une seule personne.

L’organisation militaire peut être figurée exactement par un cône dont les soldats forment la base ; dans les sections intermédiaires se placent les différents grades, etc., jusqu’au sommet du cône occupé par le chef supérieur de l’armée.

Les soldats, qui sont les plus nombreux, forment les points inférieurs du cône et sa base. Le soldat lui-même, directement, tue, coupe, brûle, pille et toujours ses actes doivent être commandés par le chef placé au-dessus de lui ; lui-même ne donne jamais d’ordres. Le sous-officier — le nombre des sous-officiers est déjà beaucoup moindre — agit en personne plus rarement que le soldat mais, déjà, il donne des ordres.

L’officier agit encore plus rarement, mais ordonne plus souvent. Et le général ne fait que donner des ordres aux troupes, leur désigne le but mais jamais n’emploie les armes. Le commandant ne prend jamais une part directe à l’action, il ne donne que des ordres généraux sur les mouvements des masses. On retrouve le même rapport des personnes dans chaque union pour une activité commune : agriculture, commerce ou n’importe quelle institution.

Ainsi, sans partager artificiellement toutes les parties du cône, qui se confondent, et tous les grades de l’armée ou des titres ou des situations de n’importe quelle institution ou d’une œuvre commune, depuis le plus bas jusqu’au plus haut se dégage nettement la loi suivant laquelle les hommes s’unissent entre eux pour accomplir un acte commun : plus la participation des hommes est directe dans l’événement moins ils peuvent ordonner et plus ils sont nombreux, et plus est faible la participation directe des hommes, plus ils donnent d’ordres et moins ils sont nombreux. Ainsi on monte des couches inférieures jusqu’au dernier terme, au sommet, qui prend le moins de part directe à l’événement et qui exerce le plus d’influence en donnant des ordres.

C’est ce rapport des hommes qui ordonnent envers ceux à qui ils ordonnent qui fait l’essence de la conception qu’on appelle le pouvoir.

En rétablissant les conditions du temps dans lesquelles s’accomplissent les événements, nous avons trouvé que l’ordre est exécuté seulement quand il se rapporte à une série correspondante d’événements ; et, en rétablissant les conditions nécessaires de lien entre celui qui ordonne et celui qui exécute, nous avons trouvé que ceux qui ordonnent prennent la moindre part dans l’événement lui-même et que leur activité est consacrée exclusivement à donner des ordres.
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Cricri124Cricri124   20 novembre 2021
Au moment d’un départ et d’un changement d’existence, tout homme capable de réflexion est plus ou moins hanté par des pensées sérieuses ; c’est l’heure où l’on sonde son passé, où l’on trace des plans d’avenir.

Livre premier, Première partie, Chapitre XXVIII
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