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Georges Nivat (Préfacier, etc.)Edouard Beaux (Traducteur)
ISBN : 2070389421
Éditeur : Gallimard (03/06/1994)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 102 notes)
Résumé :
Tolstoï entame une enquête immense, descend dans l'enfer putride des prisons, scrute les détenus, polémique avec les " idéologues " révolutionnaires, interroge le peuple. Résurrection se veut un roman total, mais cette fois-ci le Tolstoï millénariste refuse la durée et exige tout tout de suite : le salut total de la création. C'est peut-être ce qui fait de Résurrection, paru quand naissait le XXe siècle, un signe avant-coureur des grands soubresauts millénaristes de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  29 décembre 2018
Résurrection est peut-être le plus dostoïevskien des romans de Tolstoï : il y est question de Crime et de Châtiment, de pauvres Gens, de Souvenirs de la Maison des Morts (la déportation et le bagne de Sibérie), d'un Idiot (à tout le moins un prince que les gens de son milieu jugent tel) et d'un savoureux mélange politico-religieux qui n'a rien à envier aux Possédés.
Pourtant, c'est assurément le plus personnel des romans tolstoïens : le héros, Nekhlioudov, est tellement imprégné, nourri, imbibé du véritable Tolstoï que c'en est touchant, troublant même. Est-ce une fiction ? Est-ce une autobiographie ? Un roman ? Un essai politique ? Je crois bien qu'on y est constamment sur la ligne de partage des eaux.
Résurrection ne jouit pas d'une aussi grande réputation qu'Anna Karénine ou que La Guerre et la Paix. Est-ce à dire qu'il est moins bon ? C'est toujours très difficile de se positionner là-dessus. En ce qui me concerne, je crois qu'effectivement, cette réputation moindre est justifiée, en revanche, l'écart de réputation entre cet ouvrage et les susnommés, lui, ne me semble pas justifié. Car il ne s'en faut tout de même pas de beaucoup pour que Résurrection aille tenir la dragée haute à Anna Karénine.
C'est surtout la troisième partie, qui, d'après moi, a le ventre un peu trop mou. Tolstoï, qui courait si vite, qui courait si bien dans les deux premières parties, a absolument tenu à franchir un terrain difficile, particulièrement meuble (donc très risqué d'un point de vue romanesque) et ses pieds se sont malheureusement un peu englués dans la vase qui colle.
Il a quitté ce qui fait la moelle et les artères d'un écrit romanesque pour basculer franchement dans l'écrit engagé politique et sociétal. À sa façon, ce roman se rapproche d'un livre à la 1984 de George Orwell. On sent bien, on sent trop que le destin, la relation de Maslova avec Nekhlioudov n'intéresse pas vraiment l'auteur. Ce n'est qu'un prétexte à tenir son propos engagé contre les institutions que sont les tribunaux et les prisons, contre cette organisation sociale inégalitaire et injuste, qui place l'aristocratie terrienne au pinacle et ceux qui font effectivement le travail, au quatrième sous-sol, malheureux comme les pierres.
Je partage son propos mais, en tant que lectrice, mes appétits romanesques sont un petit peu déçus par cette fin qui ne s'appelle pas une fin mais plutôt botter en touche. Qu'on s'appelle Tolstoï ou non, le roman ne peut pas être qu'un prétexte à l'essai politique ou philosophique, ou alors mieux vaut choisir une autre forme que le roman. C'est ce qui pénalise, d'après moi, Clarisse Harlove de Richardson, c'est ce qui me déçoit un peu dans 1984 et tous les romans de ce genre : le roman doit avoir une fin romanesque. L'émotion suscitée ne peut pas être bonne à tout faire et surtout n'être bonne qu'à porter une réflexion : émotion et réflexion sont comme l'huile et l'eau. L'ossature du roman, ce sont les personnages, si l'on se désintéresse à la fin des personnages, alors, mécaniquement, on se désintéresse un peu du roman également.
Dans le dernier tiers de Résurrection, après avoir fait tant monter sa mayonnaise, Tolstoï ne nous fait presque plus percevoir ce que ressent Maslova. Or, c'est elle et sa relation avec Nekhlioudov qui nous intéresse, nous les lecteurs du roman. Les lecteurs de l'essai dans le roman, c'est autre chose, cela reste intéressant, bien qu'en ce qui me concerne, il prêchait une convaincue. Non, on aurait voulu autre chose entre elle et lui, quelque chose qui nous eût fait fondre en larmes ou empli d'allégresse, quelque chose qui nous eût fait croire que décidément, la vie est mal faite, injuste ou belle, que ces deux-là sont passés à un cheveu du bonheur, ou d'un malheur bien pire, que sais-je ? mais quelque chose en tout cas, qui vienne clore notre investissement émotionnel. C'est comme d'allumer des bougies sur un gâteau sans avoir la joie des les souffler, c'est frustrant.
Et cette émotion ? Et cette histoire ? Quelle est-elle ? Nekhlioudov, aristocrate oisif, prince russe de vieux lignage (exactement comme l'était Tolstoï) qui après avoir fréquenté les armées du tsar s'essaie à l'art en amateur en regardant grossir son ventre d'année en année. Il est plus ou moins promis à un mariage avec la belle mais très superficielle Missy, fille des très opulents, très influents Kortchaguine. Il hésite, sentant vaguement que cette alliance sera pour lui comme une corde au cou.
Un petit événement va venir gripper quelque peu cette belle mécanique, bien huilée des convenances et du mode de vie de l'aristocratie pour Dimitri Ivanovitch Nekhlioudov. En effet, celui-ci va être désigné juré dans une affaire d'empoisonnement impliquant un marchand, une prostituée et des hôteliers. Nekhlioudov souhaite faire de son mieux, mais, pour dire le vrai, cette histoire ne l'intéresse pas plus que ça, jusqu'au moment où…
… il s'aperçoit que la prostituée en question est une vieille connaissance à lui. Il l'a connue des années auparavant. Il la savait orpheline et recueillie par ses tantes. Il sait, il se souvient, même si c'était dans une autre vie, qu'il l'a trouvée jolie, qu'il l'a désirée, qu'il l'a aimée, même. Il se souvient encore qu'il l'a séduite, qu'il a obtenu d'elle ce que les hommes aiment obtenir des femmes et qu'il l'a ensuite laissée tomber comme une vieille chaussette qui pue. Pourtant, au fond de lui, il l'aimait. Et elle, elle l'adorait, elle se serait tuée pour lui…
Lui était reparti dans son régiment… Elle… Elle était enceinte. Et une jeune femme enceinte, en dehors des liens sacrés du mariage, dans une famille aristocratique et très respectable, ça ne se peut pas, si bien que la jeune femme fut chassée quand la « faute » fut devenue manifeste. Elle alla par les chemins, chercha à se faire employer à droite à gauche mais, décidément, victime de sa trop grande beauté, les hommes ne souhaitaient l'employer que comme Nekhlioudov l'avait fait.
De déconvenues en déceptions, de déceptions en dépravations, Catherine, Katioucha comme on l'appelait chez les tantes, devient peu à peu Maslova, la prostituée affriolante qu'on s'offre pour trente roubles dans une maison prévue à cet effet. Quel choc pour Nekhlioudov ! Cette jeune fille, cette Katioucha, qu'il avait connue si pure (le prénom Catherine évoque, d'ailleurs, étymologiquement, cette pureté), si belle, si réservée, si morale, cette Katioucha qui est devenu cette Maslova, qui a ce regard hardi, qui tient si fièrement sa grosse poitrine en avant et qui sourit aux hommes d'un air de dire : « Veux-tu monter, beau gosse ? »
Que se passe-t-il dans le coeur d'un homme quand il assiste à cela ? Que se passe-t-il dans le coeur d'un homme qui a fait tomber une jeune fille irréprochable le jour de Pâques, le jour de la résurrection du Christ ? Que se passe-t-il lorsqu'un homme, un artiste, qui se croit juste et raffiné est mis en face de son « oeuvre », est mis en face de son animalité, de son inconséquence, de son immoralité, mis en face de ses responsabilités vis-à-vis de la société ?
Mais que peut un homme ? Même un Nekhlioudov, même un prince de sang face à un système qui a mis en place toutes sortes de garde-fous pour se préserver lui-même, pour se légitimer ? La justice, les tribunaux, les prisons, des fonctionnaires, des ministres, des forces de l'ordre… Quelle justice ? Forces de quel ordre ? Ce monde inique où celui qui s'use au travail à tout juste de quoi se nourrir et se vêtir tandis que ceux qui bénéficient de son travail se vautrent dans l'oisiveté et ne savent que le mépriser ? L'ordre qui trouve immoral de voler, de tuer, de se prostituer mais qui lui même fait quoi de ses journées ? Les possédants font-ils autre chose que de voler, de tuer, de se prostituer pour accroître encore l'étendue de leurs possessions ?
Évidemment, le propos de Tolstoï est toujours valable aujourd'hui et plus que jamais. On bourre les prisons de gens qui n'auraient probablement jamais versé dans la délinquance s'ils avaient eu des chances de prospérer par d'autres biais. Au nom de la moralité on enferme celui ou celle qui se rend coupable d'un braquage mais au nom de la moralité on déroule le tapis rouge aux banquiers, aux assureurs, aux rentiers par décision d'État qui pratiquent le vol légalement et à grande échelle. On stigmatise celui qui a tué quelqu'un avec une arme à feu mais que font nos armées au Mali, en Syrie ou ailleurs ? J'imagine que nos soldats cultivent la pâquerette et le pissenlit au Mali. Dans l'intérêt de qui ? du peuple français ? du citoyen lambda ou de M. AREVA ? George Bush qui a fait butter je ne sais combien d'innocents irakiens a-t-il eu à répondre de ses crimes ?
À quoi aboutit ce bourrage des prisons ? À une amélioration du comportement de ceux qu'on y envoie ? le peuple est-il mieux protégé grâce à elles ou plus en danger ? Aujourd'hui comme hier, en Russie comme partout ailleurs, la seule façon de juguler la violence est d'instaurer la justice sociale, de donner une vraie place à chacun et de suivre avec humanité ceux qui relèvent effectivement de la pathologie. Or, j'ai peine à croire que tous ceux qui peuplent les prisons relèvent de la pathologie ; certains, sans doute, mais sûrement pas la majorité.
Investir dans la réhabilitation des individus dangereux plutôt que de les concentrer dans une pétaudière insalubre où l'on ne cultive que leurs plus abjectes facettes. Car, tous les hommes ont des facettes néfastes et des facettes admirables, tous. Même les criminels ont des qualités admirables.
À titre d'exemple, souvenons-nous du siège de Sarajevo dans les années 1992-1995 : lors de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, ce sont, pour l'essentiel, des délinquants, des criminels bosniaques qui ont défendu Sarajevo face aux Serbes. Je le répète car cela peut paraître incroyable : une minorité de délinquants et de criminels bosniaques ont sauvé du massacre une majorité d'honnêtes et paisibles bosniaques, qui les méprisaient auparavant et qui rêvaient de les voir croupir en prison… Je vous laisse méditer là-dessus car, de toute façon, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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nadiouchka
  03 décembre 2019
Un livre de Tolstoï « Résurrection » - roman composé de trois parties et comprenant plusieurs chapitres, moins connu que « Anna Karenine » ou « La Guerre et la Paix ». Un livre de tout de même 400 pages et publié en 1899 – il est considéré comme « le testament politique et religieux de Léon Tolstoï. »
L'histoire est basée sur un fait véridique : lors d'un séjour à Iasnaïa Poliana, le procureur général au tribunal de Saint-Pétersbourg, avait reçu la visite d'un aristocrate qui se plaignait de ne pas pouvoir écrire à Rosalie (la fille d'un métayer, placée comme domestique) et qui avait été amenée à se prostituer.
Tolstoï arrive à intégrer, dans son récit, du romanesque, de la politique et des réflexions philosophiques. de plus, avec cette histoire, on en arriverait presque à se demander si ce n'est pas, en fait, une autobiographie peut-être romancée ? Ou bien une fiction ? Seul l'auteur pourrait nous le dire – quant à nous, intéressons-nous à l'histoire.
On trouve un héros, Dimitri Ivanovitch Nekhlioudov, qui est touchant. C'est un aristocrate, un prince russe, qui n‘est donc pas dans le besoin et a du temps à revendre. Or, un jour, Nekhlioudov se retrouve désigné comme juré pour un procès et il reconnaît une des accusées, Katarina Maslova. On l'appelait aussi Katioucha (en Russie, les vrais noms se mélangent souvent, avec des diminutifs …) et travaillait auparavant en tant que domestique chez ses tantes. Tous deux étaient tombés amoureux et ce qui devait arriver, arriva. Katioucha a perdu sa virginité (ce sont des choses qui arrivent et qui arrivaient bien souvent, en ce temps-là, pour les domestiques…).
Arriva aussi ce à quoi on s'attend : Katioucha s'est retrouvée enceinte – a été renvoyée – a perdu son enfant – et c'est la descente aux enfers : poursuivie par des hommes à cause de sa grande beauté, elle finit par se résigner à entrer dans une maison close et vendre, ainsi, son corps.
Mais un jour, un vol est commis par des domestiques qui en voulaient à l'argent d'un de ses clients.
Évidemment, c'est elle que l'on accuse et c'est ainsi qu'elle se retrouve aux Assises.
Nekhlioudov, non seulement juré, mais également empreint de culpabilité envers elle car, il se juge, lui, coupable de tous les malheurs de Maslova : il en a été le déclencheur.
Il se fait fort de prouver l'innocence de la pauvre jeune femme – de lui demander pardon et de lui proposer de l'épouser
Mais tout n'est pas si simple et je dirai seulement qu'il y a une intrigue à découvrir.
C'est une histoire tragique, certes – on peut se demander s'il existe une sorte de rédemption ?
Un petit bémol sur la troisième partie de « Résurrection » : Tolstoï s'attache moins aux sentiments de Maslova alors que le lecteur attend de savoir ce qu'il va advenir avec Nekhlioudov.
Je ne classe pas cet ouvrage parmi les grands chefs-d'oeuvre de Tolstoï car lorsqu'on a lu « Anna Karénine » ou « Guerre et Paix » je trouve que ces ouvrages restent imprégnés en nous et il est difficile de s'en défaire ou, du moins, de ne pas y penser.
Mais je garde tout de même « Résurrection » à côté des autres ouvrages russes.
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mellah
  05 avril 2013
Après guerre et paix que je considère comme le meilleur roman russe jamais écrit , je croyais qu'Anna karénine était inégalé .mais ce jugement s'est évaporé en lisant résurrection . Un vrai chef d'oeuvre philosophique qui contient tout ;les espoirs , les maux , la joie , les espérances et les questions qu'avait posées tolstoï , mais surtout les repenses , bien qu'il soit considéré secondaire .
L'histoire de Maslova et de Nekhlioudov est tirée d'un fait réel qu'un juge avait conté a Tolstoï (l'histoire d'un jeune aristocrate et la domestique Rosalie) qui l'a si bien mise en roman . j'ajoute que tolstoï avait fait abandon des droits d'auteur de Résurrection pour alimenter le fonds d'émigration des doukhobors (lutteurs de l'esprit) en Colombie-Britannique, une secte religieuse chrétienne persécutée en Russie .
Maslova est reconnue coupable a tort pour un crime qu'elle n'a pas commis , Nekhioudov qui faisait partie du jury s'est senti doublement coupable envers elle.C'était lui le déclencheur de ces malheurs . Après avoir était un jeune homme aimant et plein de bon sens ce dernier s'est avili en s'engageant dans l'armée et en fréquentant les débauchés aristocrates , de retour a la ferme de ses tantes, il l'a mise en ceinte et l'abandonne .... une suite de malheurs commence et la mène a une maison de tolérance ou l'on accuse l'infortunée a tort .
Nekhlioudov jure de prouver son innocence ,et de se marier avec elle pour se racheter de ses fautes ...(une vraie histoire d'amour recommence entre les deux partie dont je vous laisse le soin d'en découvrir l'intrigue) .
En suivant Maslova pendant son séjour en prison . nekhlioudov (tolstoï) dépeint la vie misérable des détenus qui subissent l'arbitraire d'un pouvoir despotique représenté par un système judiciaire et pénitentiaire inhumain.De fil en aiguille nekhlioudov se sent une transformation totale en lui. il devient le défenseur des oppressés incarcérés et de tout les pauvres du système tsariste et abandonne ces terres au paysans pour alléger leurs souffrances.
Dans ce roman tolstoï réitère son mépris pour l'église qui manipule les préceptes du christ , de l'aristocratie et l'armée qui s'engraissent en maigrissant le pauvre russe et se pose toujours la même question :
suis-je fou?
En décrivant le marasme du peuple et la vie des détenus politiques tolstoï nous donne un aperçu sur la chute d'un régime (le tsarisme) qui ignorait les espérances du citoyen .j'ai eu l'impression de lire Soljenitsyne(le pavillon des cancéreux) qui décrivait le despotisme du communisme qui était devenu a travers le parti communiste un nouveau tsarisme.
En s'appuyant sur le dialogue entre Nekhlioudov , l'anglais et le vieux insurgé tolstoï pense que le mal engendre le mal , l'incarcération et l'arrogance augmentent le crime et la rebellion qui sont les signes de l'inutilité du système de gouvernance , le remède est l'amélioration de la situation économico-social.
Contrairement au grand inquisiteur de Dostoïevski (les frères Karamazov) qui reproche au christ son incompréhension de l'Âme humaine et qui trouve que ces préceptes sont un fardeau pour elle , Tolstoï trouve que le salut se trouve dans l'application des ces préceptes (le sermon sur la montagne) sans l'intermédiaire d'une institution religieuse , et c'est la grande réponse que cherchait tolstoï.







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Melpomene125
  07 avril 2017
Dans Résurrection, Tolstoï mêle intrigue romanesque et réflexion philosophique, politique et métaphysique, à l'instar de Dostoïevski dans ses oeuvres. Résurrection est moins connu que les autres romans de Tolstoï mais c'est une oeuvre touchante, bouleversante, qui m'a laissé une forte impression et qui aide à mieux comprendre les causes historiques de la révolution de 1917, en Russie.
Nekhlioudov est juré à un procès d'Assises et découvre qu'il connaît une des accusées : Maslova. Elle est en fait Katioucha qui travaillait comme domestique chez ses tantes quand il était jeune homme. Ils sont tombés amoureux et Nekhlioudov a fait perdre à Katioucha sa virginité. Les convenances lui interdisaient de l'épouser car elle n'était qu'une servante. Il a donc fait ce que tout gentleman fait en la circonstance : il l'a dédommagée en lui donnant de l'argent et a ainsi fait d'elle une prostituée, gâchant leur amour pur et innocent au début. Katioucha s'est retrouvée enceinte, s'est fait renvoyer, a perdu l'enfant, mort à cause de la misère et sa descente aux enfers a commencé. Les hommes la poursuivaient de leurs assiduités car elle était belle, elle a fini par renoncer définitivement à sa vertu pour vendre son corps et vivre dans une maison close. Accusée de vol et de meurtre avec préméditation, elle est en réalité innocente et s'est retrouvée piégée par des domestiques cupides qui voulaient dépouiller son client.
Nekhlioudov se sent coupable de la chute de Katioucha. À cause d'une erreur de procédure, elle est condamnée par le jury qui ne répond pas correctement aux questions posées, bien qu'il soit persuadé de l'innocence de l'accusée. À partir de ce moment, Nekhlioudov va faire tout ce qu'il peut pour tenter de casser ce jugement, il promet à Katioucha de ne pas l'abandonner et va même jusqu'à la suivre en Sibérie. Il s'engage personnellement pour sauver à la fois Katioucha et lui-même, il cherche le chemin de la rédemption, le pardon pour les fautes qu'il a commises.
En Sibérie, il rencontre des détenus politiques emprisonnés pour leurs idées révolutionnaires. Il fait la distinction entre les révoltés contre un système injuste et les idéologues qu'il n'aime pas car ils sont arrogants et méprisent le peuple. Propriétaire terrien, il culpabilise. Inspiré par des théories socialistes, il pense que l'idée de justice est inconciliable avec la propriété du sol. Aussi décide-t-il d'avoir enfin le courage d'abandonner une partie de ses domaines aux paysans avant de suivre Katioucha en Sibérie. Les paysans sont méfiants et réticents car, selon eux, les grands propriétaires fonciers ne cherchent que leurs intérêts. Cette décision inhabituelle est, pour eux, incompréhensible.
Nekhlioudov apparaît ainsi comme un homme de bonne volonté, qui incarne, au-delà de l'idéologie, une certaine forme de bonté. Peut-être celle dont parle Vassili Grossman dans Vie et Destin, celle qui peut vaincre le mal au-delà des théories politiques et dogmatiques. Grâce à ses idées, Nekhlioudov essaie de faire le bien. Les idées ne le poussent pas au crime comme c'est le cas pour Raskolnikov, célèbre personnage tourmenté, inventé par Dostoïevski. J'ai bien aimé aussi le personnage de Katioucha qui rêve de pouvoir enfin avoir une vie normale auprès d'un homme qui éprouverait pour elle un amour sincère et non de la pitié ou de la culpabilité. Comme Jean Valjean dans Les Misérables de Victor Hugo, elle est victime d'une société qui ferme les yeux sur la misère atroce du peuple.
Ce souci du peuple, dans cette oeuvre, m'a beaucoup plu, ainsi que la satire virulente et subversive des institutions : judiciaires, religieuses, la propriété privée des terres aux mains de quelques grands propriétaires. Tolstoï effectue une peinture pertinente de la société russe de la fin du XIXe siècle, dont l'organisation injuste a mené à la révolution de 1917. Il réfléchit sur la notion de justice telle qu'elle est exercée par les hommes et s'oppose aux châtiments que les hommes font subir à leurs semblables en son nom. Qui sommes-nous pour juger nos semblables ? Dieu ? Sa critique féroce de l'Église en tant qu'institution ne l'empêche pas de revendiquer un retour aux sources de l'évangile qu'il cite en épigraphe et en conclusion. Nekhlioudov constate que, si les hommes suivaient davantage les enseignements du Christ (le sermon sur la montagne), il y aurait moins d'atrocités et de laideurs dans notre existence car elle serait régie par l'amour du prochain, même envers nos ennemis. le titre, Résurrection, est une référence explicite à Jésus-Christ et est aussi la renaissance de Nekhlioudov qui veut essayer de vivre enfin en harmonie avec ses principes, même si cette attitude doit le faire passer pour fou aux yeux de la société.
Même si j'ai une préférence pour la vision souvent pessimiste et les personnages tourmentés de Dostoïevski parce qu'ils annoncent, d'une façon plus réaliste selon moi, les grands drames du XXe siècle (deux guerres mondiales, les camps, les goulags, la mort des utopies), j'ai apprécié la vision idéaliste de Tolstoï dans ce livre qui laisse une place bienvenue, surtout de nos jours, pour la foi en l'homme, en sa capacité à changer les choses de manière positive. N'avons-nous pas encore besoin d'espoir, d'espérance qui effaceraient la désespérance et redonneraient foi en l'être humain et en l'avenir ? Ces problématiques me semblent toujours d'actualité.
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frandj
  12 juin 2014
De Tostoi, j'ai lu "Guerre et Paix" et "Anna Karenine" au temps de mon adolescence: ce sont deux grands romans, mais je ne les ai pas mis au panthéon de la littérature. Comme on cite parfois "Resurrection" comme le troisième chef d'oeuvre de l'auteur, j'ai voulu le lire - tardivement. Et j'avoue que je me suis senti extrêmement déçu en refermant ce (trop long) livre.
D'abord l'aventure des deux héros m'apparait comme un cas d'école invraisemblable, ou en tout cas exagere (même si je sais que Tolstoi se serait inspiré d'un fait-divers réel). Je ressens que l'écrivain se saisit de cette situation pour écrire un "roman a thèse", pesamment mis en scène et lourdement insistant. Il faut se rappeler aue Tolstoi a écrit "Resurrection", au moment d'une grande crise morale qui voulait contrebalancer ses frasques de jeunesse et ses avantages exorbitants de boyard. Il s'est alors volontairement mis en position de rupture sociale et politique; cela ne l'empêchait pas de multiplier en même temps les contradictions, voire de jouer un double jeu. Ce livre est le reflet de l'état d'esprit de l'auteur à la fin de sa vie.
Selon moi, on trouve dans "Resurrection" trop de "bons sentiments" côtoyant l'extrême bassesse (qui sert ici de grossier contrepoint). Si touchant que Tolstoi ait voulu le dépeindre, Nekhlioudov a fini par me paraitre presque ridicule, avec son insistance a sauver la Maslova. Cette derniere est peinte d'une manière un peu plus réaliste, je le reconnais: en effet, elle n'accepte pas de jouer le "tendre duo" que lui propose par son amoureux trop plein d'abnegation.
Par ailleurs, j'ai été surpris par la prose employee dans ce roman: je la trouve banale, lourde, sans souffle... De plus, Tolstoi se croit oblige de faire une description préalable de tous les personnages qui interviennent dans le roman, alors que ces précisions n'apportent pas grand chose à la compréhension de leur profil. Cette manière de présenter son recit, ainsi que l'absence de ressorts qui permettraient de faire progresser l'action au fil du roman, le rendent fastidieux a lire.
Reste un intérêt qui me parait justifier (en partie) ce livre: la description de l'univers carcéral russe, au temps des tsars – c'est évidemment tres moche, mais on pourrait évoquer encore pire: le Goulag du temps de Staline. Ceci ne suffit donc pas à valoriser ce livre, a mes yeux. Quitte a paraitre iconoclaste, je ne recommanderai absolument pas la lecture de "Resurrection".
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Citations et extraits (78) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   08 mars 2019
Au cabaret il avait rencontré un serrurier, ivrogne, également sans travail depuis un certain temps déjà. Une nuit, complètement ivres, tous deux avaient brisé la serrure de cette remise et pris la première chose tombée sous leurs mains. On les avait arrêtés ; ils avouèrent. En prison, le serrurier mourut et maintenant le gamin était jugé comme un être dangereux dont il fallait préserver la société.
« Un être aussi dangereux que la condamnée d'hier », songeait Nekhlioudov en observant ce qui se passait devant lui. « Eux sont dangereux et nous ne le sommes pas ?… Et moi, un débauché, un être dissolu, un menteur, et nous tous, et tous ceux qui me connaissent tel que je suis et qui, loin de me mépriser, m'estiment ? […]
Il est certain que ce n'est pas un criminel de profession, mais un homme comme les autres et qui en est arrivé là seulement parce qu'il s'est trouvé placé dans les circonstances qui engendrent des individus semblables. Aussi est-il clair que, pour éliminer de tels êtres, on doit s'efforcer de supprimer les circonstances qui leur donnent naissance.
Or, que faisons-nous ? Nous nous saisissons au hasard d'un de ces malheureux, en sachant fort bien que des milliers d'autres restent en liberté. Nous les jetons en prison, où ils sont contraints soit à une oisiveté totale, soit à un travail malsain et stupide en compagnie de gens comme eux affaiblis et brisés par la vie. Puis, mêlés aux plus dépravés criminels, nous les déportons aux frais de l'État, du gouvernement de Moscou dans celui d'Irkoutsk.
Nous ne faisons rien pour supprimer les conditions qui créent de tels êtres. Bien plus, nous favorisons les établissements dans lesquels elles prennent naissance. Ces établissements […] sont bien connus de tout le monde. Non seulement nous ne les supprimons pas, mais nous les jugeons indispensables, nous les protégeons, nous veillons à leur bon fonctionnement.
Nous formons ainsi non pas un, mais des milliers de criminels, et lorsque nous en avons empoigné un, nous nous imaginons avoir fait quelque chose, avoir mis une barrière entre lui et nous. En le transportant du gouvernement de Moscou dans celui d'Irkoutsk, nous croyons avoir accompli notre devoir. »

Première partie, Chapitre XXXIV.
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Nastasia-BNastasia-B   03 février 2019
{Nouvelle dédicace spéciale à ceux qui, comme moi, ont des voisins musiciens très, très assidus…}
Nekhlioudov se fit conduire à la prison et se rendit directement à l'appartement du directeur. Il entendit, comme à sa première visite, les sons d'un mauvais piano. Ce n'était plus la rhapsodie, mais une étude de Clementi, exécutée avec une vigueur extraordinaire, avec la même précision et la même rapidité.
[…] Bientôt entra le directeur, le visage triste et las.
— Je vous en prie, que puis-je faire pour vous ?
— […] J'aimerais voir Maslova.
— Markova ? demanda le directeur, que la musique avait empêché d'entendre.
— Maslova.
— Oui, oui, je sais !
Le directeur s'approcha de la porte derrière laquelle s'entendaient les roulades de Clementi.
— Maroussia, arrête-toi au moins un peu, dit-il d'une voix qui trahissait que cette musique était la croix de sa vie. On ne s'entend pas.
Le piano se tut. Quelqu'un marcha de mauvaise humeur et entrouvrit la porte du salon pour y jeter un coup d'œil.
Comme soulagé par l'arrêt de la musique, le directeur alluma une grosse cigarette de tabac doux. […]
Il n'avait pas encore achevé de revêtir le manteau que lui présentait une femme de chambre au bandeau sur l'œil que déjà résonnaient les roulades de Clementi.
— Elle était au Conservatoire, mais il y a eu là-bas du désordre. Elle a de grandes dispositions, fit le directeur en descendant l'escalier. Elle veut jouer dans les concerts. […] Évidemment, le talent doit être développé, il ne faut pas le laisser perdre. Mais dans un petit appartement comme le nôtre, c'est souvent bien pénible.

Première partie, Chapitre LI.
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Nastasia-BNastasia-B   22 décembre 2018
« Si on posait le problème psychologique : comment faire pour que les gens de notre époque, les chrétiens, les humanitaires, les gens simplement bons accomplissent les plus horribles forfaits sans se sentir coupables, une seule solution serait possible : il faudrait créer ce qui existe actuellement. Il faudrait que ces gens fussent gouverneurs, officiers, directeurs, c'est-à-dire qu'ils fussent d'abord persuadés qu'il est une chose appelée service de l'État, qui permet de traiter les êtres comme des objets, sans aucun rapport humain et fraternel, et deuxièmement que ces gens au service de l'État fussent solidaires, de telle sorte que la responsabilité des conséquences de leurs actes ne retombe sur personne séparément. En dehors de ces conditions, il n'est pas possible, à notre époque, que s'accomplissent des forfaits comme j'en ai vus aujourd'hui. Tout vient de ce que les gens s'imaginent qu'il existe des circonstances dans lesquelles on peut traiter sans amour ses semblables : or ces circonstances n'existent pas. Avec les choses on peut se comporter sans amour : on peut couper des arbres, faire des briques, forger sans amour ; mais avec des êtres humains on ne peut se comporter sans amour, […] parce que l'amour réciproque des êtres humains est la loi fondamentale de la vie. […] Si tu ne sens pas d'amour pour les hommes, alors reste tranquille, pensait Nekhlioudov, occupe-toi de toi-même, d'objets, de ce que tu voudras, excepté des hommes. »

Deuxième partie, Chapitre XL.
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Nastasia-BNastasia-B   08 décembre 2018
On s'imagine à tort que les voleurs, les assassins, (les espions), les prostituées, jugent défavorablement leur profession et en éprouvent de la honte. Il n'en est rien. Les hommes que leur destin et leurs fautes placent dans une situation déterminée, si répréhensible soit-elle, se bâtissent une conception générale de la vie où leur situation particulière apparaît éminemment utile et respectable. Dans le but de soutenir leur point de vue, ces gens s'appuient instinctivement sur un milieu qui admet leur conception de la vie en général et leur place dans cette vie en particulier. Cela nous étonne de voir des voleurs s'enorgueillir de leur adresse, des prostituées de leur corruption, des assassins de leur cruauté. Mais nous ne sommes étonnés que pour autant que le milieu de ces gens est limité, et surtout parce que nous n'en faisons pas partie. Et cependant le phénomène n'est-il pas le même avec les riches s'enorgueillissant de leurs richesses (c'est-à-dire de leurs rapines), avec les chefs (de guerre) s'enorgueillissant de leurs victoires (c'est-à-dire de leurs assassinats), avec les puissants s'enorgueillissant de leur puissance (c'est-à-dire de leur tyrannie) ?

Première partie, Chapitre XLIV.
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Melpomene125Melpomene125   01 avril 2017
Lorsqu'il eut vu de plus près les prisons et les étapes, Nekhlioudov constata que les vices répandus parmi les détenus, l'ivrognerie, le jeu, la cruauté, ainsi que les crimes épouvantables accomplis par eux et jusqu'au cannibalisme, n'étaient pas dus au hasard, aux phénomènes de dégénérescence de ce monstrueux "type criminel" imaginé par des savants stupides au service du gouvernement. Ils étaient les suites logiques de cette révoltante aberration des hommes qui s'autorisent à juger leurs semblables. Nekhlioudov comprenait que le cannibalisme ne débute pas dans la taïga, mais dans les ministères, les commissions, les bureaux de l'administration, pour aboutir à la taïga. Il comprenait que tous les juges, tous les fonctionnaires - y compris son beau-frère - depuis l'huissier jusqu'au ministre, n'avaient aucun souci de la justice ou du bonheur du peuple dont ils parlaient, que tous n'avaient souci que des roubles dont on les payait pour cette besogne d'où sortaient la dépravation et la souffrance: c'était l'évidence même.
"Mais ne serait-ce pas aussi tout bonnement la conséquence d'un malentendu? Ne pourrait-on pas garantir à tous ces fonctionnaires non seulement leur traitement, mais même des primes, pour qu'ils agissent autrement qu'ils ne le font?" se demandait Nekhlioudov.
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