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Il'â Gal'perin-Kaminskij (Traducteur)Bernard Kreise (Auteur de la postface, du colophon, etc.)Marion Bataille (Illustrateur)
ISBN : 2842053834
Éditeur : 1001 Nuits (01/02/1999)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.24/5 (sur 85 notes)
Résumé :
"C'était le lendemain de la Saint-Nicolas d'hiver, qui était la fête de la paroisse et Vassili Andréitch Brekhounov, appartenant à la seconde guilde des marchands ne pouvait s'absenter. Il lui fallait être à l'église, il était marguillier et il lui fallait aussi recevoir et régaler chez lui les parents et les amis. Mais lorsque ces derniers hôtes l'eurent quitté, assili Andréitch se mit aussi en devoir de se préparer à partir." Vassili Andréitch Brekhounov et son va... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  05 juillet 2015
Aujourd'hui, histoire de vous rafraîchir un peu en ces temps de canicule, je vous propose une nouvelle servie bien frappée par le maître Tolstoï dont cet avis se fait le serviteur.
Et c'est une nouvelle qu'il ne faut pas trop prendre à la légère : car, oui, on se laisse emporter par l'histoire, oui, le style est plaisant, et oui encore ce format réduit autorise une pleine jouissance dans un temps réduit. On pourrait donc croire que Maître Et Serviteur n'est qu'une petite nouvelle agréable, un conte, une narration bien sentie et qui se suffit à elle-même. Mais on aurait tort, à mon avis, de sous-estimer le fond de cette nouvelle.
Tout d'abord il faut que je vous présente de quoi il retourne. Vassili Andréitch est un marchand aisé d'un gros village russe enfouit dans la campagne. Il se fait des choux gras sur à peu près tout le monde qui l'approche, à commencer par ses serviteurs, auprès desquels pourtant il arrive à se faire passer pour la Providence.
Personne n'est tout-à-fait dupe de cette affaire, mais tant que chacun y trouve son compte, cela reste supportable. Nikita est l'un des garçons de ferme de Vassili. Il n'est pas payé cher mais son maître lui offre un emploi, lui qui traîne un lourd passé d'ivrognerie bien qu'il se soit rangé depuis quelque temps.
Alors Nikita est indulgent avec son patron ; le métier n'est pas trop ingrat et Vassili lui passe deux ou trois écarts, tant que cela ne coûte rien. Nikita est aussi doué avec les chevaux et les choses de la ferme que Vassili l'est pour faire fructifier les roubles.
D'ailleurs, Vassili est sur un bon coup : une parcelle de forêt négociée à un vil prix. Il faut absolument conclure cette affaire rapidement avant qu'elle lui passe sous le nez. C'est le plein coeur de l'hiver russe et la météo n'est vraiment pas fameuse mais qu'importe, une affaire juteuse comme celle-ci n'attend pas.
Vassili prie Nikita d'atteler le bon cheval bai et les voilà partis tous deux sur le traîneau, malgré la mine dubitative de Nikita. Il a tellement neigé que la question se pose de savoir quelle route prendre pour faire les quelques verstes qui séparent la maison du négociant de celle du vendeur.
À chaque alternative, le bon sens paysan de Nikita se heurte au bon sens marchand de Vassili… Nikita malgré tout obtempère toujours : car un maître, c'est un maître. Mais la neige continue de tomber, de tomber… et le vent continue de souffler, de souffler… et il n'en finit pas de geler dans ce blizzard, de geler…
Aussi, ne vous êtes-vous jamais retrouvés totalement transis par le froid, le vent, la neige, l'épuisement et le manque d'équipement, dans une situation scabreuse, dont on ne peut prévoir la durée ? Lev Tolstoï possède l'art de nous faire ressentir cette expérience comme si l'on y était. On a un frisson à chaque paragraphe et l'on termine les pages avec l'onglée. On a des engelures rien qu'à imaginer ce pauvre cheval lancé dans le blizzard, on hurle de froid en imaginant les membres douloureux de l'infortuné Nikita.
Au-delà de cette histoire, Tolstoï nous questionne sur la condition de maître et celle de serviteur ou, plus généralement, celle de dirigeant et celle de subalterne. le dirigeant, habitué à diriger, dirige tandis que le subalterne, habitué à obéir, obéit et ce, quelles que soient les situations, même si le plus apte à diriger n'est pas le dirigeant ou si le subalterne aurait intérêt à ne pas obéir.
L'auteur nous questionne également sur la valeur de l'argent comparée à celle des êtres. Qu'est-on prêt à risquer pour de l'argent ? Quel est le sens de tout ça ? Aujourd'hui les acteurs seront un peu différents mais lorsqu'un chef d'entreprise met sciemment ses employés en danger pour un gain de compétitivité, sommes-nous très loin de la question de Tolstoï ?
N'y a-t-il pas quelque chose ayant trait à la valeur différentielle que ces personnes attribuent aux différentes catégories sociales d'êtres humains ? C'est ce que je vous laisse méditer au travers de cette nouvelle.
Ainsi, vous l'aurez compris, voici une nouvelle forte et intéressante bien que je la trouve en perte de vitesse sur la fin d'où mes sévères quatre étoiles au lieu de cinq. Mais ce n'est là que mon avis valétudinaire, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Eve-Yeshe
  15 mars 2017
Tolstoï nous livre une réflexion sur le lien Maître et serviteur, employeur employé et sur le pouvoir que confère l'argent par rapport à celui qui doit obéir.
Il met en parallèle la sagesse de Nikita, proche de la terre, des éléments et des animaux qui sait d'instinct comment affronter la tempête, la neige, le blizzard, mais qui obéit aux ordres, même s'ils sont dénués de bon sens.
Face à lui, Vassili le maître obsédé par son affaire, il s'obstine à continuer la route dans la tempête mettant tout le monde en danger : il savait qu'il fallait s'arrêter au village la première fois où ils se sont perdus, mais l'appât de gain du maître est trop fort.
Il ne s'agit pas simplement de la relation entre deux hommes perdus dans la tempête, c'est aussi une critique de la société de l'époque (est-ce que cela a beaucoup changé ?)
Une mention spéciale pour la misogynie du maître : « ma femme ne saura pas se faire payer. Qu'elle est ignorante ! Elle n'a pas de savoir-vivre », pensa-t-il en se rappelant la façon dont elle avait reçu le commissaire de police qui lui avait fait visite la veille à l'occasion de la fête.
« Une femme, quoi ! Où aurait-elle pu s'éduquer ? Était-ce une maison convenable, celle de ses parents ? »
Tolstoï parle aussi de sa relation avec la mort : doit-on la redouter ou en accepter la fatalité : Vassili a peur de la mort, il pense même un moment, que Nikita peut bien mourir de froid, cela n'a pas grande importance, par rapport à sa propre vie.
Nikita, lui, ne redoute rien, la mort est une fatalité, quel est le prix de la vie pour lui ? il suit son instinct, sa propre expérience, pour se protéger, et tenter de protéger son maître et Moukhorty, le cheval qui est un être humain pour lui, il lui parle, le bichonne alors que pour Vassili, il n'est qu'un moyen de locomotion.
Les phrases sur la mort sont très belles.
« Mourait-il ou s'endormait-il ? Il ne le savait ; mais il se sentait également prêt pour l'une ou pour l'autre chose. »
J'ai lu cette nouvelle il y a très longtemps, à la même époque que la première lecture de « Anna Karénine », et la magie a fonctionné une nouvelle fois, j'ai retrouvé le texte qui s'était imprimé tout au fond de ma mémoire alors que je pensais l'avoir oublié…
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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mcd30
  20 octobre 2019
Toute la maestria de Tolstoï en cent pages.
Nous voici partis en traîneau, pris dans une violente tempête, la nuit tombe, le chemin est recouvert par la neige, le vent souffle en bourrasque, nous avons froid nous inquiétons mais par chance nous arrivons dans un village.
Seulement, dans cet attelage, Vassili Andréitch n'a qu'une obsession conclure une affaire le plus rapidement possible. Il ne pense qu'à ses futurs profits.Les villageois lui conseillent d'attendre mais rien à faire, les voilà repartis dans la tourmente. Soumis son domestique Nikita l'accompagne et le sert de son mieux grâce à sa connaissance de la nature.
Dans ce récit, Tolstoï nous montre à quel point, l'homme est impuissant face à la nature, Vassili Andréitch l'apprendra à ses dépens et réalisera trop tard qu'il ne maîtrise que peu de choses. C'est aussi une belle leçon de lâcher-prise car Nikita, son serviteur, sait qu'il n'a pas grand-chose à perdre et accepte l'idée de sa mort tout en plaignant son maître, qui lui, à tant à perdre.
Toute la finesse de Tolstoï dans ces deux portraits où finalement le maître finit par réaliser qu'il a une vie à charge.
Une réflexion sur l'importance de la vie, la sienne et celle des autres.
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PiertyM
  12 octobre 2014
Une belle nouvelle où à chaque avancée survient une interrogation sur les relations humaines...en effet on se retrouve dans trois différents rapports entre le maître et le serviteur: dans un premier temps le maître est celui qui ordonne et le serviteur celui qui exécute et qui prend sur soi tous les délits de son maître, ensuite face à la rigueur du temps, le maître et le serviteur se retrouvent dans un rapport d'égal à égal, enfin, face à la providence ou à la sagesse, tout semble se renverser, le maître devient le serviteur et le serviteur devient le maître...
Alors dans chaque situation de la vie, à quel moment l'homme est-il maître ou serviteur?
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nadiouchka
  10 novembre 2019
Un petit retour vers la littérature russe, du classique avec Léon Tolstoï (Толстой Лев Николаевич) (1828 – 1910) et son livre « Maître et Serviteur » («Хозяин и работник»), une nouvelle parue en 1895 – encore un petit ouvrage (cent pages), mais qui a bien sa place dans l'oeuvre de cet écrivain.
L'histoire ? En voici quelques lignes : C'est le jour de Saint-Nicholas le Thaumaturge – en principe un jour où on fait la fête chez soi, bien au chaud. Mais Vassili Andrévitch Brékhounov, attiré par le gain et les bonnes affaires, se met dans l'idée d'acquérir un bois afin de gagner encore plus de roubles … Pour cela, il emmène avec lui son garçon de ferme (Nikita), un serviteur qui ne touche plus à l'alcool.
Et « allons-y » : « идти ДАВАЙТЕ» = « idti DAVAYTE ».
Le temps est au plus froid – il fait nuit – ils rencontrent, en route, une famille bien accueillante et le vieux patriarche, Tarass, leur vient en aide, met à l'abri dans un hangar le cheval (Moukhorty) qui, ainsi, se retrouve avec les autres animaux.
Si Vassili accepte cette aide en buvant de la vodka pour faire honneur à ses bienfaiteurs, Nikita, lui, se contente de boire du thé (c'est plus raisonnable).
Mère Prudence conseille de dormir ici et de ne repartir que le lendemain. Mais, hélas, l'âpreté du gain fait que Brékhounov décide de repartir, au grand dam des autres personnages ainsi qu'à celui du bon sens de Nikita.
La suite de l'aventure démontre que cette décision est une bien grave erreur, d'autant plus que le pauvre cheval est épuisé, les personnages se perdent dans la tourmente glaciale…. Et …
Avec « Maître et serviteur », Tolstoï a fait un parallèle entre ces deux situations : un maître, riche mais cupide, et un serviteur, proche de la terre et des animaux mais qui se voit obligé d'obéir à son maître – l'un est une sorte de despote tandis que l'autre est plein de sagesse.
Avec cette critique de Tolstoï sur la société, on peut se demander si cela a changé quelque chose ? Apparemment non et on en a la preuve tous les jours, cela à n'importe quel niveau que l'on se place : politique – social – juridique … mais je n'ai pas l'intention de critiquer notre actualité (ce n'est pas le but).
Ainsi, la morale de cette histoire est largement glacée et sujette à de nombreuses réflexions.
Pour ma conclusion et mon ressenti, j'ai choisi de dire que ce fut une bonne lecture, enrichissante mais que j'avais lue bien au chaud alors que les personnages luttaient dans la tourmente. Encore un bon point pour Tolstoï qui démontre, une fois de plus, son talent. Mais en doutait-on ?
«Bonne question » : « хороший вопрос» = «khoroshiy vopros » ...
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
mcd30mcd30   13 octobre 2019
La pensée de mourir cette même nuit ne lui parut ni trop regrettable, ni trop effrayante. Pas trop regrettable, parce que sa vie était loin d'être une fête continuelle, mais une servitude incessante au contraire et dont il commençait à se fatiguer ; pas trop effrayante, parce qu'outre les maîtres, comme Vassili Andréitch, au service desquels il se trouvait ici-bas, il se sentait soumis au Maître des maîtres, à celui qui l'avait envoyé sur cette terre, et il savait qu'en mourant il resterait encore au pouvoir de ce maître qui ne le molesterait pas.
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AelaAela   16 septembre 2012
" - Reine des cieux, saint père Nicolas modèle d'abstinence", - il se rappelait les actions de grâces de la veille et l'icône à la face noire dans son cadre doré, les cierges qu'il vendait pour cette icône, et qu'on lui rapportait aussitôt, à peine consumés, pour qu'il les cache dans son tiroir.
Et il se mit à prier ce même Nicolas thaumaturge de le sauver, en lui promettant actions de grâces et cierges;
Mais il comprit aussi très clairement, indiscutablement, que cette icône, ce cadre, ces cierges, ce prêtre, ces actions de grâces - que tout était important et nécessaire là-bas, à l'église, mais qu'ici cela ne pouvait lui servir à rien, qu'entre ces cierges, ces actions de grâces, et la situation misérable où il se trouvait à présent, il n'y avait et ne pouvait y avoir aucun lien.
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mcd30mcd30   10 octobre 2019
À l'entrée de la rue, le vent se faisait sentir encore et soulevait la neige, mais au milieu du village il faisait calme, chaud et gai. Près d'une maison aboyait un chien ; près d'une autre, une femme, se couvrant la tête d'un manteau d'homme, accourait et s'arrêtait sur le seuil de l'izba pour regarder les voyageurs. On entendait des chants de jeunes filles.
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Nastasia-BNastasia-B   27 juillet 2012
Il réfléchissait : il réfléchissait toujours à la même chose, à ce qui constituait le but, la signification, la joie et l'orgueil de son existence, à l'argent qu'il avait gagné et qu'il pouvait encore gagner, à l'argent que possédaient d'autres gens qu'il connaissait, et aux moyens par lesquels ils avaient fait fortune et aux procédés grâce auxquels il pourrait, tout comme eux, gagner encore beaucoup d'argent.
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Nastasia-BNastasia-B   02 août 2012
La pensée qu'il pouvait, qu'il devait même vraisemblablement périr cette nuit, lui vint à l'esprit ; mais cette pensée ne lui parut pas très désagréable, ni trop effrayante. Elle ne lui parut pas trop désagréable, parce que son existence n'avait nullement été une fête continuelle, mais avais été au contraire une servitude incessante et dont il commençait à être las.
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