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Michel Aucouturier (Éditeur scientifique)Gustave Aucouturier (Traducteur)Boris de Schloezer (Traducteur)
ISBN : 2070314979
Éditeur : Gallimard (29/05/2008)

Note moyenne : 4/5 (sur 35 notes)
Résumé :

Il commençait à faire affreusement froid, et à peine avais je sorti la tête de mon col que des tourbillons de neige sèche et glacée me collaient les cils, le nez, la bouche et me pénétraient dans le cou - tout est blanc, lumineux et enneigé, rien nulle part que lumière trouble et neige. Je commençais à avoir sérieusement peur. Aliochka dormait à mes pieds, tout au fond du traîneau ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
PatriceG
  26 septembre 2019
Ce que j'adore chez tolstoï, c'est qu'il parle toujours de ce qu'il connait et vérifie cent fois ce qu'il écrit pour la justesse du mot et la pertinence de l'idée qu'il veut originale, pionnière. On pourrait citer quantité d'exemples où il a été un pionnier .. Je m'empresse d'ajouter que son style est absolument limpide car il écrit tout d'un jet, je ne sais pas si on se représente 6 brouillons de Résurrection (de 700 pages), bien sûr une masse considérable de travail ! Il convient de souligner que son écriture a évolué après Anna Karénine pour être plus accessible au public russe, paysannerie bien souvent analphabète. Quand il parle de chevaux ou de chasse à l'ours (*) à laquelle il a fini par renoncer en vertu de son éthique personnelle, quelques jours avant son départ légendaire il montait encore son cheval noir à 82 ans ; quand il parle de la paysannerie russe, on en a un aperçu dans la Matinée d'un gentilhomme rural, il s'est retrouvé avoir en héritage mille moujiks à charge, bien sûr cela ne veut pas dire les connaître, mais il a tenu à se rapprocher d'eux en devenant notamment juge territorial fonction qu'il finit par délaisser à cause des nombreux ennuis rencontrés avec des propriétaires, ses pairs qui lui reprochaient de prendre le parti des paysans contre eux, ce qui semble à priori difficilement audible, il suffit de lire pour cela la matinée d'un gentilhomme rural où il n'était nullement question de concessions faites aux paysans mais de les amener par l'éducation à une prise en charge de soi-même pour faire évoluer leur condition misérable ! .. Quand il parle de la guerre, c'est comme premier reporter de guerre, il était lieutenant et écrivain déjà connu, ses écrits percutants ont touché la tsarine .. Il y a une chose qu'il n'a pas fait, ce sont les camps, mais il a failli être emprisonné à Souzdal à cause de prétendus liens avec les américains sur fond de famine dans une province russe où il apporta assistance avec Sonia, pure invention de le presse réactionnaire délatrice de l'époque de mèche avec le ministère de l'intérieur.. Il ne dut son salut qu'à sa notoriété, le tsar considérant qu'il avait plus à perdre en l'emprisonnant. Il parle des camps néanmoins par le biais de Maslova dans Résurrection, le roman qu'il préférait et on peut croire sa volonté de tout connaître pour arriver à un résultat parfait comme il l'a fait pour "Guerre et paix" (genre à "abattre une forêt pour extraire un arbre" !). Quand il raconta la vie d'une paysanne dans "ma Vie" , c'était des témoignages directs, authentiques qui lui furent adressés : il crut bon néanmoins d'avertir le lecteur que l'histoire (pour cette fois là) n'était pas de lui .
Je recommande outre la Tempête de neige, Deux Hussards et la Matinée d'un gentilhomme rural (deux fois cent pages), le Cheval où l'auteur se met dans la peau d'un hongre qui connait des fortunes diverses. Tout cela est remarquable ! Barrault avait monté une pièce du Cheval m'a-t-on dit qui connut un vif succès. Albert, Poulikouchka, bien sûr .. sans oublier l'excellente préface de 30 pages signée Michel Aucouturier qui traite de tout ça mieux que je ne saurais le faire, le grand spécialiste français de tolstoï récemment disparu chez folio classique.

(*) Dans le récit "une Chasse à l'ours", l'auteur en raconte magnifiquement un épisode.
Bonne lecture
PG, 26 septembre 2019
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Libriosaure
  12 février 2017
Ce recueil de nouvelles cristallise l'âme russe dans toute sa splendeur (et sa misère) ! Tolstoï, s'il semble prolixe, a néanmoins un style agréable, délicat, parfois quasiment humoristique. Certes, le recueil ne se lit pas aisément d'un seul trait mais c'est une littérature qui demeure très accessible.
Tolstoï est sensible aux émotions des gens ; aux vraies émotions, les petites émotions que l'on ressent tous même si elles ne sont pas très honorables... Comme cette émotion qui nous incite à chercher la petite bête pour éclater de colère.
Certaines nouvelles sont drôles, d'autres sont plus tragiques, poignantes, retournent le coeur. Tolstoï ne nous épargne pas, met à nu l'âme humaine. Vraiment, n'hésitez pas à vous lancer dans cette lecture, quitte à ne lire qu'une ou deux nouvelles de temps en temps. C'est un petit bijou, une vraie nourriture pour l'âme ! Quelques passages cyniques sauront plaire au lecteur moderne.
Lien : http://libriosaure.com/tempe..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   18 août 2015
Quelle malheureuse et pitoyable créature que l'homme, jeté, avec son besoin de solutions positives, dans cet océan infini et en perpétuel mouvement de faits, de considérations et de contradictions qu'est l'océan du bien et du mal ! Les gens se débattent et peinent à longueur de siècles pour mettre d'un côté le bien, et de l'autre le mal. Les siècles passent, et quoi que puisse ajouter ici ou là un esprit non prévenu sur les plateaux de la balance, elle ne bouge pas, et il y a autant de bien que de mal des deux côtés. Si seulement l'homme pouvait apprendre à ne pas juger et à ne pas penser de façon tranchée et décisive, et à ne pas donner de réponses à des questions qui ne lui sont posées que pour rester éternellement des questions ! S'il pouvait seulement comprendre que toute pensée est à la fois fausse et vraie ! Fausse parce qu'unilatérale, à cause de l'incapacité de l'homme à embrasser la vérité, et vraie par l'expression d'un aspect des aspirations humaines.

LUCERNE.
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M-PiM-Pi   15 décembre 2015
Le lac bleu ciel, pareil à une étendue de soufre incandescent, constellé de bateaux dont les sillages s'effaçaient, s'étendait, immobile, lisse, comme en relief devant mes fenêtres, entre des rivages pleins de variété, se resserrait entre deux énormes promontoires, et, de plus en plus sombre, s'enfonçait et disparaissait entre les vallées, les montagnes, les nuages et les glaciers. Au premier plan s'étendaient, tout humides, des rivages vert tendre couverts de roseaux, de prés, de jardins et de maisons de campagne; plus loin, c'étaient des hauteurs vert sombre, boisées, où l'on apercevait des ruines de châteaux forts; dans le lointain, comme chiffonné, le blanc violacé de l'arrière-plan montagneux, le dessin capricieux de ses cimes d'un blanc mat, avec leurs rochers et leur neige; et tout cela inondé par l'azur tendre et transparent de l'air et éclairé par les rayons chauds du couchant, qui perçaient à travers les déchirures des nuages. Nulle part, ni sur le lac, ni dans les montagnes, ni au ciel, on n'aperçoit une seule ligne continue, une seule couleur uniforme, un seul moment semblable à un autre, partout le mouvement, la dissymétrie, le caprice, le mélange infini et la variété des ombres et des lignes, et, dans tout cela, le calme, la douceur, l'unité et la nécessité du beau.
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emdicannaemdicanna   09 février 2018
- Qu'est-ce qu'on voit de noir, par là ? demandais-je, en remarquant quelques objets sombres devant nous.
- ça, c'est un convoi. Voilà une façon agréable de voyager ! continuait-il, comme nous arrivions à la hauteur d'immenses chariots couverts de paillasses roulant l'un derrière l'autre. - Regarde voir, il n'y a personne, tout le monde dort. Le cheval est malin, il connaît son chemin : pas moyen de le faire dévier. Nous aussi, nous avons conduit des convois, ajouta-t-il, alors on connaît.
En effet, c'était un étrange spectacle que ces énormes chariots couverts de neige depuis leur bâche de paillasses jusqu'aux roues, qui se déplaçaient absolument seuls. C'est seulement dans le chariot de tête que se souleva légèrement, de deux doigts à peine, la paillasse couverte de neige, et qu'on vit un bonnet en émerger un instant lorsque nos clochettes tintèrent près du convoi. Un grand cheval pie, le cou tendu en avant et les muscles du dos bandés, marchait à pas mesurés sur la route complètement ensevelie sous la neige, balançait d'un mouvement monotone sa tête velue sous le brancard blanchi, et tendit une oreille couverte de neige lorsque nous passâmes à sa hauteur.
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emdicannaemdicanna   10 février 2018
- Allons, qu'est-ce que tu as encore à t'arrêter ? Regardez-moi ça, il veut retrouver son chemin ! C'est la tempête, qu'on te dit, un point c'est tout ! Même l'arpenteur, par ce temps-là, ne s'y retrouverait pas. Avance, tant que les chevaux te tirent. On ne mourra pas de froid, tout de même... allez, avance !
- Et comment donc ! Le facteur, l'année dernière, il est bien mort de froid ! commenta mon cocher.
Le cocher du troisième attelage restait toujours endormi. Une fois seulement, pendant un arrêt, le donneur de conseils lui cria :
- Philippe ! Oh, Philippe ! et, comme il ne répondait pas, il remarqua : - Il n'aurait pas gelé, par hasard ? Tu devrais regarder, Ignachka.
Ignachka, qui suffisait à tout, s'approcha du traîneau et se mit à secouer le dormeur.
- Tu as vu ça, un petit verre et voilà ce que ça donne ! Si tu es gelé, dis-le ! disait-il en le secouant.
Le dormeur marmonna et émit un juron.
- Il est vivant, les gars ! fit Ignachka, et il repartit en courant ;
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emdicannaemdicanna   11 février 2018
"Mais comment ça va finir, tout de même ? me dis-je soudain, en ouvrant un instant les yeux et en plongeant mes regards dans l'espace tout blanc. - Comment ça va finir ? Si nous ne trouvons pas de meules et que les chevaux s'arrêtent, ce qui, apparemment, va bientôt arriver, - nous allons tous geler." Je reconnais que, bien que j'eusse un peu peur, le désir qu'il nous arrivât quelque chose d'extraordinaire, d'un peu tragique, était en moi plus fort que cette petite crainte. Il me semblait que ce ne serait pas si mal si au petit matin, dans quelque village lointain et inconnu, nos chevaux nous amenaient d'eux-mêmes à moitié gelés, ou même tout à fait gelés pour certains.
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