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ISBN : 2371190195
Éditeur : Piranha (05/05/2015)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Ostende, la station balnéaire huppée belge, le soleil, la mer, l'ambiance des cafés d'avant-guerre : pour les deux amis qui s'y retrouvent en cet été 1936, cela ressemble à de banales vacances où l'essentiel est de prendre du bon temps. Sauf que ces deux amis, ce sont Stefan Zweig, le richissime écrivain de bonne famille, et Joseph Roth, l'alcoolique miséreux mais génial, désormais indésirables dans une Allemagne nazie où leurs livres sont interdits. Les écrivains q... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  21 avril 2017
A part les capitales nationales comme Paris évidemment, II y a trois villes dont le nom figure dans le titre de plusieurs livres : Istanbul, Odessa et bizarrement Ostende. Bizarrement parce que comparée à Istanbul avec ses 15 millions d'habitants, à cheval entre l'Europe et l'Asie et à Odessa en Ukraine avec plus d'un million d'Odessites, point de départ pour une nouvelle existence, surtout de beaucoup de juifs, vers l'Amérique et Israel et ville natale de célébrités comme Anna Akhmatova, isaac Babel et Vladimir Ze'ev Jabotinsky, Ostende avec ses 70.600 habitants ne fait guère le poids. Et pourtant son nom est écrit en toutes lettres dans le titre d'ouvrages de Colette Cambier, Benoît Damon, Cyrille Deroulneau, Magali Duru, Patrick Devaux, Jacqueline Harpman, Arthur Loustalot, Paule Noyart, Erich-Emmanuel Schmitt et Volker Weidermann, qui ont trouvé leur place dans la bibliothèque de Babelio. Peut-être en ai-je même oublié quelques-uns?
Ce nombre est d'autant plus invraisemblable que 'la reine des plages' , surnom donné lors de la Belle Époque et du temps du roi Leopold II, est actuellement loin de sa gloire d'antan.
Une des raisons qui explique, en partie du moins, cette étrange réalité, est très probablement liée à la présence de tout un groupe d'artistes dans cette ville balnéaire dans les années 30 du siècle dernier. En effet, après la prise de pouvoir de Hitler en Allemagne, son annexion de l'Autriche et son occupation de la République Tchèque, Ostende a accuelli des réfugiés dont les noms sont immortels, tels Stefan Zweig, Joseph Roth, Egon Erwin Kisch, Herman Kesten, Irmgard Keun...et le peintre Felix Nussbaum. Tous étaient juifs, à la seule exception d'Irmgard Keun, qui était populaire mais dont les livres furent proscrits, qualifiés de trop légers par ces messieurs très sérieux de la Chambre de Littérature du Reich ('Reichsschrifttumskammer')!
L'intérêt de l'ouvrage réside avant tout dans la description de l'interaction entre ces artistes, réduits à l'exode, face à des problèmes d'argent (excepté Zweig qui aidait financièrement Roth et quelques autres), ayant des difficultés à trouver un éditeur, logeant dans des hôtels choisis en fonction de leur bourse, traînant dans des cafés et sur des terasses pour écrire ou simplement tuer le temps et inquiets pour leur famille et amis restés derrière. Sans mentionner leur angoisse de ce qu'allait apporter demain. Il va de soi que ce climat particulier suscitait aussi des relations et attitudes particulières : fausses joies, rivalités, beuveries, remarques désobligeantes, suspicions etc. Tout n'etait donc pas amitié, comme le titre original de l'ouvrage de Weidermann laisse supposer. Bien que, comme dans les romans, il y avait aussi de la place pour l'amour, notamment entre Keun et Roth.
Un livre qui couvre exactement le même sujet, mais qui n'est malheureusement pas encore traduit en français, est celui d' Els Snick, qui traduit librement donnerait :"Ou cela me fait mal c'est dans ma patrie" (en néerlandais 'Waar het me slecht gaat is mijn vaderland'). L'auteur est professeur à l'Université de Gand en littérature allemande et fondatrice-présidente de l'Association Joseph Roth de Belgique et des Pays-Bas. A en juger par cet ouvrage et d'autres écrits d'elle, je crois que très peu de la vie et de l'oeuvre de Joseph Roth lui soit inconnu. Un ouvrage que je recommande vivement sur ce grand maître de la littérature germanophone, en pleine redécouverte d'ailleurs, dès sa parution en France
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Junie
  26 juillet 2015
Le titre pourrait être "Avant l'apocalypse" ou quelque chose de plus évocateur que le nom d'une cité balnéaire démodée.
Un groupe d'écrivains et d'intellectuels se rassemble pendant quelques mois, fuyant l'orage qui menace à l'est, les gros nuages noirs du nazisme et de l'antisémitisme, du totalitarisme qui va faire bientôt des millions de morts dans les populations civiles d'Europe et causer d' effroyables destructions, pilonnant des km2 de territoire, préparant secrètement le feu nucléaire qui sera finalement utilisé par les Américains.
En 1936, la menace est déjà très visible, en Allemagne, en Italie, en Espagne, les persécutions, les arrestations et les meurtres terrorisent les opposants aux régimes fascistes. Il faut fuir à l'étranger, se cacher, ou résister. Mais pour beaucoup, l'exil est une souffrance, et les écrivains ne sont pas des guerriers.
Les années 30 voient l'éclosion d'un fort réseau international d'intellectuels pacifistes et progressistes, mais leur échec devant la montée des dictatures est cuisant. Ils n'ont pu endiguer cette marée noire, mais nous pouvons aujourd'hui lire leurs oeuvres, celles de Koestler, de Zweig, de Roth, de Rilke, de Schnitzler, qui ont échappé aux flammes des autodafés.
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Delphine-Olympe
  31 mai 2015
Ostende, une ville à laquelle j'accorde un intérêt un peu particulier : une ville quasi mythique dans la famille de mon cher-et-tendre. Pour moi, que les souvenirs d'enfance ramènent davantage vers la garrigue provençale et qui n'aime rien tant que la chaleur et la lumière dorée des fins d'après-midi méditerranéennes, l'attrait pour cette station balnéaire ayant subi de lourds dommages durant la Seconde Guerre mondiale reste un peu difficile à appréhender... Aussi ce titre m'a-t-il aussitôt attirée. Allais-je enfin entrer dans cette Ostende que l'on m'a décrite, la patrie des peintres Ensor et Spilliaert, le rendez-vous à la mode des artistes et des intellectuels de la première partie du XXe siècle ?
En cet été 1936, Stefan Zweig choisit de rejoindre la célèbre station balnéaire belge qu'il connaît déjà et qui reste pour lui synonyme de bonheur. Il y retrouve son ami Joseph Roth, qui, contrairement à lui, est financièrement démuni. L'admiration qu'ils se vouent mutuellement est le ciment de cette amitié qui ne manque pas de surprendre, tant les deux hommes sont à l'opposé l'un de l'autre.
Alors que la peste brune s'impose en Allemagne, de nombreux intellectuels voient leurs oeuvres interdites de publication et fuient leur pays. En cette période estivale, ils se retrouvent dans les cafés où règne encore une certaine douceur de vivre, essayant de renouer avec la légèreté, de croire que le pire ne va pas advenir. Ils établissent des contacts pour être publiés à l'étranger, en Amérique notamment. Ils s'efforcent de continuer à vivre et à créer, sachant pertinemment que l'Europe court à sa perte.
Volker Weidermann dépeint l'atmosphère délétère des années d'avant-guerre. Il montre l'inquiétude grandissante face à la tyrannie que les artistes sont les premiers à subir par l'interdiction, voire la destruction de leurs créations.
Quant à la ville d'Ostende, on en perçoit un peu de la splendeur passée. Mais le chapitre final vient nous rappeler ce qu'elle est aujourd'hui devenue, une ville qui a perdu les traces de son histoire, à l'aspect un peu fantomatique, sur laquelle plane encore cependant la mémoire de l'étonnant James Ensor.

Lien : http://delphine-olympe.blogs..
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ivredelivres
  21 juin 2015
Dommage que l'édition française de ce livre n'ait pas gardé le sous titre de l'édition allemande : l'été de l'amitié. Un sous-titre qui dit tout pour les protagonistes de cet été là.
On pourrait aussi l'intituler : Portrait de groupe, car en exil dans la station belge d'Ostende on retrouve là des écrivains chassés d'Allemagne et d'Autriche par le régime nazi.
Stefan Zweig bien sûr qui a espéré longtemps pouvoir être encore édité en Autriche, qui va devoir se résoudre au départ et au divorce, il faut dire qu'à Ostende ce n'est pas sa femme mais c'est Lotte Altmann qui est à ses côtés.
Joseph Roth que les abus d'alcool n'empêchent pas d'être le plus lucide sur la situation de l'Allemagne.
Mais dans cette station balnéaire ils ne sont pas seuls et viennent s'ajouter des noms comme celui d'Arthur Koestler qui ne va pas tarder à « virer sa cuti » communiste, et des artistes et écrivains qui sont aussi dans le collimateur nazi : Irmgard Keun, Hermann Kesten.
C'est un petit livre tout à fait intéressant sur cette période, on y voit l'amitié mais aussi les heurts entre Zweig et Roth, l'atmosphère de déliquescence qui règne et qui présage d'une fin difficile pour certains d'entre eux.
C'est un récit empreint de tristesse bien sûr mais aussi d'éclat de rire, de fêtes au champagne, tant il est bon de lutter contre la mort à venir et l'extinction des voix qui furent celles d'une Europe cosmopolite et si riche. Il y est question de perte, de poésie, de politique et c'est tout à fait captivant.
Cette ville refuge est à la fois idyllique et terrible, la fin d'un monde s'inscrit déjà dans le sable de la plage.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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JeanPierreV
  26 décembre 2016
Rencontres fictives ou réelles ? .....qu'importe. Volker Weiderman, met en scène des exilés fuyant le nazisme, se retrouvant à Ostende, le temps d'un été. Ils sont tous de bonnes raisons : leurs livres sont brulès sur la place publique en Allemagne, parce qu'ils ne sont pas conforme aux doctrines nazies ou parce que les auteurs sont juifs. D'autres ont fui pour des raisons politiques dès l'avènement d'Hitler au pouvoir, ou sont communistes....Parmi eux, Stefan Zweig, auteur riche et reconnu accompagné de sa secrétaire Lotte Almann, Joseph Roth, auteur alcoolique, sans le sou accompagné de sa maitresse Irmgard Keun , Arthur Koestler, Egon Erwin Kisch ...
Stefan Zweig connait cette station belge flamande de bord de mer où il séjourna au cours de la première guerre mondiale et se lia d'amitié avec Emile Verhaeren.
Volker Weiderman s'appuie sur des correspondances réelles entre ces hommes et femmes pour imaginer ces rencontres, ces conversations autour d'une table de bar, et ainsi nous faire mieux connaitre l'engagement littéraire ou politique de ces exilés, les soutiens littéraires ou financiers qu'ils s'apportaient, l'amitié qui les unissait, leurs divergences.
La tempête qui allait bousculer l'Europe et le monde et qui déjà leur coupait la parole dans leur pays de naissance, s'annonçait. Déjà elle tentait de détruire leur culture.
Une occasion pour le lecteur d'appréhender L Histoire sous un aspect particulier, de mieux connaître chacun de ces hommes et femmes, de s'intéresser à leurs écrits.
Et qui sait d'en parler dans une prochaine chronique...

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
NadaelNadael   17 août 2015
« Sur la promenade, les vacanciers s'affairent, des enfants avec des chapeaux bariolés, le soleil, des vies légères. Ils s'assoient au Flore, à l'ombre, sous la marquise, avec sous leurs yeux la plage, et commandent des apéritifs lorsque deux hommes font leur apparition. L'un en costume clair, avec gilet et cravate, moustache soignée, cheveux drus, yeux sombres, vifs, apparemment sûr de lui, des manières d'homme du monde, une allure droite, comme une élégante musaraigne en costume du dimanche. Juste derrière lui, un monsieur plus petit, légèrement voûté, en costume sombre, pantalons d'officier étroits, avec un petit ventre bedonnant par-dessus, un noeud papillon à rayures, des mèches de cheveux plaqués sur le front, un moustache claire, suspendue toute hérissée au-dessus de la bouche ; il se déplace en titubant légèrement. Il ressemble à un phoque affligé qui se serait égaré sur la terre ferme. Egon Erwin Kisch et Gisela Kisch saluent le monsieur en costume clair par des rires amicaux, ils lui présentent Irmgard Keun. C'est Stephan Zweig, elle lui donne timidement la main. »
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CrumpetCrumpet   20 août 2015
Quand Irmgard Keun se désole de ne pouvoir obtenir de son époux aux convictions nazies, en Allemagne, qu'il consente à divorcer - ce à quoi il s'oppose catégoriquement - Roth lui suggère de lui annoncer par carte postale qu'elle couche ici, en Belgique, avec des Juifs et des nègres. Ce qu'elle fait, et les choses s'arrangent du coup très vite, et d'elles-mêmes. Roth a volontiers de bonnes idées, et il croit comme toujours que c'est au schnaps qu'il doit les meilleures.
"Si cela t'intéresse, je te montrerai, pour chacun de mes livres, les bons passages que je dois à un bon Calvados" a-t-il dit un jour à Soma Morgenstern. Page 107
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CrumpetCrumpet   20 août 2015
Irmgard Keun est amoureuse de Joseph Roth, et elle voit en lui comme personne d'autre. Elle sait que c'est la solitude qui, en cet été, les a réuni tous les deux, elle aime bien sa solitude, et sa tristesse et son désir de l'avoir toujours, et totalement, à ses côtés. La nuit, lorsqu'ils sont couchés l'un à côté de l'autre, il enfouit parfois profondément, très profondément, les mains dans ses cheveux, comme s'il avait peur qu'elle disparaisse subitement dans l'obscurité. Et le matin, après avoir lentement libéré ses cheveux de ses minces mains blanches, c'est elle qui lui tient la tête quand il lui faut vomir, des heures durant. Entre-temps, elle a lu tous ces livres. Il ne connaît aucun des siens. Page 105
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CrumpetCrumpet   20 août 2015
Ces jours-ci, justement, il (Joseph Roth) lisait de nouveau, un peu. Non pas dans l'idée de consacrer une recension au livre en question, mais parce que ce livre correspond à sa vision du monde : Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Cela fait déjà quatre ans qu'il a été publié, en Angleterre, et en Allemagne aussi , sous le titre Welt - wobin ? Et Roth de casser régulièrement les pieds à la tablée entière avec des extraits de ce livre, qu'il récite alors à voix haute, des passages consacrés au monde de surveillance généralisée que réserverait l'avenir. "L'élevage d'embryons ! L'homme nouveau ! Formé à quatre ans, pleinement adulte à six ans et demi ! Un triomphe de la science ! Roth rit amèrement, et ressasse encore et toujours les mêmes passages. Page 98
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NadaelNadael   17 août 2015
« Lorsque je (Irmgard Keun) vis pour la première fois Joseph Roth, j'eus le sentiment de voir un homme qui, dans les heures à venir, allait mourir de tristesse. Ses yeux ronds et bleus étaient presque aveugles à force de désespoir, et sa voix semblait comme étouffée par le chagrin. Plus tard, cette impression devait s'estomper, car Roth, à cette époque-là, n'était pas seulement triste, mais était aussi celui qui haïssait le plus intensément et le plus puissamment. »
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