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Alzir Hella (Traducteur)
ISBN : 2253153532
Éditeur : Le Livre de Poche (15/10/2002)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 274 notes)
Résumé :
Comment le désir et la passion, enracinés au fond de chaque être, peuvent le révéler à lui-même et bouleverser son destin : tel est le secret que tentent de percer les quatre récits qui composent ce volume. L'éveil de la jalousie chez un garçon de douze ans, qui a innocemment rapproché sa mère et le jeune vacancier oisif dont l'amitié l'emplissait de fierté ; la dérive nocturne d'un homme qui découvre au contact des voyous et des prostituées une part inconnue de lui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  07 juillet 2014
Afin de tromper son ennui, un jeune baron en villégiature dans un hôtel isolé des Alpes autrichiennes décide de séduire par jeu une femme accompagnée de son fils convalescent de douze ans, Edgar. Pour parvenir habilement et rapidement à ses fins, il se lie hypocritement d'amitié avec Edgar, flatté d'attirer l'intérêt d'un adulte.
Passée la phase d'approche, de l'amitié naissante, le séducteur tente d'éloigner l'enfant, qui trompé par son nouvel " ami ", va tout faire pour perturber les sorties du couple et leurs tentatives de rapprochement. Sa mère, progressivement charmée, hésite entre l'aventure amoureuse et la raison, périlleux dilemme.
Tout se joue donc - il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit au départ d'un jeu - entre un séducteur manipulateur, une mère indécise et un jeune garçon encore très innocent mais clairvoyant. le tout dans un milieu bourgeois d'une époque révolue...en apparence.
Les désirs de chacun s'entremêlent d'abord délicieusement, puis s'entrechoquent brutalement pour finir en feu d'artifice incontrôlable ! de la tension, du suspens, un rythme agréable de courts chapitres font de cette nouvelle un très bon moment de lecture.
Stefan Zweig excelle comme toujours à analyser avec finesse et précision la psychologie humaine et plus particulièrement ici celle d'un jeune adolescent imprévisible dont les sentiments exacerbés oscillent entre amour et haine. Car c'est bien Edgar le héros du récit, le détenteur du brûlant secret, que je vous laisse le plaisir de découvrir.
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ibon
  13 août 2013
Une centaine de pages, c'est le format du succès pour Zweig: "Le joueur d'échecs", " La confusion des sentiments", "La lettre d'une inconnue", "La peur", "24heures...
Effectivement, c'est aussi le cas avec les 100 pages de "Brûlant secret", pas de déception, le récit demeure toujours aussi prenant et rythmé. Ici, en de courts chapitres.
Au début, le personnage principal semble être un jeune baron célibataire, en vacances dans un hôtel de montagne autrichienne au Semmering; un séducteur à la recherche d'aventures féminines sans lendemain. Il jette son dévolu sur une femme d'une bonne trentaine d'années. Une femme distinguée accompagnée de son fils Edgar, 12 ans. Mais pour approcher la jolie dame, il use de perfides moyens en donnant l'illusion au garçon qu'il est son ami. Edgar pressent en effet que l'on abuse de sa naïveté et c'est ce garçon qui devient le personnage central intrigué par ce qu'on lui cache: un brûlant secret.
Quel brûlant secret peut-on lui cacher à ce garçon de 12 ans au point de lui mentir et de l'éloigner quand sa mère et ce baron veulent discuter ensemble?
Implicitement, Zweig dénonce l'hypocrisie des adultes, de l'école, de la famille et de la morale officielle quant à l'enseignement de la sexualité à la jeunesse.
L'auteur met en place un suspense magistral à la mesure des changements qui s'opèrent dans la tête de ce garçon trahi par les adultes. L'imprévisibilité de ses réactions est le moteur de cette intrigue.
Encore un bijou d'orfèvre.
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Allantvers
  04 mai 2017
Des quatre impeccables nouvelles de ce recueil, je retiens les deux plus lumineuses à mes yeux :
La première nous plonge dans les affres de la fin de l'enfance, autour du premier passage vers la maturité d'un jeune garçon de treize ans trahi par un « ami » adulte dont il comprend qu'il n'a cherché son amitié que pour mieux séduire sa mère, et n'a dès lors, ivre de haine, de cesse de comprendre ce brûlant secret qui pousse les adultes les uns vers les autres.
La seconde, « les deux jumelles », réinvention par Zweig de la fable morale, qui se lit comme on passe la main sur une soierie ourlée avec la plus grande finesse, voit dans un moyen-âge de contes deux soeurs magnifiquement belles et outrageusement orgueilleuses se disputer la première place, l'une à l'aide du vice, l'autre de la vertu.
Encore un pur moment de plaisir admiratif que ce recueil construit autour des passions profondes et ravageuses ! Impossible de se lasser de l'immense talent de Stefan Zweig.
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Ansault
  15 janvier 2009
Résumé :
La première nouvelle qui ouvre ce recueil est Brûlant secret. Elle raconte l'histoire d'une mère et de son fils à la santé fragile âgé d'environ une douzaine d'année partis en vacances au grand air dans un hôtel luxueux. Un jeune dandy, oisif, baron de sa condition, aimant les femmes se trouve dans ce même hôtel. le baron est un chasseur cherchant aventures et trophées. Il trouvera en la mère d'Edgar comme un défi ou un challenge à relever. C'est sûr avant la fin de son séjour celle-ci sera sienne et succombera dans ses bras, car tel était son bon vouloir et tel sera son plaisir. Pour arriver à ses fins et conquérir une mère ne daignant pas répondre à ses avances, le fourbe Baron s'arrangera pour gagner l'amitié d'Edgar qui jouera bien malgré lui le rôle d'entremetteur.
Mais c'était sans compter sur la perspicacité du jeune Edgar. Et dés lors qu'il aura compris qu'il n'était aux yeux de son ami que le vulgaire instrument de sa fourberie, Edgar mettra tout en oeuvre pour contrecarrer les projets du Baron et se livrera à une surveillance étroite pour tenter de percer le mystère, ce brûlant secret dont l'innocence de son âge ne lui en avait pas encore révéler la teneur.
La seconde nouvelle, Conte Crépusculaire, nous parle de jeunes gens oisifs occupant leurs journées estivales en de longues promenades à cheval. Parmi eux un jeune homme, ou plutôt un adolescent. Alors que les autres occupent leurs soirées en fumant et jouant aux cartes, ce dernier se promène dans l'allée du parc qui entoure l'imposante demeure où il séjourne.
C'est alors qu'une jeune femme sortant de nulle part, tel un fantôme, se jettera sur lui effrontément et l'embrassera fougueusement. Elle s'en ira tout aussi mystérieusement sans qu'il ait eu le temps de voir qui elle était.
Hanté par la fulgurance de cet instant qui lui laissa entrevoir les délices d'une sensualité insoupçonnée jusqu'alors, il lui faudra trouver coûte que coûte qui parmi les convives pourrait être cette mystérieuse jeune femme.
La troisième nouvelle, La Nuit Fantastique, raconte l'histoire d'un homme dégagé de tout souci matériel et dont la vie, sans grand intérêt, s'écoule paisiblement. Il occupe son temps en distractions diverses et en relations mondaines. Désabusé, le confort de sa situation lui permettant d'obtenir ce qu'il veut quand il veut, la vie lui apparaît à la longue insipide. Il s'ennuie.
C'est alors qu'un dimanche après-midi enjoué par la chaleur estivale, ravi par l'allégresse des promeneurs, se laissant aller à ses humeurs printanières, il décide brusquement de se rendre à la campagne. Mais c'était sans savoir que là où il se rendait, se déroulait un Derby à l'hippodrome où toute la bonne société de Vienne avait rendez-vous. D'abord distant, ne semblant guère concerné, la vision d'une femme débordante d'opulence et d'extravagance, le conduira à jouer un jeu où les provocations s'enchaîneront et finiront par établir les circonstances qui changeront à jamais sa vie et sa vision du monde.
La dernière nouvelle, Les Deux Jumelles, est un conte drolatique, il nous emmène en des temps reculés et incertains. Là-bas deux soeurs jumelles, Hélène et Sophie, filles d'un chef de cavalerie de l'armée du Roi et d'une boutiquière, vivent dans la précarité et sont élevées par leur seule mère. Leur père, à l'âme guerrière et peu scrupuleuse, trahit son Roi par ambition et pour l'appât du gain. Démasqué, il sera rapidement désavoué et exécuté le jour de la naissance de ses filles.
Les deux soeurs si elles avaient héritées de la beauté de leur mère n'en étaient pas moins les dignes représentantes de la folie ambitieuse de leur père si bien que sans cesse elles étaient en concurrence l'une envers l'autre.
Quelques années plus tard alors qu'Hélène s'était jetée dans la luxure pour ravir aux hommes jeunes ou vieux leur fortune et vivre ainsi une vie de facilités et de débauches, Sophie en proie à une profonde jalousie se devait de faire plus qu'elle. C'est alors que l'idée de rentrer dans les ordres s'imposa d'elle-même. Elle restera pure quand sa soeur sera souillée par le vice, elle sera vertueuse quand sa soeur se livrera à la débauche et à la luxure.
Mais Hélène n'avait pas encore dit son dernier mot…
Mon appréciation :
En commençant la lecture de ces nouvelles, j'ai d'abord été enthousiasmé et j'ai franchement bien accroché au premier récit où l'action est pleine de rebondissements et où le personnage du jeune garçon est très attachant. C'est à la fois une quête initiatique vers la maturité, la fin d'un âge, la découverte de l'amour, l'apprentissage d'un nouveau monde, le passage vers l'âge adulte où les choses vous apparaissent tout à coup en une sorte de révélation extralucide. L'étude psychologique des personnages est d'une grande maîtrise, les sentiments et les émotions sont expliqués, justifiées, disséquées et tout cela est d'une parfaite cohérence.
Fort de ces constats, la lecture de la seconde nouvelle m'est apparue déjà comme moins palpitante. le portrait psychologique des personnages est toujours aussi pointu mais bien que les apparitions surnaturelles de l'être aimé soient d'une grande beauté, l'intrigue plus simple m'a laissé un peu sur ma faim.
Quant à la troisième nouvelle, l'analyse psychologique du personnage poussée dans ses extrêmes a fini par carrément m'ennuyer. Je lisais glissant sur ses longues phrases, perdu dans mes rêveries. Bref, j'étais blasé…
… Jusqu'au moment où, dans un éclair de lucidité, m'est apparue une thématique récurrente à nombres d'écrits de Stefan Zweig. Ca m'a d'abord interpellé, interrogé, puis intéressé avant de carrément me passionner et de redonner un éclairage nouveau et palpitant sur ce que je venais de lire. J'aurais presque pu en relire toutes les pages sous la lumière de cette découverte, si le courage ne m'avait pas fait défaut.
Tout en lisant cette histoire du jeune dandy, oisif et à l'abri du besoin, qui s'en va passer son dimanche après-midi au champ de courses, je me disais : « Mais bon sang, le Joueur d'Echecs, (que j'avais lu il y a très longtemps), m'avait laissé un souvenir enthousiaste et pourquoi donc ici, je ne retrouvais plus cette sensation ? »…
« le joueur d'échecs…, les échecs…, les courses…, le jeu…, le hasard…, l'argent…, les jeux d'argent et de hasard… »
« Mais c'est bien sûr !!! le jeu !!! »
Ici se cache l'essence même des écrits et de la personnalité de Stefan Zweig qui en font toute l'originalité. Tous les écrits qu'il m'avait été donné de lire parlaient de la même chose et le « Jeu » y joue un rôle capital.
Dans Brûlant secret, l'homme, le Baron parti en chasse de la mère d'Edgar est encore là aussi un jeune dandy, plein d'argent, issu de la noblesse cherchant à courtiser les femmes comme il miserait sur un numéro au casino. C'est un chasseur, un joueur, rien ne lui est plus plaisant que le jeu par lui-même et la femme qu'il convoite n'est rien d'autre que le lot à gagner. Il en va de même d'Edgar, qui une fois qu'il aura compris les intentions du Baron, entrera délibérément dans la partie, d'enfant immature, le voilà subitement transposé dans le rôle de joueur et d'adversaire. Les deux protagonistes jouent donc une partie serrée dont le lot ou la récompense est pour l'un les charmes sensuels de l'amour et pour l'autre la douceur et la sécurité maternelle : l'amante contre la mère.
De même dans le Conte Crépusculaire, là encore nous est décrite une société de jeunes inactifs, pour qui l'argent n'est assurément pas un problème et qui passent leur temps à jouer et à se promener. Quand il arrivera cette chose hallucinante au héros (se faire littéralement violer – nous sommes dans les années 30 !!! – par une inconnue dans les allées d'un parc d'une demeure bourgeoise), il ne cherchera plus qu'à découvrir qui pourrait bien être cette jeune fille. Il partira ainsi dans une sorte d'enquête policière, d'énigme à résoudre, comme un joueur qui chercherait des indices pour savoir sur quel numéro parier.
Dans La Nuit Fantastique, l'allusion au jeu est pour le coup flagrante en situant délibérément le début de l'intrigue dans un hippodrome au milieu des parieurs. Mais en réalité, comme dans les autres nouvelles mais d'une façon encore plus tragique ici, c'est précisément la vie du héros qui est mise en jeu. Ici le personnage ne se contente pas de jouer aux courses, il joue à la roulette russe et l'issue du jeu peut signifier une défaite c'est-à-dire la mort. Mais notre personnage en a parfaitement conscience et il en accepte l'issue de bonne grâce comme une éventualité probable. Quand on joue on accepte les règles du jeu et jouer inclus aussi le fait de perdre et même si perdre équivaut à mourir !
Et il en va ainsi dans la dernière nouvelle Les Deux Jumelles, les deux soeurs ont passé leur enfance à être en concurrence l'une envers l'autre, sans cesse elles se sont mises au défi. Leur choix de vie respectifs, luxure ou religion, luxe ou pauvreté, exubérance ou pudeur, n'a pas été déterminé par vocation mais en opposition l'une par rapport à l'autre. Elles jouent à la roulette : Hélène a misé ses jetons sur les rouges, alors que Sophie choisit de miser sur les noirs.
Alors évidemment bien que ces analogies et ces thèmes soient intéressants, ce qui en constitue la principale valeur c'est le message que Stefan Zweig tente de nous véhiculer à travers tout cela. Stefan Zweig est un poète et comme tout poète il semble habité par un certain idéalisme et une confiance en la nature humaine. Les personnages de Stefan Zweig sont en majorité désabusés et ils n'attendent plus grand-chose de la vie, ils mettent leur destin en jeu et ils s'en remettent délibérément au hasard en tentant de gagner la partie tout en sachant parfaitement qu'ils peuvent aussi bien la perdre. En réalité c'est Stefan Zweig qui tire les ficelles de tout cela et c'est lui qui décide de l'issue de cette partie. En tant qu'humaniste convaincu il nous propose toujours, et désolé si en disant cela je dévoile un peu trop de ces histoires, une issue qui vient en quelque sorte transcender le récit. Il en sort de cette errance de départ quelque chose de magnifier, quelque chose de grand, comme un espoir ou une révélation. Les personnages en sortent grandis, ils gagnent en lucidité comme si le sens de la vie venait de leur apparaître, comme s'ils venaient subitement d'accéder à la Connaissance Universelle.
Alors fort de ces constats, il me fallait désormais découvrir d'où pouvait venir cette intime conviction qui semblait être pour Stefan Zweig une véritable philosophie de vie. Quand on peut à ce point trouver des concordances, des similitudes, des thèmes directeurs dans les oeuvres d'un auteur ou d'un artiste, alors c'est sûr on est en passe de découvrir ce qui constitue l'essence même de toute une oeuvre.
Et c'est dans les travaux et la philosophie de Friedrich Nietzsche qu'on trouve, me semble-t-il, toute l'origine de l'oeuvre de Stefan Zweig.
(... suite dans autre message).
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Ansault
  15 janvier 2009
(...Suite...)
Quand le je devient jeu.
La philosophie de Nietzsche dans l'oeuvre de Stefan Zweig.
La philosophie a ceci de confondant c'est qu'il suffit d'en lire quelques lignes pour que tout de suite on se dise : « Mon Dieu, mais comme c'est vrai !», et l'on pourrait très bien lire la thèse opposée pour que l'on se dise de la même façon : « Ah ben, il n'a pas tort non plus, celui là ! ». Enfin tout ça pour dire que je ne suis pas un spécialiste de la philosophie, loin de là, en réalité je m'en méfie beaucoup et même j'évite d'en lire car très vite on est troublé et on ne sait plus trop quoi penser quand ça ne nous laisse pas carrément vide… si bien sûr on ne s'est pas endormi avant !!!
Néanmoins, au risque de m'y perdre, je vais quand même m'essayer à en dégager quelques similitudes entre les thèmes décrits dans l'oeuvre de Stefan Zweig et certaines théories développées par Nietzsche, d'une façon non exhaustive et aux raccourcis sûrement un peu approximatifs.
Belle affaire quand même, quand on pense que déjà les plus grands spécialistes se déchirent sur l'oeuvre de ce philosophe… Enfin bref !!!
Stefan Zweig est né en Autriche en 1881 et est mort en 1942. Friedrich Nietzsche, lui, est né en Allemagne en 1844 et est décédé en 1900. Ainsi Zweig, en homme ayant étudié la philosophie, devait avoir parfaitement connaissance des thèses développées par Nietzsche.
Voici un texte de Nietzsche qui, me semble-t-il, illustre parfaitement les thèmes récurrents développés dans l'oeuvre de Zweig :
Le besoin nous contraint au travail dont le produit apaise le besoin : le réveil toujours nouveau des besoins nous habitue au travail. Mais dans les pauses où les besoins sont apaisés et, pour ainsi dire, endormis, l'ennui vient nous surprendre. Qu'est-ce à dire ? C'est l'habitude du travail en général qui se fait à présent sentir comme un besoin nouveau, adventice ; il sera d'autant plus fort que l'on est plus fort habitué à travailler, peut-être même que l'on a souffert plus fort des besoins. Pour échapper à l'ennui, l'homme travaille au-delà de la mesure de ses autres besoins ou il invente le jeu, c'est-à-dire le travail qui ne doit apaiser aucun autre besoin que celui du travail en général. Celui qui est saoul du jeu et qui n'a point, par de nouveaux besoins, de raison de travailler, celui-là est pris parfois du désir d'un troisième état, qui serait au jeu ce que planer est à danser, ce que danser est à marcher, d'un mouvement bienheureux et paisible : c'est la vision du bonheur des artistes et des philosophes.
Extrait d'Humain, trop humain publié en 1878, soit 3 ans avant la naissance de Stefan Zweig.
En lisant ce court extrait, j'ai vraiment l'impression de parcourir le synopsis décrivant la trame d'une des nouvelles de Stefan Zweig.
Pour résumer, ce texte nous explique que l'homme pour vivre doit contenter des besoins physiologiques comme manger, boire, dormir, …, sans lesquels toute vie serait impossible. Pour combler ces besoins il faut travailler pour produire ce dont nous avons besoin, ou, dans nos sociétés contemporaines, pour gagner de l'argent pour acheter ces produits. Mais quand vos besoins primaires sont comblés (vous avez mangé, vous avez bu, vous avez bien dormi, …) et quand le travail à effectuer pour couvrir ces besoins est terminé, vous vous retrouvez inactif et commencez à vous ennuyer. Nietzsche nous explique alors que cet ennui est la résultante d'un nouveau besoin créé par l'acte de travailler lui-même. le travail est ce nouveau besoin, au même titre que les besoins physiologiques, qu'il vous faut désormais satisfaire.
Alors pour combler ce nouveau besoin, deux possibilités s'offrent à vous : soit vous vous remettez à travailler, pour produire encore plus, pour surproduire ; soit vous jouez.
Et c'est là que l'analogie avec les oeuvres de Stefan Zweig est la plus flagrante. Tous ses héros sont rentiers, ils n'ont pas besoin de travailler pour subvenir à leur besoin, alors ils s'ennuient et ça Stefan Zweig le décrit très bien dans l'analyse psychologique qu'il en fait, tous sont plus ou moins désabusés, et c'est pourquoi ils trouvent un nouveau salut en engageant leur vie dans la sphère du jeu. Il en va de même pour les deux soeurs jumelles qui démarrent leur vie dans la misère mais très vite elles sauront se dégager de tous soucis matériels, l'une en courtisant des hommes très riche, l'autre en confiant à Dieu le soin de nourrir son corps à défaut de son âme.
Nietzsche poursuit alors en nous expliquant que quand vous êtes « saoul » du jeu et que tout vos besoins sont comblés vous aspirez alors à un troisième état qui serait une sorte de désir de transcendance ou de transfiguration, une sensation de plénitude, un état de grâce et de sérénité et il nous dit qu'il s'agit là de « la vision du bonheur des artistes et des philosophes ».
Et c'est précisément cette sensation qui est l'enjeu véritable de tous les personnages de Zweig. Tous se jettent à corps perdus dans le jeu, tous recherchent la plénitude et un nouvel éclairage sur leur vie, une lucidité… l'illusion d'un bonheur.
Est-ce à dire alors que tous les héros de Stefan Zweig seraient des artistes ou des philosophes ?
Stefan Zweig était le fils de Moritz Zweig, riche juif fabricant de tissu, et d'Ida (Brettauer) Zweig, fille d'un banquier italien. Il étudia la philosophie et l'histoire de la littérature. Autant dire alors qu'il était de par sa naissance dégagé du besoin, et il en profita d'ailleurs pour voyager beaucoup.
Je crois donc que tous les héros de Stefan Zweig sont Stefan Zweig. Et l'histoire qu'il nous raconte est l'histoire de sa propre vie.
Stefan Zweig en jeu sur l'échiquier… Echec et mat !
Stefan Zweig donc est un artiste sincère et authentique qui au travers de ces écrits nous livre sa conception de la vie, sa philosophie (probablement inspirée des théories de Nietzsche… entre autres !!!). Mais au-delà de cela il me semble, et ce que je m'en vais vous raconter n'est qu'une intuition personnelle, que Zweig ne s'est pas contenté de nous transmettre une théorie illustrée par de belles histoires. En effet je crois qu'il a appliqué sur lui-même les propres principes de vie qu'il a développés dans ses livres. Je crois que Stefan Zweig a joué et a misé sa propre vie.
A la différence des héros de ses histoires qui en sortent grandis, lui a perdu la partie. Et, le 23 février 1942, Stefan Zweig se donne la mort en ingérant des médicaments (sa femme le suivra elle aussi dans la mort) après avoir écrit la lettre suivante :
« Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. de jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.
Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. »
L'errance de Stefan Zweig est due, à l'exception de ses voyages de jeunesse, au contexte politique de l'époque. La fin du 19ème siècle et le début du 20ème est marqué par un antisémitisme grandissant nourrit par le nationalisme qui conduira dans les années 1930 à la montée du nazisme et à la seconde guerre mondiale. Comme nombre d'artistes et d'intellectuels juifs l'exil sera leur seule chance de salut. Les écrits et les livres du « juif » Stefan Zweig étaient brûlés en autodafé si bien qu'il résolut de partir en 1934 pour l'Angleterre. Ce départ prématuré suscite nombre de polémiques chez ses biographes, certains affirment qu'il est parti en exil devant l'imminence de la guerre et la montée de l'antisémitisme, d'autres pensent qu'il est simplement parti approfondir sa recherche sur Marie Stuart dont il écrivait la biographie. Il est à noter aussi que certaines thèses de Nietzsche ont été récupérées et détournées frauduleusement de leur sens initial par les nazis. Personnellement, selon mon intuition, intuition qui n'est étayée par aucune thèse, je pense, et pour rester en cohérence avec tout ce qui a été énoncé précédemment, et tant pis si c'est un peu simpliste et réducteur, je pense donc que Stefan Zweig s'est laissé porter par le hasard. le hasard, ce hasard qui est partie intégrante de tout jeu quel qu'il soit. Son errance était en accord avec ses principes philosophiques, l'errance conduit à la transcendance par le jeu sublimé. Tous les héros de Stefan Zweig finissent un moment ou un autre par errer, remettant ainsi leur vie entre les mains du hasard.
Fuite, lâcheté, manque de courage, refus de l'engagement politique, désintérêt pour la cause des siens ? Oui ? Non ? Peut-être ? On s'en fout… Il me semble que la portée de son message philosophique outrepasse de beaucoup un simple engagement politique et une lutte militante. En même temps aujourd'hui il nous est facile de juger, mais n'oublions pas que nous n'y étions pas et que la vision que nous en retirons aujourd'hui est une vision « romantique ». Voir la mort en face et appréhender physiquement la finitude de ses congénères est autrement plus réalistes et justifie, me semble-t-il, toutes les lâchetés et tous les exils. Et même si ça ne les justifie pas, ça ne nous donne pour autant pas le droit de juger et encore moins de condamner.
Mais Stefan Zweig ne cherchait-il pas encore à étayer jusqu'au bout les principes qui nourrissaient sa philosophie de vie ?
En tout cas l'issue tragique qu'il donna à sa vie le 23 février 1942 montre une chose : c'est qu'il n'avait pas peur de la mort.
Tentait-il par cet acte de se racheter une conduite et ainsi démentir toute supposée lâcheté ou souhaitait-il simplement rester en cohérence avec lui-même et ses principes de vie ?

Et vous ? Avez-vous le courage de miser, sans sourciller, votre vie pleine et entière?
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Citations et extraits (95) Voir plus Ajouter une citation
AlexeinAlexein   02 juillet 2016
Ainsi que la conversation le montrait, Edgar était très intelligent, un peu précoce même, comme la plupart des enfants maladifs qui sont restés longtemps dans la société des adultes, et ses sympathies ou ses antipathies atteignaient un degré de passion extraordinaire. Il ne paraissait jamais garder la mesure ; il parlait de chaque personne ou de chaque objet soit avec enthousiasme, soit avec une haine si violente qu’elle tordait son visage et lui donnait presque un aspect méchant et hideux. Quelque chose de sauvage et de primesautier, qui provenait peut-être de la maladie qu’il venait de surmonter, mettait dans ses paroles une ardeur fanatique et il semblait que sa gaucherie n’était qu’une crainte, péniblement refrénée, de sa passion.
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PiatkaPiatka   10 juillet 2014
Il était conscient de sa totale incapacité à la solitude. Non désireux de faire plus intimement sa propre connaissance, il redoutait le face-à-face avec lui-même et évitait soigneusement pareil tête-à-tête. Il savait qu'il avait besoin de se frotter aux gens pour faire briller ses talents, sa nature chaleureuse et cordiale, et seul, il se sentait inutile et sans flamme comme une allumette dans sa boîte.
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AllantversAllantvers   02 mai 2017
Elle était à cette époque décisive de la vie où une femme commence à regretter d'être demeurée fidèle à un époux qui, en réalité, n'a jamais été aimé, et où le pourpre coucher du soleil lui laisse encore un dernier choix (pressant!) entre la maternité et la féminité. A cette minute la vie, qui paraissait depuis longtemps déjà avoir été réglée d'une façon définitive, est de nouveau remise en question; pour la dernière fois l'aiguille magnétique de la volonté oscille entre la passion et la résignation à jamais. Une femme a alors à prendre la dangereuse décision de vivre sa propre destinée ou celle de ses enfants, d'être femme ou mère.
(Brûlant secret)
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ElviraElvira   02 janvier 2012
C’était un de ces hommes qui doivent beaucoup de bonnes fortunes à leur joli visage et chez qui, à chaque moment, tout est prêt pour une nouvelle rencontre, une nouvelle expérience amoureuse ; un de ces hommes qui sont toujours au potentiel voulu se précipiter dans l’inconnu d’une aventure, que rien ne surprend, parce que, sans cesse à l’affût, ils ont tout calculé ; qui ne manquent aucune occasion parce que leur premier regard pénètre inquisiteur dans la sensualité charnelle de chaque femme, sans faire de différence entre l’épouse de leur ami et la servante qui leur ouvre la porte. Lorsque, avec un certain dédain superficiel, on donne à ces gens-là, en Autriche, le nom de « chasseurs de femmes », c’est sans savoir combien de vérité positive incarne ce mot, car, effectivement, tous les instincts passionnés de la chasse, le flair, l’excitation et la cruauté mentale, s’agitent dans l’attitude de ces hommes constamment sur le qui-vive. Ils sont toujours chargés de passion, une passion qui n’est pas celle de l’amant, mais du joueur, la passion froide, calculatrice et périlleuse.
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dido600dido600   05 janvier 2016
Dans les livres qu’il avait lus, les hommes trompaient et assassinaient pour acquérir de l’argent, de la puissance ou des royaumes. Mais ici, qu’est-ce qui les faisait agir ? Que voulaient-ils tous deux ? Pourquoi se cachaient-ils devant lui ? Que cherchaient-ils à dissimuler sous cent mensonges ? Il se martyrisait le cerveau. Il sentait obscurément que l’enfance était enfermée derrière ce secret et qu’une fois qu’on l’avait pénétré, on devenait enfin une grande personne, enfin un homme. Oh ! connaître ce secret ! Mais il était incapable de penser clairement. La rage qu’ils lui aient échappé le consumait et troublait son esprit.
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Vidéo de Stefan Zweig
Stefan Zweig, écrivain, journaliste et biographe autrichien, est né le 28 novembre 1881 à Vienne. Il assiste avec horreur à l’arrivée au pouvoir d’Hitler (1933). Sa judéité, jusque-là peu revendiquée, devient plus présente à son esprit et dans son œuvre. La persécution des juifs et le déchirement imminent de l’Europe le plongent dans une dépression dont il ne sortira plus. Il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis. En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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Thème : Le Joueur d'échecs de Stefan ZweigCréer un quiz sur ce livre
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