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Stefan Zweig (Autre)Francis Douville Vigeant (Traducteur)
EAN : 9791030413403
48 pages
Allia (07/01/2021)
4.22/5   62 notes
Résumé :
Dès 1925, Zweig pressent l’un des grands bouleversements sociaux de notre siècle : l’uniformisation du monde. Si le concept de mondialisation reste alors toujours à inventer, il examine avec perplexité des sociétés qui gomment progressivement toutes leur aspérités. Avant même l’invention des smartphones, il nous décrit l’avènement de l’instantanéité. Ce culte de l’éphémère joue finalement un rôle central dans l’uniformisation ici dénoncée. Dans ce texte saisissant d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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"Ruere in servitium, disait Tacite : ils se jettent dans l'esclavage !"
.
Léon Tolstoï est mort il y a vingt ans, Stefan Zweig le souligne : nous sommes donc en 1930. En France, "Les Années Folles" battent leur plein.
Mais est-ce une bonne chose ?
Non ! affirme l'auteur. Pourquoi ? Parce qu'il voit qu'à grande vitesse, l'Europe s'Américanise, se voit colonisée culturellement et financièrement.
Avant, chaque pays avait ses danses, ses modes. Maintenant, grâce aux informations, à la radio, en un mois, l'Europe copie l'Amérique, les danses et les vêtements s'uniformisent ; tous, comme des moutons, veulent être pareils !
Même la mécanisation, le gigantisme et les dollars sont considérés comme des dieux !
.
Alors, quel est le refuge des intellectuels et des écrivains, puisqu'il est plus confortable, moins ardu de voir un film ou écouter la radio ?
Le refuge, puisqu'on ne peut pas lutter contre les phénomènes de masse, c'est la liberté individuelle.
.
Zweig, comme Hugo et Nietzsche, est pan-européen : il voit son rêve s'effondrer ; s'il avait vécu plus longtemps, il aurait vu Adenauer faire une accolade à De Gaulle, dans les années 60.
Evidemment, il ne prend en considération ici que deux continents. Tâchons de sauver leurs particularismes aux autres pays du monde. Mais vues l'âpreté au gain, l'avidité des hommes, je crois que c'est peine perdue.
.
Cependant, non, Stefan Zweig, tu n'es pas mort !
Tu es toujours dans nos coeurs.
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Un très court texte de Zweig qui fustige l'évolution du monde des années 20 dans le sens d'une uniformisation des modes de vie.

Il y prend 4 exemples: la danse, la mode, le cinéma, la radio, 4 modes d'expression dont il se plaint qu'ils soient devenus indifférenciés dans les sociétés modernes.

L'intérêt de ce texte, ce n'est pas la nostalgie passéiste, le « c'était mieux avant ».
Non, et en ce sens, ce texte est toujours d'actualité, car Zweig, avec son acuité psychologique exceptionnelle, analyse les racines de cette uniformisation, et en propose un remède aux « personnes de qualité ».

Il identifie d'abord une première cause, pourtant on n'est que dans les années 20, nous savons que ce sera bien pire plus tard, c'est l'américanisation du monde, celle des États-Unis d'Amerique, qui, avec leurs moyens colossaux, imposent au monde leur mode de vie, et l'inondent de leur cinéma, danse, mode vestimentaire, etc…
La deuxième cause, c'est celle que nous connaissons maintenant d'une façon encore bien plus forte qu'au temps de Zweig, c'est l'appétence des masses pour ce qui est facile, qui ne demande pas de réflexion, pas d'effort intellectuel, pas d'esprit critique.
Et il a plusieurs phrases révélatrices à ce sujet.
« Toutes ces choses, cinéma, radio, danse ….exercent un pouvoir énorme qui ne peut être dépassé. Toutes répondent en effet à l'idéal le plus élevé de la moyenne: offrir du plaisir sans exiger d'effort. »
« Ce qui n'exige que le minimum d'effort, mental ou physique, et le minimum de force morale doit nécessairement l'emporter auprès des masses, dans la mesure où cela suscite la passion de la majorité. »

Et Zweig d'évoquer « une éblouissante lumière de fête foraine » à laquelle on ne peut résister. C'est malheureusement ce que nous connaissons avec l'essor des programmes télévisés abêtissants qui cherchent à nous accrocher, et plus encore le tourbillon vertigineux des réseaux sociaux.

Le grand écrivain propose un remède à tout cela. « La fuite, la fuite en nous-mêmes »
Car « on ne peut pas sauver l'individu dans le monde, on ne peut sauver que l'individu en soi ».
Et cette position ne veut pas dire misanthropie, « ne nous consumons pas dans une distanciation méprisante », « vivons tranquillement, mais librement » « cherchons à reconnaître puis à rejeter sciemment ce qui ne nous appartient pas, mais maintenons sciemment ce qui nous semble nécessaire »

Et parmi ces choses qui nous sont nécessaires, l'auteur identifie l'amour et l'art.

Un magnifique plaidoyer pour la liberté de penser, c'est ce message fort que je retiens, et si important de nos jours.

Car, nous croyant à l'abri des dictatures et des totalitarismes qui accablent encore une partie importante de notre humanité, il est crucial pour les esprits libres de ne pas céder à la dictature du collectif, des réseaux sociaux notamment, à celle des complotistes et des populistes à ne pas nous satisfaire de leurs visions simplistes d'un monde dont la complexité ne doit pas générer en nous de la peur, mais au contraire nous inciter à faire l'effort de mieux le comprendre.
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Ce n'est pas la première fois que Stefan Sweig me scotche par la modernité de ses propos. Déjà, les premières pages de son autobiographie le monde d'hier m'avaient semblé avoir été écrites la semaine dernière.
Pareil pour ce petit essai ou long billet d'humeur, où le sage humaniste autrichien n'anticipe rien moins que les effets de la mondialisation, pourtant si jeune encore en 1925 au regard de ce qu'elle est aujourd'hui, sur l'uniformisation d monde, des moeurs, des cultures, et sur ce qu'elles ôte d'énergie aux peuples en échange du bain tiède du confort mécaniste.
Un texte vibrant, percutant, tout empreint de la mélancolie d'un homme de culture qui se désole d'être en tant que tel le représentant d'une élite inutile en voie de muséification.
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Dans ce court essai inédit, daté de 1925, on retrouve une des idées qui accompagneront Stefan Zweig toute sa vie, le déclin d'une certaine culture classique européenne. Il développe ici plus particulièrement son idée de l'origine de ce déclin : l'uniformisation d'une forme de loisirs que l'on qualifierait aujourd'hui de consuméristes au détriment de tout ce qui nous enrichit (intellectuellement), mais au prix d'un effort qui perd tout attrait au regard de la facilité des consommations passives telles que la radio et le cinéma.

Le texte est très court (une vingtaine de pages dans cette édition bilingue) et les exemples sont datés. Il est toutefois trivial de leur trouver des équivalents récents : l'addiction au défilement des contenus proposés par les réseaux sociaux vient immédiatement à l'esprit. Bien qu'il exprime sans nul doute un désarroi qui ne fera que croître, il se termine sur une note un petit peu moins pessimiste dans la toute dernière section. Celle-ci débute par la magnifique citation que l'on retrouve ici à deux ou trois reprises, nous invitant en dernier recours à "la fuite en nous-mêmes" pour, au moins intérieurement, "devenir toujours plus libre à mesure que les autres s'assujetissent volontairement."
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Ce minuscule essai n'est certainement pas ce que Zweig a écrit de plus gigantesque...
C'est un petit ouvrage à l'usage de ceux qui entendent se flatter qu'ils sont très différents de la masse, et veulent se rassurer que, quand même, ça ne fait pas le moindre doute qu'ils valent beaucoup mieux que le commun des mortels.
Si la question abordée est intéressante, on sent tout de même poindre un genre de réflexe du "vieux con" et de "tout était forcément mieux avant", que, même si je comprends bien la tentation réconfortante qu'il y a de s'y abandonner, je trouve personnellement toujours préférable de modérer quelque peu.
L'inquiétude est légitime cependant, et certaines remarques plutôt justes. Comme la défiance qu'il exprime vis-à-vis des "intentions philanthropiques" affichées par les États-Unis, ou la tendance à chercher le plaisir sans plus vouloir fournir le moindre effort.
On notera aussi dans tout ça l'étonnant paradoxe (mais le monde est fait de paradoxes) dans l'accusation faite aux États-Unis, berceau s'il en est de l'individualisme et du chacun-pour-soi, de vouloir tout uniformiser et aplanir, et d'ainsi du même coup anéantir toute individualité...
Zweig a sans doute anticipé de plusieurs décennies ce qu'on peut appeler l'américanisation du monde, la perte liée de nombre de singularités régionales, ainsi que celle du temps long, le règne de l'immédiateté. Mais faut-il pour autant incriminer par exemple la radio et le cinéma, laisser entendre comme il le fait qu'ils sont par nature des inventions néfastes ? Ne peut-on écouter une émission de radio, regarder un film, sans fournir en même temps sur eux un effort intellectuel et de compréhension, que ce soit sur le propos tenu, sur les techniques employées, sur l'esthétique visuelle, etc. ? N'y a-t-il là aucune beauté et travail de l'esprit ?
On comprend qu'il soit difficile de tout anticiper, et délicat d'imaginer dès son époque qu'il serait possible un jour peut-être d'intellectualiser de pareilles choses. Mais justement ! en tant qu'intellectuel, on est en droit d'attendre de lui qu'il ait ce recul nécessaire, et qu'il ne condamne pas d'avance les choses dans leur nature et par principe ! qu'il leur conserve le bénéfice du doute, qu'il exprime des craintes légitimes sur d'éventuelles dérives, oui, mais sans s'interdire d'en espérer tout de même des utilisations, des emplois positifs !
Il semble en général déplorer la démocratisation de l'art et de la culture, choses qui selon lui peut-être devraient continuer de n'appartenir qu'à des élites intellectuelles, et n'être accessibles qu'à elles. Quel mal voit-il au fond à ce que les "analphabètes" se ravissent du cinéma ? Ils n'auraient droit, eux, à aucune source de plaisir ? Si c'est comme ça qu'ils le prennent ! Tout le monde n'est pas doté de son cerveau de génie et de sa capacité à jouir de ses lectures et de réfléchir au monde qui l'entoure ! Il préconise quoi, donc, qu'ils n'aient aucun plaisir du tout, attendu qu'ils ne peuvent ou ne veulent avoir le sien ?
Tout ce que j'ai dit n'est que mon ressenti, évidemment. Mais, aussi, Zweig a fait des choses combien plus remarquables !
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
À vrai dire, au moment où l'humanité s'ennuie toujours davantage et devient de plus en plus monotone, il ne lui arrive rien d'autre que ce qu'elle désire au plus profond d'elle même. L'indépendance dans le mode de vie et même dans la jouissance de la vie ne constitue plus, désormais, un objectif, tant la plupart des gens ne s'aperçoivent pas à quel point ils sont devenus des particules, des atomes d'une violence gigantesque. Ils se laissent entraîner par le courant qui les happe vers le vide ; ils se jettent dans l'esclavage ; cette passion pour l'auto-dissolution a détruit toutes les nations. Maintenant c'est au tour de l'Europe : la guerre mondiale a été la première phase, l'américanisation est la seconde.
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Le dernier recours ; il ne nous en reste qu’un seul, puisque nous considérons la lutte vaine : la fuite, la fuite en nous-mêmes. On ne peut pas sauver l’individu dans le monde, on ne peut que défendre l’individu en soi. La plus haute réalisation de l’homme spirituel reste la liberté, la liberté par rapport à autrui, aux opinions, aux choses, la liberté pour soi-même. Et c’est notre tâche : devenir toujours plus libre, à mesure que les autres s’assujettissent volontairement !
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Malgré tout le bonheur que m'a procuré, à titre personnel, chaque voyage entrepris ces dernières années, une impression tenace s'est imprimée dans mon esprit : une horreur silencieuse devant la monotonie du monde.
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Il nous suffit de passer devant un panneau d’affichage dans une grande ville ou de lire un journal qui décrit en détail les batailles homériques des matchs de football pour sentir que nous sommes déjà devenus des outsiders, tels les derniers encyclopédistes pendant la Révolution française, une espèce aussi rare et menacée d’extinction aujourd’hui en Europe que les chamois et les edelweiss. Peut-être qu’un jour un parc naturel sera créé pour nous, derniers spécimens d’une espèce rare, pour nous préserver et nous conserver respectueusement en tant que curiosités de l’époque……
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Un quatrième exemple : la radio.
Toutes ces inventions n'ont qu'un seul but : la simultanéité. Le Londonien, le Parisien et le Viennois entendent la même chose dans la même seconde, et cette simultanéité, cette uniformité enivre par son gigantisme. c'est une ivresse, stimulant pour les masses, mais toutes ces merveilles techniques nouvelles entretiennent en même temps une énorme désillusion pour l'âme et flattent dangereusement la passivité de l'individu.
Ici aussi, comme dans la danse, la mode et le cinéma, l'individu se soumet aux mêmes goûts moutonniers ; il ne choisit plus à partir de son être intérieur, mais en se rangeant à l'opinion de tous. (...)
Conséquences : la disparition de toute individualité, jusque dans l'apparence extérieure.
Le fait que les gens portent tous les mêmes vêtements, que les femmes revêtent toutes la même robe et le même maquillage n'est pas sans danger : la monotonie doit nécessairement pénétrer à l'intérieur. Les visages finissent par tous se ressembler, parce que soumis aux mêmes désirs, de même que les corps, qui s'exercent aux mêmes pratiques sportives, et les esprits, qui partagent les mêmes centres d'intérêt. Inconsciemment, une âme unique se crée, une âme de masse, mue par le désir accru d'uniformité qui célèbre la dégénérescence des nerfs en faveur des muscles et la mort de l'individu en faveur d'un type génétique.
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Vidéo de Stefan Zweig
Stefan Zweig, auteur à succès, se voulait citoyen d'un monde qu'unifiait une communauté de culture et de civilisation. Il n'a pas survécu à l'effondrement de ce «monde d'hier» qu'incarnait la Vienne impériale de sa jeunesse.
Stefan Zweig et tous les grands auteurs sont sur www.lire.fr
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