Les villes et les échanges. 2.
A Chloé, une grande ville, les gens qui passent dans les rues ne se connaissent pas. En se voyant ils imaginent mille choses les uns sur les autres, les rencontres qui pourraient se produire entre eux, les conversations, les surprises, les caresses, les coups de dent. Personne ne salue personne, les regards se croisent un instant et aussitôt se fuient, cherchent d'autres regards, ne s'arrêtent pas.
(...) Entre eux quelque chose court, un échange de regards comme des lignes qui relient une figure à l'autre et dessinent des flèches, des étoiles, des triangles, jusqu'à ce que toutes les combinaisons en un instant soient épuisées, et d'autres personnages entrent en scène (...).
Ainsi, entre ceux qui par hasard se retrouvent ensemble à se protéger de la pluie sous les arcades, ou se pressent sous une tente du bazar, ou se sont arrêtés sur la place pour écouter l'orchestre, s'accomplissent rencontres, séductions, étreintes, orgies, sans que s'échange une parole, sans que bouge le petit doigt, et presque sans lever les yeux.
Une vibration luxurieuse traverse continûment Chloé, la plus chaste des villes. Si hommes et femmes se mettaient à vivre leurs songes fugitifs, chaque fantasme deviendrait une personne avec qui commencer une histoire de poursuites, simulations, malentendus, heurts,oppressions et cesserait de tourner le manège des fantaisies.
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