Freud, c'est le symbole de la science positiviste, celle qui a ou aura réponse à tout, pour laquelle l'âme elle-même n'a plus de secret.
Freud est l'explorateur rationnel de l'inconscient, son cartographe méticuleux. Tout un mythe, que nous avons construit autour de ses livres si affirmatifs (Dieu est mort, l'enfant oedipien tue le père), de photographies caractéristiques (un homme sérieux qu'on imagine difficilement sourire, raide, semblant ancré dans ses certitudes).
Eric Emmanuel Schmitt choisit un épisode de sa vie où, justement, toute certitude disparaîtra. Face à la possible torture, voire au possible assassinat de sa fille, que reste-t-il au père de la psychanalyse? Quelles certitudes, quelles croyances? Lui qui a démontré que tout était construction humaine, que lui reste-t-il quand l'humanité se révèle inhumaine?
Alors qu'il est abandonné de tous,
Freud rencontre Dieu, ou un mystificateur, peu importe, il ne sera pas fixé. Mais c'est l'occasion d'un face-à-face avec lui-même: cet inconnu lui renvoie toutes ses certitudes qui, en balance avec la terreur de perdre sa fille, ne pèsent plus rien. E.E. Schmitt nous montre comment l'homme croit, décroit (dans tous les sens du terme), s'effondre ou se construit dans une situation extrême. Il n'est fondamentalement pas question de religion ici, mais encore, toujours, d'humanité. E.E. Schmitt l'évoque souvent dans ses romans, dans son
Théâtre. Elle est ici représentée, à travers un
Sigmund Freud bien loin du Mythe, dans toute la force et la fragilité de ses croyances et de sa science.
Le texte est magnifique, et passe très bien à la scène (du moins, j'en garde un souvenir ému)