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Francis Kaplan (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070322787
384 pages
Gallimard (12/02/1985)
3.87/5   27 notes
Résumé :
Quel sens revêt l'avènement de la démocratie, faisant triompher l'idéologie du peuple souverain ? Vient-il consacrer la puissance de l'État en lui apportant sa légitimation ? Ou introduit-il la légitimité d'un contre-pouvoir qui vise précisément à empêcher l'unification dans l'État souverain des forces actives d'une nation, intégrées au système de la compétence, à dissocier ainsi LES pouvoirs, à les limiter, c'est-à-dire à les contrôler.

Le sens de l... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique

Recommandé par E. Chouard à une de ses conférences… après avoir lu, je comprends mieux pourquoi ! C'est une bombe à penser. Alain taille en charpie les tyrans et les moutons qui les suivent. Il essaye d'expliquer à quel point resistance et obéissance doivent s'équilibrer si on veut préserver la liberté et l'ordre tout à la fois. Parfois un peu intellectuel ou obscur, mais 9 fois sur 10 magistral !

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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation

𝐋𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐧-𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞́𝐭𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞́𝐭𝐞𝐧𝐭𝐬. (1912)

48 – « 𝘐𝘭 𝘺 𝘢 𝘶𝘯 𝘢𝘳𝘨𝘶𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘭𝘢 𝘋𝘦́𝘮𝘰𝘤𝘳𝘢𝘵𝘪𝘦 𝘦́𝘨𝘢𝘭𝘪𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦 »

Il y a un argument contre la Démocratie égalitaire, que je trouve dans Auguste Comte, et qui a été souvent repris, c’est que, par le suffrage populaire, on aura toujours des députés incompétents. C’est pourquoi notre philosophe ne veut considérer le système de la libre critique et de légalité radicale que comme un passage à un état meilleur, où le pouvoir sera toujours aux mains d’un savant dans chaque spécialité, et d’un conseil d'éminents sociologues pour la coordination et l'ensemble.

Il est très vrai qu’un député, le plus souvent, ne sait rien à fond en dehors du métier qu'il exerçait ; mais remarquez que, s’il est avocat, il connaît tout de même assez bien les lois, la procédure, et les vices du système judiciaire ; que, s’il est commerçant, il s’entend aux comptes et à l’économie ; que, s'il est entrepreneur, il dira utilement son mot au sujet des travaux publics, et ainsi pour le reste. Aussi, quand on parle de l’ignorance et de l’incompétence des députés, je ne puis voir là qu’un développement facile et sans portée.

Mais je ne regarderais pas tant à la science ; plutôt à la probité, et à la simplicité des mœurs privées. Car si l’on prend pour député un grand armateur, ou un grand industriel, ou un grand banquier, ou un grand avocat, afin d’user de leur savoir-faire, ce sera un calcul de dupe assez souvent. On connaît des hommes fort habiles et intelligents, mais qui, peut-être, par l’habitude des affaires, penseront un peu trop à leur fortune, ou bien exerceront volontiers un pouvoir tyrannique, comme ils font naturellement chez eux et dans leur métier. Ainsi leur science pourra bien nous coûter cher. J'aimerais souvent mieux un honnête homme qui n'aurait pas trop réussi. Bref, je ne désire pas avant tout des Compétences.

Et pourquoi ? Parce que nous en avons autant qu'il nous en faut dans les services publics. La Cour de Cassation et le Conseil d’Etat connaissent profondément les lois. La Cour des Comptes a la science des Finances publiques. Tous les ministères ont des directeurs fort instruits. La guerre et la marine dépendent d’hommes qui connaissent leur métier. En fait les Compétences sont aux affaires. Il reste à les surveiller, et ce n’est pas si difficile.

On prend à tort les ministres pour des hommes qui devraient être plus savants que leurs subordonnés. Le ministre n’est autre chose qu'un délégué du peuple pour la surveillance d'un travail déterminé ; et nous avons, pour surveiller le surveillant, un autre député, rapporteur du budget ; les autres députés sont arbitres. Par exemple on peut bien juger de la fabrication des poudres sans être chimiste, car les spécialistes seront bien forcés de parler clair, si on l’exige, et c’est ce qui est arrivé. De la même manière, un juré peut apprécier la responsabilité d’après les rapports des médecins. Si le civet est brûlé, d'abord je le sentirai très bien, sans être cuisinier, et ensuite j’arriverai à me protéger contre ce petit malheur, même sans entrer dans la cuisine, car je suis celui qui paie. Le peuple est celui qui paie ; et ses représentants ont mille moyens de faire que le peuple soit bien servi, si seulement ils le veulent.

On peut même désirer ici une division du travail plus parfaite, les députés jugeant avant tout d'après les effets sans chercher les causes. 𝘊𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘤𝘦𝘵 𝘩𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘵𝘳𝘦̀𝘴 𝘳𝘪𝘤𝘩𝘦 𝘦𝘵 𝘵𝘳𝘦̀𝘴 𝘰𝘤𝘤𝘶𝘱𝘦́ 𝘲𝘶𝘪 𝘢 𝘱𝘭𝘶𝘴𝘪𝘦𝘶𝘳𝘴 𝘢𝘶𝘵𝘰𝘴 𝘦𝘵 𝘯𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘯𝘢𝘪̂𝘵 𝘱𝘢𝘴 𝘭𝘢 𝘱𝘢𝘯𝘯𝘦. 𝘚𝘢 𝘮𝘦́𝘵𝘩𝘰𝘥𝘦 𝘦𝘴𝘵 𝘥𝘦 𝘣𝘪𝘦𝘯 𝘱𝘢𝘺𝘦𝘳, 𝘦𝘵 𝘥𝘦 𝘳𝘦𝘯𝘷𝘰𝘺𝘦𝘳 𝘭𝘦 𝘤𝘩𝘢𝘶𝘧𝘧𝘦𝘶𝘳 𝘴𝘢𝘯𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦𝘴, 𝘢̀ 𝘭𝘢 𝘱𝘳𝘦𝘮𝘪𝘦̀𝘳𝘦 𝘱𝘢𝘯𝘯𝘦 ; 𝘤𝘦𝘭𝘢 𝘭𝘦 𝘥𝘪𝘴𝘱𝘦𝘯𝘴𝘦 𝘥'𝘢𝘱𝘱𝘳𝘦𝘯𝘥𝘳𝘦 𝘭𝘢 𝘮𝘦́𝘤𝘢𝘯𝘪𝘲𝘶𝘦.

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On se demande souvent pourquoi les réactionnaires se fient à des traîtres, qui ont suivi visiblement leur intérêt propre, et vont ingénument du côté où on sait louer.

Mais justement la trahison est une espèce de garantie, si l'on ose dire; car l'intérêt ne change point; il n'est pas tantôt ici, tantôt là; il tire toujours à droite.

En sorte que celui qui trahit le peuple apparait comme dominé pour toujours par le luxe, par la vie facile, par les éloges, par le salaire enfin de l'Homme d'Etat.

L'autre parti n'offre rien de pareil. Il n'y a donc point deux tentations, il n'y en a qu'une. Il n'y a point deux espèces de trahison, il n'y en a qu'une.

Toute la faiblesse de n'importe quel homme le tire du même côté. La pente est à droite.

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65 - 11 octobre 1907.

Il y a une odeur de réfectoire, que l’on retrouve la même dans tous les réfectoires. Que ce soient des Chartreux qui y mangent, ou des séminaristes, ou des lycéens, ou de tendres jeunes filles, un réfectoire a toujours son odeur de réfectoire. Cela ne peut se décrire. Eau grasse ? Pain moisi ? Je ne sais. Si vous n'avez jamais senti cette odeur, je ne puis vous en donner l’idée ; on ne peut parler de lumière aux aveugles. Pour moi cette odeur se distingue autant des autres que le bleu se distingue du rouge.

Si vous ne la connaissez pas, je vous estime heureux. Cela prouve que vous n’avez jamais été enfermé dans quelque collège. Cela prouve que vous n'avez pas été prisonnier de l'ordre et ennemi des lois dès vos premières années. Depuis, vous vous êtes montré bon citoyen, bon contribuable, bon époux, bon père ; vous avez appris peu à peu à subir l’action des forces sociales ; jusque dans le gendarme, vous avez reconnu un ami ; car la vie de famille vous a appris à faire de nécessité plaisir.

Mais ceux qui ont connu l’odeur de réfectoire, vous n’en ferez rien. Ils ont passé leur enfance à tirer sur la corde ; un beau jour enfin ils l’ont cassée ; et voilà comment ils sont entrés dans la vie, comme ces chiens suspects qui traînent un bout de corde. Toujours ils se hérisseront, même devant la plus appétissante pâtée. Jamais ils n’aimeront ce qui est ordre et règle ; ils auront trop craint pour pouvoir jamais respecter. Vous les verrez toujours enragés contre les lois et règlements, contre la politesse, contre la morale, contre les classiques, contre la pédagogie et contre les palmes académiques ; car tout cela sent le réfectoire. Et cette maladie de l'odorat passera tous les ans par une crise, justement à l’époque où le ciel passe du bleu au gris, et où les libraires étalent des livres classiques et des sacs d'écolier.

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Je ne dis pas seulement que je n’ai aucune confiance dans aucun genre de chef ; ce serait peut dire. Au fond je suis assuré que tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. Pourquoi j’en suis assuré ? Parce que je sais très bien ce que je ferais si j’étais général ou dictateur. Les passions qui se rapportent à ce genre de métier ne sont jamais qu’endormies. Quel bonheur d’avoir une garde de fidèle ! Qu’il est agréable de ne jamais revenir sur un ordre ; de ne plus y penser ; d’écraser tout ce qui résiste, comme une grande machine qui passe ! Quel bonheur aussi de jouer le grand jeu, de défier, de risquer de braver !

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Le sommeil est bien plus tyrannique que la faim. On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près. Il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La cité fut militaire avant d'être économique. Je crois que la Société est fille de la peur, et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées. Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois.

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Vidéo de  Alain
"Alain et le bonheur" par André Maurois. Première diffusion le 13/09/1954 sur la Chaîne Nationale. La mauvaise humeur est une maladie, il ne faut jamais parler de ses malheurs, de ses malaises moraux, il ne faut jamais se plaindre…et, certes, il y a un héroïsme à bâtir son bonheur ! André Maurois parlait en 1954 de celui qui avait été son professeur de khâgne au lycée Henri IV, à Paris : le philosophe Alain.
Source : France Culture
>Sciences sociales : généralités>Processus sociaux>Coordination et contrôle (46)
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