AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2940517029
Éditeur : Heros-Limite Editions (13/04/2013)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Le lendemain matin, je me lève à cinq heures trente, je pars à six heures quinze vers Huisseau. On est en septembre, le jour se lève à peine. Je vois des quantités de lapins dans le parc de Chambord. J'arrive à la scierie en avance. Tout est sombre sous le hangar. J'ai dans mes sacoches ma gamelle qui contient mon repas de midi. Le chauffeur bourre la chaudière et fait monter la pression. Je m'approche du four et je me chauffe. Il est sept heures moins dix. Tout le ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  09 janvier 2014
Comme stanlopillo l'a écrit fort justement, il s'agit d'un véritable Ovni littéraire....que j'ai déniché par le plus grand des hasards... en feuilletant à ma médiathèque la liste des acquisitions...de 2013
L'anonymat et le sujet m'ont intriguée...un peu dubitative au début de ma lecture...surtout en venant de relire l'excellent récit du poète-ouvrier, Georges Navel..."Travaux"...et puis on est pris aux tripes... l'écriture est âpre, brute... à l'image de ce monde des scieurs, bûcherons dans les années 1950, où notre anti-héros, jeune bourgeois désargenté, orphelin de mère... ayant échoué à son bac, doit gagner sa vie...en attendant son appel pour le service militaire...
Ce récit couvre les deux années les plus éprouvantes mais aussi les plus denses de notre écrivain anonyme...
" Nogent-le-Rotrou, 4-2-53-
Maintenant, avec un an de recul, je vois ce que m'ont apporté ces deux ans qui m'ont paru si longs. C'est au fond la seule période de ma vie dont je sois fier jusqu'ici, car c'est la seule qui signifie quelque chose.
j'ai commencé, j'étais un gosse. J'en suis sorti, j'étais un homme.
Il m'en reste un immense respect pour le travailleur, quel qu'il soit et quoi qu'il fasse" (.p.141)
Un récit authentique sans fioriture… qui dit la violence d'un certain monde du travail, celui des scieries, des travaux de force en plein air, dans des conditions très éprouvantes, les « vacheries » que se font les ouvriers entre eux, alors que le travail est dangereux, et que les tâches nécessitent une solidarité vitale… - La scie, ce putain d'outil qui m'en fera tant baver pendant dix-huit mois. La lame, jamais fatigué, qui exige le travail de dix hommes pour la nourrir, pour la satisfaire- (…)
Cette vision de la rencontre de la lame et du bois, je ne l'oublierai jamais. Elle est d'un intérêt toujours renouvelé. Cette rencontre s'appelle –l'attaque-. Dans une scierie, tout le monde regarde l'attaque, le profane comme le vieux scieur qui, le front plissé, souffre avec sa scie, comme l'affûteur qui devine, rien qu'au bruit, si la lame coupe ou non.- (…)
Ce n'est pas pour rien qu'on appelle la scierie le bagne. Sortir de là-dedans, c'est une référence. le gars qui a tenu le coup-là-dedans le tiendra partout, il porte la couronne des increvables. Mais cette couronne, il faut la gagner, il faut la payer, et elle se paye cher.(p.78)
Les descriptions du travail des gars à la scierie, par tous les temps, sont tellement « parlantes »et intenses… que nous, lecteurs, entendons les bruits infernaux de la scierie, des lames, des jurons des gars, souffrons avec ces hommes rudes, teigneux… mais aussi parfois tout simplement vulnérables comme des gosses. – Des fois, nous avons des accès de cafard qui se manifestent par des crises de rage ou d'abattement. Il ne reste alors, dans la pauvre cabane perdue dans la tempête et dans les bois, que deux grands gosses qui se serrent près du mauvais poêle- (p.99)
-Il m'entraîne et passe la main sur mes cheveux poissés et emmêlés. J'en pleure de plus belle. Il n'y a rien de tel que les brutes quand ils essaient d'être doux. C'est maladroit, gauche, empressé, en somme très sympathique et très marrant. (…) J'ai envie d‘être dorloté, tout simplement. Il est beau, le dur, le bûcheron ! Tout ce qui l'intéresserait, pour le moment, serait d'avoir une femme, pour se cacher la tête dans ses jupes. (p.107)
J'ai lu ce texte en une soirée, happée par la tension extrême du récit… parallèlement, les images d'un ancien film que j'adore, de Robert Enrico (1965)ne m'ont pas quittée : « Les grandes gueules », avec Bourvil, Lino Ventura…ce monde d'hommes, dans cet univers particulier des marchands de bois, des scieries, des bûcherons, ...une violence entre les hommes liée à la dureté du travail…On retrouve à des niveaux différents, une âpreté terrible, approchante…
Revenons à ce récit unique en son genre…qui a été édité initialement aux éditions de l'Age d'Homme, en 1975… et ceci grâce à l'enthousiasme et à l'intervention de l'écrivain, Pierre Gripari , dont les éditions Héros-Limite ont eu l'idée excellente de republier la préface de 1975 où Gripari explique la genèse de cette publication insolite.
Je laisse la parole à Pierre Gripari, tellement l'histoire de ce livre est incroyable et fort sympathique : - Ce récit n'est pas de moi (…) Il n'est pas de moi, mais je l'admire profondément. Bien plus : j'en suis jaloux, ce qui est bien la plus belle preuve d'admiration que puisse donner un écrivain. C'est pourquoi j'ai voulu et je veux qu'il soit publié, qu'il se lise, et tant pis pour ce qu'en dira l'auteur !
Car l'auteur, lui, non seulement ne veut plus écrire (alors que tant d'autres noircissent du papier, qui feraient mieux de s'abstenir !), non seulement se désintéresse de son oeuvre (car c'est bien là une oeuvre, dans le sens noble du mot), mais il ignore, en ce moment même, que je m'apprête à le faire publier. Si je l'avais écouté, je lui aurais rendu son manuscrit, qu'il aurait détruit, sans nul doute, depuis longtemps. Force m'est donc de le laisser dans l'anonymat le plus strict.
Un détail cependant : ce texte m'a été communiqué il y a plus de vingt-ans. A cette époque, je travaillais encore sur mon premier livre, celui qui devait s'appeler- Pierrot la lune-. Je le réécrivais pour la troisième ou quatrième fois, sans avoir trouvé le ton juste. C'est à la lecture de ces pages, écrites cependant par un garçon plus jeune que moi et qui ne songe même pas à devenir écrivain, c'est à la lecture de ces pages, dis-je, que j'ai trouvé mon propre style. – ( Présentation de Pierre Gripari, avril 1975 /p.7)
N.B : Je joins un lien pour découvrir ces éditions étonnantes Héros-Limite, dont je faisais la connaissance pour la première fois, avec cette réédition , qui ont pourtant été créées il y… 20 ans déjà…(1994), dont le catalogue est très riche et éclectique.
http://www.heros-limite.com/presentation
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          224
meeva
  01 mars 2015
Un récit tout à fait étonnant de la part d'un jeune homme d'une vingtaine d'années.
« J'écris parce que j'ai quelque chose à dire. »
C'est la première phrase de ce livre.
Le narrateur est un jeune homme qui raconte deux années de sa vie, de 18 à 20 ans, en 1950, entre son échec au bac et son départ pour l'armée.
Cet incipit annonce un récit fait dans un langage simple mais correct, sur un ton plutôt neutre, au moins quand il s'agit de lui-même.

Ce jeune homme n'est cependant pas dénué de sentiments ou d'émotions, il les exprime souvent dans un registre plus grossier, au moins plus familier, donnant l'impression de s'adresser à nous plus particulièrement, en aparté, au cours d'un récit qui serait fait à une assemblée.
Ce style m'a semblé favoriser l'empathie avec lui.
« Je vais essayer de travailler avec ma force, mais que faire ? Dans le pays que j'habite sur les bords de la Loire, aucun débouché à n'importe quel échelon, sinon la culture. Les paysans me font chier avec leurs plaintes et leurs gros sous qu'ils cachent comme des salauds. »

Il va choisir de travailler dans des scieries.
Il en fait un tableau peu attrayant, allant entre autres à l'encontre de la solidarité souvent supposée dans les milieux ouvriers.
« Je devais me rendre compte que Pressurot était fauché, que les ouvriers se bouffaient mutuellement, et que Bibi était le roi des salauds. le roi, c'est le mot, je n'ai encore pas vu un type réunissant à la fois sa vacherie, sa bêtise, sa grande gueule et son hypocrisie. »

Les métiers du bois sont des métiers durs, très durs.
Course au rendement, compétition avec les autres pour montrer qu'on est le plus fort, dépassement de soi, négation de sa souffrance pour prouver sa valeur, valeur virile s'il en est.
Traitez un homme comme un salaud, il deviendra un salaud…
« Jamais je n'aurais été capable d'une telle méchanceté il y a un an, mais le miracle s'est fait tout seul ; je suis d'une dureté qui m'étonne : pas le moindre remords, pas la moindre réflexion. Cette dureté ne fera que s'accentuer par la suite. Maintenant, il me semble que je tuerais sans hésitation un type qui m'a fait assez chier pour mériter ça. »

Il est donc beaucoup question d'hommes, de vrais, de virilité, de force.
Et pourtant, tout homme est faillible. Et pourtant, tous hommes qu'ils sont, ils finissent par craquer, les uns après les autres au plus dur du travail. Alors le narrateur le raconte, avec quelques railleries pudiques à son propre égard…
« J'ai envie d'être dorloté, tout simplement. Il est beau, le dur, le bucheron ! Tout ce qui l'intéresserait, pour le moment, serait d'avoir une femme, pour se cacher la tête dans ses jupes. »

Ce récit est savoureux dans son vocabulaire. Tout ce vocabulaire spécifique au métier, des mots que l'on comprend dans le contexte des phrases mais que l'on ne maîtrise pas tout à fait.
On n'est pas en terrain connu. Alors on est un peu chez les autres. En visite.
En vrac :
« Plots, planches, traverses, madriers, bastings, grumes, billes, tranches, piles, ruban, pic, tourne-bille, tablier, sciure, cloueurs, copeaux, pointe, circulaire, bancs de scie, oscillantes, dégauchisseuse, toupie, raboter, griffer, cognée, passe-partout, débardeurs, haches, déligneuses, esquilles, croûtes, liteaux, tronçonneurs. »

Enfin le narrateur lui-même verra dans ces deux années un parcours initiatique, dont il gardera finalement au moins une valeur positive.
« J'ai commencé, j'étais un gosse. J'en suis sorti, j'étais un homme.
Il m'en reste un immense respect pour le travailleur, quel qu'il soit et quoiqu'il fasse. »

Avec cette dernière phrase, d'une telle netteté, c'est le réalisme qui prévaut.
« Bien sûr, le contact brutal avec des réalités et des difficultés que je ne soupçonnais même pas m'ont durci le caractère, et bien plus que je ne l'aurais voulu. Tant pis : il est trop tard. »

Beaucoup de citations pour ce livre, parce que finalement, moi, je n'ai pas grand-chose à dire.
Il est bon parfois d'écouter les autres.
Et en tous les cas, je ne saurais mieux dire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          172
Shrulk
  17 février 2015
Quand j'étais en classe de 5e, j'avais un copain, Wilfried, à qui il manquait la dernière phalange de l'auriculaire de la main droite. Je ne me souviens pas s'il était né comme ça ou s'il avait eu un accident…
Il s'amusait souvent à s'enfoncer autant que possible ce qui lui restait de son petit doigt dans sa narine droite.
Du coup il ne restait pas grand-chose qui dépassait, et ceux qui n'étaient pas au courant avaient l'impression qu'il se grattait l'oeil en passant par le nez.
Il aimait surtout bien faire ça en classe, quand un prof le regardait. Qu'est-ce qu'on rigolait avec Wilfried !
Dans « La scierie », le narrateur fait son entrée dans le monde de ceux qui transforment les arbres juste abattus en planches.
Vers le milieu du XXe siècle, issu d'un milieu bourgeois, n'ayant jamais travaillé, il vient de rater son bac et doit gagner sa vie en attendant d'être appelé pour son service militaire.
Il fait ses armes dans une « mauvaise » scierie : machines dangereuses, patron peu scrupuleux, mauvaise entente entre les ouvriers…
Les accidents sont nombreux, et quand on travaille avec des machines qui sont faites pour couper du bois, un accident est rarement bénin. Ce sont les doigts qui prennent, voire les mains, et parfois aussi le reste du corps quand un morceau de bois récalcitrant ou mal engagé est violemment éjecté par une lame qui tourne à très grande vitesse.
J'ai remarqué que les menuisiers ont plus souvent que les autres un morceau de doigt manquant. On imagine assez facilement ce qui a pu leur arriver.
Et pourtant les machines sont maintenant beaucoup plus sécurisées qu'il y a un siècle.
Mais parfois, on enlève les sécurités parce que ça gêne. Ou on est pressé d'aller vite, pour diverses raisons, toutes plus mauvaises les unes que les autres.
Le narrateur de « La scierie » poursuit dans la même voie, dans d'autres lieux, pendant deux ans. Il n'est pas du tout question d'opposition entre mondes bourgeois et ouvrier, mais uniquement d'apprentissage de la vie, du travail dur, très dur.
Les cadences sont infernales et les conditions de travail inhumaines : travail dans le froid et les courants d'air, journées de plus de 10 heures de travail auquel il faut ajouter les trajets (22 km à vélo par jour pendant quelques temps).
Selon les postes, le travail peut être payé à l'heure ou à la production. Certains ont donc intérêt à travailler le plus vite possible pour améliorer leur maigre salaire, mais peuvent être mis en difficulté si ceux payés à l'heure ne leur fournissent pas suffisamment de matière première.
Ceux qui survivent à ce monde sont des surhommes : ils doivent avoir un moral d'acier, ne pas avoir peur de se blesser gravement, et leurs longues journées de travail extrêmement physique (au milieu du XXe siècle, les machines ne font qu'une toute petite part du travail) finissent par les rendre surpuissants.
Mais sous ces carapaces de brutes se cachent des hommes qui restent sensibles et qui, même pour les plus aguerris d'entre eux, finissent parfois par craquer quand le sort s'acharne sur eux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Beatrice64
  10 mars 2014
C'est l'histoire d'un mec qui coupe du bois avec des fous furieux. Alors dit comme ça, hein, forcément.
En fait ce livre m'a profondément impressionnée. L'auteur, anonyme, n'est pas écrivain et n'a apparemment rien écrit d'autre. 1951 : il a dix-huit ans, vient de rater son bac, attend son départ au régiment. « J'écris parce que je crois que j'ai quelquechose à dire« , ainsi commence le récit. Non seulement il a des choses à dire, mais il les dit avec une justesse, un sens du détail, une urgence, qui forcent le respect. Deux années durant lesquelles il va travailler « avec sa force« , et même bien au-delà, comme ouvrier dans une scierie. Douze à quinze heures par jour d'un travail harassant, dangereux, bruyant, inhumain et déshumanisant, dans des conditions très rudes (les gens du coin appellent la scierie où il est embauché Buchenwald), qui vont lui « durcir le caractère, et bien plus que [je] ne l'aurais voulu« . Aucun effet, aucune considération sur le monde ouvrier (dont il ne semble pas issu), ou le monde du travail, aucune leçon, aucun pathos, et surtout aucune complaisance ni pour lui, ni pour les autres. Mais la nécessité de dire cette descente dans la souffrance brute, la violence, la fatigue, l'abêtissement consécutif, le respect aussi sincère que retenu pour la résistance et le courage de ses compagnons de travail, avec une économie de moyen et une efficacité dignes de la meilleure littérature (telle que je la conçois et telle qu'elle me plaît). Ca m'a du coup fait penser à Georges Hyvernaud et à son admiration pour la « littérature de pissotière » : pour écrire sur ces murs il faut être poussé par une nécessité, et une réelle croyance en la puissance du verbe, qui font défaut à bien des littérateurs. Un récit tendu, qu'on lit en se demandant comment tout cela va finir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
meidosem72
  08 juin 2018
Du bois et des hommes
La Scierie est un récit autobiographique anonyme. Il nous est parvenu grâce à Pierre Gripari qui le présente. Ce texte est celui d'un jeune homme en colère. Par moments, il est même plein de fiel, de ressentiment et de haine. À d'autres, rares, transparaît une véritable et belle fraternité humaine sur fond d'amitié virile.
Son auteur, issu d'une famille bourgeoise de province, a 19 ans au début des années 50. Par des circonstances qu'on ne connait pas, il se trouve dans l'obligation de travailler et de gagner sa vie pendant les deux années qui le séparent du service militaire. Il trouve d'abord une embauche dans une fabrique de caisses en bois, avant de participer au montage dantesque d'une scierie dans une clairière de la forêt solognote.
Le monde du travail ouvrier qu'il nous décrit est celui d'une guerre sans merci de tous contre tous : des patrons entre eux, des ouvriers contre les patrons, et peut-être avant tout une guerre des ouvriers entre eux. C'était hier et on oublie pourtant ce que pouvaient être alors les conditions de travail : des journées de 12 heures et même parfois plus, dans un froid terrible ou une chaleur accablante, pendant lesquelles les corps sont brisés tant ils ploient sous des tâches harassantes. La pénibilité n'est pas encore d'actualité. S'ajoute à cela que certains sont payés à l'heure tandis que d'autres le sont à la tâche. Tous les ingrédients sont réunis pour que naissent jalousies, rancoeurs, petits privilèges des uns, lâchetés des autres, manoeuvres pour pousser le voisin à la faute, ce qui bien sûr ne manque pas d'arriver.
Le narrateur surprend tout le monde en faisant preuve d'une résistance et d'une force, aussi bien mentale que physique, peu communes. Sa volonté et sa détermination à ne pas abandonner semblent sans limite. Les pieds comme des blocs de glace, les mains pleines de gerçures, il assure sa journée de travail, parfois au bord de l'évanouissement, avant de reprendre son vélo pour parcourir les 6 kilomètres qui le séparent de chez lui. Il est aussi sans pitié pour ceux qui se mettent en travers de son chemin. Il n'est pas quelqu'un d'aimable, et ne cherche pas un instant à se faire passer pour tel. Quand il va au bal le dimanche, c'est pour trouver une femme. "C'est d'ailleurs une conasse, sentimentalo-pleurnicharde. Mais quand on a des billes de peuplier dans les bras toute la semaine, c'est agréable de les changer contre quelque chose de propre, de soigné, qui sent bon. C'est tout."
Et puis il y a la lame. Elle est comme un animal sauvage qui peut bondir à tout moment et vous arracher un ongle pour les plus chanceux, une phalange, un doigt ou la main. Bien peu y échappent. C'est l'époque d'avant les carters de sécurité et de l'inspection du travail. le danger que la lame représente est en raison inverse d'un apprivoisement toujours relatif et précaire. C'est lorsque vous pensez l'avoir pleinement domestiquée, quand la peur qu'elle inspire s'estompe, qu'elle surgit et vous mord au plus profond.
Tout ceci nous est donné à lire dans une langue brute, sans affect, au plus près de son sujet. de la même façon que le narrateur s'amaigrit au fil des semaines de travail, cette langue-là est dénuée de tout gras superflu. Elle va à l'essentiel. Elle avance inexorablement comme la bille sur son train de roulement. Elle aussi tranche. On chercherait en vain des poses et des manières chez cet écrivain qui ignore qu'il l'est. Au dire de Gripari, ce texte dur et âpre aurait sans doute été détruit ou oublié par son auteur s'il le lui avait rendu. Cela aurait été une vraie perte.

Lien : https://lesheuresbreves.com/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   09 janvier 2014
Voilà l'ambiance de la scierie. Des hommes rudes, de vrais hommes. Quand un de ces hommes dit: " je tiens", il tient, on peut y aller, ce ne sont pas des types à chier dans leur froc à la dernière minute. Ils ont tous l'air méchant, mais sous cette enveloppe, se cachent des cœurs qui rendent hommage au mérite et au courage. Eux seuls connaissent la valeur de l'effort, parce qu'ils sont habitués à souffrir. Ils ne savent pas tous lire, mais ils sont courageux, costauds, décidés. ce sont des forts. (p.87-88)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
fanfanouche24fanfanouche24   09 janvier 2014
Tout ça me fait penser à un champ de bataille du douzième siècle. Ca devait faire le même bruit, ça devait être la même activité. Cette ambiance de bagarre est réelle. On a l'impression que l'équipe veut exterminer le bois, le hacher, le bouffer. Ici, on ne pose pas, on jette, on lance. (p.77)
Commenter  J’apprécie          140
Alice_Alice_   16 novembre 2016
Le travail est très dangereux. Nous avons à abattre des peupliers italiens qui sont jumelés, c'est-à-dire qui poussent à plusieurs sur le même pied. Quand l'arbre tombe, les peupliers se décollent, et il en tombe dans toutes les directions. Comme nous abattons à quatre, nous nous gênons mutuellement pour nous garer pendant la chute, si bien qu'il faut faire très attention à ne pas prendre un peuplier sur la gueule.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Beatrice64Beatrice64   10 mars 2014
Quand j’arrive sur le chantier, les hommes transportent du plot. Le plot c’est la bille de pied d’un arbre découpée en tranches. Chaque tranche s’appelle une tranche de plot. C’est lourd. Les types trimballent ça sans arrêt en plein soleil ; il fait une chaleur à crever. Personne ne parle. Ils sont neuf. L’équipe, qui doit être de dix hommes, n’est pas complète. Mais les neuf qui sont là sont un peu là. De vraies gueules. Leurs vêtement américains, ou plutôt ce qui en reste, laisse voir par les déchirures des muscles bruns et précis. La plupart travaillent torse nu malgré la sciure qui arrache la peau du dos et de la nuque. Ils brillent de sueur. Et leurs veines ! Des veines qui courent le long de leur dos, de leur poitrine, des vaisseaux bleus énormes, boursouflés. Ils n’ont pas du s’amuser pour avoir ça ! Ils ont des visages barbus, et bien qu’ils soient tous jeunes, ils ont les traits durs et de fines rides profondes. Ils puent le fauve, ils sont très sales. Ils ne ressemblent pas à des enfants de choeur. Au milieu de types pareillement baraqués je vais avoir l’air d’un nourrisson.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Alice_Alice_   13 novembre 2016
Cette vision de la rencontre de la lame et du bois, je ne l'oublierai jamais. Elle est d'un intérêt toujours renouvelé. Cette rencontre s'appelle l'attaque. Dans une scierie, tout le monde regarde l'attaque, le profane comme le vieux scieur qui, le front plissé, souffre avec sa scie, comme l'affûteur qui devine, rien qu'au bruit, si la lame coupe ou non.
Commenter  J’apprécie          10
Video de Anonyme (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Anonyme
Bonne Année 2019
autres livres classés : travailVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Que de mystère..!

Dans quelle ville ce déroule l'histoire ?

Santa Mondega
Salvador
Paramaribo

11 questions
283 lecteurs ont répondu
Thème : Le Bourbon Kid, tome 1 : Le Livre sans nom de AnonymeCréer un quiz sur ce livre