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EAN : 9782809703238
132 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (09/11/2011)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Sur une petite ligne de chemin de fer sur le point d'être désaffectée, quelque part en Hokkaidô, au bout du monde, un vieux chef de gare... Alors que les souvenirs se pressent en cette nuit de réveillon, une tempête de neige fait surgir du passé le fantôme de la petite fille du vieil homme, Yukiko, morte en bas âge, en même temps que tout ce qui était resté enfoui au fond de lui pendant un demi-siècle. Repli du temps juste avant la mort, comme pour achever un souven... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Osmanthe
  22 avril 2020
Deux beaux récits de Jirô Asada, le cheminot et la lettre d'amour. Ils ont pour points communs un héros masculin de condition simple, rattrapé son passé, par la nostalgie, par le deuil d'une femme.
Dans le cheminot, le vieux cheminot Otomatsu vit ses derniers jours de travail avant la retraite. Il conduit sa motrice KH 12, un simple autorail diesel, véritable trésor culturel qui circule sur une toute petite ligne de la campagne japonaise du rude Hokkaido. Il échange quelques souvenirs avec son collègue et vieil ami Senji, qui prendra sa retraite l'année prochaine, et dont le fils Hideo est cadre des chemins de fer à Sapporo. Ils nous donnent à voir la désertification progressive de la campagne, la fermeture des dernières mines dans la région, du dernier commerce de ces petites gares de Biyoro, Horomai…Otomatsu est un homme modeste et pudique qui n'a vécu que pour son métier de cheminot, et ça il en est fier…d'autant que sans doute il lui a permis de tenir dans la dignité jusqu'ici, alors même que nous découvrons qu'il s'est efforcé d'enfouir en lui de terribles failles et souffrances. Il est veuf, et avait aussi perdu sa fille Yukiko à l'âge de deux mois. L'imminence de la retraite, le soir flou d'un ciel neigeux, le visage d'une gentille petite fille et une poupée oubliée sur une chaise de la petite gare vont provoquer un sorte de choc émotionnel, une plongée dans un rêve éveillé où les souvenirs, les fantômes du passé vont submerger le vieux cheminot et rouvrir en lui une plaie béante alors que son équilibre psychologique ne tenait certainement que grâce à sa passion pour la vie du rail…
Dans la lettre d'amour, Goro Takano est un gérant de club vidéo de Tokyo qui vient de ressortir de tôle pour trafic de vidéos pornos et qui fricote avec des yakuzas, son « patron » Satake et un jeune dénommé Satoshi. Ce dernier devra jouer son neveu pour déjouer les soupçons de la police, dans une mission qui va le conduire à l'hôpital de Chiba pour reconnaître le corps d'une femme chinoise décédée, qui n'est autre qu'Haku-ran (Kan Pai Ran en chinois), sa femme. Goro ne l'avait pourtant jamais vue, il s'agissait d'un mariage blanc, pour cette chinoise qui en avait besoin pour obtenir papiers et argent, sachant que Satake avait évidemment prélevé l'essentiel du bénéfice financier du service rendu à travers cet arrangement. Si la situation n'émeut pas Goro dans un premier temps, son ressenti va peu à peu évoluer. Il y a cette première lettre écrite par cette femme mais jamais envoyée, pour, toujours, le remercier, louer sa gentillesse…Il comprend qu'elle s'était fait un film sur lui, l'imaginant dans des termes positifs. Il commence, lentement, à gamberger, et cet effet s'accentue à la morgue : car contre toute attente, cette femme encore jeune, qui n'avait d'autre choix que de se prostituer, morte prématurément d'une maladie sexuellement transmissible ou d'une surconsommation chronique de médicaments qui lui auront bousillé le foie, était plutôt jolie…Et puis manifestement, la police est bien au courant du trafic qui a eu lieu, mais a décidé de fermer les yeux...Dès lors, d'heure en heure, il regrette de ne pas avoir connu cette femme, de ne pas avoir vécu à ses côtés, d'autant que la dernière lettre qu'elle avait écrite de son lit d'hôpital ne fait que confirmer qu'elle n'a cessé de l'imaginer, de penser à son mari inconnu et de lui témoigner sa reconnaissance. Il ramènera chez lui l'urne funéraire en sanglots…
Il y a beaucoup de sensibilité et de finesse dans ces deux histoires simples, qui touchent au coeur parce qu'elles mettent en exergue les regrets, le temps qui passe et les occasions manquées, les failles en chacun de nous et une part de culpabilité qui peut parfois être ressentie dans la perte d'un être cher. Des sujets universels. Finalement, s'il fallait choisir, j'ai préféré la moins connu, la lettre d'amour. J'ai lu quelque part sur une autre critique que l'histoire n'était pas crédible. Elle l'est tout à fait, au contraire : les mariages blancs ne sont pas si rares évidemment, et on peut raisonnablement penser qu'il y a encore quelques années, voire même aujourd'hui, certaines pauvres chinoises, coréennes et autres philippines pouvaient être mariées à des japonais, du moins exploitées pour enrichir des mafias. Il en va ainsi de la nature humaine et de la noirceur du monde...L'auteur n'hésite pas à égratigner la complaisance des autorités de son pays pour ces trafics, un certain racisme anti-chinois qui demeure chez beaucoup de japonais.
Asada a trouvé un ton formidablement juste aux lettres de Kan Pai Ran, dans leur maladresse d'écriture d'étrangère, leur naïveté, leur simplicité, leur franchise…Criantes de vérité, elles suscitent l'émotion naturellement, sans accentuer cet effet artificiellement.
C'est la marque d'un très bon écrivain, qui n'a pas une très grande notoriété en France mais est sans doute un des écrivains vivants les plus populaires au Japon.
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missmolko1
  30 avril 2016
Un court livre qui rassemble deux nouvelles :
Le cheminot, d'abord où l'on fait la connaissance d'un vieux chef de gare qui se souvient du décès de sa fille, il y a 17 ans. C'est une nouvelle pleine de nostalgie mais qui m'a beaucoup touché. Il évoque ses souvenirs avec beaucoup de pudeur.
Lettre d'amour, parle aussi de la mort. Goro est un petit vaurien, qui a fait un mariage blanc pour se faire un peu d'argent, alors qu'il a passé quelques jours a poste de police, pour un délit, on lui apprend que sa femme et morte. Il l'avait complètement oublié et pourtant il va lui être difficile de faire son deuil.
Un recueil qui m'a beaucoup plu, avec deux nouvelles très belles. L'écriture de l'auteur apporte une touche supplémentaire.
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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Palmyre
  09 juillet 2017
Dans cet ouvrage, vous trouverez deux nouvelles d'Asada Jirô.
La première nouvelle relate les derniers jours d'un chef de gare prêt à prendre sa retraite. En cette veille de réveillon, tous ses souvenirs refont surface, et le fantôme d'une petite fille surgit du passé pour accompagner ce vieil homme.
La deuxième nouvelle s'intitule "La Lettre d'amour". Ici, nous pénétrons dans le monde des Yakuza. Un homme découvre pour la toute première fois sa femme après son décès prématuré. Il l'avait épousé pour de l'argent. Elle lui a laissé une troublante lettre d'amour.
Les deux nouvelles sont bouleversantes, chacune à leur manière, elles mettent le point sur des émotions face aux situations de la vie. le chef de gare éprouve des regrets à la veille de prendre sa retraite, il se demande s'il n'aurait pas été préférable qu'il s'occupe davantage de sa famille. Et dans la deuxième nouvelle, l'homme qui découvre cette inconnue qui est pourtant sa femme est également en proie aux regrets.
Il s'agit là des deux textes les plus connus d'Asada Jirô et qui ont rencontré un vif succès auprès des lecteurs.
L'attachement des japonais à leur système ferroviaire est peut-être l'une des explications à ce succès.
Mais je pense également que l'écriture et l'histoire racontée nous procure de fortes émotions à la lecture des deux nouvelles.
Je suis contente d'avoir pu trouver ce petit ouvrage dans les rayonnages d'une bibliothèque scolaire (lycée). Même si je sais qu'il n'est pas souvent emprunté, il assure une diversité non-négligeable dans le choix des livres.
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le_Bison
  26 mars 2012
Les amas de neige s'amoncellent le long de la vieille voie ferrée qui ne mène nulle part en Hokkaïdo, à destination d'un coin perdu dans les montagnes, désaffecté comme le sera sous peu cette ligne de chemin de fer. A bord du dernier autorail à traction diesel de type KH12, Sato Otomatsu voit le jour de sa retraite arrivé. Une vie à travailler pour les chemins de fer de l'Hokkaïdo s'achève lors de ce dernier voyage, en bout de ligne. Seul dans la gare déserte, il restera plongé dans les souvenirs de sa vie avant qu'une petite fille vienne le voir, puis une seconde plus âgée... Ces visites l'attristent encore plus, tant elles lui font remémorer sa propre fille morte à l'âge de 2 mois, alors que son métier lui a procuré tant de fierté et de joie...
« le cheminot » a tout au long de sa vie privilégié et honoré son métier, au détriment de sa vie familiale. Il n'a jamais fait le deuil de sa fille et ne cessera d'y penser à chaque entrée en gare. Jour après jour, il revoit sa femme lui donnant sur le quai le corps froid de sa fille chaudement enveloppé. Mais que pouvait-il faire alors qu'il était en service. Je l'ai longtemps cherché cette histoire. Je ne sais pourquoi, mais je sentais, avant même d'avoir ouvert le livre, qu'elle pouvait me bouleverser et m'émouvoir, même si la nouvelle est un peu courte... J'aurais bien aimé passer encore quelques pages à sillonner les montagnes enneigées de l'Hokkaïdo à bord de cette vieille diesel, bannissant la rapidité d'un Shinkansen sans âme...
On laisse de côté les fantômes de Yuki-ko et la neige blanche de la gare désaffectée, pour la province de Chiba avec « La lettre d'amour ». Seconde nouvelle, aussi courte que la première mais tout aussi émouvante.
Goro est un petit malfrat, pas vraiment méchant mais qui trafique un peu avec la mafia locale pour gagner un peu d'argent. Sortant à peine de prison, la police lui apprend la mort de sa femme... ? ? ? Goro avait oublié simplement qu'un jour il avait été marié, du moins avait-il seulement signé le contrat de mariage sans même voir sa promise, une prostituée chinoise « importée » par son yakusa de patron, et pour qui ce papier signifiait un emploi tranquille dans la petite province de Chiba. Sur place, il découvre que « sa femme » l'aimait tendrement et lui avait écrit une lettre d'amour... Ainsi, Goro va devoir faire le deuil d'une femme qu'il ignorait tout jusqu'à sa mort. Ce deuil l'éprouvera plus que prévu, et le verra même fondre en larme comme le lecteur attentif et ému que je suis. Snif... Snif...
Lien : http://leranchsansnom.free.fr/
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BaronKitajima
  17 août 2015
Tout d'abord, je voudrais dire à quel point j'apprécie le travail de la maison d'édition Picquier, qui publie toujours des auteurs gagnant à être connus dans une traduction de qualité supérieure. Encore une fois, j'ai découvert avec le cheminot un excellent auteur, Asada Jirô. ( voilà pour le moment promotion, passons au texte, si vous le voulez bien )
Ces deux nouvelles mettent le personnage principal en crise existentielle par un événement, l'arrêt de la ligne de chemin de fer vieillotte sur laquelle le cheminot a travaillé toute sa vie, la découverte par le personnage de la lettre d'amour de la mort de sa femme, une immigrée chinoise avec qui il a contracté un mariage blanc. Ces bouleversements amènent les personnages à une introspection, le cheminot étant hanté par la vision fantasmée d'une enfant à des âges différents figurant sa fille morte prématurément, mort dont il se sent responsable, ayant fait passer son de voir de cheminot en premier. Dans Love letter, l'homme se prend d'affection pour cette femme qu'il n'a jamais connu, et est de plus en plus dévasté par un sentiment de culpabilité envers cette prostituée morte dans l'indifférence générale.
Vous me direz que ces thèmes sont répandus. Il est vrai, mais ce qui l'est moins est de les traiter avec un ton pathétique mais sobre. Pas de grandes effusions , comme souvent dans la littérature japonaise les personnages évoluent par touches constantes, presque insensiblement. C'est ce dépouillement qui donne cette force au récit. Cela ne veut pas dire que le récit est austère, point du tout, je ne veux pas vous faire fuir ! C'est seulement une littérature intelligente, sans esbroufe.
Je me permet un avis plus personnel, j'ai préféré le récit Love letter, parce que je trouve qu'il y a une dimension supplémentaire. le personnage principal semble se rendre compte que par indifférence, appât du gain, il a accepté de se marier avec une femme, jouant le rôle de maillon dans la chaîne qui exploite ces prostituées chinoises clandestines. C'est un beau récit qui nous exhorte à lutter contre l'indifférence, et la fin est une belle porte vers un peu d'espoir ....
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critiques presse (1)
Bedeo   13 août 2019
Le cheminot est un manga pas comme les autres. Tout d’abord, c’est une fidèle adaptation du chef-d’œuvre éponyme du romancier Jiro Asada dont le succès au Japon fut immense. Et surtout, hors des sentiers battus du manga traditionnel, le dessinateur Takumi Nagayasu nous convie à une lente et méditative fin de règne.
Lire la critique sur le site : Bedeo
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   22 avril 2020
Goro déplia la feuille. L'écriture avait changé depuis la première lettre, celle de la veille. Le tracé en était malingre et tourmenté. Les caractère couvraient le papier bleu.

"Goro que j'aime beaucoup.
Tant qu'il y a personne, je vous écris en secret. Je suis couchée, j'écris d'une main. Excusez-moi, mon écriture est pas belle.
Depuis je suis arrivée à l'hôpital, j'ai jamais parlé. Si je parle japonais, on me demandera trop de choses ; alors je parle chinois.
Certainement je vais mourir. Les médecins croyaient je comprends pas le japonais et discutaient. Et je connais beaucoup de filles qui ont eu comme moi. Alors je comprends. C'est mon tour. Voilà.
Les infirmières sont gentilles, elles m'écrivent toujours des messages pour demander le numéro de téléphone de ma famille. J'ai donné celui de M. Satake. Pardon. Je pensais : de toute façon la police est au courant.
Je vous connais bien, Goro. Au cas où je me ferais pincer, M. Satake m'a écrit votre adresse, votre âge, votre caractère, vos habitudes, vos plats préférés. Je me rappelle bien tout. Je lisais tous les jours pour pas oublier.
J'ai aussi des photos. Quatre pareilles. Je les ai toujours sur moi. Je les regardais tous les jours pour bien me souvenir et je suis tombée amoureuse de vous. Comme je vous aime, mon travail est dur. Avant le travail, toujours je vous demande pardon. Je peux pas faire autrement, mais pardon.
Si je me donne du mal pour travailler et je rembourse mes dettes, est-ce que je pourrai voir Goro ? Est-ce que je pourrai vivre avec lui ? Je me disais toujours ça pour travailler beaucoup. Mais j'en peux plus.
Vous êtes toujours souriant. Vous fumez pas, vous buvez un petit peu ; vous êtes pa bagarreur ; vous aimez pas la viande, vous aimez le poisson ; n'est-ce pas ? Alors, moi aussi j'ai arrêté de fumer. Je bois un petit peu ; je mange pas de viande ; je mange du poisson.
Mes clients ils sont gentils. Mais je vous oublie jamais quand je travaille. C'est vrai. Je me dis : mon client c'est vous. ça m'aide à travailler bien et mon client il est content.
Là où vous êtes né, c'est pas loin de la mer, n'est-ce pas ? Quand je suis venue ici j'ai regardé dans une carte en pensant : c'est près. Mais c'est très loin alors j'étais déçue. Mais c'est comme moi. Vous êtes comme moi, vous venez de loin pour travailler.
Quand je serai morte, vous viendrez me voir ? Si vous pouvez venir, je vous demande une chose : je peux entrer dans votre tombeau de famille ? Je peux mourir comme votre femme ? Je vous demande trop, pardon. Mais c'est seulement ça, je vous demande.
Grâce à vous, j'ai travaillé beaucoup. J'ai envoyé de l'argent, beaucoup. J'ai peur mourir. J'ai mal. Je souffre mais j'essaie être courageuse. Acceptez ma demande, s'il vous plaît.
J'entends la mer. Il pleut. Il fait très noir. Je suis couchée, j'écris d'une main. Excusez-moi, mon écriture est pas belle.
Je vous aime beaucoup, Goro. Le plus dans le monde. Je vous aime plus qu'autre personne. Je pleure : pas parce que j'ai mal ou je souffre ou j'ai peur ; parce que je pense à vous.
Comme je faisais certainement tous les soirs en disant bonne nuit, je pleure en voyant vos photos. C'est toujours pareil. Quand je vois votre photo, vous qui êtes si gentil, ça me fait pleurer. C'est pas parce que je suis triste ou je suis malheureuse, c'est parce que je pense ; merci.
J'ai rien à vous donner. Pardon. Alors je laisse seulement les mots. Excusez-moi, mon écriture est pas belle.
Je vous aime avec tout mon coeur plus que personne dans le monde.
Goro, Goro, Goro, Goro, Goro, Goro, Goro, Goro, Goro.
Tsai-chian. Au revoir."

Avant même d'avoir terminé la lettre, Goro éclata en sanglots.

Extrait du récit "La lettre d'amour"
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OsmantheOsmanthe   12 avril 2020
Un souvenir déplaisant surgit dans la mémoire de Senji.
Il crut revoir Otomatsu, le front baissé dans la chapelle ardente de l'hôpital, à Biyoro, lorsqu'il avait perdu sa femme. L'épouse de Senji avait depuis lors toujours reproché à Otomatsu de s'être refusé à accompagner celle-ci dans son agonie. Elle le disait insensible. Malgré les nombreux appels qu'il avait reçus, tous aussi alarmants les uns que les autres, Otomatsu s'était effectivement contenté de prendre le dernier train pour Biyoro après avoir éteint derrière lui les lumières de la gare de Horomai. Un nombre incalculable de fois, la femme de Senji avait téléphoné à Otomatsu ; et finalement, c'est elle qui avait accompagné l'épouse de ce dernier jusqu'aux portes de la mort. Elle lui en avait tenu rigueur, et c'était bien normal. Ce jour-là aussi, comme tous les autres jours, dans un manteau couvert de neige glacée, Otomatsu était resté immobile au chevet de la défunte, tête basse. Rudoyé par la femme de Senji qui en le secouant lui reprochait de ne pas verser la moindre larme, il s'était borné à lui répondre en un murmure :
- Non, moi, je ne suis qu'un cheminot. Pour un malheur personnel, je n'ai pas le droit de pleurer.

Extrait du récit "Le cheminot"
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le_Bisonle_Bison   26 mars 2012
La vieille gare était plongée dans un monde privé de son et de lumière. La jeune fille n’était guère bavarde. Manifestant de temps à autre émotion ou admiration, elle écoutait le vieil chef de gare lui racontait ce qu’il avait vu et vécu. Otomatsu ne se sentait pas dans son état normal, à lui parler à cœur ouvert comme il le faisait à présent ; à mesure que les images du passé se présentaient à sa mémoire, il dévoilait tout ce qui était resté au fond de lui pendant un demi-siècle : amertumes aussi bien que fiertés. Tant de souvenirs accumulés et mêlés à la fumée grasse du diesel et à la consistance de charbon faisaient comme une croûte au fond de son cœur, sous l’uniforme élimé. Chaque fois qu’il racontait un événement, il soulageait vraiment son âme. Tout défilait : la formidable croissance économique, au moment de la guerre de Corée ; le coup de grisou survenu dans une mine, et qui avait transformé la gare en chapelle ardente ; les conflits sociaux et l’intervention des forces de l’ordre ; les mines fermant l’une après l’autre comme autant de lumières qui s’éteignaient.
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OsmantheOsmanthe   22 avril 2020
Au dernier moment, Goro ravala ses paroles qui lui brûlaient les lèvres : "Je me suis prêté à un mariage bidon pour cinq cent mille yens ! Je n'ai jamais rencontré cette fille-là. Elle vient d'un patelin, quelque part en Chine, un patelin où elle n'avait jamais vu la mer ! Elle a été traînée chez des types de la pègre, elle s'est endettée jusqu'au cou, tout ça pour finir par crever sans recevoir de soins. C'est louche, non ? Qu'est-ce que ça a de clair ? C'est louche, toute cette histoire !"
- Dites donc, Goro, attention ! Qu'est-ce qui vous prend ? lui demanda tout bas Satoshi en dévalant les marches de la sortie.
- C'est un peu trop simple, tout ça ! Vous êtes tous peinards ; Satake, le caïd local et toi-même. N'empêche qu'il y a quelqu'un qui est mort !
- Mais enfin, qu'est-ce que vous avez à déconner comme ça, Goro ! Vous déraillez ou quoi ?
- "Dans les conditions présentes, tout est parfaitement clair"...Tu parles ! Il n'y a rien de clair ! Une chinoise crève comme ça dans un bled sombre et paumé, à l'étranger, et voilà qu'un soi-disant mari se radine pour la récupérer ! Bizarre, non ? ça n'est pas clair, c'est le moins qu'on puisse dire !
- Au contraire, c'est tout à fait clair !
Satoshi poussa Goro dans le taxi.
- Qu'est-ce qui est clair ? Où est-ce que c'est clair ? Et d'abord, pourquoi est-ce que le flic ne vient pas fourrer son nez dans cette affaire ? Quand une personne est morte, elle ne l'intéresse plus ?
- Mais non. Ce qui est clair, c'est qu'ils savent tout. Ecoutez, Goro. Réfléchissez. Ils ont prévenu la police compétente à Tôkyô. Ils ont même prévenu notre organisation. Ils savent tout. C'est parfaitement clair !
- Alors pourquoi est-ce qu'on ne m'arrête pas ? Et Satake ? Et toi ? Pourquoi est-ce qu'on ne se fait pas tous pincer ?
- J'en sais rien, moi. C'est sans doute pas prévu par la loi...
- Tu rigoles ! Proxénétisme, travail clandestin, enlèvement et séquestration : c'est bien ce que vous faites, non ? Et vous dormez sur vos deux oreilles, alors que moi, j'ai récolté dix jours de tôle pour avoir vendu des vidéos porno à des obsédés ! Cette fille-là, c'est nous, oui, nous tous qui l'avons tuée !

Extrait de "La lettre d'amour"
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OsmantheOsmanthe   22 avril 2020
- Tiens, qui est-ce qui a laissé ça ?
Il y avait, sur un banc placé contre le mur, une poupée de Celluloïd assise, les bras ouverts.
- Tiens, c'est vrai ! répondit Otomatsu. Elle était là, tout à l'heure, en train de jouer...Oui : elle est partie et je ne m'en suis même pas aperçu !
Otomatsu se précipita sous le porche, qui découpait un carré dans l'obscurité, et scruta l'espace qui s'étendait devant la gare.
- Un petit bambin de Celluloïd ! Elle n'a pas l'air neuve, cette poupée ! Tu as eu de la visite ?
- Pas vraiment, répondit Otomatsu ; il s'agit de quelqu'un que je n'ai jamais vu. Une petite fille. Elle est restée là un bon bout de temps à s'amuser.
- Une petite fille que tu n'as jamais vue ? Impossible !
- On l'aura amenée en voiture pour les fêtes...
Elle n'était pas plus grande que ça ; très mignonne, avec un cartable à bretelles tout rouge.
- Un cartable à bretelles ?
- Elle disait que c'était son père qui le lui avait acheté, pour qu'elle puisse entrer à la grande école ce printemps. Elle était adorable : elle s'est mise au garde-à-vous en me disant : "Regardez, monsieur !" Et elle ne m'a plus lâché d'une semelle !
- On sait que tu aimes bien les enfants.
Otomatsu n'avait pas d'enfant.
Derrière le bureau se trouvaient deux pièces de six tatamis chacune et une cuisine : c'était toute la résidence d'Otomatsu.
Sur le modeste autel familial était posée une photographie de son père en uniforme ; et à côté, une autre, de sa femme encore toute jeune.
Senji alluma un bâton d'encens et resta un moment à considérer ces portraits.
- Et tu n'as pas de photo de ta fille ?
- Mais non ! Elle avait à peine deux mois quand elle nous a quittés.
- Elle s'appelait comment, déjà ?
- Yuk'ko. Comme la première neige était tombée le dix novembre, jour de sa naissance, on l'avait appelée Yuki (neige) et Ko (enfant) : Yuki-ko. Tu te souviens ? On a même dit qu'un jour, on la marierait à Hideo !
- Ah...oui ! Hideo devait être collégien. Quand je lui ai demandé s'il était d'accord pour l'épouser, ça l'a mis mal à l'aise ! Au point qu'il ne voulait même plus la prendre dans ses bras !
Assis face à face à une table ronde, tous deux buvaient un saké froid.
Ils avaient éteint la radio ; même le bruit de l'eau coulant en un mince filet avait quelque chose de gênant.
- J'ai honte de le dire, mais je continue à compter l'âge de Yuk'ko. Si elle était en vie, elle aurait aujourd'hui dix-sept ans !
- C'est vrai que tu l'as eue sur le tard.
- J'avais quarante-trois ans, et ma femme trente-huit, quand le ciel nous l'a donnée. Hélas...
Il était bien rare d'entendre Otomatsu se plaindre ainsi.

Extrait du récit "Le cheminot"
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