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Michel Arnaud (Traducteur)
ISBN : 2070366340
Éditeur : Gallimard (05/03/1975)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 169 notes)
Résumé :
Comme dans Les lunettes d'or et autres histoires de Ferrare, c'est encore de la société provinciale italienne que Giorgio Bassani nous donne, autour d'une énigmatique figure de jeune fille, un tableau minutieux et concret, mais en même temps voilé de brume. Quand le livre s'achève, tout a été dit. Cependant, pour le lecteur comme pour le narrateur, se posent des questions sans réponse, et l'on se rend compte que c'est une visite au royaume des morts que l'on vient ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  07 octobre 2018
Dès les premières pages, le lecteur ressent l'atmosphère proustienne de ce roman à la fois fiction littéraire mais aussi faite des réminiscences du passé. L'écriture de Georgio Bassani est feutrée, intimiste, finement ciselée de mots choisis, de descriptions liées au paysage comme à l'analys psychologique des personnages. Une écriture de la mémoire à la manière de Marcel Proust ou Ivan Bounine, cette nécessité de coucher sur le papier et d'arrêter le temps par le truchement de la littérature. Michel Arnaud nous offre une très belle traduction de ce roman. J'ai été particulièrement sensible à l'écriture et à l'ambiance du roman. Lorsque j'ai refermé le livre, je me suis sentie orpheline, c'est une sensation que je n'ai pas ressentie depuis fort longtemps. Et puis, il y a la magie de Ferrare que j'ai essayé de me représenter en voguant sur internet. Ce sera pour une prochaine visite, Bassani ne me quittera pas.
Le livre s'ouvre sur la visite de la nécropole étrusque de Cerveteri à une cinquantaine de kilomètres de Rome. La réflexion d'une enfant sur ces tombes va susciter chez le narrateur, Georgio, des souvenirs de sa jeunesse à FERRARE, du cimetière juif où il revoit la tombe hideuse mais monumentale des FINZI-CONTINI, significative de l'importance de la famille.
A cet instant, le fil de la mémoire déroule sous la plume de Georgio les souvenirs de cette période marquée par les lois raciales qui viennent d'être promulguées en Italie. Les FINZI-CONTINI sont de grands propriétaires terriens, issus de la branche de Moisé FINZI CONTINI qui a fait fortune. Quant à Georgio, il fait aussi partie de la communauté juive de Ferrare mais il est issu de la classe moyenne cultivée, les deux familles ne se rencontrent qu'à la synagogue.
Tous ces jeunes gens sont amateurs de tennis et font partie du club de Ferrare. C'est à la suite de la promulgation des lois raciales qu'ils vont se voir exclus du club. Cette ségrégation va donner l'idée à Micol FINZI-CONTINI, la fille du professeur Ermanno et de la signora Olga, d'inviter ces fervents du tennis dans ce magnifique jardin aux essences multiples et variées.
Cette belle propriété de plusieurs hectares entoure la « magna domus », sorte de manoir gothique et qui possède un court de tennis qui ne demande qu'à les accueillir.
De partie de tennis en partie de tennis, d'appel téléphonique en appel téléphonique, Georgio va tomber amoureux de la belle Micol mais hélas, sans espoir de retour.
Ce qui m'a fascinée dans cette fiction littéraire c'est d'imaginer ces jeunes gens jouer au tennis, de les voir vivre, s'amuser, discuter études, politique, flirther, réciter des vers, parler littérature, comme si à l'intérieur de l'enceinte du jardin, rien ne pouvait les atteindre. Bassani fait bien ressentir à son lecteur cet espace ouaté, où le funeste ne pénètre pas ou peu et où cet été là est un été idyllique.
Le chaos règne à l'extérieur et la tragédie n'est pas loin, mais, hormis une réflexion de temps à autre sur les injustices, les humiliations qui rendent la vie de cette communauté difficile à cette période, rien ne vient troubler le calme de la « magna domus ».
Parfois, le lecteur ressent l'angoisse de l'éphémère affleurer. Cette révolte, je l'ai ressentie chez Georgio lorsque celui-ci se fait exclure de la bibliothèque municipale et que le professeur Ermanno lui ouvre la sienne afin qu'il puisse préparer son diplôme. Mais cette discrimination ne s'arrête pas et elle allège le groupe qui se retrouve à quatre joueurs.
Sinon, rien ne vient troubler la « magna domus » et son jardin : c'est un peu à l'image d' un espace sacré, le jardin d'Eden avant la chute. le temps s'écoule et Georgio prend conscience petit à petit que son amour est sans issu mais ses maladresses et son insistance auprès de Micol finira par lasser cette dernière. L'amoureux excessif se verra exclu du Paradis. La chute sera pour lui mais aussi pour le monde qui l'entoure.
« Micol répétait continuellement également à Malnate que son avenir démocratique et social la laissait totalement indifférente, qu'elle abhorrait l'avenir en soi, lui préférant de beaucoup « le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui » et plus encore le passé, le cher, le doux, le charitable passé,
Et comme ce n'était là, je le sais, que des mots, les habituels mots trompeurs et désespérés que seul un véritable baiser eût pu l'empêcher proférer, que justement de ces mots et non d'autres soit scellé ici le peu de chose que le coeur a été capable de se rappeler. »

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michfred
  28 avril 2016
Je viens de réaliser un vieux rêve: relire, en italien cette fois, le Jardin des Finzi-Contini, lu il y a très longtemps, adoré et ….revisité plusieurs fois, par le biais de son adaptation au cinéma par Vittorio de Sica.
J'avais aussi aimé le film et, dans ma mémoire, les pages du livre et les images du film se mêlaient et se prêtaient mutuellement ambiances et couleurs au point que je n'arrivais plus à démêler les unes des autres...
La relecture en VO a tout remis en perspective.

Que le livre est fort, fait de suggestions puissantes, d'ironiques introspections, de non-dits troublants! Toutes choses que le film, essentiellement dévoué à l'image, peine à rendre avec subtilité, quelle que soit par ailleurs sa qualité.

Le récit commence dans une tombe étrusque, visitée, à Cerveterri, par le narrateur, qui accompagne un couple d'amis avec leur enfant, et par une remarque de cette dernière: "Qui sont les plus anciens, papa, les Hébreux ou les Étrusques? " et l'enfant d'ajouter : "Quelle mélancolie! Pourquoi les tombes antiques suscitent-elles moins de mélancolie que les plus récentes? »
La « malinconia » dès lors emporte le narrateur, attendri et troublé par cette remarque d'enfant, dans un long voyage mémoriel.
Dès le début, s'opère un lent mouvement funèbre de repli dans le temps : d'abord la tombe étrusque, et puis le cimetière juif de Ferrare, et, dans ce vieux cimetière, le tombeau baroque et surchargé des Finzi-Contini – presque un cénotaphe pourtant : tous ceux qui auraient dû reposer dans cet aristocratique caveau familial sont partis en fumée dans les camps de la mort.
Funèbre ouverture et funèbre clôture : le récit s'achève sur un double « tombeau »poétique : les vers de Mallarmé, cités par Micol Finzi-Contini : « le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui », qu'elle aime plus que « l'horrible futur » - mais qu'elle place pourtant largement après « il caro, il bel, il pio passato »- « le cher, le beau et le pieux passé ».
Paroles de désespoir et de dépit sur lesquelles, à son tour, pieusement, le narrateur pose les scellés de son récit , comme un dernier baiser d'amour à celle qui n'est plus.
Cette ouverture et cette fermeture, funèbres et musicales, encadrent gravement le récit d'un premier amour vécu à contre-temps entre le narrateur, un très jeune garçon possessif, maladroit et romanesque et Micol Finzi-Contini, une jeune fille libre, vive et extraordinairement lucide.
Lui est un jeune intellectuel féru de littérature, issu d'une bourgeoisie juive assimilée et aisée –son père, avant d'en être exclu, a même adhéré au parti fasciste.
Elle est issue d'une vieille aristocratie juive établie en Italie après l'inquisition espagnole : elle incarne l'indépendance, la modernité, le refus des préjugés étrangement associé au goût et à la pratique des traditions.

Mais bientôt , en Italie, les lois raciales sont promulguées par Mussolini : la fonction publique, l'école, l'état-civil sont réglementés. Et même les clubs de tennis font l'objet d'une pointilleuse discrimination. Réservés aux aryens. Alors, comme s'était généreusement ouverte à ses coreligionnaires ferrarais la synagogue espagnole brillamment restaurée par la famille Finzi-Contini, celle-ci ouvre aussi aux juifs ferrarais exclus du club de tennis les portes de son jardin et les terrains de son tennis privé . Et quand le narrateur se voit refuser de poursuivre ses recherches universitaires, le docteur Ermanno Finzi-Contini lui ouvre aussi sa magnifique bibliothèque, lui permettant de consulter ses inestimables lettres de Carducci…
Fermeture et ouverture, là encore : la société démocratique se ferme, l'aristocratique famille s'ouvre ; l'intégration, l'assimilation se révèle un piège, et les aristocrates qu'on jugeait hautains s'avèrent être les divinités tutélaires d'un paradis qu'on croyait perdu, et qui ne l'est peut-être pas encore…
Dans cet univers entre parenthèse, ce paradis provisoire guetté par la tourmente de l'Histoire, tout prend une intensité extraordinaire : le charme des lumières et celui des saisons - ah, cette première pluie d'automne observée sur le seuil de la remise par les jeunes gens , signe avant-coureur des désillusions sentimentales et des malheurs à venir – le goût de la Skiwasser aux grains de raisin, recette de Micol, le rebond des balles sur le terrain de terre rouge remis à neuf pour accueillir les nouveaux hôtes, les apparitions silencieuses du grand danois Jor, fidèle escort-dog de Micol, les làttimi, ces verres vénitiens dont elle fait la collection, le vieux tumulus aux odeurs de mousse et d'eau croupie, cachette des premières amours enfantines, les murs degli Angeli qui encerclent de leur rempart le fameux Jardin, et , au coeur de celui-ci, la Magna Domus, immense, labyrinthique, une « folie » des siècles précédents dotée de tout le confort moderne.
Dans cet écrin unique, s'exaltent les passions : celle d'Alberto pour la décoration « moderniste », qui masque mal sa solitude et sa probable homosexualité, celle faussement conflictuelle de Malnate, le goï milanais et communiste et de Micol, l'aristocrate intellectuelle et hédoniste, et enfin, bien sûr, celle du narrateur pour la belle Micol dont nous avons déjà parlé - tout prend , dans un tel écrin, un éclat, une profondeur, un mystère particuliers…
Et on comprend aussi pourquoi, dans un univers aussi clos et protégé - mais pour combien de temps encore ?- lever le voile sur les réalités devient insupportable : tout y est en sursis, les gens, les sentiments, les plaisirs.
Il ne faut pas voir Alberto pâlir, s'étioler, et bientôt mourir, il ne faut pas essayer de savoir de qui l'apparition fantomatique de Jor, le chien danois, annonce l'improbable rencontre, dans le grand parc nocturne, ni pourquoi une échelle, derrière la brèche du mur, permet de pénétrer incognito dans le parc en venant de la piste cyclable qui traverse la ville.
Sous peine de briser le charme, l'équilibre délicat qui entretient l'illusion.
Tout est suggéré mais rien n'est dit, la vie paraît incroyablement futile mais elle est si grave au fond…
C'est ce mélange doux-amer, ce refus du pathos et cette vraie nostalgie qui font le ton inimitable de ce roman.
La « pudeur farouche », l'humour discret et distancié du narrateur y sont pour beaucoup : ils font mouche. On sourit de sa gaucherie, de son amour possessif et immature- comme on rit du snobisme de Micol, de sa prononciation si particulière et affectée- mais quand, tout à coup, devant la première pluie d'automne, le narrateur comprend la précarité du bonheur, ou qu'il manifeste, après une nuit éprouvante, sa tendresse pour un père jusqu'alors maintenu à distance , un père qui croyait naïvement qu'on pouvait être « doucement fasciste » et qui lui avoue cette nuit-là que les temps arrivent où il ne pourra plus aider ses enfants à survivre, on est totalement bouleversé.
Ce sont ces petites fêlures dans la grande musique ou ces grandes failles dans la petite chanson de l'insouciance, comme on voudra, qui donnent à ce roman magnifique toute sa profondeur. La phrase, proustienne, pleine de parenthèses et qui baguenaude, comme nonchalante, dans les allées de la mémoire, ne perd jamais de vue son objectif et, tout à coup, vous cueille à l'improviste, et vous pétrifie d'émotion.
Touché, coulé !
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Dandine
  09 août 2019
C'est pour moi un des plus beaux livres du 20e. siecle italien. Des plus emouvants.
C'est l'histoire d'un amour de jeunesse, timide, balbutiant, irresolu, qui ne peut aboutir et qui n'aboutit pas.
Fin des annees 30, a Ferrare, petite ville a moitie endormie, de jeunes juifs de condition differente se rencontrent chez une famille de patriciens de la communaute, qui leur a ouvert les portes de son "domaine", de ses jardins et de ses courts de tennis, quand les autres portes de la ville leur sont interdites, ou tout simplement fermees. Dans ces jardins l'amour eclot, fleur parfumee mais fleur d'un jour, sans conclusion.
Cette belle histoire d'amour de jeunesse n'est peut-etre que le pretexte choisi par l'auteur pour aller a la recherche du temps passe dans une communaute juive perdue. Pour raconter une facon de vivre, une attitude devant la vie. Pour raconter, dans un style tres doux, presque en sourdine, les comportements face a une catastrophe qui n'est pas tres bien comprise. Les lois raciales enervent, compliquent la vie et finissent par la rendre insupportable? Elles passeront peut-etre. La roue tourne. Les juifs en ont vu d'autres. Il faut essayer de faire avec. C'est de l'aveuglement? L'auteur ne le pense pas. On n'est pas aveugle face a l'inimaginable. On ne peut le voir, ni meme le subodorer. On ne peut se defendre de l'inimaginable. On ne peut lutter contre l'inimaginable. Et l'auteur decrit donc la vie dans l'enceinte de lois raciales discriminatoires. La vie avec ses joies et ses peines, ses espoirs et ses apprehensions. Ou peut eclore un bel amour de jeunesse, a toujours garder en memoire.
Du beau livre de Giorgio Bassani, Vittorio de Sica a fait un beau film, y inserant une fin differente, nous montrant la famille patricienne prete a etre embarquee pour un quelconque Treblaushwitz. Une scene qui marque. Bassani n'a pas souhaite etre tellement explicite, bien qu'il annonce cette fin non racontee en debut du livre, quand le narrateur visite le cimetiere juif de Ferrare.
Et ce narrateur, cest un rescape? Comment a-t-il reussi? Comment certains ont reussi a echapper a l'engrenage broyeur? Ont-ils ete plus clairvoyants, plus astucieux, plus forts, plus chanceux? Je crois que la meilleure reponse a ete donnee par une poetesse (comme souvent, sinon toujours), Wislawa Szymborska (et je me permets de melanger deux traductions differentes):
"Tu as survecu car tu etais le premier.
Tu as survecu car tu etais le dernier.
Car tu etais seul. Car il y avait foule.
Car c'etait a gauche. Car c'etait a droite.
Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre.
Car le soleil brillait.
Par bonheur il y avait une foret.
Par bonheur il n'y avait pas d'arbres.
Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein,
Un chambranle, un tournant, un millimetre, une seconde.
Par bonheur une paille flottait sur l'eau."
Mais je reviens au jardin des Finzi-Contini. Bassani y a mis du metier, avec du doigte et de l'empathie, et le jardin fleurit, refletant la vie d'une petite communaute juive italienne qui n'est plus, ses matins lumineux et ses soirs sombres, ses beaux jours et ses tempetes, ou dans les mots de l'heroine: son passe, son cher, son doux, son charitable passe.
Un tres beau livre. Un livre qui marque. A lire lentement. A savourer.





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Cath36
  05 octobre 2012
Formidable texte que ce roman de Bassani, écrit dans les années soixante et qui revient sur le sort des juifs italiens avant et pendant la seconde guerre mondiale, à travers la vie d'une famille juive de la grande bourgoisie, les Finzi-Contini, vue par le regard d'un jeune juif de milieu modeste amoureux de leur fille Micol, la soeur de son ami Alberto. Amour maudit et non partagé, qui donne au contexte une force particulièrement tragique, lorsque le destin se met en route et entraîne avec lui tous les protagonistes de l'histoire. Ce qui est analysé ici en filigrane mais en même temps avec une rare puissance d'évocation, c'est la lente et implacable montée des événements, la mise en place des éléments qui vont se terminer par le drame, comme dans" le Rivage des Syrtes" de Julien Gracq. L'histoire d'amour du narrateur, rejoint L Histoire en évoquant un passé révolu que va dissoudre le nazisme et l'alliance germano-italienne. Lieu clos et sublime, le jardin des Finzi-Contini croit pouvoir s'isoler du reste du monde, en vain. Par les brèches de ses murs s'infiltreront le narrateur en quête d'un amour désespéré et le vent de l'Histoire. L'argent ne les protègera de rien, et leur destin sera à la mesure de leurs illusions. le fils mourra de maladie à l'intérieur même du domaine (par manque de pouvoir respirer, ce qui n'est pas anodin) alors que leur mère, obsédée par les microbes, tentait d'empêcher ses enfants de sortir de chez eux. Tous les autres mourront en camp de concentration.
Proche aussi du "Guépard" de Lampedusa par ce côté fin de civilisation qui caractérise ce roman, ce texte est servi par une écriture irréprochable, à la fois brutale et sèche, presque violente en dépit de phrases qui s'enroulent sur elles-même dans une spirale qui noue peu à peu le drame et le conduit à son dénouement. On est tenu en haleine d'un bout à l'autre : des tensions se créent, les personnages sont comme paralysés par leur vie et par leurs habitudes face à l'inévitable et semblent se mouvoir dans une gangue d'inertie impuissante qui les conduit à leur perte en toute conscience et en toute lucidité. Est-ce inconscience, résignation , force de l'habitude, le destin se met en place avec une impitoyable capacité de fonctionnement. L'écriture invite à la rapidité comme si tout retour en arrière, la possibilité de bloquer les choses étaient impossibles. Un seul bémol : la fin, abrupte et trop courte par rapport au reste du livre termine le texte une peu en "pétard mouillé." Tout se termine au moment où l'histoire d'amour du narrateur s'achève, et l'épilogue conclut sèchement l'histoire de la famille en deux pages à peine. Je suis restée un peu sur ma faim.
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Alzie
  19 mars 2015
Une visite de la nécropole Etrusque de Cerveteri, un dimanche d’avril 1957, est à l'origine de ce récit souvenir. Elle remet en mémoire au narrateur le cimetière juif de son enfance, à Ferrare, et la tombe érigée par le vieux Moisè Finzi-Contini à la fin du XIXe siècle pour sa descendance, dont fait partie Micol, jeune femme aimée dans sa jeunesse par l'auteur/narrateur et à qui sont dédiées ces pages, très autobiographiques.
Le souvenir de Micol est indissociable de l'immense propriété qui donne son nom au Jardin des Finzi-Contini, une « Folie » du XVIe siècle, ceinte de hauts murs, ayant appartenu à la maison d’Este, rachetée et restaurée au XIXe siècle par la vieille famille juive ferraraise des Finzi-Contini. Le texte tout entier s'ancre ainsi dans cet héritage historique lointain uni à la mémoire ferraraise plus récente de l'auteur.
L'observation fidèle et très vivante du microcosme de la minorité juive ferraraise frappe dès les toutes premières pages de la lecture et fait également partie intégrante de ce récit rétrospectif qui prend pied dans l'Italie mussolinienne. Les tensions qui traversent la communauté juive sont très présentes, partagée entre son désir d’ignorer superbement le parti fasciste – position Finzi-continienne – ou celui d’y chercher au contraire des appuis, pour d’autres de ses membres. Mais, qu'ils aient cherché ou non à se rapprocher du parti, tous les juifs subiront l'iniquité du programme racial du régime dont cette histoire renvoie un écho déchirant.
La demeure des Finzi-Contini, la « magna domus », comme l'appelle ironiquement le reste de la communauté israélite, selon la terminologie de l’époque, impose sa forte présence dès le début du livre sans pour autant qu’on y pénètre. Le jardin des Finzi-Contini délimite un espace et un univers parfaitement clos, dont la découverte ne sera que très progressive ; le narrateur reste au pied du mur de la propriété en juin 1929, sous l'oeil narquois de Micol, et franchit la porte cochère du parc, devenu jeune homme, à la fin de l'été 1938 peu avant la promulgation des lois raciales. La maison ne nous est ouverte que dans la troisième partie du livre. C'est par elle que le narrateur apprend à connaître un peu mieux les Finzi-Contini et peut tenter d'approcher Micol. Passé le temps des études, il se retrouvera avec d’autres amis, exclus des clubs sportifs ferrarais par les mesures raciales, pour jouer au tennis chez les Finzi-Contini. Et c'est dans la fougue de leur jeunesse et à l’ombre du grand parc baigné par la lumière vibrante de la fin de l'été 1938, qu'on les suit avec inquiétude, de pages en pages, dans leurs relations complexes, jusqu’à l'épilogue.
L'évocation de l'enfance tient une place également importante dans la construction du récit. Celle du narrateur, relatant les conditions de son amitié naissante avec les enfants Finzi-Contini. Voisins de bancs à la synagogue, sa famille y côtoie un temps celle d’Alberto et de sa sœur Micol Finzi-Contini, au moins deux fois par an, à Pâques et à Kippour. Dans la communauté israélite très assimilée de Ferrare, les Finzi-Contini dérogent par des manières jugées trop aristocratiques, « à part » : du monument funéraire décrié du bisaïeul, à la vaste propriété, en passant par l’éducation « maison » qu’ils réservent à leurs enfants – ceux-ci ne fréquentant pas le lycée de la ville – comme les autres enfants de la communauté. Mais tous cependant se réunissent, chaque année en juin, devant le mur des résultats d’examens ; ainsi naît l'attirance entre Micol et le narrateur.
Beau et funèbre à la fois, ce texte, qui rapproche dans son prologue les tombes Etrusques et celles du cimetière juif de Ferrare, suggère immédiatement l’idée de la disparition irrémédiable des choses et des êtres. Le vrai sujet du Jardin des Finzi-Contini est bien au delà des mots ; le passé se superposant au présent, dans une contraction du temps où tout semble suspendu à la menace inexorable du fascisme et de l'imminence de la guerre, pour les protagonistes. L'évolution des sentiments entre le narrateur et Micol sont inséparables de ce contexte. Plus on avance dans la lecture, plus on a l'impression que la littérature – Ferrare est la ville natale de l’Arioste où fut écrit l’Orlando Furioso –, particulièrement la poésie sont, autant ou peut-être plus que l'amour - qui ne peut accomplir ici tous les prodiges - les derniers refuges propres à sauvegarder les rares espérances encore possibles. La littérature est au coeur des conversations, prend souvent le pas sur les affres soulevées par la politique immonde du régime et les menaces internationales.
Car l’ancienne Folie de la Renaissance, habitée par le professeur Ermanno, sa femme Olga, la mère de celle-ci, et leurs deux enfants Alberto et Micol, est aussi remplie de livres. Sa bibliothèque, riche d’innombrables volumes, offre une compensation consolatrice aux mesures discriminatoires qui excluent maintenant les juifs de la bibliothèque municipale de Ferrare. La « magna domus », figée dans l’immobilisme, selon certains, fait cependant figure de dernière patrie des livres et de l’humanisme de la Renaissance, qui hante toujours ces lieux. Elle devient la plus fragile mais la plus symbolique des forteresses dressée face à la ville, devant toutes les vexations et les humiliations infligées aux juifs, et dont le narrateur, devenu bientôt ami de la famille Finzi-Contini, inscrit la chronique sombre et douloureuse dans des pages sublimes de retenue et d’une mélancolie inoubliable. On les referme la gorge nouée.
On sait tous que Giorgio Bassani, qui prête beaucoup de lui à son narrateur, est un survivant de l’holocauste. L'écriture de ce livre confond par sa beauté mesurée et plonge le lecteur aux racines de sa propre humanité.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
DandineDandine   15 août 2019
Mon pere, engage volontaire pendant la guerre, avait pris sa carte du fascio en 19; moi-meme, j'avais appartenu jusqu'a ces derniers temps au G.U.F. [Gruppo Universitario Fascista]. En somme, nous, nous avions toujours ete des gens tres normaux, et meme banaux dans leur normalite, aussi me semblait-il vraiment absurde que maintenant, de but en blanc, on exigeat justement de nous un comportement exceptionnel. Convoque a la Federation pour s'entendre annoncer qu'il etait expulse du parti; expulse ensuite du Cercle des Commercants comme indesirable; il eut ete vraiment etrange que mon pere, le pauvre, opposat a un tel traitement un visage moins angoisse et eperdu que celui que je lui connaissais. Et mon frere Ernesto, qui, lorsqu'il avait voulu entrer a l'Universite avait du emigrer en France et s'inscrire a l'Ecole polytechnique de Grenoble? Et Fanny, ma soeur, a peine agee de treize ans, contrainte de poursuivre ses etudes secondaires a l'ecole israelite de la via Vignatagliata? Est-ce que d'eux aussi, arraches brusquement a leurs camarades de classe, a leurs amis d'enfance, on attendait par hasard un comportement exceptionnel? N'insistons pas, l'une des formes les plus odieuses de l'antisemitisme etait precisement celle-ci: se plaindre que les Juifs ne soient pas assez comme les autres, et puis, vice versa, apres avoir constate leur assimilation a peu pres totale au milieu environnant, se plaindre de l'oppose: se plaindre qu'ils soient tels que les autres, c'est a dire meme pas un peu differents de la moyenne commune.
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emmart67emmart67   11 novembre 2009
Combien d'années s'est-il écoulé depuis ce lointain après-midi de juin ? Plus de trente. Pourtant, si je ferme les yeux, Micol Finzi-Contini est toujours là, accoudée au mur d'enceinte de son jardin, me regardant et me parlant. En 1929, elle n'était guère plus qu'une enfant, une fillette de treize ans maigre et blonde avec de grands yeux clairs, magnétiques. Et moi j'étais un jeune garçon en culotte courte, très bourgeois et très vaniteux, qu'un petit ennui scolaire suffisait à jeter dans le désespoir le plus puéril. Nous nous regardions fixement l'un l'autre. Au-dessus d'elle, le ciel était bleu et compact un ciel chaud et déjà estival, sans le moindre nuage ; Rien ne pourrait le changer, ce ciel, et rien, effectivement, ne l'a changé, du moins dans le souvenir.
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AlzieAlzie   20 mars 2015
Il est certain que, comme présageant sa mort prochaine et celle de ses parents, Micol répétait continuellement également à Malnate que son avenir démocratique et social la laissait totalement indifférente, qu'elle abhorrait l'avenir en soi, lui préférant de beaucoup "le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui" et plus encore le passé, le cher, le doux, le charitable passé.
Et comme ce n'était là, je le sais, que des mots, les habituels mots trompeurs et désespérés que seul un véritable baiser eût empêcher de proférer, que justement de ces mots et non d'autres soit scellé ici le peu de chose que le coeur a été capable de se rappeler.
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michfredmichfred   26 avril 2016
Restammo per un po' sulla soglia, addossatti al portone. Pioveva a dirotto, a strisce d'acqua oblique e lunghissime, sui prati, sulle grandi masse nere degli alberi, su tutto. Faceva freddo. Battendi i denti, guardavamo entrambi dinanzi a noi. L'incantesimo a cui fino allora era stata sospesa la stagione si era rotto irréparabilmente.

Traduction:
Nous restâmes encore un peu sur le seuil, adossés au portail. Il pleuvait à verse, des traînées d'eau obliques et très longues, sur les prés, sur les grandes masses noires des arbres, sur tout.
Il faisait froid. Claquant des dents, nous regardions tous deux devant nous. L'enchantement à la fin duquel était alors suspendue la saison s'était brisé , irréparablement.
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michelekastnermichelekastner   04 août 2014
Au centre de la table, la corbeille contenant en même temps que les" bouchées" rituelles la terrine de l'harsoèt, les pieds d'herbe amère, le pain azyme et l'oeuf dur qui m'était réservé à moi, l'aîné, trônait inutilement sous le mouchoir de soie blanc et bleu brodé quarante ans plus tôt par ma grand-mère Esther. Bien que mise avec tout le soin possible, et, même, justement à cause de cela, la table de la salle à manger avait pris un aspect très analogue à celui qu'elle offrait les soirs de Kippour, quand elle était préparée seulement pour eux, les morts de la famille, dont le ossements gisaient là-bas, dans le cimetière au bout de la via Montebello, et qui, néanmoins, étaient bien présents, ici, en esprit et en effigie. Ici, à leur place, ce soir-là, c'étaient nous, les vivants, qui étions assis. Mais en nombre réduit par rapport à naguère et non plus joyeux, riants et bavards, mais tristes et pensifs, tels des morts. Je regardais mon père et ma mère, l'un et l'autre très vieillis en quelques mois ; je regardais Fanny qui avait maintenant quinze ans mais qui, comme si une crainte secrète eût arrêté son développement, n'en paraissait pas plus de douze ; je regardais l'un après l'autre, autour de moi, oncles et cousins, une grande partie desquels, quelques années plus tard, allaient être engloutis par les fours crématoires allemands et qui n'imaginaient certes pas qu'ils finiraient ainsi, et moi non plus je ne me l'imaginais pas, mais, malgré cela, alors déjà, ce soir-là, même en les voyant si insignifiants avec leurs pauvres visages surmontés de leurs petits chapeaux bourgeois ou encadrés de leurs bourgeoises permanentes, même les sachant d'esprit tellement obtus, si incapables d'évaluer la portée réelle du présent et de lire dans le proche avenir, déjà alors ils m'apparaissaient enveloppés dans la même aura de mystérieuse fatalité sculpturale qui les enveloppe maintenant, dans la mémoire(...)
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Grandes oeuvres littéraires italiennes

Ce roman de Dino Buzzati traite de façon suggestive et poignante de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ».

Si c'est un homme
Le mépris
Le désert des Tartares
Six personnages en quête d'auteur
La peau
Le prince
Gomorra
La divine comédie
Décaméron
Le Nom de la rose

10 questions
545 lecteurs ont répondu
Thèmes : italie , littérature italienneCréer un quiz sur ce livre
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