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EAN : 9782844148131
288 pages
Éditeur : L'Association (04/06/2021)
4.8/5   5 notes
Résumé :
À l’aube de ses 80 ans, le dessinateur Edmond Baudoin se lance dans la réalisation de ce livre qu’il porte en lui depuis longtemps. Le titre est sans équivoque : Les fleurs de cimetière.

Une longue et ambitieuse autobiographie qui se déroule au fil de pages composites, denses, où l’évocation des moments passés se mêle aux commentaires rétrospectifs, aux citations d’écrivains admirés ou aux portraits de l’artiste réalisés par des proches.
Edmond... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Vagualame
  05 septembre 2021
Quand Baudoin saisit ces instants de vie, ces prémices de l'amour sculptés dans les regards. Quand il nous dessine les femmes qui éclairent les rues, les sentiments, sa vie, son pinceau déclame ses émotions, ondule au fil des rencontres, des réflexions, éclosent les fleurs de cimetière dans son coeur.

Revenir dans le film de sa jeunesse avant le tomber de rideau, s'asseoir sur les traces de son passé et contempler les reflets de sa jeunesse, les ombres des premières amours. Siroter les souvenirs, lentement, le temps du recueillement, le temps que s'effacent les larmes. Revenir pour se ressourcer, quêter la vie, se greffer l'amour qui fuit, les émotions qui se tarissent. Dépoussiérer l'espoir, l'innocence, anticorps de la déprime qui peu à peu s'incruste dans les rides vides. Dessiner le temps qui passe, se vieillir, se rajeunir par le truchement d'un pinceau pour mieux appréhender le bonheur qu'on fuit, qu'on oublie au coin de la rue. Reproduire la légèreté de l'adolescence, l'insouciance des premiers émois pour ressentir les palpitations de la vie, la fertilité qui se tarit, voyager dans l'intime.

Voir sa vie disparaître dans le regard de l'autre, ne plus percevoir que d'évanescents souvenirs dans des yeux embués et inanimés. Sentir le vide qui s'empare de vous, s'infiltre dans vos pores comme une suée d'angoisse dévastatrice. Un épais brouillard vous isolant de celle qui vous a enfanté, vous reléguant comme un simple anonyme dans le fil cotonneux de sa mémoire. Parler pour meubler les silences oppressants, parler pour se prouver que l'on existe encore dans l'écho du glas qui pointe lentement. Crier, exsuder les plaies qui rejaillissent, les souvenances enfouies dans les tiroirs de l'âme. Baudoin relate la maladie qui envase peu à peu sa mère, on ne la nommera jamais, mais qu'importe, l'essentiel est ailleurs. Dans ces éclats qui forment l'existence, dans ces bribes de phrases entendues aux terrasses des cafés, dans les traces de la vie, dans les débris de la mémoire. Cette mémoire fugace, menteuse que l'on déforme, modèle, que l'on désire noire, vengeresse ou douce au gré de nos désirs, de nos humeurs. Face à la futilité qu'elle est notre place, notre trace, sillon éphémère dans un champs infini où poussent les fleurs de cimetière.

Des dessins méditatifs, des noirs douloureux comme des plaies de souffrance, de misères, des blancs mystiques, contemplatifs, herméneutiques. Des silences pour mieux appréhender l'homme, ses mystères. L'artiste s'interroge, nous questionne pour comprendre l'homme, notre société. Une oeuvre comme un pèlerinage en quête du souvenir, de l'enfance, de ces bonheurs simples égrenés au fil des ans sur les poussières de nos vies. Un Baudoin nostalgique, emprunt de tendresse, exhalant ses faiblesses dans des noirs et blancs envoûtants. La Provence de l'enfance, de l'innocence et de la découvrance, aux souvenirs immaculés. Un chemin escarpé par les souillures de la vie, les blessures de l'âme, bordés d'espoir et de joie d'une jeunesse éclatante sous les lueurs de l'âge. Un chemin qui fait la part belle aux dessins, aux arbres, aux femmes.
Baudoin l'amoureux insatiable, repart sur les planches de ses souvenances. Des courbes au fusain, caresses glacées sur les émois d'adolescents, ondes chaloupées déferlant d'avidité inassouvies, écumes ceintes de halos féeriques... Une balade en enfance, entre rêverie et nostalgie, un paysage sylvestre qui s'amenuise pour laisser place aux phantasmes et aux voluptés féminines. Dans le pinceau de Baudoin, on picore brièvement ce temps de l'insouciance, de l'éveil. Des cascades d'émotions enfouies dans les geôles de la mémoire rejaillissent, perlant sur la peau frissonnante de plaisirs retrouvés.

Enfin, poser les valises de son passé pour partir. Retirer les souvenirs déchirés, les laver à l'amour naissant. Quitter sa vie pour s'exiler de sa mémoire. Défaire, refaire le nous sur les chemins du jeu, les traces du tu. Partir pour se rencontrer, se construire ou se détruire. Poser ses valises sur les quais de l'oubli, pour renaître à la vie. Monter dans la vie des autres jusqu'à la prochaine gare, le prochain péage, le temps d'un voyage dans les paysages de l'autre. Poser ses valises dans les consignes des regrets, sur les voies des questions, l'aiguillage des séparations. Poser son corps dans les sillons d'un autre, un amour en salle d'attente, le coeur composter pour un voyage d'incertitude, de volupté. Partir sans bagage, laisser les mensonges de la société, un aller pour réciter les courbes de sa vie, les écrits de son corps. Voyager le temps d'une symphonie, orchestre de deux êtres qui se cherchent, deux chairs qui veulent être. Poser les valises de ses fragilités, oublier les clés de ses peurs, oublier le sens des mots, réinventer inlassablement le mot amour, pour se reconstruire avec elle, se construire en elle, un retour pour l'apprendre, pour la prendre. Poser sa vie pour ne plus glisser à la surface des êtres, surfeur des sentiments sur la vague des déchirures, des départs. Partir pour rester quand les mots ne sont que silence et doute, partir pour ne pas avouer ce qu'on ne sait pas dire. le temps d'un voyage visiter le regard, l'âme de ce pays inconnu, s'immerger dans les mers intimes secoué par la houle d'un langage sans mots, les bris de stupre. Poser les valises de son passé, les remplir de nos attentes pour fuir nos inquiétudes, nos interrogations, chercher le billet idéal, les plages de nos âmes soeurs, les monuments qui ornent nos jardins secrets. le temps des adieux, le temps d'un voyage, les bagages de Baudoin s'alourdissent des regrets, des blessures. Funambule de la vie, il glisse sur le fil de ses rencontres, de ses amours... Un aller pour la vie, un retour pour la nostalgie, lequel composter ?

Des questionnements incessants, ouragan de l'âme, apurement du demain. « Combien de fois faut-il mourir avant de naître », combien de fois faut-il se relever avant de vivre, de comprendre que la fuite ne protège pas, que l'existence n'a de sens que si elle est vécue. « Combien de fois faut-il mourir avant de naître », se saigner pour apprendre à vivre, enterrer ses songes , se mentir pour ne plus souffrir.« Combien de fois faut-il mourir avant de naître », refouler sa fragilité, ses émotions, pour exister. le lourd constat du héros narrateur. Partagé entre Nice et Paris, entre Camille, Louise, Neige,... sa vie, ses amours sont un immense terrain en friche, abandonné. Est-ce pour cela qu'il s'enfuit inlassablement, refusant toute responsabilité, tout emprisonnement? Incapable de s'ancrer durablement, il préfère se terrer dans son mutisme, dans les mensonges, reléguant ses émotions derrière des mots. « Ton amour est un discours le mien est un cri ». Louise, Camille et les autres... cachent une peur de la lassitude, de la fuite du temps. Un attrait irrésistible de la beauté, une pulsion, une soif d'amour jusqu'à l'enivrement, encore et encore. " J'aime ce qui persiste de l'amour. Les odeurs sur la peau, les courbatures dans le corps", l'excitation d'un nouveau corps, une nouvelle passion. L'immersion se fait Bohême, entre passé et présent, sans contrainte de temps ni d'espace. L'auteur se fait léger, fragile et libre comme le vol tournoyant des martinets face à la finitude de la vie, la fugacité de l'instant. Baudoin se perd, se répand face à ses doutes, ses peurs, se réfugie dans un égoïsme de façade pour tromper ses angoisses. « Je ne peux pas lui dire qu'au milieu de la beauté, toujours, je vois la mort ». Baudoin poursuit sa quête poétique de liberté, de beauté, de sens de la vie, invitant le lecteur à mettre ses semelles de vent pour le suivre dans son vol, dans sa cueillette des fleurs de la vie, des fleurs de cimetière.

« Avec ses pinceaux, il voulait simplement effleurer quelques instants d'éternité », peindre l'amour, la beauté éphémère. le temps s'effile, l'ombrageuse futilité de l'existence remplace les rêves étoilés. Des nuages s'amoncellent sur son oeuvre, les traits ne sont plus qu'inquiétude, les blancs des doutes. « Avec ses pinceaux, il voulait simplement quelques instants d'éternité » mais la vie lui échappe, les mots ne viennent plus pour traduire son amour, faute de lui dire, faute de l'avouer, l'indicible ne transparaît pas de ce portrait. Son portrait. L'oeuvre ultime qui couronnerait sa vie de recherche, de création. Sa main le trahit, la jalousie le gagne, le mensonge s'insinue entre eux. Il est le peintre, elle est le modèle, elle est la jeunesse, il est la fanure, elle est la beauté, il est le reflet de la mort. Entre eux un silence, un portrait flou, un amour impensable. Il est le pinceau, elle est la peinture étincelante et rebelle, le pastel du désir qui se craquelle sous ses doigts noueux. Baudoin poursuit sa quête de la beauté, l'impossibilité de palper cette vérité, cette souffrance qui se cache au fond des êtres. Peau protectrice des misères de l'âme, des plaies du coeur, carapace abîmée des parcours de nos vies, jalonnées de rivières de larmes aux sillons ravageurs, de bleus, de rouges des meurtrissures de l'existence. Des pinceaux amoureux qui effleurent la vie, questionnent l'amour. Si vos dessins parlaient on entendrait ces battements de mot.

Je dessinais ton corps
Du bout des doigts
L'effaçant de mes caresses
Tu peignais nos désaccords
Avec des bouts de moi
M'éteignant un peu sans cesse
Tu gommais mon visage
Comme un funeste présage
Tableau blanc
De nos tourments .

S 'éclipser, s'échouer, se laisser emporter...
Explorer les cartes des corps échoués
Les récifs des peaux abandonnées
Ecrire les grammaires de l'amour
La calligraphie des émotions
A l'encre des caresses
Aux pinceaux
De la mémoire

La vie comme un flux de vague, un perpétuel changement invisible, des êtres qui vont et partent comme des navires. Autant de destinations, de voyages sans retour, de ports ou d'écueils, de destins brisés sur les récifs de l'amour, de l'oubli. Des corps chavirés, renversés, abandonnés sur le trajet de l'existence, souvenirs délaissés sur la grande étagère de l'armoire du coeur. Nice terminus ou carrefour des destinées, embarcadère vers un meilleur, transit des laissés pour compte. Baie des anges ou linceul de l'enfer, paradis de paillettes ou âtre mortifère. Edmond Baudoin dessine la vie, les émotions, sa région. du port au mont Alban, tel une sentinelle, véritable ange gardien en quête d'histoire, de détresse, comme Manu dans Salade niçoise, il guette les navires en perdition. Ultime sémaphore, il voit défiler les âmes, aiguillonne les errants, offre le dernier réconfort, l'ultime sourire. C'est ce frère désiré, cet amant éternel qu'on ne met jamais dans le lit mais qui souffre seul. C'est l'écriture du coeur, du corps, de l'humain. Baudoin dans ses noirs et blancs distille ses ambiances si particulières, crie ses émotions, la passion pour sa ville par le biais de ses pinceaux. C'est un billet pour voyager sur les eaux salées de la vie, les tempêtes de la caducité humaine.
Exister, loin des assistances artificielles, respirer seul, pleinement des bribes de vie, des morceaux de rencontres, construire le puzzle de sa quête. Se dénuder pour s'enrichir des autres, s'affranchir de nos impedimenta, nos desiderata. oublie un travail qui l'entrave, abandonne des ombres égoïstes et sans âmes croisées quotidiennement dans le brouhaha des transports en commun. Quitter les cogitations sans fin pour répondre aux parfums de l'inconnu, par faim d'aventures, c'est son nouveau chemin. le dessin est un condensé d'émotions, de mouvements. Des traits sauvages qui effleurent nos âmes, dénudent nos sens. Des blancs, des noirs qui explorent les cartes des corps, des jardins intimes. Ses oeuvres semblent ne respecter aucunes règles si ce n'est la sienne, il laisse traîner son pinceau d'un seul jet comme un voyage, une invitation à le suivre. Quête intérieure, réflexion sur le sens de la vie, des questions que l'on se pose sans jamais avoir la réponse. Amour de la vie, de la femme sublimée par le dessin, de la poésie et de l'onirisme. « Qu'as-tu appris dans ton voyage ? Que d'aller de l'autre côté de la terre ou faire le tour de son village, c'est le même voyage. Que c'est juste une question de regard. »

Changeons nos regards pour s'ouvrir, pour ne plus voir que des ombres filantes dans le ciel de nos vies...
Vivre quand on est vieux quand d'autres meurent pour un dieu, partir quand même, ternir l'anathème quand fane ceux qu'on aime. Donner un autre sens au voyage, aux rencontres, dessiner l'incertitude, l'espoir au crayon noir, quand la nostalgie s'empare de vos pinceaux, quand le coeur expire ses peines, crache ses doutes, vomit ses rancoeurs de soi , du monde. Dessiner l'espoir quand on broie du noir. Des carnets de désarroi, ultime convoi pour ceux qu'on voit. Peindre quand les mains sont tristes des caresses que l'on ne partagera plus, remplir des feuilles pour effacer le deuil, écrire des phrases pour tuer les métastases. Exciser les blancs, remplir les vides, saigner la mémoire des peurs, des questionnements jusqu'à l'épuisement. Peindre les doutes, le dégoût de soi, des autres quand le solde des émotions est dans le rouge. Mise en demeure d'aimer, avis à coeur rédempteur, le pinceau de la solitude qui s'approche dégouline de réflexions, d'angoisses et de remords. Dessiner le présent quand on saigne à blanc. Carnets d'effroi, cancer de mère, naufrage amer. le dessin et les mots se font constat des accidents de la vie. La mémoire s'évapore dans les silences, les absences, la solitude habille l'âme des linceuls de l'amour enfoui, enfui. L'artiste redevient homme s'émiettant délicatement dans l'ombre des dessins, les fêlures de la passion, les couleurs de l'abandon.

Baudoin laisse ses dessins divaguer, ouvrir les portes de nos/ses émotions, de nos/ses réflexions. Une lecture qui procure toujours autant de sensations, autant de bouleversements et nous rappelle que la vie même sur un simple fil offre toujours de somptueux paysages...
Tu vois Edmond c'est peut-être notre dernier voyage, j'ai les mots qui traînent, la vie en quarantaine après Les fleurs de cimetière. Il y a des blessures qui ne se referment pas, il y a des jours qu'on voudrait infrangibles, il y a ce livre que je ne veux pas terminer, ces pages en suspens comme une promesse, ces silences éloquents qui remplissent tes blancs, qui résonnent en moi, que je ne veux pas entendre. Je vais abandonner mes mots et m'asseoir sur le rebord de tes planches encore un instant.

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Francinemv
  21 juillet 2021
Vivre sa vie … Pour Edmond Baudoin, ce serait plutôt peindre la vie, écrire la vie, danser la vie. Et c'est ce que, se dirigeant vers le crépuscule de la sienne, il fait avec toute la sensibilité et l'humanité qu'on lui connaît à travers un récit protéiforme Les fleurs de cimetière, paru comme nombre de ses autres albums à L'Association.
Le livre d'une vie
10 portraits,10 dates. Ce monument de 280 pages s'ouvre sur un « album photos » dans lequel Edmond Baudoin se représente de la naissance à aujourd'hui. Et nous voyons se succéder le bébé de 1942, l'enfant de 1950 et 1954, l'adolescent de 1958, puis retrouvons le jeune adulte de 1963 en 1972, 1980, 1998, 2009 avant que cette galerie de portraits ne s'achève sur un selfie de 2015. Et lui qui se dit « inabouti » se pose la question de savoir quand a lieu ou a eu lieu la vraie naissance.
« J'ai été fait par mes amours, par le dessin, mes amis, mes voyages, les paysages, les livres, la danse, les femmes, mes enfants. J'ai été fait par mes oui, par mes non . Par mes peurs, mes fuites, mes lâchetés, mes mensonges. »
L'artiste, pour qui la liberté n'est pas un vain mot, se raconte à travers son amour ou plutôt devrais-je dire ses amours – pour les siens, les femmes, les autres – et ses passions que sont le dessin, l'écriture et la danse. Alors ce n'est pas la première fois bien sûr mais cette fois il va encore plus loin en abordant des sujets jusqu'alors restés dans l'ombre et notamment ses enfants à travers un croisement de regards : le regard qu'il porte sur eux mais également le regard qu'eux portent sur lui. Il se met à nu dans un récit sans complaisance, nous livrant ses questionnements, étalant ses contradictions.
« J'ai été fait par ma mère, mon père, mes frères, ma soeur, mes enfants, Nice, Villars, une rivière, des collines »
Après la série de portraits, on va voir se dérouler sa vie en accéléré, coté famille. Il sera question de sa mère, de son père et puis bien sûr de son frère Piero « le plus grand dessinateur du monde » ainsi que des lieux de son enfance si importants pour lui.
« J'ai été fait d'abord par les femmes que j'ai aimées » 
Aile, c'est cette femme qui se penche sur son épaule tandis qu'il écrit et dessine cet album, son interlocutrice, sa muse, sa confidente. Elle est à la fois unique et multiple, composition de toutes les femmes que cet adepte du polyamour a aimées et qui l'ont aimé, les mères de ses enfants et les autres. C'est à travers la reproduction d'extraits de ses carnets qu'il va les faire vivre ou revivre en suivant le cheminement sinueux de la pensée et ses souvenirs, et qui dit carnets dit arbres majestueux, torturés qui envahissent toute la page et chorégraphient le récit.
De l'éloge de la poussière aux fleurs de cimetière
Si d'aucuns le voient comme une suite du Chemin de Saint-Jean (2002), cet album recelant des paysages parcourus depuis ce chemin situé derrière son village dans l'arrière-pays, c'est à Éloge de la poussière (2002) qu'il s'apparente le plus par son côté profondément intime d'abord, par sa construction ensuite. le récit loin d'être linéaire, se défie de la chronologie. Il vogue d'une époque à une autre et mêle dessins, récits écrits à la main, tapés à la machine souvent ponctués de ratures et corrections, l'auteur considérant que c'est la main qui donne de la vie au texte. On y trouve également des extraits littéraires des écrivains qu'il affectionne, des fragments commentés de ses livres précédents, des portraits de lui réalisés par d'autres et, véritables uppercuts rompant le noir et blanc, quelques compositions en couleur.
Un artiste plasticien du 9ème art, croqueur de vie sur le motif
« Moi, j'ai quitté la comptabilité pour dessiner… pour aller dans le rêve... pour continuer l'enfance... » déclare-t-il à la fin de Piero (1998), album révélant l'extraordinaire complicité qui le liait à son frère et c'est au moment même où ce frère quittait le milieu artistique qu'Edmond Baudoin y entra assez tardivement afin de prendre le relais. Et, excusez du peu, en 40 ans, cet artiste prolifique avoisine la centaine d'ouvrages à son actif.
« C'est debout, dans une rue, un jardin, sur une place, le carnet dans une main, le pinceau dans l'autre que je fais la plupart de mes dessins et portraits. » Cette nécessité de dessiner debout est liée à son rapport au corps en mouvement, à la danse. Il a besoin de sentir le déplacement de son corps induit par le mouvement du poignet tandis que le pinceau se déplace sur la feuille.
Edmond Baudoin : l'homme au pinceau et à l'encre de Chine, mais pas seulement…
Si le titre Les fleurs de cimetière fait songer à la mort, l'album lui est un hymne à la vie d'un homme qui a toujours voulu « aller voir après le virage, là où les trains disparaissent ». Un album testamentaire ? Peut-être … Un album puissant, passionnant, déroutant, sûrement. A découvrir absolument !

Lien : https://laccrodesbulles.fr/2..
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marietjf
  11 juillet 2021
Qu'il est difficile de parler de ces « fleurs de cimetière »… L'émotion est là, comme si je venais de refermer un livre posthume. J'aime Baudoin, je n'ai pas lu tous ses livres, il y en a beaucoup… mais on sent toute de suite que celui-ci est important, particulier. Sorte de journal intime, carnet de dessins, Baudoin y raconte sa vie, comme souvent… Il parle de lui, beaucoup…de ses parents, de son frère, des femmes (nombreuses !), des voyages, des rencontres, des arbres… entre textes introspectifs, citations d'auteurs et croquis à l'encre (parfois en couleurs !) chaque page est une oeuvre d'art.
C'est intéressant, narcissique forcément… c'est émouvant, dérangeant parfois, Baudoin ne cache rien et ne s'épargne rien. C'est aussi foisonnant, audacieux, libre…cette liberté à laquelle il est très attaché…
79 ans, 40 ans de dessins et d'écriture, plus de 100 ouvrages condensés en un dernier livre… jusqu'au prochain, lui qui souhaite dessiner jusqu'à la dernière seconde, je ne le vois pas s'arrêter là !
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Koala589
  12 juillet 2021
Si fil conducteur il y a, c'est bien entendu au niveau du dessin. Baudoin est l'un des rares artistes à avoir réussi à mettre en cases des desSins qui n'auraient pas dépareillé aux cimaises d'une galerie -ce qui a par ailleurs été plusieurs fois le cas. Adepte du croquis sur le vif, il a fait le choix de reproduire ici des extraits de ses carnets intimes, auxquels il mêle de sublimes arbres croqués pleine page lors de ses nombreuses promenades. On prend alors toute la mesure de sa maîtrise du dessin en noir et blanc d'une sensualité exacerbée, faisant naître du végétal des corps lascifs. Sont reproduits également des extraits de ses bandes dessinées parues depuis 40 ans qui viennent étayer son propos, des femmes de sa vie à la crise migratoire ou à l'imbécillité de quelques bien-pensants.
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critiques presse (2)
BDGest   08 juillet 2021
Une longue et ambitieuse autobiographie qui se déroule au fil de pages composites, denses, où l’évocation des moments passés se mêle aux commentaires rétrospectifs, aux citations d’écrivains admirés ou aux portraits de l’artiste réalisés par des proches.
Lire la critique sur le site : BDGest
FocusLeVif   22 juin 2021
À près de 80 ans, Edmond Baudoin revient avec une foisonnante autobiographie, à la recherche de celles et ceux qui l'ont construit en tant qu'homme.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
FrancinemvFrancinemv   18 juin 2021
J'ai des petites taches brunes sur le dessus de la main, la peau qui vieillit. Jeanne appelait ça "les fleurs de cimetière". Mais comment dire que j'en ai aussi sur la queue?
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VagualameVagualame   11 août 2021
Aimer, c’est voyager. L’autre est un pays, un livre.
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FrancinemvFrancinemv   18 juin 2021
JEANINE.
1943-2017
Christian BOLTANSKI a l'idée qu'à l'intérieur du petit trait séparant la date de naissance et celle de la mort est inscrit toute une vie.
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Videos de Edmond Baudoin (55) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Edmond Baudoin
C'est l'oeuvre d'une vie : Edmond Baudoin raconte 80 ans d'existence dans un album complexe et protéiforme. Celui qui fut le précurseur, en France, de la bande-dessinée autobiographique publie "Les fleurs de cimetière" (L'Association), un album en forme de testament artistique.
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