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EAN : 9791025604489
Éditeur : Editions Thélème (29/05/2019)
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Note moyenne : 3.78/5 (sur 412 notes)
Résumé :
[LIVRE AUDIO]

L'existence discrète d'un jeune prêtre catholique dans la petite paroisse d'Ambricourt, dans le nord de la France. Marqué par ses douleurs à l'estomac et son désespoir devant le manque de foi de la population du village, le curé se sent faible, inférieur, mais croit que la grâce de Dieu passe par son sacerdoce.
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
tiptop92
  18 septembre 2019
Georges Bernanos - Journal d'un curé de campagne - 1936 : de quoi parlait-on dans ce livre ? du courage d'un jeune homme issu d'une famille pauvre se retrouvant à prêcher une vie qu'il n'a pas connue à une population pervertie depuis longtemps par les caprices de l'existence. Être curé dans les campagnes françaises au début du 20ème siècle c'était revivre chaque jour l'existence de Jésus Christ dans le désert, connaître la pauvreté, le dénuement et la solitude. L'ère des nababs à soutane était finie depuis que la république s'était séparée de l'église et alors que le sacerdoce ne permettait plus d'obtenir des postes richement dotés les séminaires ne formaient plus que des prêtres issus des classes les plus populaires. Lui souffrait dans son âme du mépris affiché envers sa personne par les notables du village, il souffrait aussi dans sa chair épuisée par un cancer qui exacerbait ses doutes et ses questionnements sur sa propre foi. On avait beau être un serviteur de dieu, on en était pas moins un homme avec ses peines et ses faiblesses. Ce journal explorait avec simplicité les tourments de celui qui avait en charge les consciences des autres alors que lui-même portait la sienne enfoncée dans son crâne comme la couronne d'épines sur la tête du christ. Les pages alignaient l'écriture décharnée d'un individu dévoué à son prochain touchant par sa bonté sans artifices et sa confiance juvénile en cet être humain qui pourtant lui montrait chaque jour toute sa bassesse. le propos n'était pas joyeux, il versait même souvent dans la mélancolie et la souffrance. Les petites victoires du quotidien (monter un club de sport pour la jeunesse, ramener la femme du châtelain mortifiée par les infidélités de son mari dans le giron de dieu) ne comblaient en rien les échecs subis pendant son ministère et l'incompréhension grandissante entre lui et une partie de ses paroissiens. Ce livre dévasté montrait que la religion vécue sans partage n'était qu'un vaste champ douloureusement stérile, une plaie ouverte à toutes les tentations. du désespoir à l'exaltation ce texte remuait profondément le lecteur qu'il soit croyant ou non...
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jeunejane
  24 septembre 2019
J'avais déjà lu une grande partie du livre depuis sa réédition aux éditions pocket au printemps 2019.
C'est un roman qu'on lit par chapitres, pas tout d'un coup afin de pouvoir apprécier l'écriture.
Lors de l'opération Masse critique de ce mois de septembre, j'ai reçu la version audio des éditions Thélème et je les en remercie.
Ce qui venait bien à point car j'ai pu compléter ma lecture.
Le jeune curé d'Ambrecourt arrive dans une paroisse du nord et parle très vite d'ennui pas pour lui, pour les habitants.
Ensuite, il est vraiment préoccupé par les classes sociales, ce Dieu qui réconforte les pauvres mais ne leur apporte pas une vie meilleure.
Lui-même est né dans une extrême pauvreté et les prêtres vivent dans la pauvreté.
De faible constitution, il est souvent pris de maux d'estomac.
Le docteur du village lui confirme que son enfance pauvre, enfanté par des alcooliques n'a rien arrangé.
Il est bien triste ce roman mais tellement bien écrit.
J'ai beaucoup apprécié les échanges verbaux avec le curé de Torcy très fâché contre l'humanité, avec le docteur Debende qui avoue sa non croyance en Dieu et s'en justifie.
L'écriture est magnifique, presque envoûtante et je n'exagère en rien mon impression.
L'audition qui est arrivée alors que j'en étais au 17ème chapitre est tout autant prenante à condition de se plonger complètement dedans. J'ai pu lui consacrer du temps car mon mari avait de nombreuses réunions aujourd'hui. Je ne vais pas dire que j'étais fâchée qu'il rentre, j'avais assez écouté.
Le roman a reçu le prix de l'Académie française en 1936.
Dans les jours prochains, je m'intéresserai au parcours de vie de Bernanos car il me semble bien mouvementé.
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filippo
  30 juin 2017
Lorsque Bernanos publie « Journal d'un curé de campagne » en 1938, la critique et le public l'acclament ; des millions d'exemplaires sont vendus, il obtient le grand prix de l'Académie française et André Malraux ira jusqu'à écrire dans la préface que ce livre est l'héritage de Dostoïevski et Balzac. Plus tard, il sera inclus dans la liste des douze meilleurs romans du demi-siècle aux côtés d'autres illustres oeuvres telles que « Les Faux-monnayeurs », « Thérèse Desqueyroux » ou « Un amour de Swann ».
Dans la petite ville d'Ambricourt, dans le nord de la France, un prêtre fraîchement sorti du séminaire prend ses fonctions. Son caractère effacé s'oppose aux réticences de ses nouveaux paroissiens doutant de ce jeune homme timide et souffreteux. Notre curé prend cependant des décisions pour sa paroisse : s'occuper sportivement des jeunes, visiter chaque famille au moins une fois par trimestre, … Régulièrement, Il rend visite au comte ( qui l'insupporte) à la comtesse ( qu'il finira par réconcilier avec Dieu) et leur fille Chantal ( qui le tourmente plus qu'autre chose). Très jeune, notre homme s'effondrera physiquement et mourra assez sordidement à Lille.
C'est un curé triste et qui souffre, mais c'est une tristesse qui rend bon et qui n'empêche pas les moments d'allégresse.
La première page du livre est vraiment d'une très grande beauté, quand il décrit le petit village de sa paroisse qui croule sous l'ennui et le compare à une bête couchée sous la pluie. Il y a beaucoup d'autres passages qui évoquent des images avec force, c'est une écriture qui touche profondément l'imagination. Au final on se sent vraiment bouleversé par ce jeune prêtre convaincu et on a l'impression d'avoir touché un peu l'indicible.
Toutefois, Bernanos tient à ne jamais peser sur le jugement du lecteur et, par ailleurs, son très beau roman peut se lire sans aucune connaissance religieuse particulière. Toutefois il n'est pas d'une lecture facile et suppose un minimum de concentration ; mais ça en vaut la peine : son Journal d'un Curé de Campagne constitue un enrichissement certain, tant sur le plan littéraire que spirituel.
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colimasson
  09 mai 2014
Le siècle dernier semblait encore propice à l'expression d'une individualité prise au piège d'une solitude nourrie par la différence. le vécu catholique, en proie à une désagrégation subtile, persistait encore courageusement et trouvait un écho plus direct chez ses lecteurs contemporains que ce ne serait le cas aujourd'hui. Quel ressort dramatique utiliserait-on à présent pour encadrer les illuminations mystiques d'un homme d'abord isolé à cause des autres, avant de choisir cette solitude comme vocation ? Dans la profession de foi de ce curé de campagne, le raccourci entre l'abandon et l'exaltation spirituelle se satisfait d'idées préconçues. Georges Bernanos peut déployer la panoplie des sentiments contrastés de son personnage avec une souplesse presque géniale, si elle n'était contrainte de fait à s'embarrasser de tous les lieux communs cristallisés autour de la vocation ecclésiastique.

Georges Bernanos s'éloigne tranquillement d'une forme de narration classique en nous soumettant le journal de son curé de campagne et si les événements nous paraissent ainsi plus troubles, assumant une part d'illogisme que les ellipses mystérieuses abandonneront à notre imagination, ils n'échappent cependant pas à l'obligation de la cohérence sur la durée des journées décrites par le curé. Une fois remplies les inévitables contraintes formelles permettant de caractériser le personnage par opposition à ses congénères humains, que ceux-ci soient ecclésiastes ou mortels campagnards, une fois toute la fanfaronnade des particularités individuelles brandies comme composantes uniques d'une personnalité, reste la force d'évocation d'intuitions spirituelles qui nous prouvent que Georges Bernanos n'écrit pas sous la forme d'hypothèses des emportements mystiques impossibles à contrefaire. Mais parce qu'il se croit rare et que ses sentiments lui apparaissent comme une aumône privilégiée, ou peut-être simplement parce qu'il ne sait pas comment parler de l'indéfini sans le rapporter à une expérience particulière, Georges Bernanos entrave son expansion mystique par une complaisance en soi et un mépris des autres qui nous prouve que son curé est effectivement humain –trop humain- tâtonnant sur un chemin d'élévation que Georges Bernanos semble lui-même chercher avidement.

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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rabanne
  21 février 2016
J'avais lu ce livre sans grand enthousiasme.
L'on plonge dans un monde rural à l'esprit étriqué, où l'arrogance de certains côtoie la médisance tenace des autres. Un jeune curé consigne dans un journal ses premiers pas dans la paroisse où il a été affecté, en rase campagne artoise. Il y est mal accepté et vite critiqué...
Il s'agit d'un récit profondément intimiste, emprunt de profondes réflexions spirituelles, psychologiques et mystiques, ce prêtre ayant la foi chevillée au corps et l'espoir de la transmettre de toute son âme.
Mais ce journal traite aussi en filigrane de la France profonde du début du XXème siècle, que la foi ne rassemble pas forcément autour d'un clocher et de son curé. La pratique religieuse est majoritaire, mais elle n'influe pas vraiment sur le quotidien.
Ces pratiquants ne sont pas de meilleurs hommes que les autres, égoïstes, médisants, hypocrites et peu affables.
Un portrait assez sombre d'une communauté chrétienne en pleine mutation, et de la solitude des curés de campagne...
Un récit précurseur de la désertification des églises et de la pénurie de vocations des décennies à venir ?
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critiques presse (1)
LeFigaro   21 février 2019
Le romancier préface Journal d'un curé de campagne et publie un pamphlet qui fait écho à l'œuvre de Bernanos.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (110) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   06 août 2011
Je crois, je suis sûr que beaucoup d'hommes n'engagent jamais leur être, leur sincérité profonde.Ils vivent à la surface d'eux-mêmes, et le sol humain est si riche que cette mince couche superficielle suffit pour une maigre moisson qui donne l'illusion d'une véritable destinée.
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   29 avril 2020
J’allais donc vers Mézargues lorsque j’ai entendu, très loin derrière moi, ce bruit de sirène, ce gonflement qui s’enfle et décroît tour à tour selon les caprices du vent, ou les sinuosités de la route. Depuis quelques jours il est devenu familier, ne fait plus lever la tête à personne. On dit simplement : « C’est la motocyclette de M. Olivier. » - Une machine allemande, extraordinaire, qui ressemble à une petite locomotive étincelante.
[…] Je me suis arrêté au haut de la côte pour souffler. Le bruit du moteur a cessé quelques secondes (à cause, sans doute, du grand tournant de Dillonne) puis il a repris tout à coup. C’était comme un cri sauvage, impérieux, menaçant, désespéré. Presque aussitôt, la crête, en face de moi, s’est couronnée d’une espèce de gerbe de flammes - le soleil frappant en plein sur les aciers polis - et déjà la machine plongeait au bas de la descente avec un puissant râle, remontait si vite qu’on eût pu croire qu’elle s’était élevée d’un bond. Comme je me jetais de côté pour lui faire place, j’ai cru sentir mon cœur se décrocher dans ma poitrine. Il m’a fallu un instant pour comprendre que le bruit avait cessé. Je n’entendais plus que la plainte aiguë des freins, le grincement des roues sur le sol. Puis ce bruit a cessé, lui aussi. Le silence m’a paru plus énorme que le cri.
M. Olivier était là, devant moi, son chandail gris montant jusqu’aux oreilles, tête nue. Je ne l’avais jamais vu de si près. Il a un visage calme, attentif, et des yeux si pâles qu’on n’en saurait dire la couleur exacte. Ils souriaient en me regardant.
- « Ça vous tente, monsieur le curé ? » m’a-t-il demandé d’une voix - mon Dieu, d’une voix que j’ai reconnue tout de suite, douce et inflexible à la fois - celle de Mme la comtesse. (Je ne suis pas bon physionomiste, comme on dit, mais j’ai la mémoire des voix, je ne les oublie jamais, je les aime. Un aveugle, que rien ne distrait, doit apprendre beaucoup de choses des voix.) - « Pourquoi pas, monsieur ? » ai-je répondu.
Nous nous sommes considérés en silence. Je lisais l’étonnement dans son regard, un peu d’ironie aussi. À côté de cette machine flamboyante, ma soutane faisait une tache noire et triste. Par quel miracle me suis-je senti à ce moment-là jeune, si jeune - ah ! oui, si jeune - aussi jeune que ce triomphal matin ? En un éclair, j’ai vu ma triste adolescence - non pas ainsi que les noyés repassent leur vie, dit-on, avant de couler à pic, car ce n’était sûrement pas une suite de tableaux presque immédiatement déroulés - non. Cela était devant moi comme une personne, un être (vivant ou mort, Dieu le sait !). Mais je n’étais pas sûr de la reconnaître, je ne pouvais pas la reconnaître parce que… oh ! cela va paraître bien étrange - parce que je la voyais pour la première fois, je ne l’avais jamais vue. Elle était passée jadis - ainsi que passent près de nous tant d’étrangers dont nous eussions fait des frères, et qui s’éloignent sans retour. Je n’avais jamais été jeune, parce que je n’avais pas osé. Autour de moi, probablement, la vie poursuivait son cours, mes camarades connaissaient, savouraient cet acide printemps, alors que je m’efforçais de n’y pas penser, que je m’hébétais de travail. Les sympathies ne me manquaient pas, certes ! Mais les meilleurs de mes amis devaient redouter, à leur insu, le signe dont m’avait marqué ma première enfance, mon expérience enfantine de la misère, de son opprobre. Il eût fallu que je leur ouvrisse mon cœur, et ce que j’aurais souhaité dire était cela justement que je voulais à tout prix tenir caché… Mon Dieu, cela me paraît si simple maintenant ! Je n’ai jamais été jeune parce que personne n’a voulu l’être avec moi. Oui, les choses m’ont paru simples tout à coup. Le souvenir n’en sortira plus de moi. Ce ciel clair, la fauve brume criblée d’or, les pentes encore blanches de gel, et cette machine éblouissante qui haletait doucement dans le soleil… J’ai compris que la jeunesse est bénie - qu’elle est un risque à courir - mais ce risque même est béni. Et par un pressentiment que je n’explique pas, je comprenais aussi, je savais que Dieu ne voulait pas que je mourusse sans connaître quelque chose de ce risque - juste assez, peut-être, pour que mon sacrifice fût total, le moment venu… J’ai connu cette pauvre petite minute de gloire.
Parler ainsi, à propos d’une rencontre aussi banale, cela doit paraître bien sot, je le sens. Que m’importe ! Pour n’être pas ridicule dans le bonheur, il faut l’avoir appris dès le premier âge, lorsqu’on n’en pouvait même pas balbutier le nom. Je n’aurai jamais, fût-ce une seconde, cette sûreté, cette élégance. Le bonheur ! Une sorte de fierté, d’allégresse, une espérance absurde, purement charnelle, la forme charnelle de l’espérance, je crois que c’est ce qu’ils appellent le bonheur. Enfin, je me sentais jeune, réellement jeune, devant ce compagnon aussi jeune que moi. Nous étions jeunes tous les deux.
- « Où allez-vous, monsieur le curé ? » - « À Mézargues. » - « Vous n’êtes jamais monté là-dessus ? » J’ai éclaté de rire. Je me disais que vingt ans plus tôt, rien qu’à caresser de la main, comme je le faisais, le long réservoir tout frémissant des lentes pulsations du moteur, je me serais évanoui de plaisir. Et pourtant, je ne me souvenais pas d’avoir, enfant, jamais osé seulement désiré posséder un de ces jouets, fabuleux pour les petits pauvres, un jouet mécanique, un jouet qui marche. Mais ce rêve était sûrement au fond de moi, intact. Et il remontait du passé, il éclatait tout à coup dans ma pauvre poitrine malade, déjà touchée par la mort, peut-être ? Il était là-dedans, comme un soleil. (p. 250-253, Le Livre de Poche)
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LuniverLuniver   19 septembre 2013
Que serais-je, par exemple, si je me résignais au rôle où souhaiteraient volontiers me tenir beaucoup de catholiques préoccupés surtout de conservation sociale, c'est-à-dire, en somme, de leur propre conservation ? Oh ! je n'accuse pas ces messieurs d'hypocrisie, je les crois sincères. Que de gens se prétendent attachés à l'ordre, qui ne défendent que des habitudes, parfois même un simple vocabulaire dont les termes sont si bien, rognés par l'usage, qu'ils justifient tout sans jamais remettre en question ? C'est une des plus incompréhensibles disgrâces de l'homme, qu'il doive confier ce qu'il a de plus précieux à quelque chose d'aussi instable, d'aussi plastique, hélas ! que le mot. Il faudrait beaucoup de courage pour vérifier chaque fois l'instrument, l'adapter à sa propre serrure. On aime mieux prendre le premier qui tombe sous la main, forcer un peu, et, si le pêne joue, on n'en demande pas plus. J'admire les révolutionnaires, qui se donnent tant de mal pour faire sauter des murailles à la dynamite, alors que le trousseau de clefs des gens bien pensants leur eût fourni de quoi entrer tranquillement par la porte sans réveiller personne.
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MessagerMessager   09 juin 2011
L’Eglise dispose de la joie, de toute la part de joie réservée à ce triste monde. Ce que vous avez fait contre elle, vous l’avez fait contre la joie. Est-ce que je vous empêche, moi, de calculer la précession des équinoxes ou de désintégrer les atomes ? Mais que vous servirait de fabriquer la vie même, si vous avez perdu le sens de la vie ? Vous n’auriez plus qu’à vous faire sauter la cervelle devant vos cornues. Fabriquez de la vie tant que vous voudrez ! L’image que vous donnez de la mort empoisonne peu à peu la pensée des misérables, elle assombrit, elle décolore lentement leurs dernières joies. Ça ira encore tant que votre industrie et vos capitaux vous permettront de faire du monde une foire, avec des mécaniques qui tournent à des vitesses vertigineuses, dans le fracas des cuivres et l’explosion des feux d’artifice. Mais attendez, attendez le premier quart d’heure de silence. Alors, ils l’entendront, la parole - non pas celle qu’ils ont refusée, qui disait tranquillement : « je suis la Voie, la Vérité, la Vie » - mais celle qui monte de l’abîme : «  Je suis la porte à jamais close, la route sans issue, le mensonge et la perdition. »
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colimassoncolimasson   09 février 2015
Eh bien, donc, lorsque je ne suis plus capable de rien, que je ne tiens plus sur mes jambes, avec mon mauvais point de côté, je vais me cacher dans un coin, toute seule et –vous allez rire- au lieu de me raconter des choses gaies, des choses qui remontent, je pense à tous ces gens que je ne connais pas, qui me ressemblent –et il y en a, la terre est grande !- les mendiants qui battent la semelle sous la pluie, les gosses perdus, les malades, les fous des asiles qui gueulent à la lune, et tant ! et tant ! Je me glisse parmi eux, je tâche de me faire petite, et pas seulement les vivants, vous savez ? les morts aussi, qui ont souffert, et ceux à venir, qui souffriront comme nous… - « Pourquoi ça ? Pourquoi souffrir ? » qu’ils disent tous… Il me semble que je le dis avec eux, je crois entendre, ça me fait comme un grand murmure qui me berce. Dans ces moments-là, je ne changerais pas ma place pour celle d’un millionnaire, je me sens heureuse.
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Videos de Georges Bernanos (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Bernanos
http://le-semaphore.blogspot.fr/2014/.... Émission “La marche de l'histoire” diffusée sur France Inter le 28 octobre 2015 et consacrée à l'évocation de l'écrivain français Georges Bernanos. Jean Lebrun s'entretenait avec Michael Kohlhauer, professeur de littérature française et comparée à l'Université de Savoie, à propos de la parution dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard) des Oeuvres romanesques complètes de Georges Bernanos et, plus largement, de l'oeuvre et du message de cet immense écrivain visionnaire et lucide. « Le bon Dieu ne m’a pas mis une plume entre les mains pour rigoler », disait-il. En conséquence, son écriture ne supportait ni la comédie ni même la douceur. « Je ne suis pas un professeur d’ironie », ajoutait-il. Cette franchise s’accompagnait de la solitude. « Sous le soleil de Satan » en 1926, « Le journal d’un curé de campagne » plus encore, en 1936, furent des succès mais au lieu de faire négoce de ses romans par toutes sortes de besognes d’accompagnement mondaines et rémunératrices, à chaque fois il échappait à ses admirateurs. Quand il ne les prenait pas à rebrousse-poil. Cet homme, qui fut pourtant chef d’une famille de quatre enfants qu’il lui fallait nourrir déménagea peut-être une trentaine de fois. Français élevé à quelques kilomètres d’Azincourt et tout frémissant d’un patriotisme ardent, il choisit l’éloignement dès 1934. Il est des moments où il ne faut plus rester au niveau de la mangeoire, il faut monter ! L’expérience de la France libre à laquelle il adhéra depuis le Brésil le rechargea dans sa vision de l’honneur mais, au retour, il n’était guère optimiste sur la société qui allait se mettre en place ! Bernanos est mort prématurément à soixante ans, en 1948. On se demande parfois si nous ne sommes pas parvenus au point où il craignait que nous arrivions. L’homme consommateur, prévenait-il, est tout occupé à courir derrière sa fortune et sa sécurité, il ne demandera au fond qu’à renier des libertés dont il ne veut plus courir le risque.
Invité : Michael Kohlhauer, professeur de littérature française et comparée à l'Université de Savoie Avec la voix de Georges Bernanos (Archives INA)
Source : France Inter
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