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EAN : 9782266112321
Pocket (16/03/2001)
  Existe en édition audio
3.7/5   402 notes
Résumé :
La jeune Germaine Malorthy, dite Mouchette, se laisse séduire par ennui par le marquis de Cadignan. Lorsqu'elle tombe enceinte, celui-ci la repousse ; désespérée, elle le tue, ce qui passe pour un accident. Devenue la maîtresse de l'officier de santé Gallet, elle découvre sa lâcheté et son refus de la faire avorter.

C'est alors que son chemin croise celui de l'abbé Donissan. Celui-ci cherche sa voie vers la sainteté non sans tourments et rencontre, a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 402 notes

Fabinou7
  19 octobre 2021
En résumé, j'aime assez les adjectifs de la quatrième de couverture, “chaotique et ténébreuse” (je vais quand même en dire un peu plus…)

.
Donc, cette première publication de l'écrivain français est une sombre et ténébreuse histoire, bien que George Bernanos s'amuse aussi de façon discrète mais franche de ses personnages : ils sont à certains égards risibles, dans leur lâcheté par exemple, “l'habile et le prudent ne ménagent au fond qu'eux-mêmes” écrit-il.
Les personnages sont d'ailleurs un des attraits principaux de “Sous le soleil de Satan”, roman psychologique s'il en est, ce confessionnal fait livre repose sur l'incarnation d'individus de chair et de sang aux tourments invraisemblables faisant l'objet de prolixes descriptions. L'élan pernicieux et vivace de la jeune “Mouchette” est fait pour marquer, c'est une de ces figures romanesques dont on se souviendra avoir croisé la route, emblématique et pathétique, servie par une première partie dynamique, haletante et inspirée.
“Il sait aussi ce qu'est l'homme : un grand enfant plein de vices et d'ennui.” Mais l'ouvrage n'en demeure pas moins chaotique sur la forme, car le reste du roman nous perd dans le fouillis des méandres de l'examen de conscience de l'abbé Donissan, dont la “timidité faisait un ridicule martyre”. Il est un instant palpable et ses contours bien arrêtés mais nous échappe l'instant d'après… laissant le lecteur surnager dans les eaux troubles et brumeuses de la narration et finalement échouer quelques pages plus loin. Pour ma part, c'est la dernière partie du livre, éclatée façon puzzle, qui m'as vu lâcher le rondin de bois auquel je m'accrochais fébrilement, par respect pour les premiers moments alléchants du livre.
Au-delà de la (dé)construction narrative, ce qui rend (en plus) le roman difficile, voire barbant pour être honnête, c'est que Bernanos s'est enfermé dans un thème dont la pauvreté n'a d'égal que la banalité : la lutte entre l'abbé et Lucifer, dont on nous rabat les oreilles depuis L'Enfer de Dante jusqu'à l'Exorciste de Friedkin.
Pour le lecteur du XXIème siècle, après le ras de marée des films d'horreurs qui ont usé le chapelet de l'imaginaire fictionnel catholique jusqu'au copeau de bois, c'est cette exiguïté binaire et austère de la mythologie chrétienne qui rend las… cela malgré l'injustice de mon jugement anachronique, m'enfin on s'adresse ici aux lecteurs d'aujourd'hui.
Cependant la langue est bonne, l'atmosphère de la campagne artoise, ses nuits, son froid, son vent, sa pluie, sa boue, sa mer du Nord et son embrun en font une lecture parfois immersive. En outre, l'aspect un peu touffu du style laisse le bénéfice du doute à Bernanos sur une possible profondeur sibylline, prétendument insondable pour le béotien, où les mots de grâce, de joie, d'espérance, de désespoir sont érigés au rang de concepts quasi-ésotériques.
Qu'en pensez-vous ?
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Nastasia-B
  27 février 2014
Peut-être suis-je totalement passée à côté de cette oeuvre, peut-être mon avis ne vaut-il que tripette, aussi me bornerai-je à ne livrer que mes impressions de lecture, pour lesquelles, je puis tout de même formuler quelques certitudes.
Je me suis littéralement engluée dans cette lecture pro-religieuse, pas motivante, pas transcendante, pas aussi subtile à mon goût que certains avis me l'avait laissé espérer. Voici une brève description de la structure du roman avec ses trois parties très distinctes :
1) un assez long prologue, étrange mais plutôt tonique, qui retrace l'histoire houleuse d'une jeune fille de seize ans, Germaine Malhorty, surnommée Mouchette. Mouchette, fille d'une famille de notables du nord de la France en fin de XIXè ou au tout début du XXème siècle, découche et s'attire des ennuis auprès des siens. Son impulsivité et son non-conformisme qui confine parfois à la folie lui font commettre de nombreux impairs.
2) une "première" partie, contemporaine du prologue, où l'on fait connaissance avec le personnage principal du roman, l'abbé Donissan, présenté comme une force de la nature mais excessivement gauche, timide et de faible intelligence. Les quatre chapitres de cette partie m'ont parus interminables.
L'auteur force le trait à n'en plus finir sur le caractère soumis (vis-à-vis de sa hiérarchie cléricale), obtus, borné, ultra spartiate de l'abbé et ses incalculables auto-flagellations (au propre comme au figuré). Bref, c'est du lourd et pour la finesse, je la cherche encore et que dire de cette rencontre avec Satan lui-même, passage d'un pathétique à donner envie de refermer le livre pour ne plus jamais le rouvrir.
Donc, notre brave pâte d'abbé a vu Satan dans le blanc des yeux et arrive même maintenant à lire dans le fond des âmes comme dans son bréviaire afin de les délivrer de leur multiples péchés et tentations du mal. C'est ainsi que sa route croise celle de Mouchette, à laquelle il va faire toucher du doigt tout le côté obscur de sa conduite et la plonger dans le repentir, chose qui n'était pas son fort auparavant. Je vous laisse le bonheur de découvrir les détails si le courage vous prend de vous engager dans cette lecture.
3) enfin, une dernière partie faite de quinze très minces chapitres, situés environ quarante ans plus tard, avec l'abbé Donissan au crépuscule de sa vie, avec un épais passé d'exorciste et de saint local, désormais en proie au doute vis-à-vis du salut en général et du sien en particulier, très affaibli, et toujours aiguillonné par l'odieux Satan.
Pour faire court, le ministre du mal arrivera-t-il à faire ployer le saint homme ? L'abbé Donissan, en proie au doute changera-t-il de regard ? C'est ce que vous saurez si vous lisez le livre, mais très sincèrement, si vous ne le savez pas, peut-être n'est-ce pas, selon moi, si grave que cela, car ce n'est vraiment pas une lecture que je conseille, sauf à titre de curiosité, pour les esprits un peu torturés comme le mien, ou mieux, pour les vrais insomniaques qui ont besoin de meubler leurs nuits sans sommeil avec toutes sortes de lectures.
Que penser encore de l'intercession aussi inutile qu'inintéressante du personnage d'Antoine Saint-Marin, écrivain renommé, lui aussi au soir de sa vie, une vie faite quant à elle de jouissance et d'égoïsme, venu en " pèlerinage " dans la petite église de l'abbé Donissan à titre de curiosité et qui y trouvera finalement " la grâce "...
Je ne peux pas non plus m'extasier sur le style, pas désagréable dans l'ensemble mais pas franchement non plus à tomber à la renverse et qui se complique parfois d'une fâcheuse tendance à l'intrication, voire à l'obscur, quand il ne fait pas purement et simplement dans l'abscons.
Impressions de lecture, comme vous l'aurez deviné, sans appel, mais je le rappelle encore une fois, tout ceci n'est que mon tout petit avis, qui avec ses lunettes fumées ne sait que se dorer la pilule sous le soleil de Satan, c'est-à-dire, qu'il ne sait pas faire grand-chose.
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Alexein
  24 octobre 2017
Ce livre bourdonne, il transpire d'une fièvre mystique. C'est une veine que j'aime. Cependant je trouve le style trop boursouflé. Malgré le lyrisme qui par certaines images est proprement foudroyant, il y en a trop. L'envie de tout dire empêche de respirer. Cela gâte malheureusement les moments magnifiques et véritablement grandioses de ce livre.
Les parties sont extrêmement distendues. le récit est tout en description des états d'âme dans les attitudes et les signes, les marques et les objets. L'action est simple. Tout est très psychologique. Mais les descriptions deviennent pâteuses et gluantes ; au lieu d'atteindre la limpidité de la transe sacrée, elles peignent (et c'est bien sûr nécessaire) les errements des âmes et leur avilissement jusqu'à dépasser la mesure et surenchérir, donnant trop souvent dans le grotesque et ratant le sublime qui siérait à un tel sujet.
Mais l'essai est noble. C'est le premier livre de Bernanos, qui déjà laissait paraître une maîtrise à venir dans le souffle et la puissance des images. Il manque surtout la mesure. Bernanos, à n'en pas douter, était une âme généreuse et emportée, une âme inquiète, un nerveux soucieux de frapper les esprits.
Cette histoire, sur le fond, demeure banale. L'abbé Donissan est considéré comme un saint par les autres lors même qu'il se croit un pécheur invétéré et irrémédiablement voué à ne jamais mériter la grâce divine. C'est la classique oscillation entre souillure et pureté. Et que dire de cette apparition du diable ? Grotesque à souhait mais tout de même tellement croustillante, bien qu'elle traîne en longueur. J'ai savouré le portrait de l'écrivain Saint-Marin : truculent, cocasse, tellement juste dans le rendu des nuances et des contours. Il m'est presque apparu devant les yeux. La fin ironiquement grinçante, vaut le détour que prennent ces quelque 380 pages.
J'ai fait plusieurs pauses au cours de cette lecture pour ne pas avoir à sentir l'amertume de l'abandonner. Je le traînais depuis quelques mois, il remuait dans un coin de ma tête. Je relisais religieusement certains passages pour bien m'en imprégner ; des phrases tenaces, qui agrippent et ne lâchent pas l'esprit comme les serres d'un oiseau de proie. Parce que ce n'est pas une lecture facile et digeste. C'est un livre qui, malgré tous ses défauts et son épaisseur, élève et fait entrevoir vigoureusement une dimension fascinante, sans pour autant provoquer la transcendance.
Une lecture douloureuse mais que je suis content d'avoir accomplie, il est de ces livres que l'on est satisfait d'avoir lus non pour pouvoir les rayer de sa liste mais, on ne sait trop comment, parce qu'on ne se rend compte qu'à la fin des bienfaits que le temps et l'énergie qu'on y a consacrés nous ont valus. C'est comme faire l'ascension d'une montagne en pleine nuit pour atteindre le sommet et admirer le soleil se lever.
Un livre viril, plein de relief et de fougue, où le sacré semble palpable et paraît palpiter lourdement dans l'air qui enveloppe ces personnages, comme un génie fatidique contre lequel rien ne sert de lutter, l'insaisissable et inéluctable destin qui échoit à cet animal tourmenté qu'est l'homme.
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Amorina
  02 février 2015
C'est une superbe - et ô combien vertigineuse - plongée dans les tourments de la foi et de l'âme humaine que nous offre ici Georges Bernanos. Oeuvre complexe et profonde, ce roman noir dépeint avec une grande finesse et d'une plume singulière le combat d'une vie, l'affrontement éternel entre la Lumière de Dieu et la Fausse Aurore du Diable.
Voici donc le jeune abbé Donissan, simple vicaire de campagne doté d'une humilité touchante et pourtant si peu sûr de lui, errant timidement dans ce monde sans parvenir à le comprendre. Il devra, pourtant, rencontrer le Diable. Ce compagnon qui sera celui de toute une vie, plongeant dans le tourment une existence déjà perdue.
Je pourrais, je le pense, passer des heures à évoquer le lourd parfum de ténèbres qui s'échappe de ce récit. Ces accents de tristesse, d'oubli, de souffrance, ces notes aiguës de solitude et de désespoir, ces froides images de pluie, de nuit, l'air glacial des Églises et la noirceur de l'étroit confessionnal.
C'est le récit violent d'un grand coeur ouvert à l'Amour de Dieu, qui peu à peu s'étiole et se déchire sous les cris incessants, les souffrances des âmes qu'il voit et console sans jamais les guérir.
Mais, au delà de la fiction, s'exprime toute la personnalité de l'auteur, dont les interrogations, les luttes et les doutes ne sont autres que ceux, si nombreux, du prêtre torturé. Et peut-être les nôtres, également. Car, si l'abbé n'a de cesse de "descendre en lui même", afin d'explorer toutes les strates de son être, c'est à l'intérieur de nous-mêmes que l'auteur nous invite à plonger, partageant tout à coup nos craintes, nos errances, et le mystère de nos existences.



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Woland
  30 octobre 2016

Editions : le Livre de Poche - 1er Janvier 1957 - N° 227
ISBN : 978-2253003458
Eh ! bien, je vais vous dire : malgré ses allures parfois un peu brouillonnes (à mon sens personnel mais que l'on doit probablement au fait qu'il s'agit, il me semble, du premier roman de l'auteur), un livre comme ça, on n'est plus capable d'en faire aujourd'hui, alors que, justement, il faudrait en faire. Non pour attirer vers la religion catholique, que Bernanos défend pourtant avec fougue mais pour persuader les gens, peu importe leur religion pourvu qu'ils aient l'esprit ouvert, que le Mal est comme une maladie nosocomiale et qu'il n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'on se croit à l'abri, abusé par l'hôpital aseptisé où nous passons, par l'impalpabilité du phénomène, par cet air simple et humble surtout que sait se donner le Mal (vous rappelez-vous la simplicité merveilleuse du Diable incarné en Garrigou dans "Les Trois Messes Basses" d' Alphonse Daudet qui, justement par sa simplicité, conduit droit le malheureux Dom Balaguère et ses fidèles à leur perte ? Avec un péché capital, peut-être, mais très simple : celui de la gourmandise ... ) et, dans notre Histoire, la simplicité tranquille d'un Hitler ou d'un Staline. "Le Mal est simple," nous met en garde Bernanos. "Notre plus grand tort, à nous, humains, c'est de l'imaginer dressant d'invraisemblables plans de campagne pour s'insinuer dans notre âme et guider notre comportement : une stratégie simple et nette, Satan ne souhaite pas autre chose même s'il est parfois contraint à la complexité."
Ce que Bernanos ne dit pas comme je l'écris ici - bien qu'il souligne que Satan est le Maître de la Matière et donc, de ce monde - c'est qu'il a introduit ce virus en nous, virus qui ne manque jamais de s'éveiller un jour, un peu, beaucoup et, pour certains malheureux, avec une passion dévorante qu'ils ne pourront plus étouffer. Oui, il est prêt à s'éveiller en chacun de nous et peu importe, répétons-le, notre couleur de peau et notre religion, voire notre athéisme ou la franc-maçonnerie bête et méchante (pardon, Cavanna ! ) de certains. le Mal nous aveugle comme nul autre et Dieu, Lui, qui n'est pas le Seigneur de la Matière, ne peut que regarder et nous prêter la main, parfois et même souvent en trichant un peu mais qu'importe ? C'est pour la bonne cause.
"Sous le Soleil de Satan" se divise à peu près en trois partie : l'Histoire de Mouchette (le personnage de Germaine Malhorty n'ayant rien à voir avec la tendre et fragile Mouchette de "La Nouvelle Histoire de Mouchette", publiée plus tard), l'Entrée en Scène de l'Abbé Donissan, personnage d'une puissance extraordinaire et enfin, le Décès de l'abbé Donissan, surnommé "le saint de Lumbres" bien que, selon le Vatican, un seul miracle puisse lui être imputé en toute justice. Il y a des hauts et des bas dans tout ça, on pourrait reprocher à l'auteur un manque de fluidité mais il ne faut pas oublier que Bernanos se situe, en tant qu'auteur, au carrefour de plusieurs courants littéraires, entre le Naturalisme finissant et le Symbolisme d'une part, et la légèreté libertine de la Belle Epoque ainsi que le désir de casser les moules et d'en créer d'autres du Modernisme qui s'avance d'autre part. de là vient sans doute l'étrangeté d'un style qui oscille entre naturel et excès, qui ose non seulement des scènes (comme la rencontre, digne d'une image d'Epinal, de Satan en maquignon normand et de Donissan, en pleine nuit) que, justement, un autre n'aurait pu ni su oser, mais aussi la mise noir sur blanc d'une théorie spirituelle que l'auteur, malgré tout son talent, ne réussit pas à fixer comme il le devrait. Peut-être par peur de tomber dans le ridicule ? Peut-être parce que le tourbillon de ses idées lui fait peur ? Pour une tout autre raison ? Je ne saurais trancher et ce n'est pas mon rôle.
Lectrice, je lis. Et "Sous le Soleil de Satan", je l'ai lu, à haute voix, partagée entre la surprise, la déception, l'enthousiasme, l'incompréhension, le doute et, bien sûr, comme une fille d'après Vatican II - ce qui signifie que le Dieu dont parle Bernanos et auquel croit Donissan est plus proche de la Bible que le mien. Maintenant, est-ce un grand livre ? Oui. Mal fait peut-être mais oui, c'est un grand livre. Ça semble aller à due et à dia - le Diable, sans doute, qui espère bien nous voir abandonner avant la fin ce qu'il aimerait nous voir considérer comme un fatras sans conséquence - mais une fois à la fin de l'ouvrage, même si l'impression brouillonne demeure, on sait qu'on a eu le privilège de lire l'un de ces "grands" livres qui intriguent, sèment parfois le doute mais pour mieux nous forcer à réfléchir par nous-même.
Le relirai-je ? Peut-être. Je vais d'abord goûter au "Journal d'un Curé de Campagne", nous verrons ensuite. Il y a aussi "Les Grands Cimetières Sous la Lune", qu'il ne faut pas oublier. Bref, nous avons du pain sur la planche ! ...
Mais revenons à ce Soleil de Ténèbres où nous voyons tout d'abord la jeune Germaine - dite Mouchette - Malhorty se déclarer enceinte des oeuvres du châtelain du coin, puis se rendre nuitamment chez ce dernier après que la chose ait été découverte par le père Malhorty, ... et assassiner le père de son enfant. Non pas froidement ou même parce qu'elle craindrait une brutalité de sa part mais avec une haine que ni l'attitude du hobereau, ni l'intelligence de Mouchette ne sauraient expliquer. Oh ! Nous ne sommes pas dans un film d'épouvante d'aujourd'hui mais, pour un peu, les phrases cependant normales de Bernarnos, où la sobriété discrète alterne avec une forme de grandiose, nous convaincraient de la possession de Mouchette en cet instant. Elle tue pour tuer plus que par vengeance, pour le plaisir de tuer et peut-être aussi par orgueil, pour être la plus forte, la dominante ...
Avec la seconde partie, nous entrons dans le monde du doyen de Campagne - tel est le nom du village où se situe l'essentiel de l'action - l'abbé Menoux-Segrais, qui s'interroge énormément sur un jeune prêtre qu'on lui a confié : l'abbé Donissan. Comme il l'avoue à un visiteur, prêtre d'un certain âge comme lui et responsable d'une paroisse voisine, Donissan, grand, carré, avec ses grands pieds patatuds, sa soutane toujours plus élimée, son humilité qui confine à la mortification volontaire (de fait, Donissan s'applique bien cilice et fouet pour dompter sa chair robuste) a "quelque chose." Quelque chose qui pourrait faire de lui un saint bien que, Menoux-Segrais l'affirme et le sait, ce ne soit pas là le but conscient qu'il recherche dans sa vie terrestre. L'ambition, Donissan ne sait pas même ce que c'est. Mais attention ! Ce genre de personnes, Satan éprouve un grand plaisir à les torturer et à les mener dans l'impasse. Quelle voie choisira Donissan ? Se laissera-t-il pousser sur la mauvaise par un Lucifer qui veut son âme ou se contentera-t-il, en souffrant mille morts, de continuer sur l'autre chemin, vers le Bien ?
Se placent dans cette partie trois scènes - dont l'une est très longue - qu'il faut un réel génie d'écrivain et une foi tout aussi réelle pour réussir à la fois sans sombrer dans le ridicule et, en même temps, éveiller une inquiétude plus ou moins vague chez celui qui lit. Tout d'abord, la rencontre, sur une route déserte et nocturne, de Donissan avec Satan-Lucifer-Le Mal, appelez-le comme ça vous chante, qui a pris tout d'abord la forme d'un maquignon mais qui, Donissan s'en rendra compte, peut aussi bien prendre la sienne propre. Les cornes, les sabots et la queue piquante, c'est bien joli, tout ça mais un peu encombrant . Dans un sabbat, passe encore mais pas face à un abbé Donissan.
A ce long et très symbolique passage, succède une rencontre avec Mouchette, qui cherche à tenter charnellement Donissan et puis qui, rentrée chez elle, se suicide. Appelant le prêtre à son chevet, elle demande à celui-ci de la déposer devant l'église du village pour qu'elle y expire. Et Donissan accomplit son voeu, provoquant le scandale que l'on devine.
Et puis, bien sûr, il y a l'enfant mort qu'un instant, un instant seulement, Donissan croit avoir ressuscité par la volonté de Dieu alors que ce ne fut qu'une illusion maligne.
Il faut être sacrément fort pour traiter ce genre de choses sans faire rire le lecteur, surtout de nos jours. Vous me direz que l'époque n'était pas la même mais si, aujourd'hui, on peut avoir envie de rire, n'est-ce pas, dans le fond, parce qu'on préfère ne pas réfléchir et pour éloigner la peur qui s'installe dans nos coeurs ?
Sur la troisième partie, je ne m'étendrai guère, n'ayant pas saisi le pourquoi de l'apparition (hum, toute terrestre, en voiture, je vous rassure ) de Saint Morin, un écrivain parisien qui pourrait (?) faire penser à Anatole France, venu, par curiosité, visiter "le saint de Lumbres." Un saint que, tout le monde a beau chercher, on ne trouve nulle part. Finalement, on ouvre la porte du confessionnal : son cadavre s'y trouve, frappé probablement par un AVC ou quelque chose du même type.
Gagnée à Dieu ou au Diable, cette âme à qui ne manquèrent pas les tourments et qui vient de s'évader de sa prison terrestre ? Bernanos nous laisse juge. Personnellement, je penche pour la première solution. le malheureux Donissan a bien gagné l'indulgence divine.
Maintenant, pourquoi lire ce genre de livres ? Je ne sais pas . Par curiosité, pour comprendre le respect inspiré encore par le nom de Bernanos (enfin, essayer en tous cas), pour attendre peut-être que la Vérité qu'il renferme nous apparaisse pleinement.
Et puis, parce qu'il fallait oser et que Bernanos l'a fait - et très bien fait. Et que l'audace, c'est le grand saut dans le Vide et c'est aussi une manifestation de la Quête qui est la nôtre à toutes et à tous. Peut-être aussi parce que l'époque se prête à ce genre de lectures qui n'est pas, je le souligne, du prêchi-prêcha et met fortement l'accent sur le Doute comme composante de la Foi.
A lire, certes. Mais à lire à son heure. La vôtre n'est peut-être pas encore venue mais ne vous découragez pas : la mienne a tardé cinquante-six ans. ;o)
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Nastasia-BNastasia-B   20 août 2012
Pourquoi pas ? Dans la confession, l'expérience du péché est-elle jamais complète ? N'y a-t-il pas, dans la honte et dans l'aveu, même incomplet, déloyal, une sensation âpre et forte qui ressemble au remords, un remède un peu rude et singulier à l'affadissement du vice ? Et d'ailleurs les maniaques de la libre pensée sont bien sots de dédaigner à l'église une méthode de psychothérapie qu'ils jugent excellente et nouvelle chez un neurologiste de renom. Ce professeur, dans sa clinique, fait-il autre chose qu'un simple prêtre au confessionnal: provoquer, déclencher la confidence pour suggestionner ensuite, à loisir, un malade apaisé, détendu ? Combien de choses pourrissent dans le cœur, dont le seul effort délivre !
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Nastasia-BNastasia-B   25 juin 2012
Chacun de nous — ah! puissiez-vous retenir ces paroles d'un vieil ami ! — est tour à tour, de quelque manière, un criminel ou un saint, tantôt porté vers le bien, non par une judicieuse approximation de ses avantages, mais clairement et singulièrement par un élan de tout l'être, une effusion d'amour qui fait de la souffrance et du renoncement l'objet même du désir, tantôt tourmenté du goût mystérieux de l'avilissement, de la délectation au goût de cendre, le vertige de l'animalité, son incompréhensible nostalgie. Hé ! Qu'importe l'expérience accumulée depuis des siècles, de la vie morale. Qu'importe l'exemple de tant de misérables pécheurs, et de leur détresse! Oui, mon enfant, souvenez-vous. Le mal, comme le bien, est aimé pour lui-même, et servi.
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WolandWoland   30 octobre 2016
[...] ... - "C'est moi," dit-elle.

Il se leva d'un bond, stupéfait. Un cri de tendresse, un mot de reproche eût sans doute fait éclater sa colère. Mais il la vit, toute droite et toute simple sur le seuil de la porte, en apparence à peine émue. Derrière elle, sur le gravier, remuait son ombre légère. Et il reconnut tout de suite le regard sérieux, impterturbable qu'il aimait tant et cette autre petite lueur aussi, insaisissable, au fond des prunelles pailletées. Ils se reconnurent tous les deux.

- "Après la visite du papa, la foudre suspendue sur ma tête - à une heure du matin chez moi - tu mériterais d'être battue !

- Dieu ! Que je suis fatiguée !" fit-elle. "Il y a une ornière dans l'avenue ; je suis tombée deux fois dedans. Je suis mouillée jusqu'aux genoux ... Donne-moi à boire, veux-tu ?"

Jusqu'alors, une parfaite intimité, et même quelque chose de plus, n'avait rien changé au ton habituel de leur conversation. "Monsieur" disait-elle encore. Et parfois "monsieur le marquis". Mais cette nuit, elle le tutoyait pour la première fois.

- "On ne peut pas nier," s'écria-t-il joyeusement, "tu as de l'audace."

Elle prit gravement le verre tendu et s'efforça de le porter à sa bouche sans trembler, mais ses petites dents grincèrent sur le cristal, et ses paupières battirent sans pouvoir retenir une larme qui glissa jusqu'à son menton.

- "Ouf !" conclut-elle. "Tu vois, j'ai la gorge serrée d'avoir pleuré. J'ai pleuré deux heures sur mon lit. J'étais folle. Ils auraient fini par me tuer, tu sais ... Ah ! oui, de jolis parents j'ai là ! Ils ne me reverront jamais.

- Jamais ?" s'écria-t-il. "Ne dis pas de bêtises, Mouchette (c'était son nom d'amitié). On ne laisse pas les filles courir à travers les champs, comme un perdreau de la Saint-Jean. Le premier garde venu te rapportera dans sa gibecière.

- Pensez-vous ?" dit-elle. "J'ai de l'argent. Qu'est-ce qui m'empêche de prendre demain soir le train de Paris, par exemple ? Ma tante Eglé habite Montrouge - une belle maison, avec une épicerie. Je travaillerai. Je serai très heureuse.

- Petite sotte, es-tu majeure, oui ou non ?

- Ça viendra," répliqua-t-elle, imperturbable. "Il n'est que d'attendre."

Elle détourna les yeux un moment , puis, levant sur le marquis un regard tranquille :

- "Gardez-moi," fit-elle.

- "Te garder, par exemple !" s'écria-t-il en marchant de long en large pour mieux cacher son embarras. "Te garder ? Tu ne doutes de rien. Où te garder ? Crois-tu que je dispose ici d'une oubliette à jolies filles ? On ne voit ça que dans les romans, finaude ! Avant demain-soir, ils nous seront tombés sur le dos, tous, ton père avec les gendarmes, la moitié du village fourche en main ... Jusqu'au député Gallet, médecin du diable, ce grand dépendeur d'andouilles !" ... [...]
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colimassoncolimasson   20 juin 2014
Il voyait. Il voyait de ses yeux de chair ce qui reste caché au plus pénétrant […] : une conscience humaine. Certes, notre propre nature nous est, partiellement, donnée ; nous nous connaissons sans doute un peu plus clairement qu’autrui, mais chacun doit descendre en soi-même et à mesure qu’il descend les ténèbres s’épaississent jusqu’au tuf obscur, au moi profond, où s’agitent les ombres des ancêtres, où mugit l’instinct, ainsi qu’une eau sous la terre. Et voilà… et voilà que ce misérable prêtre se trouvait soudain transporté au plus intime d’un autre être, sans doute à ce point même où porte le regard du juge. […]
Cette âme tout à coup découverte l’emplissait de respect et d’amour. C’était une âme simple et sans histoire, attentive, quotidienne, occupée de pauvres soucis. Mais une humilité souveraine, ainsi qu’une lumière céleste, le baignait de son reflet.
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Fabinou7Fabinou7   28 juin 2021
“Pour beaucoup de niais vaniteux que la vie déçoit, la famille reste une institution nécessaire, puisqu'elle met à leur disposition, et comme à portée de la main, un petit nombre d'êtres faibles, que le plus lâche peut effrayer. Car l'impuissance aime refléter son néant dans la souffrance d’autrui.”
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Vidéo de Georges Bernanos
« Rien ne me réconcilie, je suis vivant dans votre nuit abominable, je lève mes mains dans le désespoir, je lève les mains dans la transe et le transport de l'espérance sauvage et sourde ! » (Paul Claudel, Cinq Grandes Odes)
« Singulière figure que celle de Georges Bernanos (1888-1948) […]. Sorte de Protée des haines et de l'amour, il semble ne jamais offrir deux fois le même visage. Il y aurait plusieurs Bernanos : un Bernanos de droite, à cause des Camelots du Roi, un Bernanos de gauche à cause des Grands Cimetières sous la lune ; un Bernanos romancier des abîmes de la condition humaine, ou un Bernanos pamphlétaire névropathe ; un Bernanos anticlérical, un Bernanos pieux catholique ; un Bernanos antisémite, un Bernanos réactionnaire, un Bernanos prophète, un Bernanos énergumène, un Bernanos enthousiaste... L'inventaire est sans fin […]. Romancier, essayiste, journaliste, Bernanos est l'homme d'une oeuvre vaste mais unifiée, tout entière contenue dans cette tâche qu'il découvrit être la sienne : rendre témoignage à la vérité, en manifestant de toutes les manières possibles ce qui est pour lui la finalité de toute condition humaine. […] Bernanos ne se faisait aucune illusion quant à l'efficace immédiate de ses écrits sur la marche du monde. C'est, toujours et seulement, de la révolte de l'esprit, la seule qui vaille, qu'il est question chez lui. […] » (Romain Debluë)
« […] C'est sans doute ma vocation d'écrire, ce n'est ni mon goût ni mon plaisir, je ne puis m'empêcher d'en courir le risque, voilà tout. Et ce risque me paraît chaque fois plus grand, parce que l'expérience de la vie nous décourage de plaire, et qu'il est moins facile encore de convaincre. J'ai commencé d'écrire trop tard, beaucoup trop tard, à un âge où on ne peut plus être fier des quelques vérités qu'on possède, parce qu'on ne s'imagine plus les avoir conquises, on sait parfaitement qu'elles sont venues à vous, au moment favorable, alors que nous ne les attendions pas, que parfois même nous leur tournions le dos. Comment espérer imposer aux autres ce qui vous a été donné par hasard, ou par grâce ? […] Il faut vraiment n'avoir pas dépassé la quarantaine, pour croire que dix pages, cent pages, mille pages d'affirmations massives sont capables de forcer une conscience : c'est vouloir ouvrir la délicate serrure d'un coffre-fort avec une clef de porte cochère. L'âge aidant, il me paraît maintenant presque aussi ridicule et aussi vain de dire au public : « Crois-moi ! » qu'à une femme : « Aime-moi ! » et le résultat est le même, soit qu'on ordonne ou qu'on supplie. Rien n'est plus facile que de prêcher la vérité. le miracle, c'est de la faire aimer. […] » (Georges Bernanos, Comprendre, c'est aimer, paru dans La Prensa, à Buenos Aires, le 19 janvier 1941.)
0:04 - Réponse à une enquête 11:30 - Générique
Référence bibliographique : Georges Bernanos, Scandale de la vérité, essais, pamphlets, articles et témoignages, Éditions Robert Laffont, 2019
Image d'illustration : https://www.france-libre.net/bernanos-appel/
Bande sonore originale : Carlos Viola - The Four Witnesses (Piano Version)
Site : https://thegamekitchen.bandcamp.com/track/the-four-witnesses
#GeorgesBernanos #scandaledelavérité #LittératureFrançaise
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