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EAN : 9782020088046
203 pages
Éditeur : Seuil (01/06/1985)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Daniel, notre jeune homme rangé, n'est pas un cousin éloigné de Simone de Beauvoir. Pour lui, on n'a pas raison de se révolter. S'enfoncer dans le conformisme, voilà le salut. La grande affaire de cet héritier de la maison " Henry, laines et tissus " est d'épouser Mlle Berthe Voraud dont les parents donnent des bals et, à la belle saison, louent une maison à Bernaivilliers (accès par la gare du Nord). Entreprise pleine d'embûches. Réussira-t-il ?
Le roman de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  29 juin 2018
Alliant l'ironie d'Octave Mirbeau et la verve de Jules Renard - auquel ce roman est d'ailleurs dédié dans un avant-propos panégyrique -, Tristan Bernard, lui-même célèbre pour ses mots d'esprit, s'en donne à coeur joie en bousculant son "héros", Daniel, vingt ans, toutes ses dents, prétendant dandy, pour le plus grand bonheur du lecteur et de ses muscles zygomatiques.
Toute fin du XIXème siècle, Daniel, oisif qui ne s'offre pas même le luxe d'être un distingué dilettante, s'apprête à franchir le seuil du nouveau siècle... en ne faisant rien. Son existence se déroule mollement du Moulin Rouge au lit des demi-mondaines, des cafés chics aux stylées villas de villégiature. Foncièrement fainéant, superficiel et médiocre, d'une naïveté qui frise l'idiotie, Daniel est un modèle d'égoïsme. le prix des choses ? Aucune idée. Les sentiments des autres ? Aucune importance. Mais aussi vrai que son existence est vide, il est avéré que la nature a horreur du vide et Daniel se met donc en quête d'une compagne : Monsieur veut se marier. La blonde Berthe, archétype de la jeune fille accomplie, fera bien l'affaire, aussi entreprend-il sa conquête, entre calculs maladroits et initiatives hasardeuses...
En découvrant la plume superbe de Tristan Bernard, je ne m'étonne plus qu'il ait été aussi ami avec Jules Renard, cet autre grand auteur facétieux. Il voue autant d'affection que de mépris à son protagoniste et son humour tout en finesse fait mouche à chaque phrase. A travers ce roman d'apprentissage aussi joyeux qu'instructif, Tristan Bernard nous immerge dans l'atmosphère de la Belle-Epoque avec réalisme mais surtout avec une légèreté qu'on aimerait trouver chez Proust pour le rendre plus digeste.

Challenge XIXème siècle 2018
Challenge MULTI-DÉFIS 2018
Challenge 50 OBJETS 2018 - 2019
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dorian_brumerive
  07 août 2020
« Mémoires d'un Jeune Homme Rangé » est assurément un petit chef d'oeuvre du roman de moeurs, où l'économie de personnages et de rebondissements, tous englués dans un récit linéaire parsemé de fausses alertes imaginées par Daniel Henry, permet de donner une image étonnamment réaliste de ce que pouvait être la jeunesse bourgeoise à la toute fin du XIXème siècle. Si le contexte a évidemment beaucoup vieilli, bien des conventions de l'époque étant tombées en désuétude, la consignation systématique, pré-proustienne et néanmoins fluide et factuelle, des jugements égarés de Daniel reconstituent avec une étonnante exhaustivité les dits et les non-dits d'une mentalité bourgeoise révolue, tout à fait mesquine, mais qui fait néanmoins encore écho en nous. le roman est d'une cruauté finement ciselée qui ne laisse jamais le lecteur suivre totalement l'idée de Daniel Henry. Tout le talent de l'écrivain est de disséquer cette pensée devant nous, en nous la rendant à la fois familière dans sa forme et étrangère par ses incohérences.
Mais si Daniel Henry est clairement déphasé par rapport à sa vie et aux personnages qui l'entourent, d'une manière qui pourrait évoquer aujourd'hui une forme d'autisme ou de bipolarité extrême, Tristan Bernard a eu l'intelligence de ne pas en faire un nouveau Candide. Daniel n'a que peu d'instincts envers les autres, mais il n'en est pas moins un pur produit de la petite-bourgeoisie de son époque. Il est naturellement fourbe et dissimulateur, imbu de sa personne, avide d'aventures mais traînant encore en lui quantité de peurs enfantines et un trop grand souci de considération qui le rend fatalement orgueilleux, et donc abruti par son orgueil. Peu sociable de nature, Daniel Henry n'en sera pas moins appelé à devenir l'archétype de la bourgeoisie commerçante à laquelle le vouent son nom et son rang. Touchant dans sa détresse, Daniel nous apparaît vite comme un fat et un imbécile dès qu'il croit trop en lui. Tout est habilement fait pour qu'on ne puisse se reconnaître en lui, bien qu'il soit tout aussi délicat de s'affirmer à soi-même qu'on ne lui ressemble en rien. En ce sens, Tristan Bernard installe dès le début de son oeuvre ce moralisme détaché qui marque toute sa carrière littéraire, et via lequel, dans chacun de ses romans, il a cherché à disséquer la bourgeoisie pour que ses lecteurs y constatent comme une évidence les travers qu'il jugeait les plus condamnables.
Cependant, il ne faut pas voir dans ce livre la seule figure de proue de Daniel Henry. Les personnages extérieurs y sont assez savoureux quoique souvent archétypaux. le côté à la fois timide et canaille d'Albert Julius, le personnage de belle-mère envahissante de Mme Voraux, l'orgueil bouffi de son mari et la lourdeur prétentieuse du père de Daniel sont là aussi d'une troublante vérité. Mais le personnage de Berthe est clairement le plus fascinant, car il fallait trouver la personnalité juste qui pouvait donner corps à tous les fantasmes de Daniel sans que pour autant le lecteur, qui ne la contemple qu'à travers les yeux du jeune homme, puisse se faire une idée exacte de la vraie nature de la jeune fille. Berthe est en effet assez insondable, avare de mots, retenue dans ses expressions, elle incarne magnifiquement cette sorte de femmes dont on ne sait jamais vraiment ce qu'elles pensent. Volontiers déclarative mais sans passion, intriguée par les paniques de Daniel mais assez pragmatique dans les consolations qu'elle lui donne, Berthe est une poupée creuse qui se prête aux rêveries sans jamais s'y abandonner. C'est dans la passion croissante qu'il a pour elle que le lecteur peut se sentir le plus proche de Daniel. Autant le jeune homme souffre d'une anxiété hallucinatoire dans bien des domaines, autant les angoisses que lui inspirent tel mot ou tel regard de Berthe sont communicatives. le jeu de masques est ici parfaitement retranscrit, avec un réalisme cruel, mais sans méchanceté. Pour Tristan Bernard, c'est la faiblesse même de ces personnages, leur peur de vivre ou de déchoir, qui en font des individus méprisables et vils.
Tristan Bernard, par la suite, et peut-être par crainte de se répéter, écrira essentiellement des romans ou se croisent plusieurs dizaines de personnages dans le cadre toujours restreint d'une tranche de vie assez abruptement découpée. Mais paradoxalement, par le minimalisme même de ce dramatis personae, « Mémoires d'un Jeune Homme Rangé » est un roman bien plus intemporel que les autres romans de Tristan Bernard. La vision du récit est réduite ici à la seule perception limitée de Daniel Henry, subtilement commentée par l'auteur pour qu'on ne s'y laisse pas prendre, et elle obéit avec prescience aux règles du roman psychologique moderne, répondant même aux goûts très actuels pour les auteurs ressassant narcissiquement leurs différentes formes d'incompatibilité sociale.
C'est en ce sens un livre à redécouvrir, ou à réimprimer, qui s'inscrit à la fois dans la démarche littéraire d'un Guy de Maupassant et dans celle cinématographique de Claude Chabrol. On songe rêveusement au film sublime que le grand réalisateur aurait pu tirer d'un tel roman…
Lien : https://mortefontaine.wordpr..
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Vermeer
  02 octobre 2019
Petit roman léger, décalé mais tellement drôle sur la vie, les désirs et les espoirs d'un jeune homme parfaitement convenable du tout début du XXeme siècle.
Daniel, jeune bourgeois obsédé par les apparences et les conventions s'est mis en tête d'épouser la riche (mais l'est-elle vraiment ?) Berthe, d'avoir une situation sans trop travailler.
Deux jeunes gens prétentieux, ternes, médiocres intellectuellement, superficiels, calculateurs mais drôles involontairement. Critique de la société bourgeoise qui broie le plaisir, les sentiments sincères, de ses esprits étriqués.
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LesLecturesDeRudy
  07 juin 2018
J'aime beaucoup ces livres anciens qui grâce au numérique sont à nouveau disponible facilement . J'aime leur écriture ancienne , surannée et les habitudes d'un passé révolu qu'ils décrivent .
Un parfum de nostalgie flotte autour de ces romans des temps anciens.
Dans ce roman on peut se rendre compte à quel point en quelques années la mentalité et les moeurs ont profondément changés.
Dans ce roman nous suivons la vie d'un jeune homme de bonne famille à partir de ses 16 ans jusqu'à son mariage avec une jeune fille du même milieu bourgeois que le sien. Il fréquente les bals, suit la mode du temps et n'a d'autres préoccupations que celle de se conformer aux normes de la vie mondaine .
Ce qui étonne au premier abord c'est la légèreté du personnage qui survole la vie comme un touriste sans jamais se poser de questions existentielles. Dans ce livre, pas de scène dramatique rien que de petits événements au travers desquels on devine tout le contexte social de la petite bourgeoisie de l'époque.
On y découvre l'importance de l'étiquette et des bonnes manières qui servent surtout de couverture aux vrais sentiments et que le baiser volé en cachette comme de bien entendu quand les amoureux ont la chance d'échapper à la dure surveillance des parents et de la société constitue le summum de l'érotisme. Tout cela est présenté de façon badine et agréable.
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fanculo
  20 février 2019
Daniel Henry partage ses journées des études de droit qu'il suit en dilettante, quelques heures à "travailler"dtravailler dans les bureaux de son père, surtout, ,ii fréquente les cafés chics, les bals, les soirées et se conforme à la vie mondaine de la bourgeoisie. Il apparaît comme survolant sa vie égoïste et oisive. Il decide, pour mettredu piment dans sa vie, de faire la conquête de la blonde Berthe voraud caricature d'une jeune fille de bonne famille.
C'est un roman qui nous fait découvrir avec beaucoup d'humour l'importance des bonnes manières qui régissent la bourgeoisie. Tristan Bernard nous transporte avec bonne humeur et légèreté dans et fin de 19eme siècle.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   26 juin 2018
Il ne se donne pas la peine d’évaluer soigneusement les risques possibles d’une aventure ; il perd un temps infini à se prémunir contre le péril le plus lointain, aussitôt que le hasard de ses pensées le lui fait entrevoir. [...] Il a des principes, acquis au hasard, et auxquels il obéit par crainte plus que par raison, et aussi par paresse, pour n’avoir pas à choisir le meilleur parti en examinant les circonstances. Esclave de certains proverbes, il gâche sa besogne pour ne pas la remettre au lendemain. Il a toujours plusieurs cordes à son arc et les laisse pourrir toutes ; il se trouve plus démuni au moment de s’en servir, que ceux qui n’avaient qu’une corde à leur arc, et qui l’ont entretenue avec vigilance.
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Gwen21Gwen21   28 juin 2018
- C’est une grande faute, dit-elle enfin, de laisser les jeunes gens dans le désœuvrement. Sous prétexte d’examen de droit, tu ne vas pas au magasin, tu restes à la campagne, et, au bout du compte, tu ne fais rien. N’essaie pas de me faire croire que tu travailles. Quand on entre dans ta chambre, on te trouve étendu sur ton lit. Il y a un livre sur ta table, oh ! je sais bien. Il était ouvert à la page 32, il y a quinze jours. Il est maintenant à la page 40. Voilà ce que tu appelles travailler.
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Gwen21Gwen21   25 juin 2018
Il était convenu entre les deux amis que l’amour, auquel chacun d’eux croyait séparément de toute son âme, n’existait pas. Ils méprisaient les femmes, qu’ils ne connaissaient pas. Plus tard, ils les méprisèrent, quand ils les connurent. Mais il y eut toujours une dame, précise ou indéterminée, qui au but de leur ambition les attendait. Dans leurs rêves de gloire, c’était cette maîtresse idéale qui consacrait leur triomphe.
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Gwen21Gwen21   27 juin 2018
- Beau ? cria Mme Beau.
Une porte s’ouvrit au fond et Beau parut. Il n’était ni beau, ni laid. Ce n’était donc pas sur son propre visage qu’il fallait chercher l’origine de son nom patronymique, qu’il ne méritait ni par acclamation, ni par ironique antiphrase.
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dorian_brumerivedorian_brumerive   07 août 2020
La rencontre de sa bien-aimée lui gâta toute sa journée.
Il voulait bien être heureux, mais suivant le programme qu’il s’était arrêté d’avance. Il ne faisait d’ailleurs aucun effort personnel pour que ce programme se réalisât. Il se soumettait au Destin et le priait de s’y conformer. Il attendait de la Providence, à des moments précis, des cadeaux déterminés. Malheureusement, la Providence, pleine de bonne volonté, mais brouillonne, n’exécutait pas fidèlement ses ordres et lui envoyait comme des tuiles des bonheurs qu’il n’avait pas demandés.
Il se figura qu’au moment de la rencontre de Berthe, il parlait tout haut et devait avoir l’air bête. Il fût affolé pendant deux heures, conçut et abandonna les projets les plus téméraires. Il entra dans un bureau de poste, écrivit une lettre qui commençait ainsi : « J’ai dû vous paraître étrange tout-à-l’heure. C’est que je pensais à vous… » Puis il chiffonna cette lettre, la jeta à terre, sortit du bureau de poste, y revint après un bout de réflexion, chercha dans les papiers qui gisaient à terre la lettre qu’il avait chiffonnée et la déchira en cinquante petits morceaux qu’il jeta dans une bouche d’égout. Ce papier, sans nom et sans signature, ne contenait absolument rien de compromettant.
Vers six heures, son malaise se dissipa peu à peu. Il revint chez lui par des rues que le dimanche faisait presque désertes. des dîneurs s’installaient aux terrasses des marchands de vins. On criait au loin le résultat des courses. Au quatrième étage d’une maison neuve, une jeune femme blonde, en peignoir clair, attendait quelqu’un. Berthe Voraud, plus tard, blonde aussi, aussi en peignoir, l’attendrait à sa fenêtre. Il se sentit comme soulevé d’ivresse et d’impatience. Puis il se dit encore : « Pourvu que je n’aie pas été ridicule tout-à-l-heure ! ».
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