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ISBN : 207017865X
Éditeur : Gallimard (01/04/2016)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 99 notes)
Résumé :
Enlevé dans le désert par un groupe de djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste, après plusieurs semaines de captivité, est le seul à être libéré. Ponctué d’hésitations, de silences, son débriefing laisse apparaître des zones d’ombre, des secrets qu’il tient à garder. Le garçon semble aussi avoir perdu la mémoire d’événements importants. Peu à peu, néanmoins, se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle de celui à qui ses ravisseurs ont donné le nom d’... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  23 janvier 2017
-" Je me suis déjà reconstruit
ils m'ont tout pris, ils m'ont fait souffrir, ils m'ont battu
ils ont voulu me tuer
ils m'ont privé de tout
pas seulement de nourriture et d'eau
pas seulement de mes parents
et de mes frères
(...)
et ils m'ont fait devenir ce que je suis
ce sont eux qui m'ont reconstruit (p. 127)"
Une belle rencontre dans ma librairie "Caractères" [Issy-Les-M], avec une connaissance rencontrée au fil de mon travail, grande lectrice, avec qui j'ai plaisir à discuter, régulièrement. Cette fois, je lui ai parlé de mon dernier coup de coeur pour l' ouvrage d'Hisham Matar "Le pays qui les sépare" [Gallimard], qu'elle a acquis , et de son côté, elle m'a parlé avec grande émotion d'une de ses dernières lectures:
un auteur dont je connais le nom sans jamais n'avoir rien lu de lui: Alain Blottière. j'ai donc choisi "Comment Baptiste est mort" , avec un sujet d'actualité des plus brûlants.J'ai ainsi appris qu'Alain Blottière a souvent
traité de l'adolescence et de ses tourments, errements....
La forme de ce roman est originale ,en offrant une alternance de questions-réponses à notre "anti-héros", Baptiste, lors de son débriefing, après plusieurs semaines de captivité dans le désert, enlevé par un groupe de
djihadistes, et le récit plus distancié nous narrant à la troisième personne, le vécu de la captivité de Baptiste- renommé par ses kidnappeurs, Yumaï [ nom d'un renard du désert)
Un roman troublant qui rappelle le fameux syndrome de Stockholm,qui provoque des sentiments ambigus chez les ex- otages envers leurs persécuteurs... Baptiste-Yumaï a souffert atrocement, et en même temps, il dit aussi qu'Amir, le chef qui l'a enlevé lui a appris aussi des nouvelles choses...dont l'expérience nécessaire de la solitude absolue (en le laissant tout seul dans une grotte éloignée, où il va découvrir des traces humaines
de dessins et peintures d'humains, qui vont le fasciner et l'aider à tenir le coup),pour l'endurcir et en faire un guerrier, etc.
Au fil de ce temps de captivité, il y a eu les mauvais traitements, les coups, les insultes, les menaces de morts, pour lui, ses parents, et ses deux frères..la prise de drogue, les fameux "cachets du courage"...la faim, la
soif... Un ensemble qui a provoqué chez Baptiste-Yumaï des trous noirs gigantesques...
au fil des échanges et questionnements avec la personne qui doit l'aider à évacuer "l'horreur" , et le lavage de cerveau subi, il va retrouver des bribes des horreurs subies et des actions qu'on l'a obligé à exécuter, dans un état second...
"-Ne dis pas ça
si tu sens de la cruauté en toi
non pas la petite cruauté que nous avons tous, mais celle qui pourrait amener à faire souffrir sans
autre raison que le regard de sa victime
à tuer par plaisir
si tu sens cette chose en toi, c'est parce que ces monstres l'ont fait entrer en toi
cette chose peut partir comme elle est venue, ce n'est pas une maladie incurable (...)
tu as beaucoup souffert avec eux
les bourreaux , ce sont eux (p. 195)"
Un roman tout à fait bouleversant, écrit avec beaucoup de justesse , d'économie d'émotions [ce qui nous percute de plein fouet, d'autant plus...]; une forme de narration fort originale... et très resserrée, compacte...

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domisylzen
  13 octobre 2017
Livre qui ne laisse pas indifférent.
Baptiste, à peine quatorze ans, a été enlevé avec sa famille par un groupe de djihadistes en plein désert. Ils ont roulé des heures, des jours, ils se rappelle plus bien. A un moment ils se sont arrêtés, ont été alignés, avec un terroriste derrière chacun. C'est comme ça la mort ? Mais ce n'est qu'un simulacre destiné à asservir. Ils seront emmenés dans un camp au milieu de nulle part. Un camp qui manque de tout. Séparé du reste de la famille, il sera libéré avec sur lui une vidéo. Là-bas il avait un autre nom : Yumaï.
Les pièges de l'embrigadement. C'est savamment raconté. Une narration qui va droit à l'essentiel. Ce roman alterne sur deux formes : le récit est la conversation interrogatoire.
Une écriture simple qui s'efface pour laisser la place à la profondeur, à la violence de ce roman. Beaucoup de nos lectures s'envolent le lendemain du mot fin. Pas celui-ci.
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MaminouG
  23 mars 2017
C'est dans le cadre du prix des CBPT (Culture et Bibliothèque Pour Tous) association dont je suis membre, que j'ai eu à lire "Comment Baptiste est mort" le superbe mais terrifiant roman d'Alain Blottière. Et j'avoue que l'ouvrage refermé depuis quelques jours déjà, j'en suis encore retournée.
Il raconte l'après, après l'enlèvement d'une famille par des terroristes dans un désert, après la libération d'un seul des cinq membres de cette famille composée des parents et de trois fils. Baptiste est en effet le seul… et nous assistons à son interrogatoire par une personne non identifiée. Difficile, en effet, de savoir s'il s'agit d'un psychologue destiné à aider Baptiste, devenu Yumaï, ou d'un agent en recherche d'informations sur les ravisseurs, leurs pratiques, le lieu de détention, ou les deux à la fois.
Les chapitres alternent entre interrogatoires et récit intérieur de l'adolescent. J'ai beaucoup aimé ce roman d'une grande force, d'une profondeur indicible, servi par une écriture si simple qu'elle n'interfère en rien dans l'importance des faits. le dialogue fait de phrases courtes chiches en ponctuation, de questions sans réponses, d'informations livrées sans être sollicitées, sublime les éclaircissements révélés, par bribes, avec douleur. Baptiste est là, certes, mais ailleurs aussi, il a oublié, peut-être, ne souhaite pas dévoiler, sûrement. Il est interrogé mais c'est lui qui mène la conversation… il est des choses qu'il ne veut pas, ne peut pas divulguer. Alors forcément le dialogue est haché, les blancs nombreux, le mutisme récurrent. Et puis vient le récit intérieur de sa mémoire qui petit à petit renaît, les descriptions minutieuses des endroits, de sa vie là-bas où, quelque part il est resté. On s'imprègne de la douleur, de la souffrance, des humiliations, et, parfois d'un espoir, d'un désir d'y retourner, "J'aimerais retourner là-bas rien que pour le ciel, la nuit, la magie des étoiles". Et puis il y a la grotte et ses dessins…"Ces choses sont la preuve que les hommes de ce temps adoraient les djinns comme des dieux, qu'ils étaient des égarés. Je t'ai laissé dans cette grotte (c'est Amir, l'un de ses geôliers qui parle) pour que tu comprennes cela. Que tu voies à quoi ressemble un temple d'égarés avec toutes ces images sacrilèges qu'ils ont dessinées. On va jeter des pierres sur ces icônes illicites, puis on va les cribler de balles et pour finir on fera tout exploser." Et je ne peux m'empêcher de penser à Palmyre. Et le dialogue reprend, difficile, douloureux.
Véritable plongée dans le coeur et la tête d'un adolescent à la personnalité volée par des êtres manipulateurs, à la fois violents et fascinants, étude méticuleuse de leurs procédés, sérieuse réflexion sur le jihad, le récit, sidérant, impensable mérite amplement les prix dont il a été couronné.
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Luxi
  08 février 2018
Alain Blottière m'avait littéralement subjuguée avec son "Tombeau de Tommy". Et même pire que ça : il m'avait mise à terre. C'est merveilleux d'être brisée de cette façon par un roman. Après le bouleversant "Rêveurs", "Comment Baptiste est mort" confirme la profonde admiration que j'ai pour l'auteur.
Une pièce, un bureau, un enregistreur et ce qu'on imagine être un psychologue. Baptiste-devenu-Yumaï tente de répondre aux questions qu'on lui pose, de faire surgir des fragments de lumière à travers l'opacité qui l'étreint. Les images, endommagées, disloquées, peinent à se réveiller, sa mémoire refuse et son esprit fait barrage. Qu'est-il arrivé à Baptiste et que l'a-t-on forcé à faire là-bas ? Qui se camoufle sous la chair meurtrie de Yumaï ?
Le roman alterne donc entre la forme de l'interrogatoire et le récit, chaque partie engendrant de nouvelles réponses, des éclaircissements plus ou moins déchiffrables. J'ai beaucoup apprécié ce balancement qui fait respirer la lecture et déploie le regard que l'on a sur l'histoire.
C'est l'histoire d'une dépossession totale de soi, d'un conditionnement d'une exceptionnelle ingéniosité, d'une désintégration lente, barbare et méthodique. C'est vicieux, c'est subtil, c'est presque du génie tant c'est cruel. Des jours entiers, aux côtés de sa famille puis loin d'eux après qu'on l'en ait arraché, Baptiste est maltraité, humilié, drogué, manipulé, fracassé. Ses bourreaux le brisent froidement, méticuleusement, de façon à ôter en lui tout ce qui faisait son essence et recueillir un contenant vide, un corps dépeuplé dans lequel ils pourront y enfouir Yumaï, le nouveau guerrier blond. Un Yumaï qui pourra devenir un enfant-soldat. Un Yumaï qui pourra tuer.
Dès lors, Baptiste n'est plus. Baptiste est mort. Ce qui l'a tué – et comment ça l'a tué – constituera le fil rouge du roman.
L'écriture d'Alain Blottière reste un enchantement : toujours aussi délicate, tout en lyrisme et brisures. C'est sincère, c'est puissant, c'est infiniment respectueux. Aucun jugement ne perce dans le récit de cette atroce captivité : la plume de l'auteur observe, contemple et transcrit. Il s'efface derrière ses personnages, soucieux et fidèle. Il met en valeur leurs disgrâces autant que leurs beautés, il en fait des portraits tout en nuances de gris, sensibles et vrais.
J'ai lu ce roman en une soirée, incapable de le refermer, entre effroi et sidération. On marche à côté des prisonniers. On suffoque comme eux sous la chaleur cuisante de ce décor de sable et le métal des kalachnikovs sur la nuque. On a faim avec eux, peur avec eux, on a presque mal dans ce coin reculé de la chair qui sait que tout est vrai. Plus loin. À quelques milliers de kilomètres d'ici.
Alors oui ça bouscule, ça blesse, ça révolte, ça entaille le coeur et l'âme. On en ressort vacillant, fébrile, nauséeux. C'est un roman qui laisse comme un goût d'acier dans la bouche, ça vous poursuit même après la dernière page refermée, ça vous hante et ça vous accuse. Parce que c'est aussi un roman qui questionne nos lâchetés et nos courages, cette part d'humanité – ou d'inhumanité – qu'on couve en soi. Les djihadistes ne sont malheureusement pas des êtres débarqués de planètes lointaines. Et c'est aussi cette proximité terrifiante qu'Alain Blottière raconte ici.
« Comment Baptiste est mort » fait partie de ces romans qui fouillent au plus profond des esprits. L'auteur n'hésite pas à creuser, visiter les entrailles de ces êtres qui ont choisi de tuer au nom de Dieu. Et c'est terrible à dire mais on en vient presque à comprendre comment ce travail de désintégration est possible, comment on en vient à faire d'un gamin, d'un adolescent, d'un jeune homme, un être-robot dépouillé de toute faculté de raisonnement et de toute lucidité. C'est profondément révoltant et bouleversant.
En seulement 224 pages, Alain Blottière raconte le dépouillement de soi et la monstruosité gratuite avec une déférence et une délicatesse extraordinaires. On ne sort pas indemne de ce roman qui enlace la pureté d'un chagrin auquel on ne peut plus rien à la majesté poignante de la reddition. Merci aux éditions Folio pour la lecture de ce très beau roman.
[Chronique complète avec citations et lien sur mon blog]
Lien : https://lechemindeslivres.wo..
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titelle2005
  09 décembre 2016
Après avoir été enlevé avec sa famille par des terroristes, Baptiste est le seul à revenir vivant.
Mais est-il réellement vivant?
L'histoire tragique d'une destruction lente et préméditée nous est dévoilée avec une alternance de récit et de séances chez le psy au cours desquelles Yumai (anciennement Baptiste) semble réticent à tout révéler.
La monstruosité, l'inhumanité des terroristes est décrite en toute simplicité et neutralité; sans jugement. Notre lecture et notre empathie vis-à-vis de ce qu'a vécu cet adolescent font le reste.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   21 janvier 2017
Amir m'a dit que tout guerrier doit aussi savoir vivre seul
survivre seul

sans téléphone, dans un désert, une grotte, personne à moins de cinquante kilomètres

ils m'ont laissé dans le silence du désert
s'il n'y a pas de vent, le silence est absolu et la solitude augmente

absolument seul sur terre
apparemment seul

eh bien j'ai aimé ça
la solitude et le silence
dans la nature
je ne sais pas pourquoi, cela me faisait crier de joie

comme la joie d'une vraie liberté
d'être débarrassé de tout ce qui encombre
je me débarrassais de tout (p. 97-98)
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domisylzendomisylzen   19 septembre 2017
Parce qu'on est dans un monde où la mort c'est tout le temps, c'est partout.
- Un peu comme chez nous ?
- Chez nous, non.
On meurt dans sont lit
dans un hôpital, dans une maison de retraite
ma grand-mère sait déjà où elle va mourir
elle a visité la maison de retraite où elle est inscrite, elle a vu la chambre, elle a vu le lit
c'est la version douce du condamné à mort à qui on fait creuser sa tombe.
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fanfanouche24fanfanouche24   21 janvier 2017
je me demande si c'est vraiment utile de vous déballer des souvenirs horribles

ils font encore mal et ils ne vous aideront pas.
-celui qui doit être aidé, c'est toi

le secret tourmente
toutes ces choses dont on a honte
dont on a peur
et qu'on cache
toutes ces choses souvent sont douloureuses seulement
parce qu'on ne les dit pas.

-La parole soulage, je sais, c'est l'un des refrains de ma mère

mais je ne suis pas sûr que ça soit toujours vrai. (p. 39)
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fanfanouche24fanfanouche24   22 janvier 2017
- Je me suis déjà reconstruit
ils m'ont tout pris, ils m'ont fait souffrir, ils m'ont battu
ils ont voulu me tuer
ils m'ont privé de tout
pas seulement de nourriture et d'eau
pas seulement de mes parents
et de mes frères
(...)
et ils m'ont fait devenir ce que je suis
ce sont eux qui m'ont reconstruit (p. 127)
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fanfanouche24fanfanouche24   23 janvier 2017
-Ne dis pas ça
si tu sens de la cruauté en toi
non pas la petite cruauté que nous avons tous, mais celle qui pourrait amener à faire souffrir sans autre raison que le regard de sa victime
à tuer par plaisir
si tu sens cette chose en toi, c'est parce que ces monstres l'ont fait entrer en toi

cette chose peut partir comme elle est venue, ce n'est pas une maladie incurable (...)

tu as beaucoup souffert avec eux
les bourreaux , ce sont eux (p. 195)
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Vidéo de Alain Blottière

Alain Blottière - Le tombeau de Tommy
Alain Blottière présente Le tombeau de Tommy (Gallimard, 2009)
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