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EAN : 9782070360789
185 pages
Gallimard (18/04/1972)
3.87/5   603 notes
Résumé :
Dans les épaisseurs de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux, et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient.



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Critiques, Analyses et Avis (41) Voir plus Ajouter une critique
3,87

sur 603 notes
Je l'avais lu il y a des siecles et je ne me rappelais de rien. C'est donc plus une nouvelle lecture qu'une relecture.

Ce sont des nouvelles dont quelques unes prennent une allure de conte. Un ton qui me semble tres different de celui de “Noces”. Plus pres de la gravite de certains textes de “L'ete”. La fin des annees 50 est tres loin de celle des annees 30.

Si la nature est tres presente, c'en est fini de son exaltation enamouree, finie la celebration des noces idylliques et naturelles de l'homme avec le monde. La nature est ici des fois une nostalgie, d'autres un exil, force, ou assume, ou recherche et voulu. La nature est ici des fois desert, des fois montagnes abruptes et esseulees, des fois jungle etouffante. Et toujours le climat y est extreme.

Il n'y a que deux nouvelles qui se passent dans une grande ville. Mais la promiscuite ne fait qu'accentuer le desir d'exil interieur (Jonas ou L'artiste au travail: “Jonas avait seulement ecrit, en tres petits caracteres, un mot qu'on pouvait dechiffrer, mais dont on ne savait s'il fallait y lire solitaire ou solidaire”), et le bruit alentour, le combat pour une vie decente, rend les hommes muets justement quand la parole est le plus necessitee (Les muets).

L'Algerie est tres souvent presente, une Algerie ou on longe la mer sans la voir (Les muets), l'Algerie du desert, des montagnes desertiques: “Nul oiseau, nul brin d'herbe, la pierre, un desert aride, le silence, leurs cris”. L'Algerie des petits blancs, qui decouvrent, avec effroi et une certaine attirance, le fier port des arabes non citadins (La femme adultere). L'Algerie des idealistes qui apres une vie passee a apporter un peu d'alphabetisation, de culture, dans des regions lointaines de tout centre, s'apercoivent que les autochtones les rejettent, ne les ont jamais acceptes, qu'ils sont et resteront toujours etrangers, jamais integres, qu'ils sont en exil dans le pays ou ils sont nes (L'hote: “Dans ce vaste pays qu'il avait tant aime, il était seul"). L'Algerie de missionaires qui s'apercoivent de l'inanite de leurs efforts et en perdent non seulement leur foi mais aussi leur raison (Le renegat ou Un esprit confus).

Le dernier conte (La pierre qui pousse), ou un etranger, fraichement arrive dans un village de la jungle amazonienne, aide un autochtone a remplir une promesse faite aux dieux, ramene le lecteur a une vision beaucoup plus optimiste, chargee d'espoir. Un recit ou s'exprime l'ideal camusien de la fraternite humaine.


Une fois ma lecture finie, je crois que tous les personnages mis en scene ici etaient definis d'avance dans le titre. Tous sont en exil, tous cherchent a se reorienter dans une societe de laquelle ils se sentent expulses. Tous cherchent le chemin vers un royaume auquel ils ont aspire ou qu'ils ont cru le leur dans le passe. Beaucoup, etrangers dans leur propre monde, extrinseques de leur propre peau, ont endure de la douleur, essuye de la tristesse, ressenti du decouragement: “Elle savait seulement que ce royaume, de tout temps, lui avait ete promis et que jamais, pourtant, il ne serait le sien”. Mais Camus laisse entrevoir une lumiere salvatrice au fond du tunnel: la recherche d'un horizon ethique qui peut preserver du nihilisme social. Meme marginalise par d'autres, tout homme se doit d'essayer de les rencontrer, de s'en approcher et de les rapprocher a soi. Ce n'est pas facile, ce n'est pas donne, et Camus illustre cette difficulte dans plusieurs nouvelles, mais il nous souffle aussi que sans rencontre avec l'autre il ne peut y avoir de rencontre avec soi-meme, il ne peut y avoir qu'exil interieur ou exil tout court. On ne peut trouver de paix interieure que dans la solidarite humaine. On ne peut atteindre le royaume que dans la solidarite humaine.

Du tres bon Camus.
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Après avoir vu le film Loin des Hommes, avec Vigo Mortensen et Reda Kateb, un très beau film, j'ai éprouvé le besoin de lire la nouvelle L'Hôte dont il est l'adaptation. Une adaptation réussie !
Daru l'instituteur, isolé sur le haut plateau algérien aux portes du désert veut ignorer la guerre des hommes. Il ne veut appartenir à aucun camp malgré les pressions de son rare entourage.
J'ai retenu une phrase de la nouvelle qui illustre la position de Daru et que l'acteur Vigo Mortensen parvient à incarner avec force :
"Devant cette misère, lui qui vivait presque en moine dans cette école perdue, content d'ailleurs du peu qu'il avait, et de cette vie rude, s'était senti seigneur, avec ses murs crépis, son divan étroit, ses étagères de bois blanc, son puits et son ravitaillement hebdomadaire en eau et en nourriture."
Dans chacunes des nouvelles les personnages cherchent à se passer des béquilles de la vie que sont l'idéologie, le religieux, le sacré, le sacrifice.
S'ils peuvent à un moment donné être des moyens de libération, ils n'en constituent pas moins une illusion et s'en défaire avec toutes les conséquences que cela implique reste pour eux la seule option.
Ces nouvelles sont du concentré de Camus, des histoires qui en disent plus sur sa philosophie de la vie que ses essais.
On y retrouve des personnages secondaires familiers, Esposito l'ouvrier contestataire de la tonnellerie dans la nouvelle "les muets" que l'on croise dans l'Etranger.
D'une phrase Camus sait montrer la résignation du tonnelier Yvars qui en ouvrant sa musette, trouve, "Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou de bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage." et cherche le réconfort dans sa famille, "Fernande apporta l'anisette, deux verres, la gargoulette d'eau fraîche. Elle prit place près de son mari. Il lui raconta tout, en lui tenant la main, comme aux premiers temps de leur mariage."
Louise, la femme de Jonas (l'artiste au travail) "prenait en charge résolumment, les mille inventions de la machine à tuer le temps, depuis les imprimés onscurs de la Sécurité Sociale jusqu'aux dispositions sans cesse renouvelées de la fiscalité."
La femme adultère souffre en silence " (...) le plus dur était l'été où la chaleur tuait jusqu'à la douce sensation de l'ennui." mais parvient à trouver "quelque (qui) l'attendait qu'elle avait ignoré jusqu'à ce jour et qui pourtant n'avait cessé de lui manquer."
L'ingénieur d'Assart exilé au Brésil pour apporter le progrès de la science et de la technique aux populations indigènes menacées par des crues du fleuve se retrouve face aux croyances religieuses et prend part à sa façon à une procession dont il finit par devenir l'ordonnateur iconoclaste mais finalement accepté par sa nouvelle communuaté. (La pierre qui pousse)
Le temps fort du recueil est sans conteste "Le renégat ou un esprit confus".
Un ancien séminariste défroqué s'enfuit vers une ville de sel perdue dans le désert et abjure son ancienne foi pour adhérer à celle d'un fétiche dont il devient l'objet à défaut d'en être le sujet :
"Ô fétiche mon dieu là-bas, que ta puissance soit maintenue, que l'offense soit multipliée, que la haine règne sans pardon sur un monde de damnés, que le méchant soit à jamais le maître, que le royaume enfin arrive où dans une seule ville de sel et de fer de noirs tyrans asservisseront et posséderont sans pitié !"
Un recueil de nouvelles à découvrir pour compléter notre connaissance de Camus.
Ces nouvelles sont une autre façon d'aborder l'oeuvre du philosophe et de mesurer, une fois de plus, ce qui l'éloigne de JP Sartre.

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En relisant cet essai pour l'animation de notre club littéraire consacré aux exils , je me suis vraiment aperçue que Camus avait, très souvent, mis en scène dans plusieurs de ses romans ou essais l'exil.
La peste est un terrible exil… isolement de la ville coupée du monde, enfermement des habitants dans l'espace et dans le temps, dans Caligula, les Romains qui n'ont pas obtenu de distinction au bout d'un an sont punis exécutés ou exilés,
Dans La chute, c'est un homme Jean Baptiste Clamence qui s'exile volontairement pour devenir juge-pénitent, dans l'exil d'Hélène (l'eté) , c'est l'exil de la beauté, dans l'Exil et le royaume, l'exil est divers et multiple. Exil volontaire, souvent négatif mais qui peut aussi déboucher sur la redécouverte de soi et même sur le bonheur (la femme adultère)
Et plus que jamais les deux contraires solitaire et solidaire peuvent déboucher sur un royaume.…

C'est la dernière oeuvre littéraire de Camus publiée du vivant de l'auteur en 1957 . Cet essai renvoie par son association d'antinomies à L'Envers et l'Endroit, première oeuvre de 1937.
L'exil et le royaume reste un ouvrage peu connu, et pour moi une lecture déroutante parfois difficile, même sibylline (le renégat notamment ) il faut savoir trouver le fil rouge qui relie toutes ces six nouvelles et savoir le dérouler.


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N'étant pas une idolâtre de Camus, ni d'ailleurs d'aucun autre auteur, j'avoue pourtant que notre ami Albert a tout pour pour me plaire.

Il est classique. Il est tellement classique qu'on pourrait le croire ennuyeux. Ou dépassé. Ou juste bon pour faire les sujets du bac.
Il est juste. Il sait viser juste, à hauteur d'homme, à hauteur d'âme, recueillant dans ses paumes une eau mêlée de sable et de sel, une eau amère qui donne soif, une eau qui fait fleurir le laurier-rose et rouiller les chaines des prisonniers.

Camus, celui qui est près des hommes.
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3ème livre de Camus que je lis. Je repense au bus Essaouira - Marrakech dans leur burnous. Il n'aimais pas beaucoup l'effort physique. Il avait cessé de la mener sur les plages. Ils vivaient dans 3 pièces, ornées de tentures arabes et de meubles de Barbes. L'eau de la nuit commença d'emplir Janine. Les muets. Il évitait les rails. Sa jambe infirme reposait. le tonneau les bordelaises , mon grand père maternel était tonnelier. Je suis sensible à cette description. Les douelles creusées à la varlope.
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
"L'exil et le royaume" - recueil de six nouvelles (1957)
"La femme adultère" : L'épouse insatisfaite d'un commis voyageur algérois découvre un soir, d'une terrasse qui domine le désert, la déchirante beauté du monde et s'y livre tout entière.
"Le renégat" : Un missionnaire catholique, prisonnier d'une tribu du désert, abandonne de plein gré la religion du Dieu d'amour pour servir une idole de cruauté.
"Les muets" : Une équipe d'ouvriers mal payés par leur patron décident de protester par le silence. Mais la fillette du patron a une attaque qui risque d'être mortelle et le noble silence des travailleurs devient alors cruel et inhumain.
"L'hôte" : Daru, instituteur français d'un petit village algérien, est chargé de conduire un Arabe inculpé de meurtre jusqu'à la ville. En chemin, il décide de laisser son "hôte" choisir entre la prison ou la fuite. L'Arabe choisit la prison. Ses frères croiront qu'il a été livré à la police et Daru découvre alors sa solitude "dans ce vaste pays qu'il avait tant aimé".
"Jonas ou l'artiste au travail" : Le succès couronne un peintre de talent. Dès lors, les visites constantes, les déjeuners mondains, les entretiens avec ses nouveaux disciples, les appels téléphoniques, la vie familiale le conduisent à la stérilité. Pour échapper à cet enfer, il se construit une soupente au-dessus du couloir et s'y réfugie. Mais après une nuit de labeur, il a seulement écrit sur sa toile blanche un mot "dont on ne savait s'il fallait y lire Solitaire ou Solidaire".
"La pierre qui pousse" : Au Brésil, un ingénieur français assiste à une cérémonie au cours de laquelle un indigène de ses amis, pour accomplir un vœu, doit porter jusqu'à l'église une énorme pierre. L'indigène s'écroule bientôt et l'ingénieur se charge de la pierre mais, au lieu d'en faire hommage à l'église, il la dépose devant la case de son ami.
(extrait de "Récits, pièces et essais" issu de "Albert Camus" de la collection "Génies et réalités" publiée aux éditions "Hachette" en 1964)
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Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu'à l'os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve, qui ne possédaient rien mais ne servaient personne, seigneurs misérables et libres d'un étrange royaume. Janine ne savait pas pourquoi cette idée l'emplissait d'une tristesse si douce et si vaste qu'elle lui fermait les yeux. Elle savait seulement que ce royaume, de tout temps, lui avait été promis et que jamais, pourtant, il ne serait le sien, plus jamais, sinon à ce fugitif instant, peut-être, où elle rouvrit les yeux sur le ciel soudain immobile, et sur les flots de lumière figée, pendant que les voix qui montaient de la ville arabe se taisaient brusquement. Il lui sembla que le cours du monde venait alors de s'arrêter et que personne, à partir de cet instant, ne vieillirait plus ni ne mourrait. En tous lieux, désormais, la vie était suspendue, sauf dans son coeur où, au même moment, quelqu'un pleurait de peine et d'émerveillement.
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"Quelle bouillie, quelle bouillie! Il faut mettre de l'ordre dans ma tête. Depuis qu'ils m'ont coupé la langue, une autre langue, je ne sais pas, marche sans arrêt dans mon crâne, quelque chose parle, ou quelqu'un, qui se tait soudain et puis tout recommence, ô j'entends trop de choses que je ne dis pourtant pas, quelle bouillie, et si j'ouvre la bouche, c'est comme un bruit de cailloux remués. De l'ordre, un ordre, dit la langue, et elle parle d'autre chose en même temps, oui j'ai toujours désiré l'ordre. Du moins, une chose est sûre, j'attends le missionnaire qui doit venir me remplacer. Je suis là sur la piste, à une heure de Taghâsa, caché dans un éboulis de rochers, assis sur le vieux fusil. Le jour se lève sur le désert, il fait encore très froid, tout à l'heure il fera trop chaud, cette terre rend fou et moi, depuis tant d'années que je n'en sais plus le compte...
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Les patrons voyaient leurs affaires compromises, c'était vrai, mais ils voulaient quand même conserver une marge de bénéfices; le plus simple leur paraissait encore de freiner les salaires, malgré la montée des prix. Que peuvent faire des tonneliers quand la tonnellerie disparaît? On ne change pas de métier quand on a pris la peine d'en apprendre un ; celui-là était difficile, il demandait un long apprentissage. Le bon tonnelier, celui qui ajuste ses douelles courbes, les resserre au feu et au cercle de fer, presque hermétiquement, sans utiliser le rafia ou l'étoupe, était rare. Yvars le savait et il en était fier. Changer de métier n'est rien, mais renoncer à ce qu'on sait, à sa propre maîtrise, n'est pas facile. Un beau métier sans emploi, on était coincé, il fallait se résigner. Mais la résignation non plus n'est pas facile. Il était difficile d'avoir la bouche fermée, de ne pas pouvoir vraiment discuter et de reprendre la même route, tous les matins, avec la fatigue qui s'accumule, pour recevoir, à la fin de la semaine, seulement ce qu'on veut bien vous donner, et qui suffit de moins en moins.

(Les muets P65)
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On était au plein de l'hiver et cependant une journée radieuse se levait sur la ville déjà active. Au bout de la jetée, la mer et le ciel se confondaient dans un même état. Yvars, pourtant, ne les voyait pas. Il roulait lourdement le long des boulevards qui dominent le port. Sur la pédale fixe de la bicyclette, sa jambe infirme reposait immobile, tandis que l'autre peinait pour vaincre les pavés encore mouillés de l'humidité nocturne. Sans relever la tête, tout menu sur sa selle, il évitait les rails de l'ancien tramway, il se rangeait d'un coup de guidon brusque pour laisser passer les automobiles qui le doublaient et, de temps en temps, il renvoyait du coude, sur ses reins, la musette où Fernande avait placé son déjeuner. Il pensait alors avec amertume au contenu de la musette. Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou du bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage.
(Les muets)
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Vidéo de Albert Camus
Rencontre avec Denis Salas autour de le déni du viol. Essai de justice narrative paru aux éditions Michalon.
-- avec l'Université Toulouse Capitole


Denis Salas, ancien juge, enseigne à l'École nationale de la magistrature et dirige la revue Les Cahiers de la Justice. Il préside l'Association française pour l'histoire de la justice. Il a publié aux éditions Michalon Albert Camus. La justice révolte, Kafka. le combat avec la loi et, avec Antoine Garapon, Imaginer la loi. le droit dans la littérature.


--
02/02/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER
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