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EAN : 9782070360789
185 pages
Gallimard (18/04/1972)
3.88/5   438 notes
Résumé :
Dans les épaisseurs de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux, et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient.



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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
3,88

sur 438 notes

SZRAMOWO
  03 février 2022
Après avoir vu le film Loin des Hommes, avec Vigo Mortensen et Reda Kateb, un très beau film, j'ai éprouvé le besoin de lire la nouvelle L'Hôte dont il est l'adaptation. Une adaptation réussie !
Daru l'instituteur, isolé sur le haut plateau algérien aux portes du désert veut ignorer la guerre des hommes. Il ne veut appartenir à aucun camp malgré les pressions de son rare entourage.
J'ai retenu une phrase de la nouvelle qui illustre la position de Daru et que l'acteur Vigo Mortensen parvient à incarner avec force :
"Devant cette misère, lui qui vivait presque en moine dans cette école perdue, content d'ailleurs du peu qu'il avait, et de cette vie rude, s'était senti seigneur, avec ses murs crépis, son divan étroit, ses étagères de bois blanc, son puits et son ravitaillement hebdomadaire en eau et en nourriture."
Dans chacunes des nouvelles les personnages cherchent à se passer des béquilles de la vie que sont l'idéologie, le religieux, le sacré, le sacrifice.
S'ils peuvent à un moment donné être des moyens de libération, ils n'en constituent pas moins une illusion et s'en défaire avec toutes les conséquences que cela implique reste pour eux la seule option.
Ces nouvelles sont du concentré de Camus, des histoires qui en disent plus sur sa philosophie de la vie que ses essais.
On y retrouve des personnages secondaires familiers, Esposito l'ouvrier contestataire de la tonnellerie dans la nouvelle "les muets" que l'on croise dans l'Etranger.
D'une phrase Camus sait montrer la résignation du tonnelier Yvars qui en ouvrant sa musette, trouve, "Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou de bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage." et cherche le réconfort dans sa famille, "Fernande apporta l'anisette, deux verres, la gargoulette d'eau fraîche. Elle prit place près de son mari. Il lui raconta tout, en lui tenant la main, comme aux premiers temps de leur mariage."
Louise, la femme de Jonas (l'artiste au travail) "prenait en charge résolumment, les mille inventions de la machine à tuer le temps, depuis les imprimés onscurs de la Sécurité Sociale jusqu'aux dispositions sans cesse renouvelées de la fiscalité."
La femme adultère souffre en silence " (...) le plus dur était l'été où la chaleur tuait jusqu'à la douce sensation de l'ennui." mais parvient à trouver "quelque (qui) l'attendait qu'elle avait ignoré jusqu'à ce jour et qui pourtant n'avait cessé de lui manquer."
L'ingénieur d'Assart exilé au Brésil pour apporter le progrès de la science et de la technique aux populations indigènes menacées par des crues du fleuve se retrouve face aux croyances religieuses et prend part à sa façon à une procession dont il finit par devenir l'ordonnateur iconoclaste mais finalement accepté par sa nouvelle communuaté. (La pierre qui pousse)
Le temps fort du recueil est sans conteste "Le renégat ou un esprit confus".
Un ancien séminariste défroqué s'enfuit vers une ville de sel perdue dans le désert et abjure son ancienne foi pour adhérer à celle d'un fétiche dont il devient l'objet à défaut d'en être le sujet :
"Ô fétiche mon dieu là-bas, que ta puissance soit maintenue, que l'offense soit multipliée, que la haine règne sans pardon sur un monde de damnés, que le méchant soit à jamais le maître, que le royaume enfin arrive où dans une seule ville de sel et de fer de noirs tyrans asservisseront et posséderont sans pitié !"
Un recueil de nouvelles à découvrir pour compléter notre connaissance de Camus.
Ces nouvelles sont une autre façon d'aborder l'oeuvre du philosophe et de mesurer, une fois de plus, ce qui l'éloigne de JP Sartre.
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oran
  19 juin 2019
En relisant cet essai pour l'animation de notre club littéraire consacré aux exils , je me suis vraiment aperçue que Camus avait, très souvent, mis en scène dans plusieurs de ses romans ou essais l'exil.
La peste est un terrible exil… isolement de la ville coupée du monde, enfermement des habitants dans l'espace et dans le temps, dans Caligula, les Romains qui n'ont pas obtenu de distinction au bout d'un an sont punis exécutés ou exilés,
Dans La chute, c'est un homme Jean Baptiste Clamence qui s'exile volontairement pour devenir juge-pénitent, dans l'exil d'Hélène (l'eté) , c'est l'exil de la beauté, dans l'Exil et le royaume, l'exil est divers et multiple. Exil volontaire, souvent négatif mais qui peut aussi déboucher sur la redécouverte de soi et même sur le bonheur (la femme adultère)
Et plus que jamais les deux contraires solitaire et solidaire peuvent déboucher sur un royaume.…
C'est la dernière oeuvre littéraire de Camus publiée du vivant de l'auteur en 1957 . Cet essai renvoie par son association d'antinomies à L'Envers et l'Endroit, première oeuvre de 1937.
L'exil et le royaume reste un ouvrage peu connu, et pour moi une lecture déroutante parfois difficile, même sibylline (le renégat notamment ) il faut savoir trouver le fil rouge qui relie toutes ces six nouvelles et savoir le dérouler.

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Junie
  18 avril 2015
N'étant pas une idolâtre de Camus, ni d'ailleurs d'aucun autre auteur, j'avoue pourtant que notre ami Albert a tout pour pour me plaire.
Il est classique. Il est tellement classique qu'on pourrait le croire ennuyeux. Ou dépassé. Ou juste bon pour faire les sujets du bac.
Il est juste. Il sait viser juste, à hauteur d'homme, à hauteur d'âme, recueillant dans ses paumes une eau mêlée de sable et de sel, une eau amère qui donne soif, une eau qui fait fleurir le laurier-rose et rouiller les chaines des prisonniers.
Camus, celui qui est près des hommes.
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BRUMANT
  08 juin 2021
3ème livre de Camus que je lis. Je repense au bus Essaouira - Marrakech dans leur burnous. Il n'aimais pas beaucoup l'effort physique. Il avait cessé de la mener sur les plages. Ils vivaient dans 3 pièces, ornées de tentures arabes et de meubles de Barbes. L'eau de la nuit commença d'emplir Janine. Les muets. Il évitait les rails. Sa jambe infirme reposait. le tonneau les bordelaises , mon grand père maternel était tonnelier. Je suis sensible à cette description. Les douelles creusées à la varlope.
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Pat0212
  08 juillet 2021
Je continue ma relecture de l'oeuvre de Camus, si La chute est un de mes livres de chevet, je n'avais plus ouvert ce recueil de nouvelles depuis le lycée, il y a quatre décennies. Je me souvenais assez bien de quatre des nouvelles, pas forcément des détails, mais du sens général et de leur chute, en particulier Jonas, la femme adultère et la pierre qui pousse. Mais j'avais totalement oublié deux d'entre elles, L'hôte et Les muets, j'ai vraiment eu l'impression de découvrir de nouveaux textes, c'est peut-être la raison pour laquelle ce sont eux qui m'ont le plus touchée.
Ces textes nous parlent d'exil, évidemment, le plus souvent il s'agit d'un exil intérieur, sauf pour La pierre qui pousse, où un ingénieur français fuit un drame et part travailler au fin fond du Brésil. Déjà à l'époque je n'avais ni aimé, ni compris cette nouvelle et le passage du temps n'y a pas changé grand chose. le héros participe de manière symbolique à la promesse du coq en l'aidant à porter la pierre, mais pourquoi la ramener chez lui et pas à l'église comme prévu ? Il faut peut-être y voir une action anticléricale, mais il y a sûrement quelque chose de plus subtile qui m'échappe. Camus veut peut être dire que Dieu a abandonné les hommes et que rien ne les oblige à tenir une promesse qu'ils lui ont faite dans un moment de détresse. le héros y voit aussi l'occasion de terminer sa propre histoire.
La femme adultère ne peut que nous toucher, même si les circonstances du texte nous sont devenues complètement étrangères puisqu'il s'agit de Français qui vivaient en Algérie juste après la guerre. Janine se sent exilée à la fois dans son couple et dans cet environnement dont elle pressent l'hostilité. Son couple tient par l'habitude et la peur de la solitude, mais l'amour l'a déserté depuis longtemps, qui ne se reconnaît pas dans ce portrait ? Elle saura communier avec la nature pourtant hostile du désert, sans qu'on sache de ce qu'il adviendra de ce moment intense, prise de conscience ou extase momentanée ?
Un des thèmes importants et toujours actuel de ce recueil est l'impossibilité de communiquer et de se comprendre. le patron des muets ne saura renouer le lien avec ses ouvriers. Chacun est sûr de son bon droit, les ouvriers refusent d'enterrer la hache de guerre, le patron affirme qu'il est impossible de les augmenter vu les circonstances économiques. le drame personnel du patron ne permettra pas aux opposés de se rejoindre, même si cela fait réfléchir le héros sur la précarité de la vie. Cette nouvelle est très actuelle, à l'heure des licenciements collectifs et de la crise économique, toutefois il ne semble plus y avoir autant d'humanité dans les conflits sociaux. Les patrons actuels sont rarement des gens que l'on connaît et qui ont grandi dans l'entreprise, on est au temps du capital anonyme et plus aucun lien ne subsiste entre dirigeants et salariés, du moins pas du vrai lien. La non communication est encore plus flagrante dans L'hôte, l'instituteur offre la liberté au prisonnier dont on lui a confié la garde, il le libère en lui donnant le choix de son destin, mais l'homme refuse ce don, il décide de se constituer prisonnier. le geste du héros n'est pas compris et les Arabes veulent le tuer. Il respecte la liberté du prisonnier, même si celui-ci ne l'assume pas, sans doute la peur de la liberté, un thème cher à l'existentialisme.
Ces nouvelles ont été publiées en 1957, en pleine guerre d'Algérie et on le ressent dans certains de ces textes. Ils nous parlent de la fin d'un monde, duquel les personnages seront bientôt exilés. J'aime moins ces nouvelles que les romans, mais on ne peut qu'admirer la virtuosité avec laquelle Camus sait manier différents styles.

Lien : https://patpolar48361071.wor..
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Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
gillgill   09 juillet 2012
"L'exil et le royaume" - recueil de six nouvelles (1957)
"La femme adultère" : L'épouse insatisfaite d'un commis voyageur algérois découvre un soir, d'une terrasse qui domine le désert, la déchirante beauté du monde et s'y livre tout entière.
"Le renégat" : Un missionnaire catholique, prisonnier d'une tribu du désert, abandonne de plein gré la religion du Dieu d'amour pour servir une idole de cruauté.
"Les muets" : Une équipe d'ouvriers mal payés par leur patron décident de protester par le silence. Mais la fillette du patron a une attaque qui risque d'être mortelle et le noble silence des travailleurs devient alors cruel et inhumain.
"L'hôte" : Daru, instituteur français d'un petit village algérien, est chargé de conduire un Arabe inculpé de meurtre jusqu'à la ville. En chemin, il décide de laisser son "hôte" choisir entre la prison ou la fuite. L'Arabe choisit la prison. Ses frères croiront qu'il a été livré à la police et Daru découvre alors sa solitude "dans ce vaste pays qu'il avait tant aimé".
"Jonas ou l'artiste au travail" : Le succès couronne un peintre de talent. Dès lors, les visites constantes, les déjeuners mondains, les entretiens avec ses nouveaux disciples, les appels téléphoniques, la vie familiale le conduisent à la stérilité. Pour échapper à cet enfer, il se construit une soupente au-dessus du couloir et s'y réfugie. Mais après une nuit de labeur, il a seulement écrit sur sa toile blanche un mot "dont on ne savait s'il fallait y lire Solitaire ou Solidaire".
"La pierre qui pousse" : Au Brésil, un ingénieur français assiste à une cérémonie au cours de laquelle un indigène de ses amis, pour accomplir un vœu, doit porter jusqu'à l'église une énorme pierre. L'indigène s'écroule bientôt et l'ingénieur se charge de la pierre mais, au lieu d'en faire hommage à l'église, il la dépose devant la case de son ami.
(extrait de "Récits, pièces et essais" issu de "Albert Camus" de la collection "Génies et réalités" publiée aux éditions "Hachette" en 1964)
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araucariaaraucaria   07 septembre 2017
"Quelle bouillie, quelle bouillie! Il faut mettre de l'ordre dans ma tête. Depuis qu'ils m'ont coupé la langue, une autre langue, je ne sais pas, marche sans arrêt dans mon crâne, quelque chose parle, ou quelqu'un, qui se tait soudain et puis tout recommence, ô j'entends trop de choses que je ne dis pourtant pas, quelle bouillie, et si j'ouvre la bouche, c'est comme un bruit de cailloux remués. De l'ordre, un ordre, dit la langue, et elle parle d'autre chose en même temps, oui j'ai toujours désiré l'ordre. Du moins, une chose est sûre, j'attends le missionnaire qui doit venir me remplacer. Je suis là sur la piste, à une heure de Taghâsa, caché dans un éboulis de rochers, assis sur le vieux fusil. Le jour se lève sur le désert, il fait encore très froid, tout à l'heure il fera trop chaud, cette terre rend fou et moi, depuis tant d'années que je n'en sais plus le compte...
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kathelkathel   21 février 2010
Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu'à l'os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve, qui ne possédaient rien mais ne servaient personne, seigneurs misérables et libres d'un étrange royaume. Janine ne savait pas pourquoi cette idée l'emplissait d'une tristesse si douce et si vaste qu'elle lui fermait les yeux. Elle savait seulement que ce royaume, de tout temps, lui avait été promis et que jamais, pourtant, il ne serait le sien, plus jamais, sinon à ce fugitif instant, peut-être, où elle rouvrit les yeux sur le ciel soudain immobile, et sur les flots de lumière figée, pendant que les voix qui montaient de la ville arabe se taisaient brusquement. Il lui sembla que le cours du monde venait alors de s'arrêter et que personne, à partir de cet instant, ne vieillirait plus ni ne mourrait. En tous lieux, désormais, la vie était suspendue, sauf dans son coeur où, au même moment, quelqu'un pleurait de peine et d'émerveillement.
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GabySenseiGabySensei   07 octobre 2013
Les patrons voyaient leurs affaires compromises, c'était vrai, mais ils voulaient quand même conserver une marge de bénéfices; le plus simple leur paraissait encore de freiner les salaires, malgré la montée des prix. Que peuvent faire des tonneliers quand la tonnellerie disparaît? On ne change pas de métier quand on a pris la peine d'en apprendre un ; celui-là était difficile, il demandait un long apprentissage. Le bon tonnelier, celui qui ajuste ses douelles courbes, les resserre au feu et au cercle de fer, presque hermétiquement, sans utiliser le rafia ou l'étoupe, était rare. Yvars le savait et il en était fier. Changer de métier n'est rien, mais renoncer à ce qu'on sait, à sa propre maîtrise, n'est pas facile. Un beau métier sans emploi, on était coincé, il fallait se résigner. Mais la résignation non plus n'est pas facile. Il était difficile d'avoir la bouche fermée, de ne pas pouvoir vraiment discuter et de reprendre la même route, tous les matins, avec la fatigue qui s'accumule, pour recevoir, à la fin de la semaine, seulement ce qu'on veut bien vous donner, et qui suffit de moins en moins.

(Les muets P65)
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araucariaaraucaria   09 septembre 2017
On était au plein de l'hiver et cependant une journée radieuse se levait sur la ville déjà active. Au bout de la jetée, la mer et le ciel se confondaient dans un même état. Yvars, pourtant, ne les voyait pas. Il roulait lourdement le long des boulevards qui dominent le port. Sur la pédale fixe de la bicyclette, sa jambe infirme reposait immobile, tandis que l'autre peinait pour vaincre les pavés encore mouillés de l'humidité nocturne. Sans relever la tête, tout menu sur sa selle, il évitait les rails de l'ancien tramway, il se rangeait d'un coup de guidon brusque pour laisser passer les automobiles qui le doublaient et, de temps en temps, il renvoyait du coude, sur ses reins, la musette où Fernande avait placé son déjeuner. Il pensait alors avec amertume au contenu de la musette. Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou du bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage.
(Les muets)
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