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ISBN : 2070360784
Éditeur : Gallimard (18/04/1972)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 263 notes)
Résumé :
Dans les épaisseurs de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux, et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient.

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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Junie
  18 avril 2015
N'étant pas une idolâtre de Camus, ni d'ailleurs d'aucun autre auteur, j'avoue pourtant que notre ami Albert a tout pour pour me plaire.
Il est classique. Il est tellement classique qu'on pourrait le croire ennuyeux. Ou dépassé. Ou juste bon pour faire les sujets du bac.
Il est juste. Il sait viser juste, à hauteur d'homme, à hauteur d'âme, recueillant dans ses paumes une eau mêlée de sable et de sel, une eau amère qui donne soif, une eau qui fait fleurir le laurier-rose et rouiller les chaines des prisonniers.
Camus, celui qui est près des hommes.
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araucaria
  10 septembre 2017
Je ne connaissais pas encore Albert Camus, nouvelliste, voilà cet oubli réparé. "L'exil et le royaume" regroupe six nouvelles aux thèmes très différents, et justement parce qu'elles ont peu de lien les unes avec les autres, je n'ai pas été intéressée de la même manière par tous les textes. Dans l'ordre de mes préférences je retiendrai : "L'hôte", "La pierre qui pousse" et "Jonas ou l'artiste au travail"... Un peu déçue par ce livre, qui n'est pas à la hauteur de "L'étranger", "Noces", "l'été" ou "Les justes"... Note moyenne, avec regret, on souhaite toujours l'excellence.
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micky05
  21 janvier 2013
Albert Camus parlant de son recueil de nouvelles publié en 1957 disait qu'il l'avait conçu dans des styles très différents, allant du monologue intérieur au récit réaliste. Mais les thèmes de chaque nouvelle montrent l'homogénéité du recueil. Chacune des six nouvelles est un récit dont le personnage principal subit, à sa façon une forme d'exil puis tente de trouver un royaume, qui serait une relation fusionnelle avec un monde où un personnage extérieur. Camus utilise un langage simple et montre ici un grand savoir-faire puisque chaque intrigue limite le nombre de personnages. Tous sont liés par la solitude et l'échec. Il s'agit donc pour Camus à travers ces nouvelles de nous mener sur le chemin de ces êtres solitaires et solidaires à la fois, ce paronyme montrant lui-même le lien interne à chaque récit et à l'ensemble du recueil. L'Exil et le Royaume est empreint d'une grande force suggestive propre au réalisme symbolique.
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frandj
  17 mars 2014
"L'exil et le royaume" est un recueil de six nouvelles, publié en 1957. Les jeunes lecteurs devront garder en mémoire le fait que, à l'époque où elles ont été publiées (1957), l'Algérie - pays natal d'Albert Camus - était encore française.
L'une des nouvelles les plus réussies est intitulée "La femme adultère". L'héroïne, Janine, suit en voyage son mari - qui ne l'aime pas - et elle le fait à contrecoeur. Parvenant à une petite bourgade dans le Sud algérien, ils prennent leurs quartiers dans un hôtel. Quand son mari est endormi, Janine quitte la chambre et, toute seule dans la nuit, fait longuement une expérience intense et étrange: « Dans les épaisseurs de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux et le même cheminement immobile la réunissait à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient ». Puis la femme retourne à l'hôtel, vers son mari qui l'interroge; mais elle ne saisit pas cette opportunité de lui avouer toute l'insatisfaction que lui inspire sa vie. le style de ce texte énigmatique est à la fois simple et somptueux.
Une autre nouvelle remarquable, dont le titre est "L'hôte", met en scène un instituteur français isolé, en poste au fin fond du bled. Un gendarme lui amène un Arabe qui a tué son cousin et exige qu'il le livre à la justice. Un dialogue s'établit entre le Français et l'Arabe. L'instituteur laisse le choix au prisonnier: se livrer lui-même ou s'enfuir vers le Sud. L'Arabe préfère la prison. Mais quand l'instituteur revient à l'école, il lit sur le tableau noir: « Tu as livré notre frère. Tu paieras ». Dans ce pays qu'il avait tant aimé, il se retrouve seul. le texte de cette nouvelle est très sobre et l'esprit qui s'en dégage parait bien sombre.
Une autre nouvelle, "Le renégat", est assez déconcertante. C'est le monologue d'un missionnaire qui a été fait prisonnier, asservi, humilié, mutilé, par les sauvages qu'il voulait évangéliser dans l'Afrique profonde. Il en est venu à adorer le fétiche de cette tribu et se propose de tuer le missionnaire qui devrait venir le remplacer. A certains moments, on pourrait penser à un scénario de J.-L. Borges, mais Camus n'a pas sa concision.
Les autres nouvelles ne m'ont pas laissé une impression durable. Mais, dans l'ensemble, ce recueil mérite d'être lu ou relu.
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fanfanouche24
  05 mai 2013
Une passion pour l'ensemble des textes de Camus, mais ce recueil de nouvelles me touche plus particulièrement; il offre des bijoux de poésie et de sensibilité....dans des sujets très différents
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
gillgill   09 juillet 2012
"L'exil et le royaume" - recueil de six nouvelles (1957)
"La femme adultère" : L'épouse insatisfaite d'un commis voyageur algérois découvre un soir, d'une terrasse qui domine le désert, la déchirante beauté du monde et s'y livre tout entière.
"Le renégat" : Un missionnaire catholique, prisonnier d'une tribu du désert, abandonne de plein gré la religion du Dieu d'amour pour servir une idole de cruauté.
"Les muets" : Une équipe d'ouvriers mal payés par leur patron décident de protester par le silence. Mais la fillette du patron a une attaque qui risque d'être mortelle et le noble silence des travailleurs devient alors cruel et inhumain.
"L'hôte" : Daru, instituteur français d'un petit village algérien, est chargé de conduire un Arabe inculpé de meurtre jusqu'à la ville. En chemin, il décide de laisser son "hôte" choisir entre la prison ou la fuite. L'Arabe choisit la prison. Ses frères croiront qu'il a été livré à la police et Daru découvre alors sa solitude "dans ce vaste pays qu'il avait tant aimé".
"Jonas ou l'artiste au travail" : Le succès couronne un peintre de talent. Dès lors, les visites constantes, les déjeuners mondains, les entretiens avec ses nouveaux disciples, les appels téléphoniques, la vie familiale le conduisent à la stérilité. Pour échapper à cet enfer, il se construit une soupente au-dessus du couloir et s'y réfugie. Mais après une nuit de labeur, il a seulement écrit sur sa toile blanche un mot "dont on ne savait s'il fallait y lire Solitaire ou Solidaire".
"La pierre qui pousse" : Au Brésil, un ingénieur français assiste à une cérémonie au cours de laquelle un indigène de ses amis, pour accomplir un vœu, doit porter jusqu'à l'église une énorme pierre. L'indigène s'écroule bientôt et l'ingénieur se charge de la pierre mais, au lieu d'en faire hommage à l'église, il la dépose devant la case de son ami.
(extrait de "Récits, pièces et essais" issu de "Albert Camus" de la collection "Génies et réalités" publiée aux éditions "Hachette" en 1964)
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araucariaaraucaria   07 septembre 2017
"Quelle bouillie, quelle bouillie! Il faut mettre de l'ordre dans ma tête. Depuis qu'ils m'ont coupé la langue, une autre langue, je ne sais pas, marche sans arrêt dans mon crâne, quelque chose parle, ou quelqu'un, qui se tait soudain et puis tout recommence, ô j'entends trop de choses que je ne dis pourtant pas, quelle bouillie, et si j'ouvre la bouche, c'est comme un bruit de cailloux remués. De l'ordre, un ordre, dit la langue, et elle parle d'autre chose en même temps, oui j'ai toujours désiré l'ordre. Du moins, une chose est sûre, j'attends le missionnaire qui doit venir me remplacer. Je suis là sur la piste, à une heure de Taghâsa, caché dans un éboulis de rochers, assis sur le vieux fusil. Le jour se lève sur le désert, il fait encore très froid, tout à l'heure il fera trop chaud, cette terre rend fou et moi, depuis tant d'années que je n'en sais plus le compte...
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GabySenseiGabySensei   07 octobre 2013
Les patrons voyaient leurs affaires compromises, c'était vrai, mais ils voulaient quand même conserver une marge de bénéfices; le plus simple leur paraissait encore de freiner les salaires, malgré la montée des prix. Que peuvent faire des tonneliers quand la tonnellerie disparaît? On ne change pas de métier quand on a pris la peine d'en apprendre un ; celui-là était difficile, il demandait un long apprentissage. Le bon tonnelier, celui qui ajuste ses douelles courbes, les resserre au feu et au cercle de fer, presque hermétiquement, sans utiliser le rafia ou l'étoupe, était rare. Yvars le savait et il en était fier. Changer de métier n'est rien, mais renoncer à ce qu'on sait, à sa propre maîtrise, n'est pas facile. Un beau métier sans emploi, on était coincé, il fallait se résigner. Mais la résignation non plus n'est pas facile. Il était difficile d'avoir la bouche fermée, de ne pas pouvoir vraiment discuter et de reprendre la même route, tous les matins, avec la fatigue qui s'accumule, pour recevoir, à la fin de la semaine, seulement ce qu'on veut bien vous donner, et qui suffit de moins en moins.

(Les muets P65)
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araucariaaraucaria   09 septembre 2017
On était au plein de l'hiver et cependant une journée radieuse se levait sur la ville déjà active. Au bout de la jetée, la mer et le ciel se confondaient dans un même état. Yvars, pourtant, ne les voyait pas. Il roulait lourdement le long des boulevards qui dominent le port. Sur la pédale fixe de la bicyclette, sa jambe infirme reposait immobile, tandis que l'autre peinait pour vaincre les pavés encore mouillés de l'humidité nocturne. Sans relever la tête, tout menu sur sa selle, il évitait les rails de l'ancien tramway, il se rangeait d'un coup de guidon brusque pour laisser passer les automobiles qui le doublaient et, de temps en temps, il renvoyait du coude, sur ses reins, la musette où Fernande avait placé son déjeuner. Il pensait alors avec amertume au contenu de la musette. Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou du bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage.
(Les muets)
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kathelkathel   21 février 2010
Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu'à l'os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve, qui ne possédaient rien mais ne servaient personne, seigneurs misérables et libres d'un étrange royaume. Janine ne savait pas pourquoi cette idée l'emplissait d'une tristesse si douce et si vaste qu'elle lui fermait les yeux. Elle savait seulement que ce royaume, de tout temps, lui avait été promis et que jamais, pourtant, il ne serait le sien, plus jamais, sinon à ce fugitif instant, peut-être, où elle rouvrit les yeux sur le ciel soudain immobile, et sur les flots de lumière figée, pendant que les voix qui montaient de la ville arabe se taisaient brusquement. Il lui sembla que le cours du monde venait alors de s'arrêter et que personne, à partir de cet instant, ne vieillirait plus ni ne mourrait. En tous lieux, désormais, la vie était suspendue, sauf dans son coeur où, au même moment, quelqu'un pleurait de peine et d'émerveillement.
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