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ISBN : 2266054015
Éditeur : Pocket (30/11/-1)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 533 notes)
Résumé :
En 1550, une question agite la chrétienté : qui sont les Indiens ? Une catégorie d'êtres inférieurs qu'il faut soumettre et convertir ? Ou des hommes, libres et égaux ?

Un légat envoyé par le pape doit en décider. Pour l'aider, deux religieux espagnols. Tout oppose Ginès de Sépulvéda, fin lettré, rompu à l'art de la polémique, et Bartolomé de Las Casas, prêtre et homme de terrain ayant vécu de nombreuses années dans le Nouveau Monde. Le premier défend... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
denis76
  06 avril 2019
Bouquin essentiel !
C'est avec lui que j'ai compris que la religion catholique avait fait autant de mal à la population terrestre que les islamistes.
Dans un couvent de Valladolid, quelque soixante ans après la découverte du Nouveau Monde, deux hommes s'affrontent : les Indiens sont-ils des hommes comme les autres ? Pour le dominicain Las Casas, ardent défenseur de la cause indienne, cela ne fait aucun doute: les Espagnols, avides de conquête, ont nié l'évidence, assujettissant et massacrant les indigènes par millions. Face à lui, le philosophe Sépulvéda affirme que certains peuples sont nés pour être dominés. Tous deux s'entendent sur un point : le nécessaire salut des âmes.
L'issue de ce débat passionné, déterminante pour des millions d'hommes, pourrait bien être surprenante...
Dans ce livre, Jean-Claude Carrière raconte un fait historique se déroulant en 1550. La colonisation des Amériques a commencé. Les Espagnols voulaient tirer un grand profit de ces colonies, alors ils envoyaient des armées. Cependant les soldats ont massacré bon nombre d'Indigènes. Alors, est organisé, à Valladolid, un débat portant sur le thème suivant : "Est-ce que les Indiens sont une espèce inférieure de la race humaine ?"
MES IMPRESSIONS :
Quel livre ! Et quelles conséquences Historiques auront la décision du légat du Pape qui écoute les argumentations des thèses du dominicain Las Casas (ce sont des Hommes) et de son opposant, le philosophe Sepùlveda (ce sont des sous-hommes, nés pour être esclaves) ! Vous connaîtrez sa décision tout à la fin du livre, qui est passionnant, car les arguments de chacun sont puissants, et on ne sait rien du sort réservé aux Indiens jusqu'au bout de la controverse !
Un point d'Histoire éclairci, un morceau du puzzle "Histoire", 1550, Espagne, qui complète ma connaissance.
Le style de JC Carrière, après 50 pages de présentation, s'enflamme dans la vivacité des interventions.
Un chef d'oeuvre !
5 étoiles.
Evidemment, ce livre fait poser plein de questions :
Jusqu'en 1940, il y eut des Peuples "inférieurs" : Gaulois ? Indiens ? Puis Noirs ? Puis non-aryens ?
Pourquoi la question ne s'est pas posée pour les Chinois ?
Etc....
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missmolko1
  27 avril 2014
Profitant d'un cours séjour en France pour faire le plein de lecture, j'ai déniché "La controverse de Valladolid" sur une étagère poussiéreuse d'Emmaus. Je ne connaissais ni la pièce, ni cet événement de l'Histoire.
J'en ressors extrêmement contente car la pièce est bien construite et très bien écrites mais aussi profondément marqué par la description de toutes les horreurs décrites. Alors bien sur tout le monde sait comment les colons ont traités les indiens d'Amérique, mais, il n'empêche que de mettre des mots sur ces atrocités rend les choses encore pires.
On ne peut qu'être profondément choqué par tout ça : cette incompréhension entre les colons et les indiens, ce choc ou deux cultures s'affrontent, cette cruauté.....
Ce texte est en tout cas un bel exemple de tolérance, une belle leçon de vie. J'aurai beaucoup aimé l'étudier pendant ma scolarité mais ça n'a pas été le cas alors je suis heureuse d'avoir fait cette découverte maintenant.
Pour finir, j'ai vu que cette pièce avait fait l'objet d'une adaptation à la télévision, je suis curieuse de voir comment cela a été adapté mais je pense que je vais avoir besoin de temps avant de regarder le téléfilm car j'ai encore trop en tête les horreurs et crimes commis.
Lien : http://missmolko1.blogspot.f..
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Fleitour
  10 octobre 2017
La Controverse de Valladolid n'a peut-être pas donné son verdict en 1551, ou plus exactement au terme d'un débat ambigu, des zones d'ombre ont été laissées à l'appréciation des hommes, et des conquistadors à la conquête du Nouveau Monde, funeste erreur.

Le débat opposa essentiellement le dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien Juan de Sepùlveda, afin que, selon le souhait de Charles Quint, serait exprimé, comment devaient se faire les conquêtes dans le Nouveau Monde, avec justice et en sécurité de conscience.

De ce débat qui eut lieu sous le pontificat du pape Jules III, Jean-Claude Carrière en a fait un livre et un téléfilm magistralement interprété par Jean Carmet, Jean-Louis Trintignant, et Jean-Pierre Marielle.

Las Casas, comme Juan Sepùlveda s'accordèrent sur le devoir de conversion des Indiens qui incombe aux Espagnols mais diffèrent sur le moyen d'y parvenir : colonisation pacifique et vie exemplaire pour le premier et colonisation institutionnelle où la force est légitimée par la nature même des civilisations précolombiennes, pour le second.
Las Casas réplique en démontrant :
la rationalité des indigènes au travers de leurs civilisations avec (l'architecture des Aztèques) ;
qu'il ne trouve pas dans les coutumes des Indiens de plus grandes cruautés que celles qui pouvaient se trouver dans les civilisations du Vieux Monde (la civilisation romaine avait organisé des combats de gladiateurs)
l'évangélisation et le fait de sauver les victimes des sacrifices humains n'est pas tant un devoir des Espagnols qu'un droit des Indiens.
Las Casas suit la philosophie de saint Thomas d'Aquin selon laquelle une société est une donnée de la nature,les sociétés sont d'égale dignité.
La conversion de force, n'est pas légitime, la propagation de la foi doit se faire de manière évangélique, par l'exemple.

Las Casas publiera un livre sur les exactions des conquistadors en 1552. Ce livre, abondamment publié et commenté est à l'origine de la légende noire de la colonisation espagnole et servira d'argument moral à des puissances pour lutter contre l'Espagne.
L'objectif recherché était de prendre la place de l'Espagne et du Portugal en détournant l'attention des crimes et génocides de leur propre colonisation.
Dans les pays protestants, cet ouvrage servira d'argument pour présenter l'Espagne, pays catholique et monarchique, comme rétrograde et obscurantiste.
Le débat intellectuel issu de la controverse de Valladolid a inspiré les lois en vigueur durant la colonisation.
Charles Quint avait déjà pris un décret interdisant l'esclavage des Indiens, sur tout le territoire de son empire en 1542, l'empereur avait promulgué les « lois nouvelles » qui proclamaient la liberté naturelle des Indiens (et obligent la remise en liberté des esclaves), la liberté du travail, la liberté de résidence et la libre propriété des biens, punissant ceux qui seront violents ou agressifs envers les Indiens.
Le souci sincère de Bartolomé de las Casas d'épargner les Indiens les a préservés (par rapport à l'Amérique du Nord anglo-saxonne, notamment) mais paradoxalement, il est à l'origine, non de la naissance mais de la généralisation, de la traite des noirs vers l'Amérique : empêchés d'employer les Indiens comme travailleurs forcés, les Espagnols cherchent des esclaves et nouent des contacts avec des négriers africains, portugais, génois, français… qui leur vendent sur plusieurs siècles des millions d'esclaves.

À l'aube du XIXe siècle,cette thèse est contestée catégoriquement. Selon Grégoire l'accusation menée contre Las Casas est une calomnie montée de toutes pièces à partir des écrits d' Antonio de Herrera y Tordesillas.
Grégoire soutient que l'accusation ne repose pas sur des sources concrètes ou vérifiables. Il y démontre également que Las Casas n'est pas soucieux de la seule situation aux Amériques, mais s'oppose, de manière globale, à toute forme d'impérialisme.

Lors de ce procès, ou controverse de Valladolid on a officialisé le fait que les Amérindiens ont un statut égal à celui des Blancs. Cette décision ne s'appliquait pas aux noirs d'Afrique, dont l'esclavage n'était pas contesté.
Cette pratique existait cependant avant 1551, Las Casas n'en est aucunement l'initiateur. À la suite de la position prise dans sa jeunesse, il condamne également cet esclavage, qu'il juge aussi injuste et inhumain que celui des Indiens.

La récente controverse née aux Etats Unis à propos du Général Lee et maintenant de Colbert , sur le Code Noir qui régissait l'esclavage a relancé la polémique sur les vrais responsables de l'esclavage des noirs.
C'est en 1685 que Louis XIV promulgue ce décret qui a pour objet de préciser les conditions des esclaves noirs au regard du droit. Des hebdomadaires en France ont largement relayé cette nouvelle controverse depuis le mois d'août 2017.
La controverse de Valladolid si magistralement écrite par Jean-Claude Carrière est aujourd'hui encore d'une actualité universelle,
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Woland
  31 décembre 2014
ISBN : 9782266225151
Ce que l'on nomme "La Controverse de Valladolid" se tint réellement, sous le pontificat de Jules III et alors que Charles-Quint régnait encore sur l'Espagne, tout en songeant déjà à se retirer dans un couvent et à abdiquer en faveur de son fils, le futur Philippe II. Elle opposa essentiellement deux grands "experts" de l'époque, le dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien et philosophe (terme souvent repris par Carrière) Juan Ginés de Sepúlveda. le premier, qui a alors plus de soixante-dix ans, lutte depuis longtemps pour la reconnaissance, chez les Indiens du Nouveau-Monde, d'une âme, d'une conscience semblable à celles que se targuent de posséder les Européens catholiques. Son adversaire, lui, estime que, même si les Indiens ont une âme, celle-ci est inférieure à l'âme chrétienne. Il a même écrit sur la question tout un ouvrage qui doit, ou non, à l'issue de la fameuse "controverse", recevoir l'imprimatur du Vatican.
Car Rome a envoyé son légat pour trancher la question. Il s'agit du cardinal Roncieri, un homme dont, pratiquement jusqu'à la fin, le lecteur ne peut mettre en doute le désir sincère de juger en toute conscience et sans aucun préjugé.
L'ouvrage repose sur la "dispute", au sens latin du terme, entre Las Casas et Sepúlveda, ramenée ici à quelques journées alors que, en réalité, elle se scinda en deux séances dont chacune dura un mois.
Si l'on veut rester strictement impartial, et si l'on connaît un tant soit peu l'histoire de l'Amérique pré-colombienne, on comprend que les Espagnols furent à juste titre épouvantés par les sacrifices religieux des Aztèques, qui consistaient le plus souvent à arracher le coeur d'un prisonnier de guerre vivant, allongé sur l'autel d'une divinité comme le dieu de la Guerre, le terrible Huitzlipotchli. (Les rites concernant Tlaloc, le dieu de la Pluie, qui relevaient de l'écorchement intégral étaient, si possible, encore plus cruels.) Mais, d'un autre côté, toutes les peuplades amérindiennes n'étaient pas aussi obsédées par les sacrifices humains - certaines d'entre elles s'allièrent d'ailleurs avec les Espagnols contre leurs voisins aztèques, qui les réduisaient depuis des années en esclavage afin de les "offrir" à leurs dieux. Et l'on admet tout aussi bien que leurs membres aient eu énormément de difficultés à comprendre pourquoi, au nom d'un dieu d'Amour appelé "Jésus le Christ", les colonisateurs faisaient brûler les Indiens sur des bûchers. de toutes façons, d'un côté comme de l'autre, dès que les Amérindiens eurent compris le caractère conquérant des Espagnols, personne ne fut en reste d'imagination quand il s'agissait de torturer et de massacrer. C'est humain, on le sait - mais rares sont ceux qui l'admettent.
Des gens qui, comme ces Aztèques, prenaient un couteau de silex pour arracher le coeur des prisonniers vivants, descendaient-ils, eux aussi, au même titre que les bons Frères de la Sainte Inquisition, d'Adam et d'Eve ? Et Dieu avait-il envoyé Son fils pour prendre sur lui leurs péchés comme il avait certainement pris sur lui ceux des Inquisiteurs, des princes chrétiens et autres ?
Ou bien ces Indiens étaient-ils des créatures si primitives que la notion d'âme et le sens du Bien et du Mal leur étaient parfaitement inconnus et que leur seul destin, programmé par Dieu Lui-même, fût l'extinction de leur culture, de leurs croyances et de leur propre vie, dans l'esclavage le plus honteux et le plus cruel ?
Le roman de Carrière fait alterner les points de vue des deux principaux débatteurs avec, çà et là, des interventions de l'envoyé de Jules III qui, soulignons-le, tente d'y voir clair avant tout par lui-même. C'est ainsi qu'il fait venir, à grands frais, d'Amérique, un couple d'Indiens nahuatl et son nourrisson afin d'observer leur réaction devant la destruction d'une statue de Quetzacoatl, le légendaire "Serpent A Plumes". Il fait venir aussi - à moindres frais, il est vrai - une troupe de bouffons (ces nains comédiens qui, à la Cour, étaient même intouchables) afin de constater de visu si le rire qui, dit-on depuis si longtemps, est le propre de l'Homme, naîtra chez les Indiens devant le spectacle de leurs pitreries.
Ne connaissant absolument rien ni à la langue, ni aux usages castillans, les Indiens sont plus surpris qu'autre chose par ces nains qui moquent en fait sous leurs yeux la royauté et même la religion. Par contre, lorsque le légat, voulant intervenir, fait une chute dans le petit escalier menant à l'estrade où il trône, tout le monde rit, y compris les Indiens. Malheureusement, ensuite, ils ont peur d'avoir mal fait - et certains moines partagent sans doute leurs craintes car, en principe, on ne se moque pas impunément d'un envoyé de Sa Sainteté.
Heureusement pour tout le monde - ou presque - Roncieri est un homme intelligent. Il finit par trancher en faveur des Indiens et de leur culture. Sepúlveda lui fait alors remarquer que forcer les Espagnols partis pour le Nouveau Monde à abandonner les terres qu'ils s'y sont appropriées, c'est les réduire à la misère. L'argument n'est pas faux et voilà notre légat bien tourmenté lorsque s'interpose le prieur. Selon lui, il y a une solution. Puisque les Indiens sont des créatures de Dieu, il suffit de les remplacer, en esclavage, par des créatures qui, nul ne l'ignore, sont à peine au-dessus de l'animal (et encore !) : les Africains.
Ainsi s'achève, malgré les protestations De Las Casas, épouvanté de ce qu'il vient de contribuer à former, et même quelques "objections" assez avisées de Sepúlveda, "La Controverse de Valladolid."
Le style en est à la fois simple et précis, carré et cynique mais d'un cynisme inévitable parce qu'il est dans la nature humaine. Au reste, par l'intermédiaire de l'un des deux Espagnols installés au Nouveau Monde et revenus dans leur pays pour assister à la controverse, Carrière fait remarquer que les rois noirs pratiquaient l'esclavage et n'hésitaient pas à vendre leurs sujets aux négriers. le roman, comme la pièce de théâtre, date de 1992, époque à laquelle, en France, on pouvait encore écrire sur ces choses sans se faire traiter de tous les noms par les gauchos et les ignares. Aussi faut-il lire "La Controverse de Valladolid" qui démontre que, paradoxalement, alors qu'il ne cherchait qu'à améliorer le sort de ses "frères Indiens", Las Casas a non pas mis le feu aux poudres de la traite négrière occidentale - certaines expéditions de ce genre avaient été ordonnées par la couronne espagnole mais demeuraient encore rares et exceptionnelles - mais a ouvert aux trafiquants une voie royale. Il ne s'en remit jamais. Quant à Sepúlveda, personnage qui, la plupart du temps, ne paraît pourtant pas très sympathique au lecteur, ses réflexions, trop brèves, sur les problèmes ainsi posés sont celles d'un visionnaire.
Encore ne sont-ce que quelques unes des questions soulevées par "La Controverse de Valladolid", livre auquel on ne peut reprocher qu'un seul défaut : sa brièveté, le parti pris de son auteur de ne pas dépasser le thème de la controverse originelle. Il est vrai que dépasser ce thème eût probablement produit un énorme pavé ... ;o)
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Under_the_Moon
  08 septembre 2013
Dans un monastère de Valladolid, Bartolomé de Las Casas, l'homme d'Eglise, et Gines de Sépulvéda le philosophe s'affronte devant les hautes autorités religieuses sur un sujet qui fut très épineux après la découverte des pays d'Amérique du Sud : les peuplades indigènes sont-elles nos semblables et ont-elles une âme ?
Un argument des plus choquant pour tout lecteur du XXIème siècle!
Tous les efforts de rhétorique des deux protagonistes mettent en lumière les problèmes d'incompréhension culturelle et de jugements à l'emporte pièce que certains individus se permettent vis-à-vis de ceux qui ont le malheur d'être nés différents d'eux.
Les deux personnages tendent bien sûr à défendre leur cause, chacun se justifiant au nom de la sacro-sainte Eglise, ce qui montre bien l'hypocrisie de certains hommes de pouvoir qui utilisent et déformes des sources qu'ils citent souvent hors contexte.
Au-delà de cet abominable débat qui eut malheureusement bien lieu au XVIème siècle, j'ai trouvé que certaines réflexions de fond trouvent un écho à notre monde actuel. Certes on ne se demande plus si nos semblables humains ont "une âme", mais d'autres arguments plus ou moins semblables sont utilisés encore aujourd'hui pour discréditer des cultures différente de notre sacro-saint modèle occidental. Et, comme le souligne Jean-Claude Carrière, l'argent et toutes les dimensions économiques sont bel et bien le nerf de cette "guerre" même s'il n'est jamais avancé - car en matière d'argument altruiste on fait mieux....
Une pièce de théâtre à découvrir, qui met en scène un des nombreux épisode peu glorieux de notre Humanité - et fait référence à un autre en conclusion...
Après sa lecture, on peut se demander "notre monde est-il vraiment si différent de celui-là ? Où nos hommes de pouvoirs ont-ils simplement trouvés une nouvelle rhétorique pour justifier d'autres actes injustifiables envers ceux qui n'ont pas la même culture que nous?"
Libre à chacun d'en décider et de se faire son opinion ...
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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   11 janvier 2017
LEGAT
Le légat s'installe derrière sa table et prend la parole :
Mes chers frères, depuis que, par la grâce de Dieu, le royaume d'Espagne a découvert et conquis les Indes de l'Ouest, que certains appellent déjà le Nouveau Monde, nous avons vu s'élever un grand nombre de questions difficiles que rien, dans l'histoire des hommes, ne laissait prévoir. Une de ces questions, qui est de première importance, n'a jamais reçu de réponse claire et complète. C'est elle qui nous réunit ici.
(Après une très courte pause, le légat reprend, dans le plus grand silence :)
Ces terres nouvelles ont des habitants, qui ont été vaincus et soumis au nom du vrai Dieu. Cependant, depuis une trentaine d'années, des rumeurs se sont répandues en Europe disant que les indigènes de Mexico et des îles de la Nouvelle Espagne ont été très injustement maltraités par les conquérants espagnols.
(Le dominicain, Las Casas, hoche la tête à ces mots.)
Ces rumeurs, que les ennemis de l'Espagne, l'Angleterre et la France, peuvent avoir exagérées...
(C'est au tour de Sépulvéda d'approuver, d'un léger hochement de tête.)
... sont parvenues à Sa Sainteté le pape, qui s'en est montré vivement ému, d'autant plus que ces traitements s'exerçaient au nom de notre sainte religion.
(Las Casas approuve, là encore.)
Il a toujours été très difficile de séparer les affaires publiques de l'exercice indispensable de la religion. Comment rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu? Comment soigner les âmes en négligeant les corps? C'est une interrogation très ancienne.
(Sépulvéda et Las Casas approuvent ensemble.)
A plusieurs reprises le Saint-Père et ses prédécesseurs avant lui ont manifesté de la compassion pour les populations des terres nouvelles. L'Eglise a toujours recommandé de les traiter avec douceur, mais nos instructions, à ce qu'il semble, n'ont pas toujours été respectées, pas plus d'ailleurs que les règlements de la Couronne.
(Las Casas approuve de la tête.)
Aujourd'hui, le Saint-Père m'a envoyé jusqu'à vous pour décider une fois pour toutes, avec votre aide, si ces indigènes sont des êtres humains achevés et véritables, des créatures de Dieu et nos frères dans la descendance d'Adam. Ou si au contraire, comme on l'a soutenu (il se tourne vers Sépulvéda), ils sont des êtres d'une catégorie distincte, ou même les sujets de l'empire du diable.
(Un bref et mince sourire traverse le visage de Sépulvéda.)
A la fin de notre débat, la décision que je prendrai sera ipso facto confirmée par Rome.

SUPERIEUR
Deviendra-t-elle par conséquent irrévocable?

LEGAT
C'est l'usage.
(Une courte pause.)
Je vois que les adversaires qui vont s'opposer sont l'un et l'autre très illustres, et je les remercie au nom du Saint-Père d'avoir accepté cette dispute.
(Il dirige son regard vers le dominicain.)
Et d'abord frère Bartolomé de Las Casas, qui connaît bien les terres nouvelles et a plusieurs fois manifesté ses bons sentiments à l'égard de ces indigènes.
(Las Casas incline la tête.
Le légat se tourne vers le philosophe :)
En face, je salue maître Gines de Sépulvéda lui-même, dont les oeuvres philosophiques sont connues de toute la chrétienté. Son érudition et sa pénétration d'esprit nous seront précieuses. J'espère que Dieu nous assistera et que par Sa grâce nous saurons garder toute conscience et dignité.
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WolandWoland   01 janvier 2015
[...] ... - "Je ne peux évidemment que le suggérer," dit le cardinal, "mais pourquoi ne pas ramasser [ces Africains] vous-mêmes, en nombre suffisant ? Vous auriez ainsi une main-d'oeuvre assurément robuste, docile et encore moins dispendieuse. La mortalité des Indiens s'en verrait ainsi compensée. Je suppose qu'en Afrique, ça se trouve facilement ?

- Leurs rois eux-mêmes les vendent," affirme alors le cavalier.

Le court silence qui suit est cette fois rompu par Sepúlveda :

- "L'esclavage est une institution ancienne et salutaire, qui répond aux classifications de la nature et permet la préservation de la vie. Cela s'est maintes fois remarqué dans l'histoire. Les esclaves sont un réservoir de vie. Leur immense apport, constamment renouvelé, permet la sauvegarde de l'espèce humaine de catégorie supérieure, la seule qui compte aux yeux du Créateur."

Tous - sauf Las Casas et Ladrada - approuvent de la tête. Le phénomène naturel que vient d'évoquer le philosophe est bien connu. Il est ici indiscutable. Sauvons les meilleurs.

Sepúlveda demande alors :

- "L'Eglise ne s'opposerait pas à ce type d'expéditions ?

- Pourquoi s'y opposerait-elle ?" demande le prélat.

Il ajoute, en se retournant vers le comte Pittaluga :

- "Est-ce que la Couronne s'y oppose ? Bien au contraire. Quelle raison pourrait avoir l'Eglise ?"

Sepúlveda n'a rien à répondre. Las Casas, à ce moment-là, intervient :

- "Eminence, le roi n'a jusqu'à maintenant accordé que des autorisations particulières, non sans réticence et regret, pour subvenir au manque de bras. Si l'Eglise autorise officiellement cette opération, cela risque de devenir très rapidement un grand commerce. L'appétit de l'argent peut conduire à tous les abus.

- Et à des guerres," ajoute Sepúlveda lui-même. "A des révolutions."

Même le philosophe paraît désemparé. Son inquiétude est évidente devant une idée imprévue. Une large dimension des événements lui échappe. Sur le moment, tout ce qu'il peut y entrevoir est sombre, hérissé de dangers, très vague. ... [...]
+ Lire la suite
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steppesteppe   19 février 2011
Il quitte sa table et s'avance. Son émotion devient très vive et très visible.
- Ces peuples ne nous faisaient pas la guerre ! Ils venaient à nous tout souriants, le visage gai, curieux de nous connaÎtre, chargés de fruits et de présents ! Ils ne savaient meme pas ce qu'est la guerre ! Et nous leur avons apporté la mort ! Au nom du Christ !
Plusieurs assistants se dressent, comme scandalisés.
Parmi eux le supérieur qui dit au légat :
- Eminence, n'est-ce pas là un blasphème ?
Et Las Casas n'hésite pas :
- Oui, tout ce que j'ai vu, je l'ai vu se faire au nom du Chris ! J'ai vu les Espagnols prendre la graisse d'Indiens vivants pour panser leurs propres blessures ! Vivants ! Je l'ai vu ! J'ai vu nos soldats leur couper le nez, les oreilles, la langue, les mains, les seins des femmes et les verges des hommes, oui, les tailler comme on taille un arbre ! Pour s'amuser ! Pour se distraire !....
..... - Une autre fois, Eminence, toujours à Cuba, on s'appretait à mettre à mort un de leurs chefs, un cacique, qui avait osé se rebeller ou protester, et à le brûler vif. Un moine s'approcha de l'homme et lui parla un peu de notre foi. Il lui demanda s'il voulait aller au ciel, où sont la gloire et le repos éternels, au lieu de souffrir pour l'éternité en enfer. Le cacique lui dit : Est-ce que les chrétiens vont au ciel ? Oui, dit le moine, certains d'entre eux y vont. Alors, dit le cacique, je préfère aller en enfer pour ne pas me retrouver avec des hommes aussi cruels !

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Under_the_MoonUnder_the_Moon   07 septembre 2013
COLON - (...) Et les Indiens n'aiment pas travailler pour nous. Ils essaient tout le temps de s'enfuir, ce qui nous oblige à dresser de chiens. Quelquefois, ils préfèrent mourir, ils se jettent dans des ravins. Mais la vie d'un homme n'est rien, pour eux. On dirait qu'ils se tuent pour passer le temps.

LEGAT - Je ne suis pas sûr que quand on est mort le temps passe plus vite.

L'homme essaie de rattraper sa gaffe :

COLON - Naturellement, nous c'est vivants qu'on les préfère. Morts, ils ne servent plus à rien.

LEGAT - Très peu de morts ont une utilité.
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araucariaaraucaria   14 janvier 2017
LAS CASAS : Adieu Aristote! Le règne d'Aristote est aboli! Aristote est un païen qui brûle au milieu de l'enfer! Aujourd'hui nous parlons au nom du Christ. La parole d'Aristote était une erreur terrible, tyrannique, infernale! Toute la philosophie chrétienne la condamne!

Sépulvéda lève la main pour intervenir, il essaie même de couper le dominicain, mais celui-ci continue de plus belle, sans permettre à son adversaire de placer un mot :

Que lisons-nous à chaque pages des Evangiles? Que tout homme est mon semblable, que je dois le traiter comme je voudrais qu'il me traite, et lui rendre le bien pour le mal. Les Espagnols ont jailli comme des loups au milieu des brebis, mais le Christ a dit le contraire : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups!"

SEPULVEDA : Mais il a dit aussi...

Le cardinal une nouvelle fois, fait taire le philosophe d'un geste, tandis que Las Casas continue :

LAS CASAS : Voulez-vous entendre saint Paul? L'entendre vraiment?

Il saisit un papier sur sa table, y jette un coup d'oeil.

Ecoutez l'apôtre : "Il n'y a pas de Juif ni de Grec, il n'y a pas d'esclave ni d'homme libre, il n'y a pas de mâle ni de femelle, car vous êtes tous un dans le Christ Jésus." Tous un! Où voit-on dans ce texte les catégories d'Aristote?

Il s'approche du cardinal.

Eminence, j'en aurai bientôt terminé. Je me rappelle ce que me dit une fois un vieux dominicain qui me confessait : la vérité s'avance toujours seule et fragile, le mensonge au contraire a beaucoup d'auxiliaires. Encore deux point. Il est dit : "Malheur à celui à cause de qui le nom du Seigneur a été blasphémé."

LEGAT : Certes.

LAS CASAS : Le nom du Christ a été maudit et blasphémé des millions de fois à cause de nous.
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Céline Bozon et Jean-Paul Civeyrac Abel Ferry et Jean-Hugues Anglade Gaspar Noé et Jean-Claude Carriere Musique : Jésus Volt
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