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ISBN : 2070314200
Éditeur : Gallimard (13/05/2004)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 137 notes)
Résumé :
« Le tour de l'île : vingt-quatre pas. Six du nord au sud et d'est en ouest, depuis la porte d'entrée jusqu'à la fenêtre. Les cloisons de planches, la cheminée de marbre et, comme un lac suspendu, le grand miroir - la géographie de la chambre, ses rivages, ses déserts, sa faune, j'en sais tout. Mais le décor, cet étrange décor, acajou et pavé, brocart et chaises dépaillées, qui l'a composé ? Qui, surtout, a donné l'ordre de condamner les portes, puis la fenêtre, la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
HermantM
  13 décembre 2012
J'ai tourné autour de ce livre, reculée avant de me lancer, bien que tentée à cause du talent d'écriture de son auteure mais en ayant très peur du sujet. Et j'avais bien raison ! C'est admirablement bien écrit, documenté, exprimé, justement évalué ... aussi, quelle douleur impuissance que de vivre le martyr de ce petit garçon avec la toute puissance de sa prison, la Chambre ! Ce n'est pas un livre dont on sort indemne. Même s'il y a des accusations portées, elles le sont sans haine, plutôt dans le désir de comprendre comment on a pu laisser cet enfant dans un tel abandon jusqu'à sa mort. Et c'est l'infâme rouage de l'indifférence, notamment celle du déni de responsabilité devant la misère de l'innocent sacrifié. le choix de l'auteure est de ne pas faire de ses gardiens des monstres... celui-là avait peur (la Terreur, n'est-ce pas ?) ; celui-ci ne se sentait pas concerné ; l'autre était trop rustre pour s'apitoyer... etc... mais il reste que le petit a connu toutes les affres de l'enfermement dans le noir, la solitude absolue, la maladie, l'oubli total de son humanité. Et, toutes proportions gardées (il s'agit ici d'un enfant humain ) j'ai retrouvé cette attitude qui ne veut pas voir, ces dos qui se tournent "cela ne me concerne pas", lorsque j'essaye d'attirer l'attention sur un de ces chats misérables, livrés à la rue, que je tente de sauver... Ne sommes-nous pas tous coupables, pour une raison ou pour une autre, un jour, ne n'avoir pas osé intervenir ?
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Malaura
  02 juin 2011
Une chambre aux fenêtres obturées, des portes barricadées, c'est dans ce lieu sombre que vit pendant plus de 3 ans,"l'orphelin du Temple", le fils de Louis XVI. Après que ses instituteurs soient partis, l'otage de la nation se retrouve seul, abandonné de tous, oublié dans cette chambre crasseuse où les poux et la vermine sont devenus ses seuls compagnons. le petit Capet agonise sans qu'on le remarque et meurt à l'âge de 10 ans, victime de la bêtise et de la cruauté des hommes.
En écrivant l'histoire de cet enfant séquestré et de ses gardiens, Françoise Chandernagor a réussi le pari de transcender le roman historique en une oeuvre bouleversante et intemporelle sur la violence ordinaire.
Ici pas d'assassins même si tous sont coupables; coupables de la mort d'un enfant, victime de maltraitance et d'oubli. Et c'est avec une ironie mordante que l'auteur souligne la bêtise, l'indifférence et la cruauté.
Une oeuvre tragique, révoltante et émouvante aux larmes.
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litolff
  11 octobre 2010
C'est la tragique histoire d'un petit garçon qui va mourir.
Récit bouleversant de l'emprisonnement, l'isolation et l'agonie d'un petit garçon de 10 ans, otage embarrassant qu'on a trouvé plus simple de nier, d'"effacer"... avec le temps, on oublie...
Françoise Chandernagor nous raconte les derniers mois de Louis XVII avec toute la science de l'historienne, le talent de la romancière et surtout, les accents d'une mère : le morne enfermement dans la chambre-tombeau, l'épaisseur d'un temps privé de calendrier, l'agonie lente du délaissement. Par cette évocation, sans pathos mais pleine de colère, du déchirant martyre du petit roi, elle nous fait entendre l'insupportable indifférence face à l'assassinat insidieux d'une vie qui n'a pas même commencé.
Bouleversant !
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thedoc
  04 novembre 2014
Avec ce roman, Françoise Chandernagor nous plonge dans l'obscurantisme de la Révolution française en nous contant le destin tragique d'un petit garçon, celui du Dauphin, Charles Louis Capet dit Louis XVII. Arraché à sa famille à l'âge de 7 ans et enfermé dans la prison du Temple, le jeune prince est confiné dans un isolement dramatique. Ses geôliers l'épient mais ne s'occupent pas de lui. On ne le lave pas, on ne l'habille pas, on ne lui parle pas. On l'oublie dans sa chambre dont on prend bien soin de boucher la fenêtre. On lui retire tout au fur et à mesure de sa détention, ses objets, sa santé physique et mentale… Car que peut devenir un petit garçon traité de cette sorte ? En pleine dégradation physique et intellectuelle, le Dauphin perd la notion du temps et oublie jusqu'à son nom. Petit être sale et autiste, il s'efface pour devenir un fantôme. Qu'a-t-il fait au juste contre le pays ? Rien, si ce n'est d'être né au mauvais moment dans la mauvaise famille. Pourquoi l'enfermer ? Ses bourreaux eux-mêmes ne le savaient sans doute pas, pris dans le cercle infernal de la terreur qui se déploie sur tout le pays. Vivant ou mort, le jeune prince embarrasse. Que faire de lui ? Juste l'effacer.
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bina
  11 avril 2015
Une approche littéraire pour un fait historique, lié à la Révolution Française : l'emprisonnement du fils de Louis XVI à la prison du Temple.
Deuxième étage de la Tour. Pour des raisons budgétaires, les restrictions se font sentir. Un enfant de huit ans est laissé seul, sans précepteurs ni gardien, quasi emmuré. On le surveille par une lucarne, l'obscurité règne.
Dans la tête de l'enfant dans certains chapitres, nous nous interrogeons sur notre isolement, sur la disparition de notre instituteur. Pourquoi avons-nous si souvent changé de prénom ? Pourquoi devoir dénoncer nos proches ? Nous nous replions sur nous-mêmes, connaissons des terreurs dès que la nuit tombe, nous vivons une lente déchéance physique et psychologique.
Du point de vue des personnes chargées de s'occuper de l'enfant, nous assistons à l'absence d'intérêt pour un gamin de huit qui, selon eux, devrait s'avoir s'occuper de lui tout seul. Mais voilà, tout le monde n'est pas aussi solide, débrouillard et déluré qu'un gamin du peuple du même âge.
Emprisonnement, isolement, crasse.
« Enfant martyr » ? A défaut de témoignages vraiment fiables, les sources parlent, les archives du Temple, de la Commune, des comités de Salut Public, les chiffres bruts des dépenses qui lui étaient consacrées.
Un passage est particulièrement émouvant, celui de la lavandière chargée de blanchir le linge de la famille royale emprisonnée. Elle ne sait pas à qui est le linge, elle ne doit pas poser de question. Mais elle observe, se fait des idées, fini par s'interroger. Les vêtements de l'homme disparaissent. Ceux des femmes sont teints de noir. Les vêtements du garçon sont de moins fréquents, trop blancs, trop crasseux. Que se passe-t-il dans cette famille de bourgeois ? C'est une relecture originale de l'Histoire : la guillotine du père, le deuil de la mère et de la soeur, l'isolement de l'enfant qui ne sait pas prendre soin de lui…
Ce roman, c'est donc aussi une histoire des conséquences de la Révolution avec un regard original, mi-roman, mi-historique, très documenté. C'est aussi un livre dur sur la bêtise des hommes qui ne veulent pas voir la déchéance…pour ne pas avoir d'ennui…
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
BloodyroseBloodyrose   04 décembre 2008
La bêtise "au commencement", la paresse, la négligence ? Le jaune, le beige, le fadasse ? Allons donc ! Le rouge oui. Le sang. Au commencement était le sang. La haine. La violence, la guerre, le crime ; puis la revanche de la défaite, le châtiment de l'assassinat ; et la revanche de la revanche, le châtiment du châtiment...
Tuer était bon, les hommes s'aperçurent que c'était bon - agréable, facile : il n'y fallait que du sentiment... Tous les lieux, tous les outils faisaient l'affaire ; quant aux prétextes, on n'en manquait jamais : race, religion, parti, nation, autre. Les hommes savaient pourquoi ils tuaient ; ils comprenaient aussi, même quand ils le regrettaient, pourquoi ils mouraient : chacun était l'autre d'un autre.
Mais leurs enfants, qu'est-ce qu'ils comprenaient les enfants ? Des enfants qui ignoraient jusqu'à leur nom, et ne distinguaient pas leur corps du corps qui les avait portés, et ne séparaient pas encore le dedans du dehors, et ne démêlaient pas l'amour de soi de l'amour du prochain, et se fondaient dans l'univers comme un sucre fond dans l'eau, les enfants ne comprenaient rien. Ils ouvraient des yeux étonnés. De grands yeux d'ombre. Fixaient le ciel, ou les murs. Fuyaient dans le ciel, rentraient dans le mur. Et c'était le ciel qu'on fusillait, le mur qu'on étranglait.
Ainsi périrait un jour la chambre fermée. Lentement, très lentement, elle disparaîtrait au fond des yeux d'un enfant. Lentement, avec l'enfant étouffé, la chambre asphyxiée.
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litolfflitolff   11 octobre 2010
Il vivra dix ans et trois mois. Mais toute vie achevée est une vie accomplie : de même qu'une goutte d'eau contient déjà l'océan, les vies minuscules, avec leur début si bref, leur infime zénith, leur fin rapide, n'ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter. L'enfant de la Tour est un vieillard parce qu'à son échelle il a tout vécu. Il ne lui reste ni illusions ni appétit. Sa mesure est comble.
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AdemyAdemy   16 octobre 2014
Possible. Normalement, nous, en bas, nous n'avions pas plus affaire aux économes qu'aux cuisiniers; à part un ou deux garçons d'office qu' on apercevait au moment des repas et les porte-clés, on ne voyait aucun des "permanents"; ce bonhomme-là - Coru ou Lelièvre, je ne sais plus -, je l'avais recroisé dans une cour dans la maison... Les draps, en tout cas, sans compter les mille cinq cents serviettes ou torchons! Les toiles du rez de chaussée, on nous les changeait deux fois la semaine. Rien à redire sur le principe. Sauf que, dans nos quatre lits, venaient coucher toutes sortes d'hommes; même des traines-misères, si contents d'être nourris qu'ils se portaient volontaires plus souvent qu'à leur tour! Tous égaux devant la Loi, c'est que, dans un lit, un indigent compte pour plusieurs : ces pauvres diables ne venaient jamais seuls, comprenez-vous, ils amenaient leurs "habitants", poux, puces, punaises... Et je ne vous parle pas de leurs éruptions militaires, ni de leurs catharres glaireux! Par la suite, je dormais assis; assis à la table, la tête dans les bras : dans mon métier on ne badine pas avec l'hygiène.
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pasiondelalecturapasiondelalectura   02 septembre 2014
...les fournées de la mort étaient souvent des fournées de hasard, on ratissait large - les rigolos avec les pas-marrants, les purs et les impurs, les gauchistes avec les droitiers, les natifs de l'Aube avec les natifs de l'Orne, les Parisiens avec les Savoyards. " Y a-t-il guillotine aujourd'hui? - Oui, car il y a tous les jours trahison"...La roue tourne, et en tournant elle écrase; il faut du sang dans le pressoir: "Certains y teignent leurs piques, d'autres leurs mouchoirs, leurs mains.L'exécuteur, étonné de l'empressement de plusieurs à y tremper leur sabre, s'écrie:"Attendez donc, je vais vous donner un baquet où vous pourrez les tremper plus aisément". (page 156)
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rkhettaouirkhettaoui   10 juin 2016
L’économe ne précisait pas que lui aussi était partant. À brève échéance. Voilà pourquoi il s’énervait, pourquoi, dans le jaune ambiant, son teint virait à l’orange… Démissionnaire avant d’être démissionné. Pour la même raison que « les vieux du deuxième » : la jalousie. La place des permanents, les bénévoles la trouvaient trop bonne : un train de chanoine – pâtés de lièvre, lits douillets, et une paye à plusieurs zéros. Au point que le mois dernier, avant même la réduction de budget, les chefs de l’Organisation avaient invité chacun à choisir entre siéger au Conseil et travailler dans les services : plus de cumul. Faisant de bonne grâce ce que les autres auraient fini par leur imposer, les politiques de la maison avaient d’un même élan, sans exception, renoncé à leur emploi, et applaudi la mesure par-dessus le marché ! Mais l’économe pouvait bien applaudir plus fort que tout le monde, il entendait ses rivaux rire sous cape, « retour à tes semences, père Coru ! Grain-grain-grain ! », ah, les charognes, il leur revaudrait ce tour-là !
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Vidéo de Françoise Chandernagor
François Busnel reçoit Françoise Chandernagor à La Grande Librairie le 13 décembre 2016.
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