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EAN : 9782877062411
430 pages
Editions de Fallois (31/05/1995)
3.7/5   306 notes
Résumé :
Ruiné par des affairistes sans scrupules, abandonné de ses amis, déshonoré, le comte de Breyves s'est donné la mort : au XVIII ème siècle, plus qu'un malheur, un scandale !

Veuve à trente ans, sans parents, sans appuis, sans fortune, sa femme fuit Paris et la Cour pour se réfugier dans une campagne éloignée. Elle emporte dans son exil le seul bien qui lui reste de son bonheur passé : son fils Alexis, âgé de sept ans. Désormais, elle va consacrer sa v... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Le roman commence sur une révolte qui tourne au massacre dont surgit, par le miracle de l'amour, une petite rescapée. Nous suivons la vie mouvementée de cette survivante, ballotée par le cours de l'Histoire. Y en a-t-il d'autres ? Illusion de controle de sa destinée. Ironie suprême : le roman s'achève, en des temps troublés, sur une révolte qui tourne au massacre ... mais chut. J'aime assez ces récits dont la fin reflète le début car ils donnent à penser que tout peut recommencer de nouveau avec certaines variantes. Espèce de permanence dans l'incertitude, comme si L Histoire se répétait sans fin.

Après avoir survécu à une tragédie, hérité d'une fortune collossale bâtie sur l'esclavagisme, cette femme se retrouve seule car son mari si beau et cultivé mais idéaliste et naïf a quasi tout dilapidé dans des placements douteux, comme la compagnie des Indes, avant de se suicider - quelle noblesse?! Alors il faut quitter Paris et ses salons, Paris et la cour, Paris qui vit d'illusions, fuir créanciers et cancans. Alors comment faire face avec une propriété, des champs, un bois, quelque étang et des droits de fermage, ... ? Au-delà, la vie se poursuit, différente mais en un sens pareille dans ses fondements.

Comment éduquer son enfant et dans quel but ? Qu'est-ce qu'une éducation réussie ? Voilà les questions principales que Françoise Chandernagor revendique vouloir adresser par ce roman peignant la vie d'un fils espiègle, malin, viscéralement optimiste, ouvert au changement et sa mère devenue résiliente obstinée, archeboutée sur ses acquis, enchaînée à son passé. En tant que rat* des champs, j'ai trouvé des longueurs dans ce style par trop fleuri à mon goût et s'enlisant parfois dans des descriptions bucoliques, les parisiennes, elles, s'esbaudiront ... Malgrè ces réticences, je me suis de plus en plus attaché à ces deux personnages qui prennent corps au fil de l'histoire. Cependant, avec moins de "phrases", cette présence m'eût été d'autant plus proche et mon ressenti d'autant plus fort.

En choisissant cette période de décadence, c'est bien la fin d'un système que nous vivons à travers le roman, Françoise Chandernagor dresse un décors où vient s'ajouter l'interrogation sur les savoirs, valeurs et qualités à transmettre aux enfants pour qu'ils soient les mieux équipés non pour un monde qui n'existe déjà plus mais pour le monde dans lequel ils vivront et qu'ils doivent inventer. Comment éviter le parallèle avec le Paris d'aujourd'hui : décadence, perte des repères, estompement de la norme, magouilles aux plus hauts niveaux, manipulations des taux de changes et cours de bourses, et possiblement banqueroute de l'Etat avec confiscation de l'épargne. Alors serait-il salutaire de se préparer, en ces temps troublés, à une révolte qui tourne au massacre ... ?

Réalité augmentée, big data, nano-technologies, clonage, transgenisme, exo-squelettes, robots androïdes, transhumanisme, émergence de post-humains, transcendance de l'intelligence artificielle, université de la singularité... autant de nouveautés qui vont révolutionner le futur, autant de bonnes raisons, me semble-t-il, pour lire ou relire ce roman sous un autre éclairage.

* dédicace à mon ami Walktapus. -:)
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A la veille de la Révolution, la Comtesse de Breyves, jeune veuve d'un mari qu'elle aimait passionnément (pas si courant à l'époque pour une union "arrangée " ), d'un mari coupable de s'être donné la mort (quelle ignominie alors !), se rėfugie à la campagne avec son jeune fils de 7 ans. Oubliant sa propre vie de femme, la Cour et ses fastes, la grande affaire de sa vie désormais va être l'éducation de son garçon. Moderne par rapport à ses contemporains mais avant tout obsédée à l'idée qu'il se montre faible comme son père, elle lui façonne une éducation à la carte afin qu'il devienne invincible et dur comme un roc.Mais élever un enfant ne se révèle pas aussi simple qu'éduquer un animal et ses propres traumatismes, ses blessures et ses sourdes envies de revanche la feront alterner entre douceurs et rejets. Il s'agit lå d'un magnifique et émouvant roman traitant à la fois de l'amour entre une mère et son fils mais aussi d'Histoire, de politique. Comme la plume de Françoise Chandernagor est somptueuse et érudite !
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Merveilleux ancien régime !

Veuve à trente ans, seule, Madame de Breyves fuit Paris après le suicide de son mari, ruiné par des affairistes, abandonné de ses amis, déshonoré.
Se donner la mort est une infamie dans ce XVIIIe siècle peu reluisant.

Cette femme va s'isoler avec son fils de sept ans et décide de consacrer sa vie à son éduction, afin qu'il s'endurcisse et ne périsse pas comme son père.
Une femme forte, déterminée et têtue, dure aussi et complètement obstinée.
Comment faire pour que son cher fils soit suffisamment fort, intelligent pour déjouer tous les plans, toutes les ruses des humains ?
Utilisant les moyens de la paysannerie et ceux plus intellectuels des philosophes des Lumières, a-t-elle raison ou est-ce simplement une vengeance sur la vie, sur ce siècle ?


L'auteure nous immerge complètement dans cette fin du XVIIIe siècle où sous le vernis de l'atticisme et de la galanterie (la douceur de vivre de Talleyrand !) c'est un monde de sang et d'argent (spéculation, traite des noirs, corruption…).

Mais L'Enfant des Lumières est aussi l'histoire d'amour fou de cette mère afin de sauver son fils !

Superbe.
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Deuxième rencontre littéraire avec Françoise Chandernagor. Ma première était La Chambre. Livre au titre mystérieux qui m'avait fait découvrir un joli récit. Celui d'un enfant, Louis XVII, isolé de sa mère, Marie-Antoinette, enfermé dans cette geôle dans laquelle l'ont placé les révolutionnaires.

Toujours dans de ce XVIIIème siècle que l'auteure semble affectionner, L'Enfant des Lumières s'appuie également sur le thème de la relation mère-fils. Faisant un parallèle avec le destin d'Andromaque, Chandernagor dépeint une comtesse déchue qui a perdu son mari, suicidé après avoir été entraîné dans des affaires financières fragiles par des personnages qui ont historiquement existé et qui ont abusé de sa naïveté. Alors, réfugiée sur ses terres dans la Marche, elle doit faire face, même dans cette région, à la méchanceté, l'envie et la vénalité de son voisinage qui voudra grignoter son domaine. Aussi, bien que désireuse de respecter les dogmes de la gentillesse et du respect des autres, elle choisit, à contre-coeur, d'éduquer sont fils à l'encontre de ces règles pour l'amener à être le porteur de sa vengeance et, surtout, à ne pas subir le même sort que ses parents dans un monde qui parait perfide.

S'opposant à la naïveté philosophique du « bon sauvage », elle réussira à faire de son chérubin, un être malin, capable de retomber sur ses pattes en toute circonstance, sans remord mais sans méchanceté. Comme si sa malice était une naïveté enfantine sans conscience des conséquences. le but de l'auteur est donc d'amener le lecteur à se demander si finalement il y a intérêt pour un parent à éduquer ses enfants pour qu'ils aient l'innocence de l'agneau, alors que le monde est peuplé de loups contre lesquels il faut savoir se défendre. Très tôt, Chandernagor cite la phrase de Hobbes « l'Homme est un loup pour l'Homme ».

Au-delà de cette réflexion, j'avoue que j'ai ressenti de la lassitude à la lecture de certains passages trop longs ou n'apportant pas forcément de plus-value à la suite du récit. Je pense que La Chambre était un ton bien au-dessus. Je ne connais pas les autres livres de Chandernagor mais ce n'est probablement pas le meilleur, même si sa lecture n'est pas inintéressante.
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Un récit émouvant et palpitant!

L'enfant des lumières n'est pas un livre sur lequel je me serai diriger directement!
C'est un cadeau.

Dès les premières pages, petite appréhension.
Ayant lu Mme Bovary et n'ayant pas aimé, j'ai eu peur de me retrouver dans le même genre de récit.

La comtesse de Breyves vient d'enterrer son mari qui s'est pendu.
Ce dernier n'a pas supporté d'avoir perdu la fortune de sa femme (lui a le titre, elle l'argent).
Elle se retrouve obligé de vendre la plupart de ses biens pour éponger les dettes de son mari et décide de partir à la campagne, dans une maison qui appartenait à son grand père.
Elle emmène avec elle son fils, Alexis, un garçon espiègle, drôle et pleins de vie.
Le fil rouge du récit est les décisions de la comtesse sur l'éducation de son fils.
Elle souhaite faire de lui, un homme fort, sans attache et capable de comprendre les rouages du monde aristocratique, bourgeois et financier.

Et donc, j'ai eu peur, peur de ne pas arriver jusqu'à la fin du livre (conséquent) ou de ne pas pouvoir m'empêcher de bâiller.
Il n'en ai rien, bien au contraire!
Bon, j'avoue, les parties sur la finance ont été un peu fastidieuse pour moi mais hormis cela, j'ai passé un très bon moment en compagnie de la comtesse et de son fils.
Leur relation et l'amour qu'ils se portent sont complexes et intéressants.
C'est émouvant. Je me suis étonnée moi-même à la fin, d'avoir presque la petite larme.
De voir grandir Alexis et de découvrir l'homme qui l'est devenu et de savoir ce qu'il va devenir est passionnant.

L'écriture de l'auteur est fluide, chantant par moment...un plaisir.

Un bel ouvrage!
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
L'été, les pièces d'eau semblaient, comme ce soir, couleur de deuil : velours noir et broderies d'argent. Leur flot ne verdissait qu'au printemps. Il était rare, en tout cas, que leur surface reflétât le paysage : seulement s'il n'y avait pas de vent et que le soleil, un peu voilé, ne dispensait qu'une lumière douce - au crépuscule, en fin de saison... Madame de Breynes aimait ses étangs, miroirs d'illusions du matin au soir, de l'hiver à l'été. Les jours de grand soleil, quand le lac scintillant coulait comme une rivière, et qu'il suffisait d'un souffle pour rebrousser ses rides et inverser le sens du courant. Les jours de gel, quand il se couvrait d'une carapace écailleuse où le reflet des nuages jetait des taches violacées. Et par temps de pluie, quand la brume grignotait les berges et que l'averse, en soulevant des vagues écumeuses dans les roseaux, faisait voir la mer au bout du jardin...
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La seule prière un peu longue de la journée, du moins sa seule action de grâces, elle la disait chaque matin dans sa cheminée. Avec des braises et des brindilles. En ranimant la flamme. C'était le culte que, vestale inutile, elle rendait à la mémoire de son mari.
Car si elle n'avait jamais pensé qu'un enfant se construit comme un bon feu, elle savait comment on bâtit un amour : en soufflant dessus prudemment pour commencer, puis en l'alimentant de menus copeaux, en le chargeant de petits fagots, en y posant enfin ces arbres qui vous tiennent longtemps un foyer, pourvu qu'on donne assez d'élan à la flambée. Du rêve au sourire, du sourire aux confidences, des confidences aux étreintes, des étreintes aux aveux, et des aveux aux oeuvres - les maisons, les enfants, les travaux partagés -, chaque geste lui rappelait un moment de sa passion pour le comte de Breyves ; elle faisait le feu comme on dit son chapelet.

Et quand enfin, son bûcher monté, elle voyait au fond du foyer le rouge et l'or s'enlacer, les flammes se tordre et s'embrasser, elle croyait voir au loin leur couple briller, de ce feu splendide, où toute la Cour, toute la Ville, auraient pu se réchauffer.
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Tant que l'hiver dura, Madame de Breyves gagna du temps. Quand tout est pris par les glaces, à quoi bon s'agiter ?
L'hiver figeait les eaux, figeait les âmes. La vie s'arrêtait - même au moulin, dont la cascade gelée pendait au bord du bief comme un drap mouillé. Des murs de neige coupaient la route, bloquaient les portes ; bêtes et gens se terraient ; plus un bruit. Dévorée de silence, la nature rétrécissait - les formes des arbres et des haies épurées jusqu'au trait, les couleurs réduites à l'essentiel : le noir, le gris, le blanc. Mais toute la palette des blancs : incandescence de la neige, ivoire de la pierre, nacre du givre, lait des brouillards traînants. Toutes les nuances du gris : de l'argent terni des étangs à la cendre des ciels. Tous les degrés du noir : léger dans les hêtraies, épais sous les sapins, vif aux ailes des corbeaux. Ultime luxe de l'extrême pauvreté...
Dépouillé, engourdi, le pays s'enroulait sur lui-même ; la terre fuyait, le sol manquait. Sous l'oeil émerveillé de Madame de Breyves, la Commanderie dérivait tel un vaisseau fantôme, routes effacées, amarres larguées, rejoignant, vers l'infini, le point de fuite de ses rêves.
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Nous ne faisons pas l'histoire. Nous sommes faits par elle. Et souvent "refaits". Elle nous roule, nous embarque. Tout occupés de nos tragédies individuelles, nous ne voyons pas le drame collectif se jouer....
.... Alexis n'était-il pas déjà, quoique sa mère pût faire, moins son fils que celui des Lumières ?
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Elle s'était fait tailler deux costumes de chasseur. Au moins pourrait-elle monter à cheval autrement qu'en amazone, cette posture ridicule. A ces tenues, qui lui permettaient d'abandonner pour quelques heures le corset et les paniers, elle prit bientôt un goût si vif qu'elle les porta pour aller à pied - traverser des tourbières, se faufiler à travers les haies. Pour ses domestiques, elle invoqua la nécessité de se refaire une santé : le Docteur Tronchin à Paris recommandait aux dames de la bonne société de s'aérer, de se donner du mouvement - c'est-à-dire d'aller au bout du jardin ; comment seraient-elles allées plus loin, en effet, perchées sur leurs mules de satin aux talons de six pouces, encombrées de paniers si larges qu'il fallait les replier pour passer les portes, et écraser sous des coiffures de deux pieds dans lesquelles on glissait des fleurs avec leur vase ou des oiseaux avec leur cage. Les malheureuses avaient bien de la peine ainsi attifées, à dépasser le coin de leur maison ! On appelait ce périlleux exercice 'tronchiner'. Madame de Breyves expliqua qu'il lui fallait "tronchiner"...
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Francoise Chandernagor vous présente son ouvrage "L'or des rivières" aux éditions Gallimard.
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Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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