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EAN : 9782226295170
181 pages
Albin Michel (02/10/2013)
4.01/5   191 notes
Résumé :
Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d'échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s'exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l'avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.
Il n'a pas la prétention de délivrer un « message » sur l'après-vie, ni d'élaborer ... >Voir plus
Que lire après Cinq méditations sur la mortVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Enfin ! Déjà ? Qui peut prédire le moment propice ? Une certitude : immanquable ! Seul le temps...

Une attente depuis .... ? Quelle connerie aussi d'avoir voulu le trouver en bibliothèque alors qu'il s'agit d'un petit livre 140 pages à 6,30 Eur en format poche, idéal pour être emmené partout, et être ouvert sur l'instant, en tout endroit inspirant. Bienheureuse bévue qui m'a valu d'approcher François Cheng par les sentiers détournés de L'éternité n'est pas de trop et de découvrir le sens qu'il accorde à l'amitié à travers Quand reviennent les âmes errantes, avant d'enfin aborder ses pensées les plus profondes. Les fruits riches d'une longue vie érudite, cadeau ultime à ses amis.

Bien sûr,
"Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins"...
Le geste de François Cheng est infiniment plus beau : réunir ses amis pour partager ses méditations.
Un de ces très rares gestes qui force l'admiration et dont Milan Kundera dans l'immortalité, nous révèle ainsi nous faire toucher à l'éternité car sa beauté ne peut rester inaperçue et sera dès lors perpétuée par les êtres qu'elle aura inspiré. Pour la beauté du geste, donc 4 étoiles. Une dernière étoile en suspension car la vie est elle-même d'une beauté fragile, incertaine, suspendue à la mort.

Peut-on résumer une vie ? ... Il n'y aura de résumé.
Peut-on critiquer un poète ? ... Il n'y aura de critique.
Que faire à la rencontre d'un arbre dont la ramure dépasse le dôme des invalides et les racines s'enfoncent jusqu'en Chine ? Sinon ramasser les feuilles qu'il nous a légué, les scruter encore et encore, et par le vent qui les fera tourbillonner en admirer tous les aspects pour à travers leur chute découvrir la lune, les étoiles et l'immensité. Dites. Dites-moi. Vous les lirez ?

Je n'ai à l'instant ni la force morale, ni la grandeur d'âme, ni la pratique, ni l'érudition nécessaires. Et pourtant que ce geste pousse à l'envie de se joindre à cette fraternité.

J'ai toujours admiré les pyramides et la sagesse des Pharaons. La vie est un don. La mort est un mystère. Elles forment un cycle. Toutes deux intimement liées, également précieuses. Notre civilisation occidentale a grand tort aujourd'hui de vouloir l'occulter guidée par de morbides tendances sécuritaires. le risque zéro n'existe pas, dénigrer la mort c'est nier la vie, fuir la première revient à tourner le dos à la seconde. Ainsi ce qui paraît un certain désordre fait partie de la vie, aussi vais-je juste jeter pêle-mêle le résultat de quelques pensées glanées ci et là au fil du temps et de mes errements.

Déjà ? N'attendez pas comme moi. Les méditations de François Cheng sont profondes et bien rangées, présentées en toute amitié. Ni confusion, ni confession. Mais savoir accumulé pour être partagé. Il élargit le cercle de ses intimes par cet essai, je ne fais que transmettre son invitation. Bien que peu aguerri, il me paraît évident que les salles d'attentes à l'hôpital ne sont pas l'endroit idéal à la méditation. Heureusement j'avais déjà lu que la sagesse est pareille à un lac de montagne, peu importe le chemin qui y mène : l'endroit sera calme, profond et sans pareil.

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Ainsi l'annonce d'une nécessaire opération d'un méningiome est un puissant aiguillon à ce partage afin de perpétuer le geste lumineux de François Cheng, mais rien ne vaudra de vous abreuver directement à la source de ses belles méditations. Cependant, qu'il me serait chaud le souffle d'une petite pensée d'amitié en ce très prochain 28 février. Un soutien ténu qui traverserait l'éther. le même que je ne cesse de prôner en faveur d'Asli Erdogan pour ce noir 14 mars à venir, jour de son "jugement".

Si pour médire il faut forcément être plusieurs j'ai longtemps pensé que la méditation pouvait avantageusement se faire dans la solitude. Peut-être..., mais d'évidence elle a plus de force lorsqu' ensemble des êtres vibrent à l'unisson. Alors pourquoi pas vous entraîner le mardi 28 février pour être fin prêts ce 14 mars ? Et par de douces pensées positives, influer la marche du monde.

Comment transmettre une pulsation, résultat d'une belle pensée collective ?
Voici donc en vrac quelques idées dont l'une ou peut-être une autre pourrait vous inspirer.
Idées en liberté ainsi confiées pour qu'elles ne soient pas totalement perdues, qui sait ? La réalité est un Rubik's Cube, il ne faut pas s'étonner si certains le croient tout entier de la même couleur que la seule face qu'ils observent. A plusieurs toutes les chances de percevoir la richesse de la complexité se réunissent sauf à vouloir imposer sa vérité.

J'ai de longtemps été traversé par l'idée d'écrire. le sens de l'urgence et celui de la fragilité m'ont toujours manqués. Une bonne raison de lutter. Toutefois je ne décrirai ni ce limpide lac de la sagesse, ni encore moins un de ses chemins d'accès. Trop grand amour de la liberté pour vouloir vous en priver. Sachez juste qu'il est à l'intérieur de vous, mais que mystérieusement c'est le plus souvent par l'extérieur que l'on fini par y accéder.

Le jour où l'on venait de m'annoncer la nécessité de très rapidement opérer cette tumeur au cerveau, je passai en face du dynamusée, au BAM, soudain les cris des enfants : quelle énergie bienfaisante, quelle source de joie. Ca vous prend là. La voilà, dans la simplicité de son rayonnement : la vie.
La vie est courte ET ne contient que la vie. Inutile de s'inquiéter : rien ne vaut la vie. Et rien ne vaut que de s'y jeter ; entièrement. La vie est plus belle lorsqu'on l'écrit soi-même.

Aucun obstacle sauf soi-même n'est insurmontable pour celui qui a un rêve et l'envie de le réaliser. Souviens-toi, lorsque tu as besoin d'une main secourable tu en trouveras déjà deux au bout de tes bras. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Mon grand-père paternel était représentant de commerce, il disait souvent : on ne pleure pas pour vendre sa marchandise. Ris la grimace est plus belle ! (Et pourtant il n'était pas cantonnais, alors que François Cheng, lui est chinois;-)) La vie est une aventure, la mort en est le sel, elle en relève le goût.

Il n'y a pas de point d'appui dans l'univers pour soulever le monde. Tout prend sa place par la grâce de l'attraction. Ainsi aimer est plus puissant qu'écraser. Tout être est une étoile, issue du cri primal, animé de la même vibration. L'infiniment grand contient l'infiniment petit mais l'inverse est tout aussi vrai. Ainsi donc il suffit d'un simple battement d'aile d'un petit papillon...

Je suis la vague et je suis l'océan. :«En chaque être le brahman proclame «Aham brahmasmi», je suis l'absolu, l'infini, l'immensité». En fin d'un long voyage, la vague s'écroulera alanguie sur le sable ou verra trop vite se dresser devant elle la falaise où elle s'écrasera. Elle n'enlacera plus d'autres vagues, fini le roulement des galets, les caresses du soleil, les rouleaux de printemps, mais l'océan qu'elle a modelé lui survivra... immensément.

De toutes les professions disparues, celle d'allumeur de réverbères est sans doute la plus merveilleuse à avoir existé, que pourrait-il y avoir de plus précieux que maintenir la flamme d'un regard d'enfant. Voilà pourquoi il faut lire les poètes : François-Cheng, Asli Erdogan. Eux qui ont côtoyé la mort pour propager la vie.

Décidément il faudra que je m'y mette, voilà donc une promesse !

Faites que la vie soit belle ...
Bien malin qui pourrait classer la beauté d'une vie du scintillement d'une goutte d'eau à celle d'un papillon, d'un éléphant, d'un arbre, d'une étoile ...
à votre manière qu'elle soit belle
Et qu'en retour, la vie vous soit douce.
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Ce que j'aime beaucoup avec François CHENG c'est qu'il rend accessible la poésie, la philosophie, et qu'il partage avec bienveillance. Comme toujours il y a beaucoup de sympathie et d'humilité qui se dégage de sa plume si érudite. On sent de la générosité. Il n'étale pas sa culture il la fait partager. Et quelle culture ! Il mélange avec brio les références à la culture chinoise et à la culture française, je devrais même dire asiatique et européenne.

Dans cet essai il nous invite à la réflexion sur la mort et donc sur la vie. Les deux sont indissociables bien évidemment là on n'apprend rien de nouveau me direz vous, mais ce qui est intéressant c'est son approche.
Il nous parle du Tao (la voie) qui aborde les choses tout en rondeur autrement dit un cercle qui n'aurait ni début ni fin, comme le dit Lao Zi « Ce qui est provient de ce qui n'est pas et ce qui n'est pas contient ce qui est ». de quoi cogiter et débattre pendant quelques heures !

L'une de ses premières réflexions est qu'il est nécessaire d'accepter la mort pour vivre une vie heureuse et non pas une vie qui ressemblerait « au séjour en prison d'un condamné à mort ». Il est donc essentiel pour lui d'aller de la mort à la vie et non de la vie à la mort. Il cite Etty HILLESUM, laquelle fut gazée à Auschwitz « … regarder la mort en face et l'accepter comme partie intégrante de la vie, c'est élargir cette vie » A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un pauvre petit bout de vie mutilé, méritant à peine le nom de vie. »

Il nous parle aussi du véritable sens selon lui du mot « vivre », il ne s'agit pas juste d'être vivant pour vivre. D'où l'importance de l'expression « donner un sens à sa vie » qui n'a rien à voir avec « gagner sa vie ». L'homme ne peut se résumer à son utilité technique sinon il ne vit pas. Il défini pour donner du relief à son propos, toute une série de notions. Ainsi l'instant n'est pas le présent. L'instant est un moment saillant une vague qui monte plus haut que les autres tandis que le présent est une vague comme les autres. de même, il distingue entre rien, le non être, et le néant qui lui contient tout. Il différencie aussi l'âme, qui est le siège du coeur, qui abrite l'artiste et l'affect, de l'esprit qui est le siège de l'intelligence, de la logique, du raisonnement : « L'esprit se meut, l'âme s'émeut » autrement dit l'esprit raisonne, tandis que l'âme résonne.

Alors que je me retrouvais tout à fait dans ces propos naviguant entre Orient et Occident, que j'étais tout à fait dans mon élément, que j'étais séduite par ce texte mêlant philosophie, réflexion, poésie paf ! le dérapage, la sortie de route ! Comme un cheveux sur la soupe débarque Dieu et son fiston. Bon, là je vous avoue que monsieur CHENG et moi étions en désaccord complet ! Mais le ton reste bienveillant et il ne s'agit pas de prosélytisme, il expose le fruit de sa réflexion, bon, soit, comme je vous aime bien monsieur CHENG ça passe pour cette fois. Mais ne me refaites pas un coup pareil.

Ceci étant ce texte est vraiment très riche et intéressant. Je ne regrette donc pas de l'avoir lu et j'y ai trouvé des références tentantes pour d'autres lectures. Sans oublier des phrases qui vont me faire cogiter pendant une bonne décennie. Et oui n'est pas philosophe qui veut !


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Avec ces cinq méditations, François Cheng nous propose de réfléchir avec lui sur notre condition de mortel. le sujet ne prête pas idéalement à la joie mais au fil des pages tout commence à se délier tout en douceur. Dans un style abordable, une écriture simple, poétique, l'auteur nous guide vers des pensées d'une profondeur puisées au carrefour de traditions occidentales et orientales. Agrémenté de nombreuses citations et références empruntées à de grands penseurs et d'écrivains cet ouvrage et à mettre entre toutes les mains.
Un livre majeur à lire et à relire, au pied d'un arbre dans cette nature dont nous sommes toutes et tous une partie intégrante. Et nous tous qui aimons tant les livres, que seraient-ils sans une fin, quelle qu'elle soit. Une fois refermés, parfois avec regrets, ne continuent-ils pas à vivre en nous?
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François Mitterrand, dans sa très belle préface du livre de Marie de Hennezel « la mort intime » s'interrogeait :

« Comment mourir ?
Nous vivons dans un monde que la question effraie et qui s'en détourne. Des civilisations, avant nous, regardaient la mort en face. Elles dessinaient pour la communauté et pour chacun le chemin du passage. Elles donnaient à l'achèvement de la destinée sa richesse et son sens. Jamais peut-être le rapport à la mort n'a été si pauvre qu'en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d'exister paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu'ils tarissent ainsi le goût de vivre d'une source essentielle ».

« Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie » est un petit livre qui nous donne quelques pistes de réflexion pour aborder cette grande question. Il présente l'intérêt d'avoir été écrit par le poète François Cheng, qui excelle à nous faire profiter à la fois de sa double culture, occidentale et chinoise et de sa grande érudition. Sans donner de leçon, il s'interroge. du coup, sa méditation devient, de façon très naturelle, celle du lecteur. Aux raisonnements philosophiques, il préfère les paroles des poètes, « non pour leur lyrisme, mais en raison de la fulgurante intuition qui les a suscitées, de leur formulation éminemment incarnée ».

En lisant ce livre, on se surprend donc à méditer en compagnie de François Cheng sur ces trois notions indissociables que sont la vie, la mort et le temps. Heidegger, bien sûr, est évoqué (« dès qu'un homme est né, il est assez vieux pour mourir »), mais aussi Goethe, Hölderlin, et surtout Rilke, qui décrit l'union de la vie et de la mort par le « Double royaume ». Et c'est ainsi que nous sommes invités à ne pas « nous accrocher seulement à ce seul versant de la vie, mais de nous situer au coeur du Double-royaume », puisque « en excluant la mort de sa vie, on se prive d'une vie complète et en l'y accueillant, on élargit et enrichit sa vie » (Etty Hillesum). On s'interroge ensuite sur les besoins que la conscience de la mort fait naître en nous : celui de nous réaliser (ne pas subir un « trajet de vie », mais réaliser son « projet de vie ») ; celui de nous dépasser nous-même (à travers nos passions et notamment l'amour) ; enfin, celui de tendre vers la transcendance, que ce soit par notre lien avec Dieu ou simplement avec les autres.

Ceci nous amène également à réfléchir sur ce qui distingue l'esprit de l'âme, dont François Cheng donne une définition lumineuse : « C'est elle qui, absorbant patiemment tous les dons et les épreuves du corps et de l'esprit, est l'authentique fruit conservant intact ce qui fait l'unicité de chacun. »
Après diverses réflexions, notamment sur la beauté et le mal, « les deux mystères fondamentaux qui interfèrent avec notre conscience de la mort », nous sommes enfin conduits à la grande question de la survie de l'âme. Celle-ci est vue d'abord sous l'angle de la communion des âmes au-delà de la mort, au moyen d'une belle évocation de Byron, Keats et Shelley. Evidemment, il n'y a alors plus qu'un pas pour que ce cheminement aboutisse à la question de Dieu, ou du lien qui peut unir toutes nos existences individuelles. Que l'on suive les méditations jusque-là ou que l'on ait bifurqué auparavant vers d'autres voies, on aura pris plaisir à accompagner François Cheng dans cette réflexion sur le sens de la vie : « Il n'y a qu'une seule aventure, et si chacun d'entre nous n'a qu'une seule vie, toute la Vie est une. »
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Discussions sur tatami, ou plutôt monologue car aucun ne pipe mot quand le maître parle. Donc chut, on n'écoute même pas la mouche voler !
Il faut dire qu'il en impose le François, tellement il est cultivé, concentré et en phase avec son auditoire.
Ces premières méditations sur la mort (donc sur la vie) traitent surtout de philosophie à un niveau optimal pour moi, c'est à dire que tout le monde peut comprendre. Il ajoute même aux Anciens grecs quelques ajouts forts instructifs de philosophes chinois auxquels je ne suis pas accoutumé mais qui ont « la voie » en commun.
Tout se passait très bien. Je commençais à percevoir ce qu'était mourir - mais aussi « bien » vivre d'abord - quand tout à coup François Cheng se fit l'apôtre d'un autre François, pape de son état, et d'une pensée pourtant double millénaire qui me laisse de plus en plus de glace.
Fin des bans, et là je suis sorti du tatami avant qu'il ne devienne un tapis de prières...
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critiques presse (1)
LeFigaro
31 octobre 2013
La vraie vie, la vie ouverte, selon François Cheng, n'est pas dans l'effacement mais dans la propre figuration. Ses Cinq méditations sur la mort chantent le triomphe de la vie.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (88) Voir plus Ajouter une citation
L'instant n’est pas synonyme du présent: le présent n’est qu’un chainon ordinaire dans l'ordre chronologique ; l’instant lui, constitue un rnoment saillant dans le déroulement de notre existence, une haute vague au-dessus des remous du temps.
De manière fulgurante, au sein de notre conscience, l'instant cristallise nos vécus du passé, nos rêves du futur en une île surgie de la met anonyme, une île soudain éc1airée par un intense faisceau de lumière. L'instant est une instance de l'être où notre incessante quête rencontre soudainement un écho, où tout semble se donner d'un coup, une fois pour toutes. C'est une telle expérience privilégiée que traduit l'expression paradoxale « instant d’éternité ».(…)
« Faisant une furtive allusion à l’éternité lors de la précédente méditation, j’admettais que de fait personne n'est capable d’imaginer comment elle se présente. Néanmoins, bien timidement je pense pouvoir dire ce qu'elle n'est pas. S’agissant d’une éternité de vie, elle est tout sauf une interminable et monotone répétition du même. Elle doit être une formidable succession de moments saillants animés par de continuels élans vers la vie. En un mot, elle est faite aussi d'instants uniques. Dans ce cas, !es instants uniques tels que nous pouvons les connaître en cette vie, rivière de diamants ou chapelet d'étoiles reliés par la mémoire, constituent une durée qui a déjà goût d'éternité. Résonne en nous le chant spontané de Rimbaud devenu nôtre:
Elle est retrouvée.
Quoi ? L’éternité,
C’est la mer allée
Avec le soleil.
Intuitivement, Rimbaud a saisi que l'éternité se trouve dans l'instant, se vit en l'instant, instant de rencontre où l'élan vers la vie et la promesse de celle-ci coïncident. «Mais qu'est-ce donc que l'élan vers la vie?
Et surtout à partir de quoi pourrait-il naître en nous? se demandent tant de personnes perdues, découragées, qui ne savent plus où trouver la force de cet élan. A cette question il n'y a pas de réponse satisfaisante, mais j'oserais malgré tout répondre : à partir de rien. (…)
Contenant la promesse du tout, le Rien désigne le Non-Etre ce non Être n'étant autre que ce par quoi l'Être advient. '
La notion de Non-Etre est nécessaire, car c'est seulement à partir d’elle qu'on peut réellement concevoir l’Etre..
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La vie ne nous appartient pas, c'est nous qui lui appartenons. Elle est transcendante pour la simple raison que tout en palpitant au plus intime de nous, elle est infiniment au-dessus et au-delà de nous. Nous ne pouvons que nous en remettre à elle en toute confiance.
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Puisque tout ce qui est de vie
Se relie,
Nous nous soumettrons
À, la marée qui emporte la lune,
A la lune qui ramène la marée,
Aux disparus sans qui nous ne serions pas,
Aux survivants sans qui nous ne serions pas,
Aux sourds appels qui diminuent,
Aux cris muets qui continuent,
Aux regards pétrifiés par les frayeurs
Au bout desquelles un chant d'enfant revient}
A ce qui revient et ne s'en va plus,
A ce qui revient et se fond dans le noir,
A chaque étoile perdue dans la nuit,
A chaque larme séchée dans la nuit,
A chaque nuit d'une vie,
À chaque minute
D'une unique nuit
Où se réunit
Tout ce qui se relie'
A la vie privée d'oubli
A la mort abolie
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L'homme, petit être perdu au sein de l'univers, a bien du mérite. En dépit de tout, il a tenu et continue de tenir le flambeau de la vie. Entrant dans la vie, il doit assumer les épreuves provenant de tous les niveaux du monde environnant et de son être propre : biologique et physique, éthique et spirituel. Dans ces épreuves, la suprême étant la mort, il connaît douleurs et souffrances. Il y a là une indéniable grandeur. Par delà les épreuves, toutefois, des joies lui sont accordées, charnelles comme spirituelle, couronnées par un grand mystère, celui de l'amour. Sans l'amour, aucune jouissance ne prend son sens plénier ; avec l'amour, qui engage tout l'être, tout est pris en charge, le corps, l'esprit et l'âme.
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Parfois les absents sont là
Plus intensément là
Mêlant au dire humain
Au rire humain
Ce fond de gravité
Que seuls
Ils sauront conserver
Que seuls
Ils sauront dissiper
Trop intensément là
Ils gardent silence encore.
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Question philosophique : notre obstination à nous détourner de l'essentiel peut-elle être la véritable cause de tous nos problèmes ? Réponse poétique : Allez, osons parler de l'essentiel, c'est-à-dire de la mort, mais qui n'est jamais que l'autre nom de la vie. C'est un poète qui le dit.
« Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie » de François Cheng c'est à lire chez Albin Michel.
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