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EAN : 9782253154587
254 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (03/11/2003)
4.04/5   468 notes
Résumé :
A XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming – époque de bouillonnement et de bouleversement, où l’Occident même était présent avec la venue des premiers missionnaires jésuites en Chine -, dans un monastère de haute montagne, un homme qui n’a pas encore prononcé ses vœux se décide à quitter ce lieu de paix et de silence pour retrouver, trente ans plus tard, la seule femme qu’il ait jamais aimée.
Un roman d’envoûtement et de vérité, récit d’une passion – celle... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
4,04

sur 468 notes

Krout
  13 juillet 2015
Rien à dire, il faut juste le lire
Rien à prétendre, juste l'entreprendre
Rien à défendre, juste le comprendre
Rien à rajouter, juste le prolonger
Juste voir et surtout recevoir
"Contempler, ici, c'est communier,
c'est faire advenir la beauté"
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enjie77
  25 mars 2018
Dès les premières lignes de lecture, j'ai été saisie par un sentiment d'apaisement, la sensation de basculer dans une autre dimension, au XVIIème siècle, à la fin de la Dynastie Ming.
L'histoire en elle-même n'a rien d'exceptionnel, elle a été racontée par de nombreux auteurs à travers des couples célèbres à l'image de Tristan et Iseult mais écrite par François Cheng, la narration atteint des sommets d'une grande poésie où se reconstitue sous nos yeux tout un paysage qui se modifie au gré des saisons et où évoluent des moines, des paysans, des seigneurs. L'écriture est d'un esthétisme à couper le souffle.
Cet amour éternel va naître d'un simple regard entre Lan-Ying et Dao-Sheng et c'est à partir de cet instant que cet amour, entravé par leur environnement, va grandir au fil des séparations et des retrouvailles jusqu'à être sublimé.
Il y a des instants de grâce, d'une grande sensualité, lorsque Dao-Sheng, médecin itinérant et devin, est au chevet de dame Lan-Ying, étendue sur son lit, derrière un rideau (page 86) :
« Lan-Ying ne voit pas ; Dao-Sheng lui voit. Il voit sa propre main jadis fine et rendue rude par les labeurs, superposée à celle de Lan-Ying, blanche et lisse et qui, à cause de sa maigreur, laisse transparaître les os. Indéniablement, il y là contraste et pourtant quelle harmonie provenant sans doute du fait que chacune est dans l'élan de consoler l'autre. Lan-Ying ne se lasse pas de caresser la peau passablement rugueuse de l'homme. Dao-sheng, de son côté, se dit que la main si tendre, offerte là, redeviendra pleine et charnue. Car la voie du devin, plus que celle du médecin, lui chuchote à l'oreille « Maintenant que les deux prédestinés se sont véritablement retrouvées, aucun obstacle, aucune maladie, ne pourra plus entraver leur route ». de fait, durant le mois qui suit, ce seront bien les médicaments et la force de l'amour conjugués qui vont agir sur la malade et la tirer de l'abîme. A chaque rencontre, à travers le rideau, la main de Lan-Ying rejoint sans retenue celle de Dao-Sheng. C'est tout ce qu'ils peuvent faire. Ce qu'ils peuvent faire est d'une terrible audace, ils le savent. »
François Cheng abolit les limites matérielles qui pèsent sur l'amour de Lan-Ying et de Dao-Sheng pour mieux créer en eux la vacuité intérieure qui permet de recevoir l'intemporalité de l'amour. Mais c'est un long chemin de souffrance qui les attend avant de parvenir aux épousailles de leur âme respective.
L'écriture est très belle, elle est envoûtante, il en émane une lumière pareille à celle que j'ai ressentie à la lecture de certains passages de la « Nature Exposée d' Erri de Luca ». J'en déduis que cette clarté provient de leur quête spirituelle, d'un questionnement intérieur, de la recherche de l'élévation des sentiments humains.
Je remercie « Kawane » qui m'a conseillée de lire ce livre sublime. Son conseil est arrivé au moment où je venais de visiter le Musée Guimet de Paris où est particulièrement bien expliquée et retracée l'évolution des périodes bouddhistes à travers l'Asie et une exposition de porcelaine qui s'est développée particulièrement sous la dynastie Ming.
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Unhomosapiens
  27 février 2018
Magnifique histoire d'amour contrarié sur fond de philosophie taoïste, qui se déroule dans la Chine du XVIIème siècle. L'écriture de François Cheng est toute en subtilités et en finesse. L'auteur nous immerge dans ce monde où le trivial côtoie la spiritualité et il en émane une grande poésie. Parfois, le temps s'arrête et reste en suspend, moment propice à une réflexion. de plus, à travers la vie de ce moine et la sublimation de son amour, la philosophie taoïste nous est présentée au quotidien. A ce sujet, la rencontre avec les pères jésuites nous permet également de faire le parallèle entre cette philosophie et la religion catholique. On découvre alors qu'elles ont beaucoup de points communs.
De la grande littérature. Un très grand roman à lire immédiatement.
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Ode
  08 juillet 2012
Merveilleux ! François Cheng arrête la course du temps et nous fait toucher du doigt l'éternité.
En Chine, au XVIIème siècle, Dao-sheng a connu mille vies. Joueur de violon vendu enfant à une troupe de comédiens itinérants, il a été envoyé au bagne pour avoir osé sourire à la jeune Lang-ying, promise au seigneur Zhao. Ayant réussi à s'échapper après bien des souffrances, il trouve refuge dans un monastère taoïste où il apprend l'art de la médecine et de la divination. Parvenu à l'âge mûr, il part à la rencontre de celle qui n'a jamais cessé d'habiter son coeur....
Présentée comme le "Tristan et Iseult" chinois, L'éternité n'est pas de trop est bien plus que cela. L'histoire d'amour interdite entre Dao-sheng et Dame Ying transcende l'humain et montre la puissance de l'esprit, qu'il soit appelé Souffle par les taoïstes ou âme par les chrétiens. Citons pour exemple le passage où les deux amants joignent la paume de leur main : de ce simple contact naît une communion des âmes qui irradie de sensualité comme l'acte d'amour ultime.
A contre-courant de notre société matérialiste et impatiente, François Cheng fait un délicat éloge de la patience et de la spiritualité. Il n'a pas son pareil pour disséquer les comportements humains dans ce qu'ils ont de plus vil comme de plus noble. J'ai savouré son style imagé, atypique et envoûtant, qui sonne comme des extraits de poèmes mis bout à bout.
Je recommande à tous cette parenthèse enchantée, véritable quête de sens qui nous élève.
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mariech
  17 octobre 2013
Quelle belle lecture !
Un amour impossible sublimé .
J'ai beaucoup aimé la rencontre deux mondes qui semblent incompatibles , deux civilisations différentes mais qui peuvent tant s'enrichir dans l'échange , sous la personne de ce missionnaire jésuite , épris d'absolu qui vient prêcher si loin de ceux qu'il aime et de Dao - sheng , qui n'a jamais oublié la femme aimée , la seule femme qu'il a réellement aimée .
Cet amour qui est partagé mais qui est impossible va néanmoins être vécu par la communion des âmes .
Sublime .
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Citations et extraits (160) Voir plus Ajouter une citation
KATE92KATE92   17 juin 2012
"A ces mots, Lan-Ying ouvre sa paume et laisse Dao-Cheng y coller la sienne. Instant de muette communion et d’extase hors paroles. L’intimité née de deux mains en symbiose est bien celle même de deux visages qui se rapprochent, ou de deux cœurs qui s’impriment l’un dans l’autre. La corolle à cinq pétales, quand elle éclot, est un gant retourné de l’intérieur vers l’extérieur, elle livre son fond secret, se laisse effleurer par la brise tiède qui sans cesse passe, ou butiner sans fin par d’avides papillons et abeilles qui accourent. Entre deux mains aux doigts noués, le moindre frémissement bruit de battements d’ailes ; la moindre pression provoque une onde qui s’élargit de cercle en cercle. La main, ce digne organe de la caresse, ce qu’elle caresse ici n’est pas seulement une autre main, mais la caresse même de l’autre. Caressant réciproquement la caresse, les deux partenaires basculent dans un état d’ivresse qui a peut-être été rêvé dans l’enfance, ou alors dans une avant-vie. Les veines entremêlées irriguant le désir se relient aux racines profondes de la vie ; les lignes entrecroisées qui prédisent le destin tendent vers le lointain, jusqu’à rejoindre l’infini des étoiles."
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enjie77enjie77   22 mars 2018
C'est l'esprit totalement dépouillé que Lan-Ying apparaît dans l'embrasure de la porte, lotus d'automne en sa suprême éclosion. Devant la singulière image que la circonstance rend unique, Dao-Sheng reste interdit. Le sentiment qui l'envahit est celui même qu'éprouverait la terre recevant l'eau lustrale : la gratitude. La gorge nouée, il avance d'un pas, sans rien dire. Toute initiative doit venir de la femme, laquelle, après une hésitation, tend sa main droite. L'homme y joint la sienne et dit simplement "Lang-Ying"! La réponse de la femme est inaudible ; seul le mouvement de ses lèvres fait deviner le nom de Dao-Sheng. Il s'ensuit un silence que la femme rompt en posant sa main gauche sur le dos de la main de l'homme, lequel, à son tour, fait de même. Voici les quatre mains superposées, imprimant entre elles leur harmonieuses respiration. C'est ce que les deux êtres en présence veulent faire : c'est ce que pour l'heure ils peuvent faire. Ils renouvellent là ce qu'il ont fait au bord d'un lit dont le souvenir les hante, les laisse dans une soif qu'ils ne pensaient pas pouvoir jamais étancher.
Cette fois ci, ils sont debout, la circulation entre eux se fait plus entière encore. Les mains douces et lisses comme le jade se blottissent dans les mains qui ont la rugosité d'un vieil arbre. Veine à veine, fibre à fibre, feuille à feuille, banche à branche, ce qui se ressent au bout des doigts, au cœur des paumes, parcourt à travers les méridiens tout le corps. Immergés dans les ondes rythmiques qui proviennent d'eux et qui les portent, les deux amants basculent dans un état second. Ils resteraient là indéfiniment.
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araucariaaraucaria   21 mars 2020
Ce matin-là, comme prévu, Dao-sheng descend de la montagne.
Le soleil atteint déjà la cime des arbres. Normalement, il aurait pu partir plus tôt. Au monastère, tout le monde s'était levé dès le chant du coq; il a néanmoins tenu à effectuer certains actes quotidiens. Après le petit déjeuner, il est allé d'abord tirer de l'eau du puits et ramener deux seaux d'eau pour les verser dans la grande jarre, à côté de la cuisine. Ensuite il a coupé du bois en bordure du potager, non sans avoir rangé soigneusement les bûches sous l'abri. Pour finir il a participé à la séance matinale de prières chantées en compagnie des moines taoïstes. A la suite de plusieurs décès, ceux-ci ne sont plus que sept; à l'exception de deux, relativement plus jeunes, les autres sont tous d'un âge certain. Qu'il ait accompli ces actes, c'est certes pour aider, mais bien plus mû par un sentiment d'attachement. Au cours de son existence, il a eu à vivre successivement, et durant de longues années, dans deux monastères taoïstes, sans être pour autant devenu un moine consacré, il n'est donc pas encore parvenu à l'état de wu-qing. En partant cette fois-ci, il ignore quand il reviendra, s'il reviendra; bien que sur ce dernier point il reste totalement discret.
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lafilledepassagelafilledepassage   06 juillet 2020
Pour la première fois, il réfléchit sur l’être de la femme, sur l’essence du féminin. Il a la révélation que le charme de la femme, quand celle-ci n’est pas rabaissée par toutes sortes de conditions extérieures, vient de ce qu’elle est la magique transformatrice, virtuellement capable de tout retourner en grâce aérienne, et aucune tentative de l’avilir n’y peut rien. Elle est chair certes, mais combien cette chair se transmue sans cesse en murmures, en parfums, en radiance, en ondes infinies dont il importe de ne pas étouffer la musique. À bien y réfléchir, le corps de la femme incarne le plus ardent miracle de la nature. Ou, plus précisément, c’est la nature qui en elle se résume en miracle. N’est-il pas vrai que toute beauté de la nature s’y trouve : douce colline, secrète vallée, source et prairie, fleur et fruit ? Ne faut-il pas alors appréhender ce corps comme un paysage ?
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ViannaVianna   20 novembre 2015
Ce que les morts laissent aux vivants, c'est certes un chagrin inconsolable, mais aussi un surcroît de devoir de vivre, d'accomplir la part de vie dont les morts ont dû apparemment se séparer, mais qui reste intacte. C'est la manière pour les vivants de remettre les morts dans la Voie de la Vie; c'est la manière pour eux de ne pas succomber à la mort.
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Videos de François Cheng (46) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Cheng
5/5 Photographie : François Cheng © PATRICK SWIRC. Son site : http://www.swirc.com.Toute la semaine du 20 octobre 2014, Françoise Siri s'entretenait avec le poète et écrivain François Cheng sur les ondes de France Culture pour l'émission “À voix nue”. Par Françoise Siri. Réalisation : Anne Sécheret. Prise de son : Laurent Césard. Attachée d'émission : Claire Poinsignon. « Aimer, c’est dire : Tu ne mourras pas ! » écrit François Cheng dans l’un de ses poèmes (dans l’anthologie “A l’orient de tout”, Poésie/Gallimard, 2008). Poète, romancier, essayiste, auteur de monographies et de livres d’art, académicien, François Cheng est d’abord un tout jeune Chinois qui arrive à Paris en 1949, après la guerre sino-japonaise. Il est alors âgé de vingt ans et vient en France entreprendre une année d’étude. Mais la Chine ferme ses frontières et l’étudiant devient un exilé. Il se passionne pour la langue française au point d’en faire sa langue d’écrivain et de se choisir le prénom « François ». Homme d’une double culture, il revient sur son parcours, qu’il a toujours repensé à travers sa création littéraire, à la recherche d’une parole de vérité. C’est cette parole qu’il souhaite livrer à l’auditeur, durant les cinq rendez-vous d’“À voix nue”. Reconnu aujourd’hui comme une figure majeure de la poésie contemporaine, François Cheng est doté de cette voix si particulière qui « nous transmet un souffle ancien, immortel et absolument personnel, qui s’inspire de l’aventure de la passion et de l’amour » comme l’écrit la poète Silvia Baron Supervielle. Il termine chaque volet de l’émission en lisant un poème. 5. L'amitié, l'amour et la gastronomie
Après la saveur des mots, le moment est venu d’évoquer la saveur des liens amoureux et amicaux – que l’écrivain place au dessus de tout – et les saveurs de la gastronomie. La gastronomie est plus que la gastronomie : il éprouve devant les nourritures terrestres un sentiment de profonde gratitude. À goûter sans modération. Lecture du poème « En robe des champs » (in “Le livre du vide médian”, Gallimard, 2004).
Invité : François Cheng, poète, romancier et essayiste
Thèmes : Littérature| Littérature Contemporaine| Poésie| François Cheng
Source : France Culture
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