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ISBN : 2070385469
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 32 notes)
Résumé :
A Rivière au Sel, en plein cœur de la forêt, on veille un mort, un homme qui s'est installé dans le village quelques années auparavant et dont on ne sait pas grand-chose.

Est-il cubain ? colombien ? A-t-il déserté ? Pourquoi est-il revenu en Guadeloupe ? Les réponses ne sont pas claires.

Cependant peu importe la véritable identité de cet homme. Ce qui importe, c'est l'image que les individus gardent chacun de lui et les modifications ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
LydiaB
  10 avril 2014
J'ai découvert la littérature antillaise à la Fac. C'est dire si ça remonte ! J'ai de suite été attirée par cette ambiance magique, associée à la réalité, faisant du petit monde insulaire un peuple évoluant entre onirisme et dure réalité de la vie.

Francis Sancher est mort, assassiné. Comme il est de coutume, une veillée funèbre s'organise. Mais qui est le défunt ? Visiblement, un écrivain, et peut-être même celui qui est en train d'écrire le livre. Mais pourquoi est-il venu dans cette petite communauté de Rivière au Sel ? Chacun y va de son récit, racontant le passé du mort et ce qu'il a apporté. Les points de vue, positifs et négatifs, s'enchevêtrent. Nous avons affaire à une vingtaine de personnes, une vingtaine de voix. On comprend dès lors le titre : les narrations sont comme le rhizome de la Mangrove.

Entre mystères et déceptions, le roman laisse découvrir une Guadeloupe certes luxuriante mais complexe : complexité de ses habitants, des moeurs, de la culture...
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Kenehan
  08 février 2016
Challenge MULTI-DEFIS 2016
Item : Un livre d'outre mer (DOM / TOM)
Rivière au Sel, un matin. le cadavre de Francis Sancher est découvert. Lui qui fut la source de tant de ragots, de tant de calomnies, lui qui déchaina les passions, lui qui collectionna les ennemis plus que les amis repose désormais dans son cercueil. Autour de lui, les habitants veillent tout en se remémorant l'intrusion heureuse ou malheureuse que fut Francis Sancher dans leur vie. Autant de témoignages que de vaines tentatives de raconter cet homme mystérieux dont personne, au fond, ne savait rien mais qui, étrangement, initia en ces témoins un profond bouleversement.
Un roman chorale où les voix chantent une Guadeloupe marquée par l'esclavage, l'importance du sang et de la peau, le rejet de l'étranger et de la différence, les mariages sans amours, les espoirs comblés ou brisés, la politique et l'économie locale. Un roman végétal où la faune mais surtout la flore est omniprésente avec cette forêt dense où les destins se forgent.
Intriguant dans sa construction, envoûtant dans sa prose, "Traversée de la Mangrove" est une vraie belle découverte de l'oeuvre de Maryse Condé.
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Charybde2
  16 mars 2013
En 20 témoignages, le mystérieux Francis Sancher, mort dans ce village guadeloupéen, se dévoile...
Publié en 1989, ce roman de la Guadeloupéenne Maryse Condé est sans doute l'un de ses plus magiques.
Dans un petit village de Guadeloupe, à l'écart de la modernité, Francis Sancher, un homme mystérieux, est venu s'installer. Un matin, il est retrouvé mort dans un chemin peu passant. A la veillée mortuaire qui s'ensuit, les monologues intérieurs de vingt personnages vont se succèder pour élucider, à l'intention unique du lecteur, l'énigme que représente cet individu...
A travers les pensées, les actions, les souvenirs, les suppositions, les incohérences et les erreurs de ces différents villageois, c'est toute la société guadeloupéenne de ces cinquante dernières années qui va défiler en rangs serrés, avec ses beautés et ses errances, tandis que le lecteur se demande, indice après indice, révélation innocente après information battant en brèche les "témoignages" précédents, de qui et comment viendra la lumière sur Francis Sancher.
Une captivante construction romanesque.
"Quand la maison fut sur ses pieds, mais elle n'avait pas fière allure et Marval le charpentier s'en moquait ouvertement, ce fut Moïse qui vint y dormir et y boire des nuits entières. Faut-il le dire ? Les méchants ricanèrent. Cette amitié-là avait une sale odeur et les deux hommes étaient des makoumé ! Pour sûr !
Nombreux étaient ceux dans ce village guère dévot, mais perdu au fin fond des bois et de ce fait ignorant des vices courants dans les villes, qui n'avaient jamais vu de makoumé, à part Sirop Batterie qui s'habillait en femme les jours de Carnaval à Petit Bourg. Ils examinèrent les compères avec incrédulité. Moïse, passe encore ! Mais Francis ! Il n'en avait pas l'air ! Néanmoins la plante malfaisante de cette médisance crût et fleurit dans le terreau du village et ne s'étiola que lorsque éclata la nouvelle de l'affaire avec Mira. Un violeur de femmes peut-il être en même temps un makoumé ? Peut-on avoir goût aux femmes et en même temps aux hommes ? On en discute encore "Chez Christian" à Rivière au Sel. Pourtant ce qui dégoûta les habitants de Rivière au Sel et les monta contre Francis, ce ne furent pas ces douteuses relations avec Moïse. Ce ne fut même pas cette affaire de viol. Ce fut qu'il ne fit rien de ses dix doigts."
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Lenora
  13 janvier 2013
Quelle échappée que Rivière-au-sel.
L'oeuvre s'ouvre sur la mort de Francis Sancher, un cubain qui échoue en Guadeloupe pour supporter au mieux un passé lourd de souffrance. Un passé mystérieux qui construit le personnage d'une manière énigmatique qui nous échappe. Mais cet homme, beau, froid, distant et tantôt bavard, tantôt muet, est la réunification d'un petit village victime des préjugés et des déchirements.
Chaque chapitre relate l'histoire d'un de ses habitants. Il y a les anciens amis de Francis, ses amis, ses femmes et ses ennemis. Maryse Condé par ce procédé rappelle au lecteur qu'il ne faut pas juger une personne à l'aide d'un seul regard. Il faut connaître son histoire, ses rapports, ses paroles. Il est donc très agréable de découvrir de différentes facettes ce personnage qui semble au premier abord sans émotion.
Mais ce qui est encore plus poignant et saisissant dans ce roman, c'est comment la mort d'un seul homme remet en cause la vie de plusieurs autres personnes. Toutes se souviennent de leur histoire avec le jeune homme. Ce qu'il leur a apporté ou ce qu'il leur a retiré. Ils se remémorent ses paroles et ses silences. Puis peu à peu en découle une réflexion personnelle qui changera à jamais leur vie.
Traversée de la Mangrove est beau. de part son écriture et son fond. Il permet un voyage dans la faune et la flore de la Guadeloupe, mais aussi un voyage en nous et de notre rapport avec les autres.
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un-monde-de-papier
  14 juin 2014
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   19 avril 2010
Ce mort-là est à moi. Ce n'est pas par hasard si c'est moi qui l'ai trouvé, déjà boursouflé, dans la trace à l'heure où le ciel saignait derrière la montagne. Je suis devenue sa maîtresse et sa complice. Je ne le quitterai qu'au moment où les premières pelletées de terre tomberont sur le bois de son cercueil.
Et pourtant, de son vivant, je ne le portais pas dans mon cœur, cet homme-là, et j'étais bien de l'avis de ceux qui s'apprêtaient à envoyer une lettre recommandée au maire pour qu'on l'expulse comme les Haïtiens et les Dominicains qui transforment les terrains de football de Petit Bourg en terrains de cricket. Vraiment, ce pays-là est à l'encan. Il appartient à tout le monde à présent. Des métros, toutes qualités de Blancs venus du Canada ou de l'Italie, des Vietnamiens, et puis celui-là, vomi par on ne sait quel mauvais porteur, qui s'est installé parmi nous. Oui, notre pays a changé, c'est moi qui vous le dis. Dans le temps, nous n'avions pas connaissance du monde et le monde n'avait pas connaissance de nous. Les chanceux bravaient la mer jusqu'à la Martinique. Fort-de-France était de l'autre côté du monde et l'on rêvait de l'or jaune de Guyane. Au jour d'aujourd'hui, pas une famille qui n'ait sa branche en métropole. On visite l'Afrique et l'Amérique. Les Zindiens retournent se baigner dans l'eau de leur fleuve et la terre est aussi microscopique qu'une tête d'épingle.
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LenoraLenora   12 octobre 2012
Nos peaux étaient de la même couleur. Nos cheveux du même grain. Et pourtant, je vivais dans l'opulence sans souffrance dans une maison à galerie et à galetas. Je faisais écailler mon poisson par une servante qui me servait deux repas par jour. A leurs yeux, j'étais une traitresse ! Je souffrais de cet isolement, car j'aurais voulu qu'on m'aime, moi. Je ne savais pas que le Nègre n'aime jamais le Nègre.
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KenehanKenehan   06 février 2016
Il rêvait. A quoi ressemblait son île avant que l'avidité et le goût du lucre des colons ne la mettent à l'encan ? Au Paradis que décrivait son livre de catéchisme. Oui, c'est Loulou qui avait planté en lui cet amour des arbres, des oiseaux. Hélas, à présent la forêt était une cathédrale saccagée. Il fallait se contenter de piètres prises...
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LenoraLenora   12 octobre 2012
Prends patience. Bientôt, je serai dans tes bras. Tout contre ta poitrine, à me gorger de ton bon lait blanc. Et au fur et à mesure que je grandirai, je te consolerai de chaque coup d'épine de la vie.
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LenoraLenora   12 octobre 2012
Toi aussi, je parie, tu veux défendre les opprimés ? Mais quoique tu fasses les opprimés te haïront. Ils flaireront d'où tu sors et te haïront pour cela. Et puis sais-tu que rien n'est plus féroce, plus foncièrement abject qu'un opprimé qu'on libère de ses chaînes... ?
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Videos de Maryse Condé (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maryse Condé
Ce grand entretien a eu lieu le 2 juin 2019 au Mucem dans le cadre de la 3e édition du festival Oh les beaux jours !. http://ohlesbeauxjours.fr
?? Maryse Condé avec ses invités, Richard Philcox et Françoise Semiramoth. Entretien animé par Valérie Marin La Meslée (Le Point). Lecture par Eva Doumbia.
Originaire de Guadeloupe, Maryse Condé est l?auteure d?une ?uvre considérable, traduite en plusieurs langues, étudiée dans le monde entier. On ne compte plus les récompenses qu?elle s?est vu décerner internationalement, jusqu?à celle, récente, qui couronne presque 50 ans d?écriture : le prix de la Nouvelle Académie de littérature (qui a remplacé en 2018 le Nobel de littérature). le jury de ce Prix a salué dans son ?uvre « les ravages du colonialisme et le chaos post-colonial dans une langue à la fois précise et bouleversante. » Journaliste, dramaturge, auteure pour la jeunesse, essayiste et romancière, elle a également été professeure émérite à l?université de Columbia, aux États-Unis, où elle a fondé le Centre d?études françaises et francophones. L??uvre de Maryse Condé embrasse trois continents, l?Amérique, l?Afrique et l?Europe, liés à son parcours et à ses engagements. Née en 1937 à Pointe-à-Pitre, d?un père banquier et d?une mère institutrice, la future romancière confesse avoir grandi dans un milieu protégé, loin des questions qui parcourent sa littérature, et n?avoir pris conscience de la couleur de sa peau qu?en arrivant en France, à l?âge de 16 ans. Sa lecture d?Aimé Césaire la conduit à remonter le fil de l?histoire de l?esclavage et cette quête identitaire la mène en Afrique de l?Ouest. de cette expérience, elle tirera Ségou, roman historique en deux volumes qui la fait entrer dans le paysage littéraire. Vont suivre de nombreux romans où elle met souvent en scène des femmes maltraitées par l?histoire, qui tentent de conquérir leur liberté (Moi, Tituba sorcière noire de Salem ; Victoire, les saveurs et les mots, où elle rend hommage à sa grand-mère ; Desirada?). Elle aborde aussi la question des classes sociales à travers la saga d?une grande famille caribéenne (La Vie scélérate, Prix de l?Académie française en 1988), se raconte elle-même dans une très belle autobiographie (La Vie sans fards), met fin à ce qu?elle nomme « le mythe de la négritude » dans le Fabuleux et Triste Destin d?Ivan et Ivana, son dernier roman inspiré de l?attentat terroriste d?Amedy Coulibaly en 2015.
Au Mucem, nous retracerons avec elle son parcours. Elle partagera la scène avec des complices artistiques qui feront entendre ses textes ; évoquera ses engagements et un projet avec de jeunes Marseillaises de la Busserine autour de son roman pour la jeunesse Chiens fous dans la brousse ; reviendra sur la question de la représentation des noirs, notamment dans les musées? Mais on ne vous dit pas tout, seulement que la présence de la grande Maryse Condé est exceptionnelle !
?? À lire : La Vie sans fards, JC Lattès, 2012 Le Fabuleux et Triste Destin d?Ivan et Ivana, JC Lattès, 2017.
?? En coréalisation avec le Mucem.
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