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EAN : 9782378804046
L' Iconoclaste (11/01/2024)
3.75/5   806 notes
Résumé :
À la tombée du jour, un jeune guérisseur se rend dans un village reculé. Sa mère lui a toujours dit : " Ne laisse jamais de traces de ton passage. " Il obéit toujours à sa mère. Sauf cette nuit-là.

Cécile Coulon explore dans ce roman des thèmes universels : la force
poétique de la nature et la noirceur des hommes. Elle est l'autrice de Une bête au Paradis, Prix littéraire du Monde, Trois saisons d'orage, prix des Libraires, et du recueil de po... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (179) Voir plus Ajouter une critique
3,75

sur 806 notes
“Car c'est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent, en prenant avec les cieux de funestes engagements.”

Le prologue est exceptionnel de puissance lyrique. Les premières phrases claquent, plaçant immédiatement le récit dans la tragédie de la condition humaine vouée irrémédiablement à la prédation et la violence. Puis le récit se resserre dans le huis clos d'un hameau isolé où se rend un jeune guérisseur au chevet d'un garçonnet, le temps d'une nuit de terreur ancestrale.

Comme dans un conte, on est totalement hors du temps tant l'histoire
pourrait se passer aussi bien au Moyen-Âge qu'aujourd'hui. Comme dans un conte, les personnages n'ont pas de prénom, c'est juste le fils, c'est la mère, c'est l'homme aux épaules rouges. Comme dans un conte, il y a un interdit, ici laissé par la mère un peu sorcière qui passe le relais à son fils : ne jamais s'écarter de sa mission de guérisseur, sinon ...

« Au milieu de cette foule aveugle, titubante ( les hommes ), certains comprennent les choses cachées. Ils devinent en silence les grands tremblements du corps, les affaissements soudains du sang, ils possèdent le don, la force. Ils se mêlent aux autres et les soignent, les apaisent, ils ressemblent à des hommes et des femmes mais ils portent en eux des décennies de douleur et de joie, ils connaissent le feu, ils l'ont en eux, ils maîtrisent les flammes. »

Le fils comprend la langue des choses cachées, il comprend ce qu'il se passe dans les maisons, dans les corps, dans les têtes, il ressent ce qui ne se voit pas, il entend le langage qui existe dans les silences et ses sous-textes qui sont les secrets. Nous sommes dans un conte noir sur le passage à l'âge adulte, une histoire de transgression. le fils aura une décision à prendre en s'affranchissant d'un ordre établi venu du fonds des âges, il devra agir contre tout ce que sa mère lui a transmis, quitte à réveiller les fantômes et tout risquer d'embraser.

L'écriture de Cécile Coulon accompagne le parcours nocturne du fils avec une force incroyable. Avec peu de mots - mais terriblement évocateurs-, elle convoque une atmosphère pleine de mystères, de malédictions, d'opacité irrationnelle à la lisière de l'horrifique, tout en déroulant un récit à la limpidité évidente. le lecteur ne voit rien mais comprend tout des enjeux suggérés, pris dans des sensations intenses qui le retournent et le glacent lorsqu'il entrevoit le terrible du destin passé et en marche lors de quelques scènes aussi fulgurantes que poétiques.

Il est rare de lire un roman aussi court et fervent qui parvient à décrire un microcosme humain éruptif avec une scénographie des lieux marquante. La concision sert la sidération de ce qui est raconté sur l'histoire éternelle de la résilience des femmes face à la brutalité du monde et des hommes.

« Oui c'est ainsi que vient la mort.(...) elle se révolte contre ce qui était prévu, écrit, mis en place, elle se fiche des lois qui ne sont pas les siennes. Seuls comptent pour elle la langue des choses cachées, les fantômes pris dans leurs chaînes comme un grand amour dans un coeur brisé, les animaux coupés en deux au bord de forêts sombres dévastés par la pluie, les bâtiments écroulés où naissent encore des oiseaux grinçants de faim. C'est ainsi que vient la mort, nous l'accueillons avec des bars pleins de fleurs, des yeux pleins de larmes surpris qu'elle nous connaisse si bien, et qu'elle éveille en nous des amours plus fortes que la vie elle-même. »

Je suis très admirative du travail de Cécile Coulon, que ce soit ses poèmes ou ses romans. Celui-ci est assurément un de mes préférés avec Une Bête au paradis.
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C'est le premier roman que je lis de l'auteure. Elle nous plonge dans univers d'une extrême noirceur, une histoire hors norme, une situation atypique, Elle nous entraîne dans les méandres de la folie humaine, dans un monde de violence, un monde de désillusions , de vengeance. L'auteure use d'un vocabulaire riche, et avec une grande dextérité , elle place les mots , là ou il faut quand il le faut, faisant ressortir le coté obscur, glaçant de l'histoire, cet univers mystique, fantastique, ésotérisme. Elle a travaillé la psychologie des personnages en profondeur certains dégageants de l'empathie, d'autres sont détestables .La plume de l'auteure est percutante, subtile, sensible et poétique. L'histoire se déroule dans un village celui du "Fond du Puits". Un village qui fait appel au guérisseur "Le fils" ,celui qui doit soigner un enfant malade, "Le fils" remplace sa mère, celle qui lui a enseigné les coutumes ancestrales de la guérison. le "fils " qui va se retrouver seul face à cette situation, lui qui est présent pour soigner, lui qui va découvrir une erreur du passé engendré par sa mère , qui va changer le court de sa vie, transgresser, bien malgré lui, l' enseignement qu'il a reçu. Messager de " La langue des choses du passé " se trouve face à la réalité immonde de la vie . Un roman court, un roman qui fait peur , qui fait réfléchir . L'auteure signe un livre un récit , époustouflant, Une belle découverte.
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Nous avons tous ressenti ça un jour. Vous savez, cette sensation singulière où il y a dissonance entre ce qui est dit et ce qui est ressenti, une compréhension confuse de non-dits bien plus authentiques que ce qui est dit. Il suffit parfois de presque rien, de toutes petites choses chez l'autre en face de nous, une façon de jouer avec ses mains, de se tenir, une façon autre de parler, une altération minime du regard. Impossibles à prouver, impossibles à rationaliser, ces choses cachées, amalgamées en différentes strates, nous en percevons alors la présence, la profondeur vertigineuse, surtout lorsqu'elles concernent nos histoires familiales intimes, comme si un sixième sens était à l'oeuvre. Une voix plus animale et instinctive en nous, plus empathique, une intuition au-delà de toute rationalisation des ressentis, fugace, éphémère, des lambeaux qui parfois nous filent entre les doigts, de petits gouffres dont nous percevons quelques microsecondes la noirceur…Ces choses cachées, tel est l'objet de ce livre magnifique de Cécile Coulon.

Avec poésie, Cécile Coulon nous convie à un voyage au coeur des aspects les plus sombres de l'âme humaine, un voyage dans les secrets dont nous sommes faits. Elle effleure les douleurs cachées, les drames vécues, les atrocités commises qui se répercutent parfois sur des générations et des générations, scellées dans des secrets transmis, cristallisées dans des colères incalmables et des héritages inévitables.

Pour ce faire, l'auteure nous propose un conte et comme dans beaucoup de contes, les personnages n'ont pas de nom, la temporalité n'est pas mentionnée. Cette histoire pourrait se passer aujourd'hui ou il y a des centaines d'années, qu'importe.
Il y a la Mère, le Fils, le prêtre, l'enfant, l'homme aux épaules rouges et la femme aux yeux verts. Mais surtout, comme toujours dans les livres de Cécile Coulon, il y a un lieu, un lieu emblématique, personnage à part entière de chacun de ses ouvrages, point de départ de la naissance de ses histoires, qui lui instille insidieusement son ambiance, ses couleurs, ses tonalités : ici un village aussi sombre que son nom, le Fonds du Puits, village paumé et moribond niché entre deux collines. le Fils va venir y effectuer sa première mission, seul, sans la Mère.

La Mère connait bien les choses cachées dont nous parlions au début, elle a la faculté de les percevoir avec acuité au point de savoir parler la langue des choses cachées, elle entend tout ce qui est tu, elle voit ce qui est tapi, elle porte attention et comprend les signes, elle possède ainsi un don de guérison, nos maladies étant souvent la conséquences de nos maux psychologiques et de nos fardeaux, elle que l'on implore lorsque la médecine et la religion ne peuvent plus rien. Ce don, elle l'a transmis à son fils, elle lui a tout appris. La mère se faisant vieille, le fils part donc, seul, pour sa première mission au lieu-dit le Fond du puits. Oui, un lieu aussi noir que le promet son nom, ce d'autant plus que la Mère ne lui a pas tout dit de ce village où, des années auparavant, elle est déjà venue. Les gens se souviennent, ils n'ont pas oublié, notamment, une certaine cruauté.

« le Fond du Puits repose toujours à l'ombre : l'eau y est fraiche, l'herbe plus verte que sur les deux seins pelés qui l'entourent, une seule route le traverse, un clocher le grandit. Les maisons y sont bien rangées. Les vivants persistent à vitre. On ne qui jamais le Fonds du Puits sur ses deux jambes, mais toujours portés par d'autres ».

Alors qu'il est venu pour guérir un enfant à l'agonie, il va en réalité dénouer un drame passé dont la Mère a pris part, remuant l'histoire qui se joue entre membres d'une même famille et entre membres d'une même communauté depuis des générations. En pensant faire mieux, faire autrement, en croyant rendre justice à la femme aux yeux verts contre l'homme aux épaules rouges.

« Il voir la longue table et il sait qu'ici des femmes ont été prises.
Le bois : brossé de traces, de mains qui se sont agrippées à son bord, d'assiettes chaudes, de couteaux plantés, d'ongles cassés ».

A fleur de peau avec les sensations et les intuitions qui lui sautent à la figure, le Fils comprend les drames qui se sont joués et quel a été le rôle de sa mère. Elle a certes soigné mais n'a pu rétablir l'équilibre des choses, la justice telle que les humains se la représente. En prenant la décision de faire des choses que la Mère lui a interdit de faire, de transgresser l'ordre établi, de faire ses propres choix, le Fils va rétablir l'équilibre. Pense-t-il tout du moins…En réalité il sera tout aussi cruel qu'elle. A sa manière. En faisant tout le contraire, il arrive finalement au même résultat.

La fin tragique de ce conte m'a fait tressaillir et réfléchir…qu'aurais-je fait à la place de la Mère et à la place du Fils ? En toute sincérité, je ne sais pas et cette question n'a pas fini de m'interroger…Qu'est-ce qui est juste lorsque des atrocités ont été commises ? Est-ce réparable ? La faute des hommes est-elle réparable, eux qui « construisent des villes géantes pour des vies minuscules, et la haine de cette petitesse les pousse à toutes les grandeurs » ? La loi du Talion des hommes, est-ce le juste rétablissement des choses ? N'engendre-t-elle pas plus de haine et de malheurs ?


Mais quelle plume absolument magnifique que celle de Cécile Coulon ! Il n'y a rien à ajouter, rien à retirer, la plume teintée de poésie noire semble aussi ancestrale et authentique que le conte qu'elle narre. le style, riche, subtile et précis, sensoriel également, doté d'une grande puissance évocatrice, sert magnifiquement cette histoire atemporelle.


Cécile Coulon, via ce conte sombre et initiatique, est implacable sur notre condition humaine.
Elle nous invite cependant à être attentifs aux choses cachées, à conscientiser notre intuition en portant une attention particulière au monde, notamment à nos proches. A tenter de mieux percevoir, mieux ressentir l'indicible, l'invisible. A nous interroger sur les secrets familiaux, à aller traquer les signes et les indices, pour mieux nous connaitre, mieux comprendre nos agissements et mieux transmettre en acceptant avec bienveillance et conscience l'héritage générationnelle.
Ce conte est aussi une leçon d'affranchissement, il nous enseigne en effet que notre façon d'être au monde, notre chemin, forcément singulier, différent de nos aînés, importe plus que le résultat, souvent pas si éloigné finalement de celui que nous ne voulions pas atteindre.

Un conte captivant qui fait réfléchir, sa morale étant soumise à multiples interprétations ce qui en fait un livre très riche. Une lecture marquante assurément ! Définitivement sous le charme du style, de la plume, de l'art de la narration, définitivement amoureuse de la langue ensorcelante de Cécile Coulon !



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Sera-t-il possible, comme elle l'a tenté pour ne pas nous effrayer, que l'écrivaine dissimule son talent derrière un fromage à pâte molle ?
Je crains bien que ce ne soit là peine perdue !
Car jamais peut-être n'avait on aussi profondément raconté les tréfonds de l'âme humaine, les choses qui ne sont pas ou qui se définissent mal, qui effraient, les cauchemars accrochés à la vie sans devoir jamais s'y diluer.
Le mot a été ici tourné et retourné pour apercevoir l'indicible.
"La langue des choses cachées" est un roman de Cécile Coulon, paru en janvier 2024 aux éditions "L'iconoclaste".
C'est un récit sidérant, sombre et désespérant.
Un récit teinté de surnaturel et entaché par des éclaboussures du cloaque de la condition humaine.
Il me semble que la littérature n'avait pas pris une telle gifle depuis "le faussaire" de Jean Blanzat.
C'était bien avant l'invention du normatif code-barre.
Mais là, il n'a pas pu s'interposer entre le mot et l'émotion.
La langue a retrouvé de sombres accents mystérieux que l'on avait perdus de vue sans même s'en apercevoir.
Le mot est neuf.
Le style lui semble ancestral, aussi vieux que le souffle qui modèle ce récit initiatique et terrifiant.
Le fils a pris la relève d'une mère qui n'avait plus la force des longues marches.
Il est arrivé au "Fond du Puits" pour guérir un enfant.
Il va y dénouer un drame vieux de plusieurs années ...
La langue est riche, l'idée est précise.
Le tout est teinté d'une sombre poésie.
Les chapitres sont très courts.
Les phrases emportent les destins comme le Gave roule les galets au fond de son lit.
La manière de raconter est hors du temps, à la fois ancienne et renouveau de la littérature.
Ce livre est magnifique.
Que Dieu me savonne et qu'Edmond me pardonne mais voilà un prix Goncourt qui aurait du corps, du panache et du style !
Mais rien sur le fromage à pâte molle !

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J'ai aimé ce court roman incandescent aux allures de conte noir.
Quel lyrisme, quel pouvoir évocateur et quelle intensité dans cette écriture! Un texte crépusculaire certes mais nimbé de poésie.
Il débute par une vision apocalyptique de l'humanité à la fois angoissante et magnifique.
Le récit, vif et empreint d'ésotérisme, devient vite intrigant voire par moment malaisant, on ne sait pas trop où Cecile Coulon veut nous mener mais on ne lâche pas pour autant son écriture hypnotique. On la suivra dans un dédale bien sombre jusqu'au tréfonds de l'âme humaine dans sa part la plus noire.
Le Fonds du Puits. C'est au sein de ce lugubre hameau isolé avalé par les ombres où le soleil ne pénètre jamais, qu'un jeune homme « le fils » possédant un don de guérisseur transmis par sa mère doit se rendre une nuit afin de soulager un enfant gravement malade. À l'origine c'est sa mère que les âmes perdues appellent mais désormais trop âgée pour se déplacer elle envoie son fils à sa place. Ce sera son baptême du feu.
Guidé par son instinct il se dirige non sans crainte vers cette étrange contrée.
Accueilli par un prêtre peu avenant tous deux traversent la nature hostile et le village sans vie jusqu'à la demeure de l'enfant malade. Une inquiétude sourde y plane, « le fils » est assailli par des visions, submergé par le mal (/mâle) qui règne en ces lieux et suinte de toutes parts. L'Atmosphère est viciée et menaçante, il perçoit des vibrations et des choses indicibles : « les choses cachées ».
Ses visions le confrontent à un drame qui se joue depuis des décennies dans cet endroit où la cruauté des hommes se perpétue au détriment de l'innocence.
Le destin va frapper à la porte et un rebondissement provoquer une lutte intérieure, « le fils » sera mis à l'épreuve et peut-être contraint de transgresser les règles édictées par sa mère… La fin est surprenante.
C'est un roman initiatique et métaphorique, un texte incantatoire sur la transmission bien sûr, mais aussi sur les conséquences de la violence dissimulée, sur la vengeance, la part d'ombre et de lumière en chacun de nous.
Poétiquement glaçant.
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critiques presse (11)
LaCroix
10 avril 2024
Dans un village reculé, un jeune homme porteur d?un mystérieux pouvoir de soigner fait ses armes. Cécile Coulon livre un roman rugueux et envoûtant à la lisière du conte.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique
22 février 2024
Un livre à lire d’une traite. Pourquoi pas à voix haute ? – sourd alors encore plus intensément le lyrisme d’une langue parfaitement maîtrisée.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Marianne_
05 février 2024
Avec « La Langue des choses cachées », la prolifique Cécile Coulon revient avec un récit noir, halluciné, au verbe virtuose.
Lire la critique sur le site : Marianne_
Bibliobs
02 février 2024
Dans son nouveau roman, l'autrice du « Roi n'a pas sommeil » conte l'apprentissage du fils d'une guérisseuse, envoyé par elle dans un village reculé pour y aider ses sombres habitants.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro
02 février 2024
Cécile Coulon fournit ce que l'époque attend d'elle. Son galimatias obéissant aux codes du moment doit être pris au sérieux: il est un symptôme.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint
31 janvier 2024
Une sorcière, son fils, un passe monstrueux... Le dernier ouvrage de la romancière et poétesse est un conte gore et poétique.
Lire la critique sur le site : LePoint
Culturebox
31 janvier 2024
Le dernier roman de Cécile Coulon, publié aux éditions de L'Iconoclaste, explore les mystères de la nature et de l'âme humaine. Une langue ciselée et poétique pour dire la noirceur des hommes et la brutalité des paysages.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaTribuneDeGeneve
31 janvier 2024
Dans la Langue des choses cachées, roman aussi court qu'incisif, la Française de 33 ans, également poète, ne laisse aucune échappatoire. Même aux secrets !
Lire la critique sur le site : LaTribuneDeGeneve
LaLibreBelgique
26 janvier 2024
Dans “La langue des choses cachées”, son 9e roman, l'écrivaine française Cécile Coulon parle de la violence des hommes, de la tentative de résilience des femmes et de l'avènement d'une nouvelle génération d'hommes.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
SudOuestPresse
22 janvier 2024
Dans « La Langue des choses cachées », l’Auvergnate Cécile Coulon, 33 ans, prodige de la littérature néoféministe, s’embarque dans la forêt glaciale d’un conte de Grimm #Metoo
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LeFigaro
09 janvier 2024
Une nuit, un jeune homme aux pouvoirs surnaturels est appelé au chevet d’un enfant malade dans un village isolé. Un conte qui plonge dans les ténèbres de la condition humaine.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (80) Voir plus Ajouter une citation
Le raffut est tel qu'il secoue la tête comme une vieille mule, et ce que le prêtre prend pour de l'orgueil n'est autre qu'une douleur vivace d'être de ce monde sans être de ces gens.
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Car c’est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent, en prenant avec les cieux de funestes engagements : leurs mains caressent et déchirent, rendent la peau si douce qu’on y plonge facilement des lances et des épées. Rien ne les effraie sinon leur propre mort, leurs doigts sont plus courts que ceux des grands singes, leurs ongles moins tranchants que ceux des petits chiens, pourtant ils avilissent bêtes et prairies, ils prennent les rivières, les arbres et les ruines du vieux monde.
(Incipit)
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Le mot amour pour elle est un temple sacré que les hommes ont saccagé depuis longtemps, alors quand elle l'entend dans la bouche tendre de ceux qui s'aiment simplement, elle les laisse, encore, vivre. Elle accorde des passe-droits, elle s'ouvre aux âmes passionnées. Elle retire de la pelote que forment les villages des aiguilles longues et acérées, elle s'installe dans les chambres et les mémoires, dans les corps et les jeux, dans les livres et les pensées, elle ressemble à un Jeune homme, elle ressemble à sa mère.
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Car c'est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent, en prenant avec les cieux de funestes engagements : leurs mains caressent et déchirent, rendent la peau si douce qu'on y plonge facilement des lances et des épées. Rien ne les effraie sinon leur propre mort, leurs doigts sont plus courts que ceux des grands singes, leurs ongles moins tranchants que ceux des petits chiens, pourtant ils avilissent bêtes et prairies, ils prennent les rivières, les arbres ruines du vieux monde. Ils prennent, oui, avec une avidité de nouveau-né et une violence de dieu malade, ils posent les yeux sur un carré d'ombre et, par ce regard, l'ombre leur appartient et le soleil leur doit sa lumière et sa chaleur. Ils se nourrissent des légendes qui font la terre ronde et trouée, le ciel bleu et fauve, ils construisent des Vlles géantes pour des vies minuscules et la haine de cette petitesse les pousse à toutes les grandeurs. En amour, ils ne comprennent rien aux secousses du cœur et du sexe, ils tentent de les apaiser, leurs forces sont fragiles, leurs corps mal préparés aux tempêtes des sentiments. IIs ont trouvé un langage pour tout dire ; avec ce trésor, ils s'épuisent à convaincre qu'ils sont les chefs, les puissants, les vainqueurs.
Qu'importe qu'ils violent des femmes, des enfants, des frères ou des inconnus, qu'importe qu'ils vident des océans et remplissent des charniers, tout est voué à finir dans un livre, un musée, une salle de classe, tout sera transformé en statue, en compétition, en documentaire. Alors, qu'importe qu'ils incendient des bibliothèques, des villages et des pays entiers, qu'ils martyrisent ceux qu'ils aiment, il faut pour vaincre tout brûler, et regarder les flammes monter au-dessus des forêts jusqu'à ce qu'elles forment sous l'orbe des nuages de grandes lettres illisibles. Qu'importe qu'ils passent sur cette terre plus vite qu'un arbre, une maison, une tortue ou un rivage, ils sont si beaux, avec leurs yeux pleins d'amour et leurs mains pleines de sang, ils sont si beaux, avec leurs corps comme des brindilles, ils se tiennent droit, ils imitent les falaises, ils se croient montagnes ou sommets, ils sont si beaux dans leur soif capable de tarir les sources les plus anciennes, ils sont si beaux dans la timidité du premier baiser, cela ne dure qu'une seconde mais après ils ne seront plus jamais grands. Oui, c'est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent.
Au milieu de cette foule aveugle, titubante, certains comprennent les choses cachées. Ils devinent en silence les grands tremblements du corps, les affaissements soudains du sang, ils pos- sèdent le don, la force. Ils se mêlent aux autres et les soignent, les apaisent, ils ressemblent à des hommes et des femmes mais ils portent en eux des décennies de douleur et de joie, ils connaissent le feu, ils l'ont en eux, ils maîtrisent les flammes. Comme des chiens de berger autour d'un troupeau affolé par l'orage, ces gens-là s'approchent d'un corps et immédiatement le corps parle avec eux, S'exprime, ils entendent, écoutent, répondent, ils guérissent, dans un fond de ferme, près d'un Iit sale, à côté d'un berceau cassé, ils guérissent, voilà, on les appelle pour cela, mais autre chose que nous ne comprenons pas. Cest bien Ils ont appris, très tôt, la langue des choses cachées.
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(Les premières pages du livre)
Prologue
Car c’est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent, en prenant avec les cieux de funestes engagements : leurs mains caressent et déchirent, rendent la peau si douce qu’on y plonge facilement des lances et des épées. Rien ne les effraie sinon leur propre mort, leurs doigts sont plus courts que ceux des grands singes, leurs ongles moins tranchants que ceux des petits chiens, pourtant ils avilissent bêtes et prairies, ils prennent les rivières, les arbres et les ruines du vieux monde. Ils prennent, oui, avec une avidité de nouveau-né et une violence de dieu malade, ils posent les yeux sur un carré d’ombre et, par ce regard, l’ombre leur appartient et le soleil leur doit sa lumière et sa chaleur. Ils se nourrissent des légendes qui font la terre ronde et trouée, le ciel bleu et fauve, ils construisent des villes géantes pour des vies minuscules et la haine de cette petitesse les pousse à toutes les grandeurs. En amour, ils ne comprennent rien aux secousses du cœur et du sexe, ils tentent de les apaiser, leurs forces sont fragiles, leurs corps mal préparés aux tempêtes des sentiments. Ils ont trouvé un langage pour tout dire ; avec ce trésor, ils s’épuisent à convaincre qu’ils sont les chefs, les puissants, les vainqueurs.
Qu’importe qu’ils violent des femmes, des enfants, des frères ou des inconnus, qu’importe qu’ils vident des océans et remplissent des charniers, tout est voué à finir dans un livre, un musée, une salle de classe, tout sera transformé en statue, en compétition, en documentaire. Alors, qu’importe qu’ils incendient des bibliothèques, des villages et des pays entiers, qu’ils martyrisent ceux qu’ils aiment, il faut pour vaincre tout brûler, et regarder les flammes monter au-dessus des forêts jusqu’à ce qu’elles forment sous l’orbe des nuages de grandes lettres illisibles. Qu’importe qu’ils passent sur cette terre plus vite qu’un arbre, une maison, une tortue ou un rivage, ils sont si beaux, avec leurs yeux pleins d’amour et leurs mains pleines de sang, ils sont si beaux, avec leurs corps comme des brindilles, ils se tiennent droit, ils imitent les falaises, ils se croient montagnes ou sommets, ils sont si beaux dans leur soif capable de tarir les sources les plus anciennes, ils sont si beaux dans la timidité du premier baiser, cela ne dure qu’une seconde mais après ils ne seront plus jamais grands. Oui, c’est ainsi que les hommes naissent, vivent et disparaissent.
Au milieu de cette foule aveugle, titubante, certains comprennent les choses cachées. Ils devinent en silence les grands tremblements du corps, les affaissements soudains du sang, ils possèdent le don, la force. Ils se mêlent aux autres et les soignent, les apaisent, ils ressemblent à des hommes et des femmes mais ils portent en eux des décennies de douleur et de joie, ils connaissent le feu, ils l’ont en eux, ils maîtrisent les flammes. Comme des chiens de berger autour d’un troupeau affolé par l’orage, ces gens-là s’approchent d’un corps et immédiatement le corps parle avec eux, s’exprime, ils entendent, écoutent, répondent, ils guérissent, dans un fond de ferme, près d’un lit sale, à côté d’un berceau cassé, ils guérissent, voilà, on les appelle pour cela, mais c’est bien autre chose que nous ne comprenons pas.
Ils ont appris, très tôt, la langue des choses cachées.

À mi-pente, l’odeur du sang et des trembles mouillés lui parvint. Il avait marché longtemps : la journée finissait à mesure que la colline, derrière lui, s’arrondissait, et qu’une autre, devant lui, s’élevait. Le hameau gisait là, sous ses yeux abîmés par la bruine, il voyait un filet de maisons gris et noir de part et d’autre de ce qui ressemblait à une rivière, si étroite qu’elle disparaissait presque entre les arbres. Il distinguait deux ponts, bombés, plutôt larges, qui enjambaient fièrement le cours d’eau. L’église, toute menue dans cette vallée, tendait vers les nuages son clocher silencieux. D’où il se trouvait, il compta vingt maisons, trois longs bâtiments à l’écart – des étables –, une route qui piquait à l’entrée du village et sortait de l’autre côté avant de remonter.

C’était sa première fois.
Sa mère, âgée, ne quittait plus leur maison, à trente kilomètres. Quand on l’avait appelée, cette fois-ci elle s’était tournée vers son fils et il avait compris. Il prenait son tour. Il faisait suite.
– Où dois-je aller ?
– Entre deux basses collines. Il n’y a qu’un seul lieu-dit : le Fond du Puits. Ne traîne pas, tu es attendu.
– Et si je me perds ?
– Tu ne te perdras pas. C’est pour ça que les braves gens font appel à nous : car nous ne nous perdons jamais. Tâche de t’en souvenir.
Puis elle avait préparé un bagage léger et il était parti pour une journée de marche, les yeux fixés sur les basses collines à l’horizon, qui enfermaient un village où les âmes perdues avaient appelé.

Sur le chemin dix fois il s’était retourné, croyant sentir sa mère derrière lui. Mais rien ne bougeait, ni les trembles verts et longs, ni les prairies débordées par leurs fleurs. Le vent brisa le paysage en milieu de journée, il crut y entendre la voix de sa mère. Il devait avancer vite, passer la colline, arriver avant la nuit. Là, on attendait sa venue, il comprendrait, avait-elle dit, quelqu’un viendrait l’accueillir, on l’emmènerait dans une maison, et ça commencerait au bord d’un lit, près d’un malade. Cent fois il avait accompagné sa mère quand elle était appelée – il n’y avait pas d’autre manière de le dire, elle était appelée –, quand les hommes ne savaient plus où demander de l’aide. Les hôpitaux étaient trop loin, les médecins absents, les vieux refusaient d’être soignés autrement que par des coupeurs de feu, des guérisseurs, des rebouteux. Les noms qu’on donnait à sa mère, elle s’en accommodait, et quand son fils lui demandait comment elle se définissait, elle répondait : « Nous voyons des choses cachées et il n’y a pas de mot pour cela. »
Alors elle laissait celles et ceux qu’elle nommait « braves gens » utiliser le langage qu’ils voulaient pendant qu’elle apprenait le sien à son fils. Aujourd’hui, sur un chemin sans bornes, il partait seul accomplir cette tâche. Voir les choses cachées.

C’est une manière douce – trop douce – de raconter. Ce garçon, cheminant à dos de basse colline pour atteindre le Fond du Puits, ce garçon, jeune comme une tige, moins joli qu’un enfant mais plus qu’un adulte, ce garçon, pour les langues habituées aux choses cachées qu’il s’en va voir,
ce garçon est un drame.

Le Fond du Puits repose toujours à l’ombre : l’eau y est fraîche, l’herbe plus verte que sur les deux seins pelés qui l’entourent, une seule route le traverse, un clocher le grandit. Les maisons y sont bien rangées. Les vivants persistent à vivre. On ne quitte jamais le Fond du Puits sur ses deux jambes, mais toujours portés par d’autres. Des sorciers insolents ont fait ici de grands feux pour attraper le soleil et le soleil les a punis : plus jamais il ne vient. Parfois il effleure, en de rares occasions, il brûle les yeux, la peau éclate en bulles rouges sur le dos des enfants, alors on se terre encore plus loin, dans les arrière-cuisines et sous les appentis en bord de rivière. Le Fond du Puits s’appelle ainsi car, du sommet de la colline où le garçon se trouve, on n’imagine pas que la terre puisse accepter des endroits pareils.
Il comprend pourquoi sa mère l’a envoyé à sa place : elle n’a plus l’âge de marcher jusque-là. Elle n’a plus l’âge d’affronter cette solitude, ces vallées enfoncées. Lui doit apprendre que le soleil, ici, est un meurtrier, que l’eau est si froide qu’elle écrase le ventre, que la nuit les deux collines se rapprochent pour tenir entre leurs cuisses les maisons au chaud jusqu’à l’aube. Sa mère n’a plus l’âge d’entrer en ces lieux. Il le sent, depuis la pente qui tourne entre des bosquets de genêts et des corridors de fleurs de carotte. Il n’y a aucun troupeau, aucun barbelé aux rives des champs, pas d’affût de chasse à l’orée des bois. Entre les basses collines, il n’y a rien que le Fond du Puits.
Il se demande s’il en sortira vivant.

La nuit tombe : le prêtre attend devant la croix plantée dans un rocher gris, il a appelé la mère le matin, il sait où la trouver, comment l’atteindre. Lorsqu’il demande, elle vient. Mais la mère est vieille : le prêtre ne sait pas que cette fois son fils arrive. Quand la silhouette du garçon apparaît au pied de la colline, le prêtre, noir d’habit et d’iris, pense qu’un voyageur s’est égaré. Il avance promptement, ne souhaitant pas être dérangé quand la vieille viendra, mais alors que sur ce chemin à peine plus large qu’un grand cercueil les deux hommes se rapprochent, le prêtre reconnaît immédiatement l’étranger. Il y a dans sa démarche, dans son reste d’enfance, la trace de la mère, son pas inaudible, son calme, sa chevelure volante, mal peignée, et son dos droit malgré les trente kilomètres à pied. Le garçon s’arrête au milieu du chemin, il incline la tête et murmure :
– Vous savez qui je suis.
Le prêtre esquisse un sourire.
– Vous êtes le fils de votre mère et vous êtes arrivé bien vite. Suivez-moi.
Ils reprennent route côte à côte. De loin, on croirait des amis qui se rendent à un dîner sous les arbres, mais vite ils disparaissent, la nuit est entièrement là. Deux hiboux se répondent de l’autre côté du pont : le prêtre veut dire quelque chose, que c’est bon signe quand on arrive d’entendre ces hululements, rarement les oiseaux nocturnes souhaitent la bienvenue, mais c’est la première fois que le garçon vient ici et le prêtre sent son cœur battre à ses côtés à mesure qu’ils pénètrent dans la rue principale. Les maisons dorment : les deux hommes passent le pont, les chaussures du prêtre claquent sur les pavés inégaux et les savates du garçon glissent, il semble marcher sur l’air, pense le religieux. Le gave est furieux : le prêtre entend l’eau éclater sur les roches, il croit sentir le pont se dérober sous ses pieds. La rivière se retourne dans son li
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