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Silvain Chupin (Traducteur)
EAN : 9782809701197
169 pages
Editions Philippe Picquier (19/06/2009)
3.5/5   31 notes
Résumé :
Voici des contes populaires qui figurent parmi les plus célèbres au Japon et auxquels Osamu Dazai donne une interprétation personnelle par la voix d'un narrateur quelque peu original, censé les lire à sa fille dans un abri antiaérien.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Quand un enfant terrible des lettres nippones revisite les contes traditionnels japonais…

Après avoir lu ce recueil, assez facétieux, j'ai été étonnée d'apprendre que Dazai Osamu était considéré comme un décadent, un ange noir, un enfant terrible de la littérature japonaise.
Cet auteur a laissé une empreinte considérable sur la littérature japonaise moderne. On le lit dans les écoles, on le commente, on le cite : il est maintenant un classique du XXe siècle au panthéon littéraire du Japon. Il est connu pour son style « watakushi shôsetsu » ou « shishôsetsu », style issu du naturalisme japonais (milieu naturel et réalisme) qui incorpore des éléments autobiographiques dans un récit écrit à la première personne du singulier. Contrairement à ses prédécesseurs, Dazai ne se contente pas du réalisme ; il l'enrichit d'une tournure existentielle et psychologique qui le rend proche des lecteurs d'aujourd'hui.
Il est aussi connu comme un homme aimant manier l'ironie, à la fois pessimiste et fantaisiste. Il connut une vie tourmentée et est considéré en effet comme l'ange noir des lettres japonaises, véritable décadent : addiction à un médicament contenant de la morphine, désintoxication, adultère de son épouse avec son meilleur ami, tentatives de suicide, divorce, guerre. Il mourut avec sa maîtresse le 13 juin 1948 (suicide par noyade) à Tokyo. Nous trouvons pas mal de photos de lui sur Internet et même de son corps retrouvé au bord d'une berge, cela m'a fait forte impression. le ton dépressif n'est pas si commun dans la littérature japonaise, cela mérite, je trouve, d'être souligné.

Pourtant, ce livre à la belle couverture automnale des éditions Picquier, n'est pas un recueil dans laquelle l'auteur a laissé infuser sa mélancolie. Au contraire, il est espiègle et facétieux. Il rassemble des contes populaires, les totgi-zôshi, issus du Japon médiéval et dont les auteurs sont inconnus. Ils datent de l'époque de Muromachi (1392-1573) et figurent parmi les plus célèbres au Japon. Osamu Dazai en donne une interprétation personnelle et lumineuse par la voix d'un narrateur quelque peu placé dans une situation originale puisqu'il est censé les lire à sa petite fille dans un abri antiaérien et il les raconte uniquement de mémoire n'ayant pas de livre de conte mais un simple livre d'image à sa disposition.

"A voix haute il lui lit des contes comme Momotarô, le Mont Crépitant, le moineau à la langue coupée, Les Deux Bossus ou Monsieur Urashima. Bien qu'il soit pauvrement vêtu et qu'à sa figure on le prenne pour un idiot, ce père est loin d'être un homme insignifiant. Il possède en effet un art vraiment singulier pour imaginer des histoires. Il était une fois, il y a bien, bien longtemps... Ainsi, tandis qu'il lui fait la lecture de sa voix étrange et comme stupide, c'est une autre histoire, toute personnelle, qui mûrit au fond de son coeur. "

Ces contes font un peu penser aux contes de Jean de la Fontaine, ou encore à ceux du Père Castor que je visionnais avec mes petits, les animaux prenant parfois la parole et comme tous contes il y a une morale. Cette morale est ancrée dans la culture japonaise mais comporte surtout une dimension universelle. Elle est cependant plus compliquée à appréhender que les contes de Jean de la Fontaine par exemple, dénouée de manichéisme, la frontière entre le bien et le mal est par moment difficile à déterminer, subtilité bien présente dans la nouvelle qui donne le titre du recueil.

Il faut se représenter le narrateur, figé dans son abri antiaérien avec sa petite fille de cinq ans, qui dispose donc de temps tout en étant dans une situation relativement angoissante et oppressante. Rien de mieux pour s'évader, et apporter une touche de légèreté à l'enfermement, avec ces contes populaires dans lesquels le fantastique et la magie opèrent et où les animaux parlent. Il va décortiquer chacun des contes, faire des digressions sur certains détails des contes, donner sa propre interprétation de la morale à laquelle aboutit chacun, il va se questionner avec nous, établir par moment des parallèles avec la mythologie grecque ce qui donne une dimension plus intéressante que si ces histoires nous étaient seulement racontées. Nous avons en outre l'impression d'être nous aussi dans l'abri, blottis, à échanger avec lui, dans une discussion nous amenant à réfléchir.

« Moi aussi j'ai médité cette question, et j'ai compris pourquoi la conduite du lapin était si peu virile. Ce lapin n'est pas un homme, j'en suis convaincu, mais une jeune fille de quinze ans. Belle mais ne connaissant pas encore le désir, elle appartient précisément à cette catégorie de femmes parmi lesquelles se recrutent les natures les plus cruelles de l'humanité. On trouve dans la mythologie grecque nombre de déesses d'une grande beauté. D'entre elles, si l'on excepte Aphrodite, la déesse vierge Artémis est probablement celle qui a le plus d'attraits… ».

Quatre contes, quatre morales, quatre tons différents, quatre interprétations et moult digressions. Ainsi trouverez-vous du tragi-comique facétieux avec la première Les deux bossus où deux vieillards ayant une grosse bosse sur une joue vont avoir des destinées différentes quant à cet appendice, un équivalent du conte grec de la boite de Pandore avec la seconde nouvelle Monsieur Urashima, sans aucun doute ma préférée, qui se base sur le célèbre conte Urashima Tarô où un jeune pêcheur un peu imbu de lui-même va suivre une tortue afin de retrouver au fond de l'océan le légendaire palais du dragon. Il va rencontrer Otohime, un personnage mythologique qui va lui offrir un mystérieux coquillage…Vous trouverez de la subtilité et de la cruauté avec la nouvelle le mont crépitant dans laquelle un raton se fait torturer par un lapin de façon ignoble, mais le raton ne paie-t-il pas pour sa cupidité (étonnant que ce conte soit destiné aux enfants soit dit en passant) ; enfin le quatrième conte le moineau à la langue coupée dans lequel le personnage au coeur pur n'est pas celui que nous pensons, il est récompensé même s'il a déçu sa famille, son épouse et la société eu égard au geste d'humanité envers un moineau…
« Les contes japonais sont bien plus cruels que les mythes grecs » et ce n'est pas faux après lecture de ces contes. Mais ils sont souvent très drôles (la discussion avec la tortue dans le second conte est brillante) et parfois teintés de beauté.

« C'est ça, la vie au palais du Dragon : se nourrir d'algues, s'enivrer de pétales de fleurs, se désaltérer de cerises, charmer ses oreilles au son du koto d'Otohima et contempler les danses pareilles à des tempêtes de fleurs qu'exécutent les petits poissons ».

J'ai trouvé le livre agréable à lire, il invite à la rêverie et permet de renouer avec les contes de l'enfance. Il m'a permis de découvrir des contes populaires japonais qui m'étaient totalement inconnus et de découvrir par là-même des éléments de la culture japonaise. La réflexion menée sur la façon dont les contes pour enfant sont faits, notamment dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, le mont crépitant, est très intéressante. L'interprétation qui en est fait par le narrateur, qui se dit insignifiant mais rien n'est moins sûr lorsque nous découvrons la profondeur de ses réflexions, permet de créer une connivence avec le lecteur, apporte des clés de lecture amenant de la profondeur à ces contes normalement destinés aux enfants, quoique je les ai trouvés plus subtiles et plus complexes que certains de nos contes à la morale plus évidente. Dans tous les cas ce livre nous interroge sur notre rapport aux contes.
Il me tarde de découvrir cependant les autres écrits plus personnels de l'auteur, ses romans, notamment Soleil couchant qui est devenu si populaire qu'il a donné naissance à une expression qui signifie « Les gens du soleil couchant ». Pas mal pour cet homme sans soleil…
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Osamu Dazai l'enfant terrible des lettres japonaises est un maître conteur à nul autre pareil. Sous les bombardements de la DCA américaine, dans l'abri anti-aérien, lui est venu une idée lumineuse pendant qu'il racontait des contes à ses enfants. Reprendre quatre contes traditionnels bien connus des Japonais et les réécrire à sa façon, très libre et tragi-comique.
Dazai s'adresse à un lecteur adulte avec lequel il simule un échange informel au sujet de ces contes pour enfant, provoquant la sympathie. C'est typique de son style spontané, aucun écrivain japonais n'est aussi attachant qu'Osamu. Il intervient souvent entre une péripétie et une autre qu'il feint de réécrire sous nos yeux. Il se lance alors dans des digressions humoristiques et savantes. Il rapproche par exemple les personnages japonais traditionnels de ceux de la mythologie grecque (Pandore, Artémis, La Méduse). Les personnages transformés par ses soins ne sont jamais héroïques, ils sont même bourrés de défauts et de vices, ils connaissent souvent des problèmes conjugaux ou familiaux qui les isolent et ils boivent souvent trop comme Osamu Dazai lui-même. Ces personnages de conte évoluent sous nos yeux vers des personnages plus complexes confrontés à des dilemmes moraux insolubles. Les histoires qui en résultent sont stimulantes et subtilement subversives avec des passages hilarants.


Dans le premier conte très drôle intitulé Les deux bossus la morale traditionnelle est totalement bouleversée. Personne n'a rien fait de mal, et pourtant tout le monde est fort marri à la fin de l'histoire. Les deux bossus sont seuls (l'un débauché qui adore sa bosse, l'autre austère qui exècre sa bosse) et négligés par leur famille. Ils sont le jouet des démons qui les confondent. Libre à vous d'interpréter.

Dans Monsieur Urashima, au début hilarant, le brave Urashima a sauvé une tortue à la langue de vipère . Il est récompensé alors qu'il n'a rien demandé par ladite tortue d'une drôle de façon. Il se retrouve dans un éden aquatique assez bling bling qu'il nous décrit en détails. Et puis soudain il a le mal du pays. La princesse Oto plutôt discrète jusqu'alors lui offre un cadeau d'adieu assez spécial. Deux interprétations possibles : elle l'a puni pour être resté dans son palais sans se soucier de la moralité ou bien alors elle a évité à M. Urashima une vie pleine d'hypocrisie.

L'histoire du Mont Crépitant est diabolique. Sacré petit lapin ! On n'est pas chez Chantal Goya. Il s'est vengé effroyablement sur un gros raton (sans doute un chien) dégoûtant qui avait tué une petite vieille . Elle préparait la soupe et traitait le lapin avec gentillesse. Osamu trouve la peine disproportionnée...Et il a une théorie...qui rend la morale plus souple.

Avant de raconter le Moineau à la langue coupée, Osamu Dazai nous explique pourquoi il a renoncé à réécrire le Monotarô. Il est difficile de se moquer du conte préféré des Japonais sans se moquer du Japon et voyez-vous ce n'était vraiment pas le moment. le Moineau à la langue coupée, comme vous vous en doutez n'est pas drôle. C' est une histoire mélancolique sur le mariage et la solitude.


j'en aurais bien lu d'autres.
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Dazai revisite ici quatre contes populaires japonais à sa façon. Il convoque un narrateur qui va nous les raconter, mais d'abord à sa fille…dans un abri antiaérien où ils sont retranchés avec sa femme et le petit frère. Ce père a trouvé le moyen d'apaiser l'angoisse de la famille, et ne va pas se gêner pour teinter ces histoires de sa façon de penser, en commentant le comportement et la mentalité de ses personnages, prenant des libertés avec les oeuvres originales en en faisant un récit oral, sans support écrit…Ce narrateur est un faux-nez de Dazai, qui ne va pas s'en cacher à plusieurs reprises.

Les deux bossus, c'est l'histoire d'un pauvre paysan septuagénaire de Shikoku, qui se sent bien seul face à sa vieille et à leur fils (surnommé le saint) qui ne pensent qu'à bosser ! Ils sont bien incapables de le regarder vraiment. Même quand il a attrapé subitement sa bosse à la joue droite vingt ans plus tôt, cela ne les a pas beaucoup perturbés. Alors un soir, alcoolisé, il tombe sur un banquet de démons qui lui arrachent sa bosse ! Mais il existe dans le village un deuxième vieillard possédant une bosse à la joue…Curieusement, il est comme un double inversé du premier : sa bosse touche sa joue gauche, sa femme et sa fille sont toujours souriantes et agréables, et il est aisé financièrement. le premier vieux lui raconte son histoire, du coup il file à la rencontre des démons pour se faire enlever cette bosse qu'il ne supporte pas…Mais cela ne va pas se passer comme il aimerait…Une histoire sans morale évidente, de l'aveu même de ce narrateur fantasque, mais bien intéressante.

Monsieur Urashima est la célèbre histoire revisitée de Urashima Tarô. L'homme a sauvé sur la plage une tortue, qui va se mettre à lui parler. Pour le remercier, elle l'entraîne sous la mer à la découverte du fabuleux palais du Dragon de la belle princesse Otohime. Urashima va y passer quelques temps, mais s'émerveiller puis se lasser de cet univers étrange et merveilleux, de l'attitude d'Otohime, muette, indifférente et solitaire, qui n'a d'autre activité que jouer du koto en mâchant des fleurs violettes de cerisier de mer…Elle lui remet en souvenir un coquillage, que la tortue lui conseille de ne jamais ouvrir. Ce qu'évidemment il va faire au retour sur la terre ferme. Dazai propose plusieurs hypothèses sur la fin de l'histoire, au choix du lecteur, en convoquant, et le mythe grec de la boîte de Pandore et la version traditionnelle japonaise. Une étrange nouvelle encore, dominée par la poésie d'un monde sous-marin, à la faune et à la flore merveilleusement colorées, et par des échanges acides entre la tortue et le Urashima autour de questions de comportement de l'homme de la terre et de savoir-vivre.

Dans le Mont Crépitant, un raton échappe de peu à passer en soupe que voulait mitonner un couple de vieux. le raton s'en sort en tuant la vieille accidentellement. Il part raconter son histoire à un lapin, en fait une lapine, dont il est amoureux transi. La lapine ne partage absolument pas cette attirance et elle qui trouvait dans le jardin des vieux de quoi se nourrir, va ourdir sa vengeance contre le raton, en le faisant marcher avec cruauté. le raton a des allures de naïf soumis, qui fait aussi preuve d'égoïsme, de lâcheté et de misogynie. Une sorte de fable quelque peu féministe, qui détonne dans ces années 1940, qui plus est au Japon ?

Dans le moineau à la langue coupée, un vieux taciturne et solitaire vit avec sa vieille femme acariâtre dans une maison retirée à l'orée d'un bois de bambous. Essentiellement retranché dans son bureau à marmonner face à ses paroles acerbes, un petit oiseau se met à le visiter régulièrement. Un jour, l'oiseau lui parle, et d'une jolie voix féminine ! Sa femme l'entend et imagine qu'il a eu la visite d'une femme. Jalouse, elle s'empare du moineau bavard et lui tranche la langue. le vieux n'aura de cesse de retrouver ce moineau en passant ses journées au coeur du bois de bambous. Un jour, épuisé, il s'endort sur la neige à l'entrée du bois…Ce sera la clé pour retrouver…O-Teru, une petite poupée de femme, muette faute de langue…Mais l'attitude du vieux qui pourtant semble avoir trouvé sa pépite, est déroutante…La fin, quand la vieille s'en mêle, est assez rocambolesque et complètement inattendue.

Ces petites histoires, dérivées de contes d'origine à destination des enfants, sont ici rehaussées d'une réflexion de Dazai parfois assez complexe. Elles s'adressent donc en réalité plutôt à un public adulte. Elles prennent souvent un tour déroutant. L'irruption du narrateur Dazai est imprévisible, parfois trop longue en début de nouvelle (Le Mont Crépitant), parfois en fin de nouvelle, ses interventions sont aussi utiles qu'agaçantes. C'est sa façon de dynamiter le cours d'histoires trop connues des Japonais. Il convoque par deux fois, dans le Mont Crépitant et Monsieur Urashima, la mythologie grecque, comme pour souligner que ces récits sont universels, mais peuvent comporter des versions différentes. Chacun peut construire son histoire, selon la culture d'origine et les précautions prises pour ne pas choquer son public, ou au contraire pour mettre du piment dans le récit. En tout cas, sa limite à lui, Dazai, avec un humour fin, est d'affirmer que non, finalement il a renoncé à revisiter l'histoire de Momotaro : c'est une icône, qui fait trop l'unanimité, et on ne touche pas à un tel mythe japonais ! Il a préféré s'en tenir à des seconds couteaux dont il était possible de tirer un trait de caractère moins consensuel pour se moquer.
On retrouve un fil conducteur qui donne une certaine unité au recueil, ce sentiment de solitude qu'on peut éprouver dans un couple qui ne marche pas ou dont l'amour est usé jusqu'à la corde. Ce n'est sans doute pas le meilleur livre de Dazai, mais il est comme toujours intelligent et attachant par son inégalité même. de quoi passer un agréable moment de lecture.
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Osamu Dazai interprète et invente des contes japonais à morale...

Quel recueil de nouvelles frais ! Et pourtant, ce n'est généralement pas mon style mais la prose ironique, amusante et sans langue de bois de Dazai a de quoi réveiller l'intérêt !
Avec ces quatre contes intitulés "Les Deux Bossus", "Monsieur Urashima", "Le Mont crépitant" et "Le Moineau à la langue coupée", l'auteur réécrit de vieilles histoires japonaises et les remet au goût du jour, tout en s'intégrant pleinement dans le processus de narration, comme si lui-même était un personnage. Ses remarques portent aussi bien sur ses choix en tant qu'auteur que sur les actions de ses protagonistes. La langue est vivante, les personnages sont pleins de défauts desquels on retire des morales comme avec La Fontaine.
Souvent la fin et les interprétations laissent un peu pantois, mais le voyage dans chaque nouvelle est bourré de charme. Il ne faudrait pas passer à côté !
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
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Dans toute son oeuvre, DAZAI Osamu a composé des écrits à fortes teneurs autobiographiques, dans un style simple, ironique et plein d'humour. "Le Mont Crépitant" est un recueil de contes populaires, avec une interprétation originale et personnelle du narrateur, qui les lit à sa fille dans un abri antiaérien. Les récits des contes sont donc ponctués par des réflexions personnelles sur le sens de événements et les personnages, ainsi que des allusions autobiographiques avec toujours une tonalité humoristique.
Le premier conte est Les Deux Bossus : c'est une petite histoire où deux êtres, atteints de la même difformités, en font un atout positif ou non. Pourtant, chacun des deux en sera tout de même affectés négativement.
Le second conte, très poétique comme une oeuvre de Hayao Mikasaki, est Mr Urashima. C'est l'histoire d'un homme un peu imbu de sa personne, qui est conduit par une tortue dans le palais du dragon. Bon nombre de ces certitudes et de ses convictions seront modifiés par ce voyage. C'est le conte le plus esthétique, avec de longues descriptions pour créer un monde irréelle et merveilleux.
Le troisième conte est le Mont Crépitant, récit cruel où un raton, ayant bien peu de qualités, sera le jouet d'un lapin/jeune fille tortionnaire. La frontière entre le bien et le mal est bien difficile à distinguer.
Enfin, le dernier conte est le Moineau à la langue coupée, est celui qui correspond plus à la tradition japonaise : amours contrariés, femme/oiseau, vieille femme qui sera punie par cupidité, présence de démons dans tous les aspects de la vie traditionnelle....
Dans l'ensemble de ces contes, les personnages sont des êtres profondément solitaires (par choix ou non), incompris de leur entourage et qui verront le sens de leur vie se modifier le plus souvent négativement à la fin de l'histoire. Cet aspect pessimiste est un des traits caractéristiques de Dazai, homme autodestructeur ayant une estime de lui-même désastreuse. le choix des contes de ce recueil n'est donc pas anodin.
Même si ce livre est un recueil de contes populaires et donc à destination des enfants, je ne le considère pas comme étant lus par les plus jeunes. le style simple, l'humour , le description vivante des situations et des personnages pourraient correspondre à un public jeune. Mais ce sont les commentaires, les digressions qui sont plus dédiés à un public adulte : la trahison, la honte, l'amour à sens unique, la distinction, la jalousie amoureuse sont des thèmes plus adultes.
C'est un livre qui se lit très facilement et qui donne des explications sur les coutumes et les moeurs japonaises de façon ludique.

Lien : http://toshoedwige.blogspot...
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
C’est seulement la forme que prend cette conviction qu’on appelle « aventure ». Vous n’avez pas l’âme aventureuse parce que vous n’avez pas la force de croire. Est-ce donc vulgaire de croire ? Est-ce se dévoyer ? Vous autres, les gens comme il faut, vous vivez dans l’orgueil de ne croire à rien, alors vous êtes insupportables. Et ce n’est pas une question d’intelligence. C’est quelque chose de bien plus vil : la mesquinerie. C’est la preuve que vous êtes obsédés par la peur de ne pas y trouver votre compte.
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Ah ! les voilà.
Le père pose son stylo et se lève. Pour les sirènes il ne prend guère la peine de se déranger mais, dès que les canons de DCA se mettent à retentir, toutes affaires cessantes, il coiffe sa fillette de cinq ans de sa capuche de protection, la prend dans ses bras et pénètre dans l’abri antiaérien. La mère s’y trouve déjà, accroupie dans le fond, leur petit garçon de deux ans sur le dos.
(Incipit)
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Que se passe-t-il ensuite? L'auteur, lui-même, ne saurait le dire.
A la tombée du jour, la vieille était étendue, gelée, sur la neige, avec une grande malle, très lourde, sur son dos. Incapable de se relever à cause du poids de la malle, elle était morte de froid. Cette malle était, parait-il, pleine à ras bord de pièces d'or étincelantes.
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Les contes japonais sont bien plus cruels que les mythes grecs.
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Sans sourciller, le lapin appliqua une couche épaisse d'emplâtre au piment rouge sur la brûlure du raton. Ce dernier se tordit de douleur.
- Aah! C'est rien. Ce remède est sûrement très efficace. Ouah! C'est terrible! De l'eau! C'est où, ici? L'enfer? Il faut me pardonner. Je n'ai pas souvenir d'être tombé en enfer. Je ne voulais pas finir en soupe, c'est pour ça que j'ai réglé son compte à la vieille. Je suis innocent. A cause de mon teint, en plus de trente ans, jamais une femme n'a posé un regard sur moi. Et puis il y a mon appétit. Que d'embarras à cause de ça!... Personne ne s'intéresse à moi! Je suis tout seul! Pourtant je suis un type bien! Et pas si laid que ça!
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L'auteur décadent de la littérature japonaise (Dazai Osamu) - Art Japonais
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