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ISBN : 2714471021
Éditeur : Belfond (14/01/2016)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 20 notes)
Résumé :
La misère est partout. Mais apprendre à nos enfants à vivre avec, n'est-ce pas là le crime originel ?

A Venise, une femme rencontre celle qui n'a plus de corps, plus de face : la mendiante. Son âme engloutie par quelque chose de plus noir encore que les eaux de la Sérénissime : l'indifférence. L'une tient la main d'un enfant, l'autre tend la sienne vers un ciel aveugle. Il y a celle debout ; il y a celle à genoux. Immobiles toutes deux.
La misè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
QueLire
  15 février 2016
La pauvreté à hauteur des yeux, le quotidien de nos enfants
Quand Isabelle Desesquelles parle des mendiants, des pauvres qui errent dans les rues à quémander pièces, nourriture ou même un regard, c'est avec une totale franchise et un regard plutôt objectif qu'elle analyse cette triste situation en parlant de ces gens, qui hantent les trottoirs des villes, se déplaçant uniquement pour tendre une main aux passants ou pour changer de trottoir après avoir reçu l'ordre de ne pas rester là. Ces gens, qui attendent assis sur le sol qu'on daigne leur donner de quoi survivre, ces gens qui crient leur pauvreté à hauteur de figure de nos enfants. Ces gens, au parcours chaotique, ces gens à qui la chance n'a pas souri, ces gens que l'on fait mine d'ignorer, car donner à tous serait difficile, donner à un seul serait injuste, ces gens qui nous hantent car la honte nous submerge lorsque nos enfants nous demandent pourquoi le Monsieur est sale, pourquoi il tend la main, pourquoi il se précipite aux vitres des voitures à l'arrêt, pourquoi on presse le pas et pourquoi on fait semblant de ne rien voir.
Un roman qui crie à l'injustice et à l'impuissance
"Les âmes et les enfants d'abord" c'est un récit sur cette injustice que l'on ressent face à de telles conditions de vie mais aussi sur la colère qui nous habite car cette pauvreté, nous ne voulons pas la voir et pourtant elle s'impose à nous. Dans ce roman, elle s'impose à la narratrice à travers la silhouette sale et pustulante d'une dame sans âge devant la basilique Saint Marc. D'elle, on ne voit qu'une main tendue sous un tas de chiffon. Pourquoi, alors qu'elle s'apprêtait à passer un moment avec son fils, cette femme ose t-elle imposer l'image de sa déchéance à hauteur des yeux du petit garçon. Pourquoi, à l'âge de l'insouciance, le malheur lui saute t-il à la figure, comme s'il était pressé de se faire connaître. Comment expliquer à son enfant que oui c'est triste mais que non, on ne fera rien, ou si peu. Isabelle Desesquelles aborde sans tabou, le cas des sans-abris, les bandes organisées, l'enrôlement des enfants dès leur plus jeune âge, la médisance des gens, l'injustice quand "Liberté, égalité, fraternité", ne s'applique pas à tous.
"Les âmes et les enfants d'abord", un roman osé mais d'une triste réalité
C'est un court roman poignant, écrit avec beaucoup de délicatesse malgré cette lucidité qui agresse à la manière d'une lumière trop vive. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narratrice s'adresse à cette pauvre femme de Venise. En la nommant "Madame", elle la fait vivre, lui donne une âme, la considère. C'est à une personne qu'elle s'adresse et non pas à une image souillée recroquevillée sous un parvis. En la nommant "Madame", c'est à tous ces exclus de la société qu'elle parle, ceux que nous croisons au quotidien avant de passer notre chemin et de passer à autre chose.
Un roman très bien écrit que je trouve assez osé, courageux, mais tellement vrai.

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paroles
  10 mai 2016
La misère est à portée des yeux de nos enfants. Ils grandissent avec elle. Nous adultes, déjà par notre taille, nous la voyons mais avons la possibilité de la survoler, de regarder au loin. Nous la croisons partout, sous toutes les formes, une jeune fille aux dreadlocks avec son chien, un tas de chiffons ventre à terre d'où dépasse une main tendue, un regard éteint sous une barbe...
Isabelle Desesquelle, accompagné de son fils âgé de cinq ans, l'a croisée plus particulièrement à Venise au seuil de la basilique Saint-Pierre. Et depuis elle la surprend partout. Comme tout le monde, elle a fui devant cette misère étalée sur le sol mais son âme est restée accrochée à cette vision. Alors, pour nous, et à voix haute, elle égrène ses pensées et celles de son petit garçon, ses révoltes, ses compromis mais surtout cette soumission face à la misère. de solution, elle n'en propose aucune et ne moralise jamais, mais doucement, amèrement, elle partage ce qu'elle ressent. Et nous nous retrouvons peu à peu dans ses mots qui peut-être à force d'être dits apaiseront d'autres maux.
Je remercie Sylire d'avoir partagé cette lecture. C'est une lecture sans faux fuyant, les faits sont relevés franchement et objectivement. Rien n'est enjolivé, ni noirci. C'est un constat terrible et lucide sur la pauvreté, la misère, les sans-abris et sur ceux qui les croisent tous les jours, sur vous, sur nous...

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LiliGalipette
  07 décembre 2016
Un jour, à Venise, la narratrice a croisé une mendiante, main tendue vers le ciel, corps étendu sur le sol. Elle ne s'est pas arrêtée, mais l'image de cette femme est restée. « Pourquoi, Madame l'Obscure, votre misère fait-elle plus que me rentrer dedans ? Elle est installée, blottie dans ma pensée. » (p. 17) Hantée par cette misère incarnée, la narratrice s'adresse à elle. Madame, lui dit-elle. Cette déférence envers l'indifférence est aussi l'occasion d'interroger la marche du monde, sa folie et son non-sens. Qu'elle est grande, l'impuissance de l'obole ! Donner ou ne pas donner, où est la différente quand d'autres brassent sans honte des millions ? « Et si je vous donne du Madame, c'est simple courtoisie ; cela, je peux vous l'offrir. » (p. 15) Aussi compatissante et gênée envers les pauvres qu'elle est cinglante et cynique envers les riches et elle-même, la narratrice pratique une ironie blessée : elle aussi est privilégiée par rapport aux miséreux qui pullulent, « préférant régler des consommations à prix prohibitif qu'aider cent malheureux. Ce n'est pas simple, l'âme. » (p. 35) Elle présente le dilemme de beaucoup : on voudrait aider, on croit aider, mais on ne fait qu'achever. Dans chaque main tendue, dans chaque sébile posée sur le sol, désormais, la narratrice voit cette femme ignorée sur le pavé vénitien. « Je vous ai sur la conscience, Madame, et je vous remercie d'y être. » (p. 72) Et que dire aux enfants qui ont cette misère à hauteur de regard et ne comprennent pas encore les calculs des adultes ? Il faut apprendre la générosité aux petits alors qu'on voudrait les protéger et leur éviter d'avoir jamais à poser les yeux sur l'indigence et le dénuement.
La misère quotidienne des grandes villes compose des tableaux qui deviennent banals à force d'être vus. « Les ténèbres nous mâchent et vous recrachent, pauvre chose. » (p. 13) La culpabilité de ceux qui ont assez, parfois juste assez, pour vivre est sans doute plus grande que ceux qui débordent d'argent et n'en donnent pas. Dans ce texte vibrant, puissant et au style exceptionnel, pas de réponse, pas de solution, pas de miracle. Pas de conseil, ni de consigne non plus. « Je ne changerai pas le néant, je ne vous arracherai à rien, et surtout pas au malheur, la terre vous vomit, cependant je vous réclame : ne me lâchez pas. » (p. 30) À chacun d'assumer, plus ou moins clairement, sa position vers ceux qui tendent des mains vides et désespérées.
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yv1
  22 février 2016
Ce texte ne ressemble pas à un roman, on imagine très bien Isabelle Desesquelles avoir rencontré elle-même la mendiante de Venise et tous les autres ensuite, dans sa vie quotidienne. Mais de fait, nous sommes tous confrontés à la rencontre de la misère dans nos rues. Comment réagissons-nous ? Comment cette misère étalée devant nos yeux, devant ceux de nos enfants nous touche ? Quelles sont nos stratégies, nos excuses pour ne pas donner d'argent ou pour ne pas voir ces gens qui mendient ?
Ce qui est bien dans ce texte, c'est que la narratrice ne se barde pas d'excuses, elle n'a pas d'indulgence pour elle-même : "Sur la pauvreté, je n'en sais ni plus ni moins que les autres. Je l'ai croisée, je ne l'avais pas remarquée ou alors c'était sans rien y trouver de remarquable, je ne m'y arrêtais pas. Avec moi, l'angélisme n'est pas de mise ; quand un mendiant me réclame une somme précise, je la convertis en francs et l'envie de lui donner me passe aussitôt, si tant est que je l'ai eue." (p.17) C'est aussi ce qui ne met pas à l'aise, car avouons-le, tous nous avons été -et le sommes encore sûrement- gênés devant la mendicité : donner ? ne pas donner ? pourquoi à cette personne et pas à l'autre ? Pour finalement ne donner à personne. Isabelle Desesquelles ne donne pas de réponse, évidemment, elle ne juge pas, elle se pose exactement les mêmes questions. Son texte est un cri de peur, de désespoir, d'impuissance, de désarroi, de mal-être. Elle doit tous les jours répondre aux questions de son enfant et penser à son avenir qu'elle imagine plus sombre que nos jours actuels. Alors, elle en appelle à la littérature parce que c'est son moyen de se ressourcer, de réfléchir, de tenter de comprendre le monde : Andersen et La petite fille aux allumettes, Emily Brontë et son poème, Ce n'est pas une lâche que mon âme et surtout Victor Hugo et Les Misérables dont certains passages reproduits dans ce livre sont cruellement actuels, bien qu'écrits il y a plus de 150 ans.
Et la narratrice de poursuivre sa réflexion qui part dans beaucoup de directions, comme nous le ferions nous-mêmes : la richesse mal partagée et ces robes qui valent le prix d'une maison, ces voitures de luxe qui tardent à être livrées tant il y a de demande, alors que devant les devantures des revendeurs des SDF font la manche, ces gens bourrés de pognon qui ne pensent qu'à s'acheter la dernière paire de chaussure à la mode parce que "Il faut bien s'habiller, non ? La loi l'impose. Nue, on va en prison" (p.49, réponse d'une riche héritière non citée à un journaliste), ... Dans un court chapitre qui débute par un "Elle est où l'humanité ?", beaucoup de phrases choc, des évidences à dire et redire, à asséner pour ne pas devenir insensible et "habitué" à la misère : "Quand il s'agit de vous porter secours, on n'a rien dans le ventre. Elle est où, l'humanité, dans la blonde qui rallie les suffrages avec des éructations en guise de programme : "Combien de Mohamed Merah dans les bateaux et les avions qui arrivent chaque jour en France ?" Au même moment, un Afghan, un Syrien, un Somalien, un Kurde, un du monde entier coule à pic au large des côtes européennes." (p.50/51)
Je vais m'arrêter là mais je pourrais continuer de longues lignes encore, tellement ce texte est bouleversant et dérangeant, il vient nous titiller sur nos points faibles, sur notre part d'humanité sans jamais nous juger, juste nous questionner. Un livre court (110 pages) et fort intelligent que je vous recommande très chaudement.
Lien : http://lyvres.fr
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saphoo
  30 mai 2016
C'est un court récit poignant que nous offre Isabelle Desesquelles, après un voyage à Venise avec son jeune fils, ils font une rencontre avec une mendiante qui n'a de cesse de la hanter. Comme une porte qui s'ouvre sur une évidence malheureusement de plus en plus sur notre chemin, la pauvreté avec son lot d'inhumanité.
Une prise de conscience peut être plus prononcée car dans sa main celle de son fils qui s'interroge vers ces mains tendues. Comment faire face à cette misère étalée sur nos trottoirs, on ne peut pas toujours fermer les yeux, mais à la fois on ne peut pas donner à tous. Alors on tente d'offrir des sourires, un peu de chaleur humaine avec un petit bonjour et quelques pièces à l'occasion histoire de remplir son devoir de charité. Tout se bouscule dans les esprits, tant de questions du jeune garçon bien souvent sans réponses. Apprendre à grandir avec la misère sous yeux puis finir par ne plus la regarder ni la voir.
Un récit tout en franchise, où tout à chacun s'y retrouvera. Combien de fois a t on déploré le gâchis et l.outrance de l'argent alors que des gens avec bien moins pourrait avoir un toit et une assiette remplie. Mais aussi combien on fuit les mains tendues, excédés par ce harcèlement permanent de mendicité.
Qu'est ce que l'humanité au final ?
Beaucoup de réflexions et interrogations dans ce court récit sur notre monde d'aujourd'hui et demain quand sera t il.
La misère est depuis des lustres, elle sera certainement la dernière à disparaître de la société.
En filigrane du récit , l'auteur s'appuie sur les misérables de Victor Hugo, pas si loin de nous comme la petite fille aux allumettes citée également dans le texte. Où est donc l'évolution de l'humanité hormis que nous tentons de faire de l'humanitaire ?
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
QueLireQueLire   15 février 2016
Je voudrais que ma paume vienne se poser sur votre main tendue, sans crainte de me salir ni de vous subir; je voudrais enserrer vos doigts dans une prison d'amour, retrouver l'émotion à serrer la main de son petit enfant. Vous aurez cinq, vingt, cinquante, soixante-dix ans, vous serez celle que l'on n'abandonne jamais.
Vous resterez immobile, vous n'aurez pas un regard dessous vos voiles, ne bougerez pas un cil sous votre tas de tissus, vous n'y croirez pas. Et vous aurez raison. Parce que moi non plus je ne bougerai pas.
Je triture le silence, je l'épluche, je le fais parler. J'écris les yeux baissés, l'âme prise, à une immense distance de l'existence, vous, Madame.
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LeslecturesdeLilyLeslecturesdeLily   15 mars 2016
[...] elle s'inquiète pour son chien, il n'a pas mangé depuis deux jours. Votre angoisse : qu'il ait encore plus faim que vous. La suite est un murmure : "Si vous aviez quelques pièces." Je cherche dans mes poches, je crains qu'il n'y ait rien ou presque, préviens, que vous ne soyez pas déçue. Mon fils écoute, vous oubliez d'avoir un petit mot gentil pour lui, fait pour attendrir le coeur des parents, la coutume le veut mais vous êtes trop oppressée et lasse, anxieuse comme tout pour votre chien. Je ne vous juge pas, vous vous débrouillez avec la vie. Je la sens, votre humiliation à mendier, à devoir arrêter une mère qui emmène son fils à l'école. Qui tenait votre main il y a dix ans ? Qui vous emmenait à l'école ? Aviez-vous déjà un chien, enfant ? Vous me faites penser au jeune Marius sous la plume d'Hugo : "À ce moment de l'existence où l'homme a besoin d'orgueil parce qu'il a besoin d'amour. À l'âge de manger cette chose inexprimable qu'on appelle de la vache enragée. Chose horrible, qui contient les jours sans pain, les nuits sans sommeil, les semaines sans travail, l'avenir sans espérance, les humiliations, la dignité refoulée, les besognes quelconques acceptées, les dégoûts, l'amertume, l'accablement. On apprend comment on dévore tout cela, et comment ce sont souvent les seules choses qu'on ait à dévorer." Cosette n'aurait pas rencontré Valjean , elle serait vous, cette jeune fille, avec à la place de la poupée fabuleuse un chien affamé.
P66/67
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LiliGalipetteLiliGalipette   07 décembre 2016
« Je ne changerai pas le néant, je ne vous arracherai à rien, et surtout pas au malheur, la terre vous vomit, cependant je vous réclame : ne me lâchez pas. » (p. 30)
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MissAlfieMissAlfie   07 juillet 2016
Quand il neige, ne pouvant plus s'asseoir, il reste accroupi contre son mur qui ne le soutient en rien, des flocons plein les sourcils, je passe devant sans m’arrêter avec un "Bonne journée". Politesse d'automate faussement enjouée de bien élevée qui ne m'élève pas.
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MissAlfieMissAlfie   07 juillet 2016
Ils sont des milliers, ils sont cinq mille à avoir tenté d'approcher les côtes européennes l'année dernière. Quelle importance s'il en manque à l'arriver, il y aura toujours bien assez de réfugiés, et de quidams devant les infos et leur apéro pour s'y noyer.
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Vidéo de Isabelle Desesquelles
Isabelle Desesquelles vient de recevoir le prix Femina des lycéens 2018. Elle est notamment l?auteur de "Je me souviens de tout", paru chez Julliard, et "Les hommes meurent, les femmes vieillissent", aux éditions Belfond. Elle a fondé une résidence d?écrivains, la maison de Pure Fiction.
Sur une chanson d'Emma le Louër, jurée du Prix Fémina des Lycéens, et auteur-compositeur de "Laisse moi voler cette nuit".
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