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Lily Jumel (Traducteur)
EAN : 9782070130481
432 pages
Gallimard (09/09/2010)
4.33/5   21 notes
Résumé :

Si Hans Magnus Enzensberger a choisi de nommer " roman " cette vie de Durruti, ce n'est pas par excès de modestie, et encore moins par ironie. Un souci de rigueur l'y conduit, rigueur ni plus ni moins paradoxale que l'entreprise du livre même. S'en expliquant, l'auteur justifie du même coup le parti qu'il a pris de " raconter " cette vie par le seul moyen d'un assemblage de documents : extraits de reportages, discours, tracts, brochures, M&... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique


« le bref été de l'anarchie , la vie et la mort de Buenaventura Durruti » de Hans Magnus Enzensberger a été publié en 1972, traduit en langue français en 1975 et réédité en 2010. L'auteur, poète, essayiste…, le qualifie de « roman » . L'originalité du livre réside dans la succession de témoignages, articles de journaux, récits…qui tentent une biographie de l'anarchiste espagnol Buenaventura Durruti. Huit gloses, courts commentaires historiques qui éclairent le sens des textes, ponctuent les huit chapitres du livre. Dans la première glose, H. M. Enzensberger explique sa démarche et le sens qu'il donne au mot « roman » attribué à cette biographie. « L'Histoire (est) considérée comme une fiction collective », les témoignages, articles…illustrent une étape de la vie de Durruti ; leur juxtaposition, confrontation..doivent permettre de recréer l'ambiance de l'époque ( du début du XXème siècle à 1936). La méthode historique est donc posée et la fiction collective , notamment de la guerre civile espagnole par les acteurs du conflit ( ici du côté républicain, et surtout anarchiste) est réinterprétée par l'écrivain ( ici dans les années 1970), puis par le lecteur ( ici en 2010-2014). L'auteur ne veut pas se préoccuper de l'appareil critique qui accompagne les sources documentaires et qui doit cerner la part de vérité, de mensonge… de chaque document. H.M. Enzensberger veut brosser une « image » de l'époque, interroge le mythe du héros… d'autant que B.Durruti a laissé peu de traces personnelles. Ecrire la biographie de B. Durruti est donc un travail de « reconstitution », l'écrivain doit accepter d'être contredit par d'autres ouvrages..car « il n'a pas le dernier mot ».
La période est cependant bien saisie dans son atmosphère politique, la vie « marginale » des anarchistes , les difficultés de la II ème République espagnole. le livre dresse le contexte de la guerre dans ses terribles difficultés politiques, économiques…il développe les rivalités entre les hommes ( anarchistes, communistes…), les débats sur le sens de la guerre : révolution et combat, ou guerre d'abord..Les différentes hypothèses qui tentent une explication de la mort de Durruti illustrent bien la reconstruction d'un puzzle, d'une image qui se forme petit à petit à la lecture.
Seuls les auteurs des documents sont nommés, les extraits ne sont pas datés, leur origine n'est pas précisée…Ce qui gêne le lecteur historien.. mais l'auteur le précise dès la page de garde, il a écrit un roman. La lecture de ce livre est intéressante, et son développement suit le fil d'un….roman.

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Passionnante reconstruction de la vie de Durruti à travers documents d'époque et entretiens avec les acteurs survivants eux-mêmes.

En 1972, alors qu'il est surtout connu comme poète et comme essayiste politique, Hans Magnus Enzensberger publie ce "roman" : la vie de l'anarchiste espagnol Buenaventura Durruti (1896-1936), traitée uniquement à partir de témoignages, écrits, récits, journaux et entretiens réalisés (pour certains) spécialement pour le projet. Les seules interventions directes de l'auteur sont huit "gloses", brèves dissertations historiques disséminées au long de l'ouvrage, permettant notamment de resituer les spécificités de la puissante CNT-FAI durant la Guerre Civile espagnole, et d'analyser les raisons de son échec in fine...

HME en profite lucidement pour rappeler, à travers des articles de journaux d'époque, à quel point les démocraties libérales des années 1930 étaient bien davantage prêtes à s'accommoder du "brun" fasciste (qui ne touchait guère au capital) que du "rouge" (ou du noir anarchiste), mais aussi à quel point le communisme soviétique maniait déjà, avec un cynisme consommé, la realpolitik comme un art martial.

"Après les élections de 1934, Francisco Ascaso parla lui aussi, aux côtés de Durruti : "Il paraît que nous avons vaincu ! Mais que s'est-il passé en réalité ? Les partis de gauche ont gagné les élections, mais les affaires sont, après comme avant, aux mains de la bourgeoisie réactionnaire. Si nous laissons à cette bourgeoisie la liberté de ses mouvements, il n'y aura pas de victoire électorale qui tienne, car dans ce cas les partis de gauche seront obligés de pratiquer, eux aussi, une politique de droite.""

Un "roman" passionnant de bout en bout, nourri d'un étrange effet de réel et de distance à la fois, du fait de la méthode de récit utilisée.
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Les livres en français sur Buenaventura Durruti, militant anarchiste espagnol, sont rares. Celui-ci n'est pas vraiment une biographie, car Enzensberger n'a rédigé que des « gloses », de courtes introductions en début de chapitre, afin de présenter la période considérée et le contexte politique. L'essentiel du bouquin est constitué d'une avalanche de témoignages recueillis auprès de sa famille et de sa compagne, d'autres militants de la CNT-FAI, des combattants de la fameuse « colonne Durruti », des avocats qui l'assistèrent lors de ses différents procès, de coupures de presse, d'extraits de mémoires, de souvenirs et d'articles de journaux.
Une avalanche, vraiment, car on a du mal à s'y retrouver. Parfois, on ne sait plus qui parle de qui, car certains textes ou témoignages disent « il », mais en parlant de quelqu'un d'autre, Durruti n'étant évoquer qu'à la marge. Cependant, on peut se faire une idée très vivante de la période, notamment en ce qui concerne la révolution de 1936, dont Durruti fut une figure marquante.
Les témoignages de ceux qui ont combattu avec lui sont les plus nombreux et les plus intéressants, comme ceux de ses camarades CNT Juan Oliver ou Ricardo Sanz. Certains évoquent la situation à Barcelone, d'autres les combats à Madrid ou dans L Aragon. Il y a cependant un défaut majeur à cette présentation. Dans la mesure où Enzensberger se refuse à commenter les témoignages qu'il cite, le lecteur n'a aucun moyen de vérifier la véracité des propos tenus. La plupart des témoignages sont sincères et honnêtes, sauf... lorsqu'ils émanent de staliniens patentés, spécialistes de la falsification historique, soit soviétiques, comme l'écrivain Ilya Ehrenbourg ou le journaliste Mikhaïl Kolcov, un temps rédacteur en chef de la « Pravda », soit espagnols comme Enrique Lister ou Dolores Ibarruri (La Pasionaria).
De son vivant, Durruti fut en effet considéré comme un adversaire par le Parti Communiste espagnol, devenu stalinien. Il fut tué à Madrid en novembre 1936, au cours de combats contre les troupes franquistes. Il y eut 200 000 personnes à son enterrement. Sa popularité au sein du mouvement ouvrier était telle qu'après sa mort, les staliniens essayèrent de récupérer sa mémoire, notamment en inventant de toutes pièces une prétendue sympathie qu'il aurait éprouvée sur le tard à l'égard de Staline, voire en créant même un fantomatique conseiller militaire soviétique qui l'aurait secondé. Certains témoins reprennent ces mensonges, qui sont d'une malhonnêteté sans nom.
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Le bref été de l'anarchie est une biographie de Buenaventura Durruti (1896-1936), leader anarchiste espagnol. le mouvement anarchiste se répand en Espagne dans les années 1870. "L'Espagne est le seul pays au monde où les théories révolutionnaires de Bakounine sont devenues une puissance matérielle. Jusqu'en 1936, les anarchistes ont eu un rôle prédominant dans les mouvements des travailleurs espagnols". L'histoire de l'anarchisme espagnol est parallèle à celle de Durruti dans les années 1920 et 1930. Pour les raconter l'auteur a assemblé des fragments de divers documents qui forment la matière de son récit, tel un patchwork : reportages de journalistes, discours, mémoires de participants aux évènements, entretiens avec des témoins rencontrés en 1971 -l'ouvrage est paru en 1972. Les points de vue sont croisés ce qui donne petit à petit une impression – comme on dirait pour un tableau impressionniste- de ce qu'a pu être la révolution espagnole. Huit chapitres, appelés "gloses" sont des mises au point personnelles de l'auteur qui permettent de contextualiser les évènements.

A la lecture j'ai conscience que je connais bien mal la période dont il est question. Il faudrait que je lise un ouvrage de fond sur la guerre civile espagnole. J'ai pensé à La guerre d'Espagne d'Anthony Beevor dont je dispose chez moi. le bref été de l'anarchie est néanmoins une lecture qui m'a donné à réfléchir.

Durruti, homme intègre, très charismatique, apparaît comme un véritable héros même si je me demande si une telle figure est bien compatible avec les idées anarchistes.

Je note la très faible présence des femmes dans cette révolution. La française Emilienne Morin, compagne de Durruti, le remarque comme moi : "Qu'est-ce qu'ils ont, tes camarades ? Sont-ils tous célibataires ?". Ceci dit, à la maison, Durruti fait sa part des tâches ménagères. Il y a aussi un épisode un peu malaisant de racisme anti-Roms où Durruti astreint des Gitans au travail forcé : "Il s'amusait royalement d'avoir obligé les bohémiens à se servir de leurs mains".

A l'occasion des nombreux épisodes qui se déroulent à Barcelone je suis frappée par la volonté d'autonomie des Catalans.

Dans un témoignage de Simone Weil je trouve même une explication à l'enrôlement de certains volontaires étrangers dans la guerre en Ukraine : "En juillet 1936, j'étais à Paris. Je n'aime pas la guerre; mais ce qui m'a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c'est la situation de ceux qui se trouvent à l'arrière. Quand j'ai compris que, malgré mes efforts, je ne pouvais m'empêcher de participer moralement à cette guerre, c'est-à-dire de souhaiter tous les jours, toutes les heures, la victoire des uns, la défaite des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l'arrière et j'ai pris le train pour Barcelone dans l'intention de m'engager".

Enfin la fin tragique de l'anarchisme espagnol pose la question de la possibilité de gagner pour un tel mouvement.
Lien : http://monbiblioblog.revolub..
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Indispensable pour comprendre le mouvement anarchiste espagnol !
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Il ne fallut pas longtemps à Durruti pour se rendre compte que le Comité central n'était qu'un organe de gestion. On discutait, négociait, votait, il y avait des dossiers, on y accomplissait un travail de bureaucratie. Mais Durruti n'était pas un rond-de-cuir. Dehors, on tirait. Il ne supporta plus cet état de choses. Il mit sur pied sa propre division, la colonne Durruti et, à sa tête, prit la route du front d'Aragon.
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Tu ne me comprends pas, m'interrompit-il. Qu'est-ce que tu vas imaginer ? Durant toutes ces années, je n'ai fait que penser à la révolution, mais nous n'avions pas d'armes, et à présent que nous en avons, crois-tu vraiment que je la laisserais tomber ? C'est mal me connaître !
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Vidéo de Hans Magnus Enzensberger
Hammerstein ou l'intransigeance Marque-page 26-02-2010
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