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ISBN : 1090566085
Éditeur : Editions du Mauconduit (24/05/2013)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 47 notes)
Résumé :
Est-ce que, moi,la petite fille de l'épicerie de la rue du Clos-des-parts, immergée enfant et adolescente dans une langue parlée populaire, un monde populaire, je vais écrire, prendre mes modèles, dans la langue littéraire acquise, apprise, la langue que j'enseigne puisque je suis devenue professeur de lettres ? Est-ce que, sans me poser de questions, je vais écrire dans la langue littéraire où je suis entrée par effraction, "la langue de l'ennemi" comme disait Jean... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Ziliz
  21 novembre 2013
Retranscription d'une conférence d'Annie Ernaux à Yvetot, commune normande où elle a passé sa jeunesse, donc cadre de la plupart de ses ouvrages autobiographiques. L'auteur revient sur sa vie : fille de petits commerçants à la campagne, devenue enseignante et écrivain - rien de nouveau si on a lu son oeuvre. Les descriptions des lieux et de leurs métamorphoses sont sûrement intéressantes pour ceux qui les connaissent, en l'occurrence les auditeurs présents à cette conférence. Pour les autres, moins, je pense...
Comment une auteur dont on a apprécié tous les livres peut-elle tout à coup vous horripiler ? C'est elle ou vous ? Elle qui ressasse les mêmes thèmes de façon identique, vous qui avez lu trop de témoignages de ce type ? ou qui avez changé d'état d'esprit ?
Depuis 'L'autre fille', je trouve le ton d'Ernaux immature, geignard et de mauvaise foi. Elle se pose en victime de ses parents, de leur milieu modeste et 'populaire'. A l'ère de l'exode rural d'après-guerre, nombreux sont ceux de sa génération, pourtant, qui ont vécu ce même hiatus entre mode de vie familial et univers estudiantin/professionnel. Cet ascenseur social me paraît être plutôt une chance - pouvoir prolonger ses études, choisir un métier plus épanouissant et moins contraignant que celui de ses parents... Mais dans ses derniers textes, Ernaux semble focaliser sur les aspects négatifs, la honte de ses origines, la difficulté à s'adapter à un autre milieu, elle qui vient de la classe des "dominés" (dit-elle).
Un peu trop de nombrilisme et de paranoïa dans tout cela. Et surtout une redite de ses ouvrages.
Mon préféré de cette auteur : 'Les Années', savant dosage, cette fois, entre autobiographie et exposé d'une époque riche en bouleversements sociaux, de l'après guerre aux années 2000.
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Herve-Lionel
  01 novembre 2016
La Feuille Volante n° 1082
Retour à YvetotAnnie Ernaux – Éditions du Mauconduit.
C'est dans cette petite commune de Normandie où elle a passé son enfance qu'elle est revenue, officiellement invitée par la municipalité, parce que c'est un honneur pour chacun de recevoir cette « femme de Lettres » devenue un écrivain célèbre. Bizarrement, à part quelques visites à caractères personnel, elle n'avait jamais pu revenir ici parce cette petite ville abritait ses souvenirs d'enfance qui ont nourri sa démarche littéraire, mais était aussi un territoire d'apprentissage, de mémoire, une ville mythique qu'elle ne quitta guère avant l'âge de dix-huit ans et qui, sans même qu'elle en prenne conscience, a imprimé sa marque en elle, par couches successives. Née en 1940, elle était arrivée en 1945 dans une ville ravagée par la guerre, dans un quartier déshérité, loin du centre. A cette séparation topographique correspondait une autre, de nature sociale, avec tout le mépris de classe qui s'y attachait. Ses parents, anciens ouvriers, y tenaient un café-épicerie que fréquentait une clientèle populaire et pauvre. Malgré une gêne relative, elle fréquenta « l'école des riches », un école catholique qui, pour elle, fut une ouverture au savoir, à l'écriture, une occasion de parler le français, c'est à dire de perdre le « patois ». Cette ouverture à la connaissance était encouragée par ses parents, soucieux qu'elle fasse des études qui la sortiraient de son milieu, malgré la différence sociale avec les autres élèves plus fortunées. La lecture, dans son collège ne pouvait être que morale mais sa mère favorisa son approche de romans moins « classiques ». Elle a, en ce qui la concerne, choisi les écrivains du « vécu », sans doute inscrits jadis à « l'index » de son école confessionnelle, de préférence aux textes canoniques qu'on y privilégiait. Ils ont assouvi sa curiosité naturelle. L'écriture est venue après, bien que cet acte ne s'inscrive naturellement pas dans son milieu culturel et se nourrisse de sa seule mémoire de la réalité vécue : c'est donc devenu un véritable devoir. Restait la technique qu'on apprend certes par la lecture préalable, mais aussi grâce à l'enseignement du français qu'elle assura plus tard en tant que professeur. Écrire pour elle, c'était trahir ses origines populaires ainsi, ses premiers romans doivent-ils beaucoup au style violent et abrupte de Céline mais son écriture devient rapidement simple et poétique et pourrait se résumer par le terme « écrire la vie », celle des autres qui l'entourent, de ses parents qu'elle pouvait cependant avoir l'impression de trahir parce qu'elle n'était plus comme eux, parce qu'il y avait sans doute quelque culpabilité à avoir honte d'eux, parce que la société hiérarchise et divise. Cela exclut l'intime mais c'est pourtant c'est bien cela qui caractérise son oeuvre qui donne dans l'autobiographie, le sexuel voire l'impudique … Ce parti-pris d'écriture ne me gêne pas, au contraire, et s'il fallait un justificatif, je le trouverais évidemment chez Montaigne qui nous rappelle que « tout homme porte en lui la marque de l'humaine condition ».
Quand on se met à écrire, c'est qu'on a quelque chose à dire et qu'on a envie de faire cette démarche pour les autres, une sorte de médiation, avec cependant cette volonté personnelle de « sauver quelque chose où on ne sera plus jamais ». Elle est en effet « une déclassée par le haut », « une transfuge de classe » et c'est ce qui a motivé chez elle l'acte d'écrire.  Elle détaille ensuite dans un entretien publié à la suite de cette conférence, ce qu'est sa technique d'écriture, la mémoire prenant le pas sur la description de la réalité. Je souscris à cette manière de s'exprimer puisque le souvenir, conjugué d'ailleurs à l'imaginaire, est une source indispensable de la création littéraire. Tout cela ne va pas sans un choix inconscient où l'autobiographie le dispute à l'oubli, mais aussi où le texte impose son rythme à l'auteur lui-même. Elle précise également que cette réminiscence à une dimension sociale qui s'incarne dans les mots patois qu'elle employait elle-même quand elle était à l'école et ceux qu'elle a entendus plus tard dans bouche de ses élèves. A son sens, c'était là un vocabulaire de « dominés » qu'elle a cependant cherché à maintenir dans ses livres au détriment d'un français plus « classique ». C'est sans doute une manière de revenir à ses racines mais le lecteur ne peut pas ne pas être frappé par son style fluide et dénué d'artifice, agréable à lire.
Sans vouloir paraphraser Albert Camus, on ne peut pas revivre à cinquante ans les joies qu'on a connu à vingt. La vie imprime forcément en nous son rythme et ses contingences, ses trahisons, ses illusion perdues, le temps fait son oeuvre dévastatrice avec ses erreurs, ses échecs, ses regrets et ses remords qui jalonnent forcément un parcours personnel. Son enfance, son adolescence s'égrènent à travers des photos qui illustrent cet ouvrage, elles sont, comme pour chacun d'entre nous un activateur de la mémoire et donc pour elle d'écriture parce que le cliché fige le temps, suscite l'émotion et la nostalgie.
© Hervé GAUTIER – Novembre 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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claraetlesmots
  18 mars 2014
En octobre 2012, Annie Ernaux revient à Yvetot la ville qui l'a vu grandir pour y donner une conférence "En acceptant cette fois l'invitation de la municipalité, j'ai accepté en même temps de m'expliquer devant le public le plus concerné qui soit, celui des habitants d'Yvetot, et choisi d'évoquer ce lien qui unit ma mémoire de la ville et mon écriture". Car "Yvetot est le matériau fourni par la mémoire mais utilisé, transformé par l écriture en quelque chose de général". Dans cette conférence, Annie Ernaux revient sur la place importante de la lecture, de l'écriture et des différences entre les classes sociales. le sentiment de honte éprouvé envers ses parents et son milieu d'origine (où la culture était inexistante) est en filigrane et a été développé dans plusieurs de ses livres. Elle revient sur "le transfuge de classe" expliquant son cheminement entre la langue apprise lors de ses études et celle refoulée. Des photos ( celle du père d'Annie Ernaux posant en 1959 près de sa voiture " on se fait photographier avec qu'on est fier de posséder " m' a rappelée des photos identiques vues dans des albums de famille) complètent ce livre ainsi qu'un entretien avec Marguerite Cornier.
Forcément, ce livre a résonné en moi car le sentiment de honte n'a que faire des générations. Et comme à chaque fois que je lis cette auteure, je me suis retrouvée...
"Retour à Yvetot" ne s'adresse pas qu'aux lecteurs avertis d'Annie Ernaux tout en éclairant un peu plus son oeuvre et son travail, il ne peut que donner envie de découvrir cette grande dame de la littérature !
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ivredelivres
  04 juillet 2013
J'ai découvert Annie Ernaux lors de la parution de la femme gelée, le roman se déroule à Annecy ville où je vivais alors, enthousiaste j'ai ensuite suivi le tracé naturel de ses parutions.
J'ai pratiquement lu tous ses livres et je les ai tous aimés. J'aime son écriture, son questionnement sur l'enfance, sur l'amour, sa passion des livres, sa langue verte parfois, j'ai compris sa rupture avec son milieu d'origine et la honte et les scrupules qui s'en suivirent.
Son roman le plus abouti Les Années est un livre superbe que j'ai lu et relu.

Tout naturellement le billet de Margotte m'a immédiatement fait de l'oeil et j'ai commandé aussitôt Retour à Yvetot qui sans être un récit, nous en apprend beaucoup sur l'auteur.
Est-ce que j'ai aimé ? oui j'ai aimé le ton simple et la pudeur qui s'en dégagent. J'ai aimé ce retour publique toujours repoussé jusque là sur les lieux de l'enfance.
Il ne s'agit donc pas d'un roman mais du texte de la conférence qu'Annie Ernaux donna à Yvetot, sa ville natale son « lieu de (ma ) mémoire la plus essentielle, celle de mes années d'enfance et de formation » avoue-t-elle.
Ce retour aux sources est à la fois intéressant et émouvant. La petite fille revient sur La place de son enfance et nous faisons connaissance avec son passé à travers une série de photos.
Toujours un peu hantée par la honte de sa condition de fille de cabaretier, toujours souffrant des humiliations ressenties on retrouve ici l'auteur sans fard aucun, et j'ai aimé la simplicité de ce retour. Si vous n'avez jamais lu ses romans ce livre perdra peut être un peu de son intérêt mais il pourrait aussi vous inviter à ouvrir les romans d'Annie Ernaux.
Je lis peu la littérature française mais Annie Ernaux à une place à part dans ma bibliothèque et ce petit livre va se faufiler sur l'étagère.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Drych
  06 mai 2014
J'attendais avec impatience de lire cette retranscription de conférence pour me réconcilier ou non avec l'écriture minimaliste et un peu agressive d'Annie Ernaux. Je l'ai effectiveent trouvée ici plus proche et plus nuancée dans sa vision de son histoire. Et surtout, elle précise ce que le ton de « la honte » masquait, à savoir la réconciliation avec ses parents induite par sa prise de conscience de ce qui la séparait d'eux. Je suis rassuré, mais persiste à regretter que ses livres ne soient pas plus étoffés. A faire trop court, les mots donnent vite une impression de caricature.
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critiques presse (1)
Lexpress   11 juin 2013
Sa mémoire est comme un puits sans fond. Qui recèle des pépites. De témoignage en roman, de carnet en conférence, Annie Ernaux invente l'écriture, questionne la vie, joue avec les années passées.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
TrissotinTrissotin   15 juin 2013
On est samedi, à une heure et demie, en classe de quatrième, juste avant que ne commence le cours de composition française, dans ces minutes où l'on s'installe à grand bruit. Il me semble que Mlle Cherfils, la professeure de français, n'est pas encore arrivée. Jeanne D., une élève que je fréquente pas – ses parents sont des gens chic, les seuls opticiens de la ville – s'écrie, à la cantonade : « Ça pue l'eau de Javel ! » Et : « Qui est-ce qui sent l'eau de Javel ? Je ne SUPPORTE pas l'odeur d'eau de Javel ! » Je voudrais rentrer sous terre, je cache mes mains sous le bureau, peut-être dans les poches de ma blouse. Je suis affolée de honte, terrorisée à l'idée d'être désignée par l'une ou l'autre de mes voisines. Car c'est moi qui sent l'eau de Javel. Sans doute, à ce moment, j'aimerais revenir une demi-heure en arrière, chez nous, dans la cuisine où, comme d'habitude après le repas, je me suis lavé les mains dans la cuvette d'eau placée en permanence à cet usage sur le placard à vaisselle – il n'y a pas d'eau courante à la maison – sans être gênée le moins du monde par l'odeur d'eau de Javel qui, cette fois, s'en dégageait.
En cet instant, la fille de quatrième que je suis saisit tout très bien, que l'odeur de « la Javel » – ainsi dit-on chez moi, et non « eau de Javel » – qui était jusqu'ici le signe même de la propreté, celle des blouses de ma mère, des draps, du carrelage frotté et du seau de nuit, une odeur ne dérangeant personne, bien au contraire est une odeur sociale, l'odeur de la femme de ménage de Jeanne D., le signe d'appartenance à un milieu « très simple » – comme disent les profs –, c'est-à-dire inférieur. À ce moment, je hais Jeanne D. Je me hais encore plus.
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ZilizZiliz   21 novembre 2013
Je n'ai pas souvenir que le pensionnat ait jamais encouragé à lire. A cette époque [début des années 50], l'enseignement catholique voyait dans les livres - et plus encore dans les magazines - un danger potentiel, la source de toutes les dérives morales. Les livres qu'on recevait le jour de la distribution des prix étaient tout sauf attrayants, voire lisibles, la notion de plaisir en était rigoureusement exclue, et pourtant je faisais un effort pour lire 'L'histoire du duc d'Aumale' ou 'Le maréchal Lyautey' !
(p. 23)
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fanfanouche24fanfanouche24   28 janvier 2014
Une grande partie de ma famille, mes parents et moi, nous appartenions à la catégories des gens qui disaient "je vais en ville", comme s'ils allaient sur un territoire qui n'était pas vraiment à ceux, celui où il fallait être, de préférence, proprement habillé, bien coiffé, le territoire où, parce qu'on croise le plus de monde, on est le plus susceptible d'être jugé, évalué. (p.16)
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NikiNiki   27 novembre 2013
Et l'enfance, avant d'aller à l'école et durant quelques années, est décrite comme un paradis, tout simplement. C'est le paradis de l'épicerie, des bonbons, du café même, etc. Puis l'école, les livres, vont lui dévoiler peu à peu que ce monde-là n'est pas "bien", et elle en veut à ses parents de ne pas être conformes à ce que l'école et les regards des dominants considèrent comme "bien". Il est évident qu'on ne peut pas écrire tout cela sans y avoir réfléchi, sans avoir compris que les parents ne sont pas condamnables, mais bien la société divisée, hiérarchisée, les valeurs et les codes qui travaillent celle-ci, qui provoquent chez l'enfant issu de milieux populaires la honte de ses parents.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   18 mars 2014
Lire un livre d'Annie Ernaux, c'est bien souvent se reconnaître une partie de soi : une période, des usages, des mots et gestes de tous les jours, des idées ou des images entrevus il y a plus ou moins longtemps, des sentiments et peut-être des passions. C'est, en un mot, être renvoyé à sa propre mémoire, qu'on interroge alors, qu'on fouille, qu'on se réapproprie. En effet, il ne s'agit pas, dans cette œuvre autobiographique, d'une forme de complaisance à soi-même, mais de l'expérience qui fait la part de l'autre, qui se cherche et se retrouve à travers les événements de l'Histoire ou ceux de la vie quotidienne, les personnes croisées, rencontrées, aimées. Un monde, une époque se trouvent ainsi mis en mots, inscrits dans l’épaisseur du texte – monde sauvegardé et monde miroir pour les lecteurs, invités eux aussi, à faire acte de mémoire, retour sur eux-mêmes et sur leur vie.
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