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René-Noël Raimbault (Autre)Henri Delgove (Autre)
EAN : 9782070369201
473 pages
Éditeur : Gallimard (18/02/1977)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 148 notes)
Résumé :
Pour pénétrer dans l'univers du vieux Sud qui hante l’œuvre de Faulkner, prix Nobel, la meilleure introduction est sans doute "Sartoris."
On y trouve le grand thème social de la décadence, après la guerre de Sécession.
Dans une atmosphère lourde de cauchemars, pleine de souvenirs du passé et de mystères jamais élucidés, apparaissent les principaux personnages de la saga faulknérienne et, au premier rang, ces Sartoris, héroïques et fanfarons, dont aucun... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
michemuche
  10 juin 2014
Bienvenue chez les Sartoris, dans cette chronique douce et amère, Faulkner nous emmène chez une famille sudiste à la fin de la première guerre mondiale.
Cette saga familiale sortie tout droit "d'autant en emporte le vent" un peu comme ces vieux albums photos ou le sépia côtoie le noir et blanc , drôle de parallèle pour cet état du sud des Etats-Unis le Tennessee où malgré l'abolition de l'esclavage les relations maitre serviteur n'ont pas évolué.
Le grand-père, Bayard Sartoris dit le "vieux" banquier grincheux gère la propriété familiale. Tante Sally veuve de John Sartoris, le fils de Bayard le vieux. Ce bout de femme sorte de furie s'occupe de manière énergique de la maison. Ensuite Bayard le jeune, petit fils de Bayard le vieux, il a combattu en France, aviateur il a vu son frère se faire abattre dans un combat aérien.
Enfin le personnage que j'ai le plus aimé Simon le fidèle serviteur noir, sorte de Falstaff, curieux, insolent....
Le trait d'union de ces personnages Sartoris outre le prénom c'est la fâcheuse tendance qu'ils ont à mourir de façon violente.
L'histoire en elle même n'a rien d'extraordinaire, le personnage principal Bayard le jeune, casse-cou que rien n'effraye s'ennuie. désoeuvré il passe son temps dans son auto à côtoyer la mort au grand désespoir de sa tante Sally.
Le style de Faulkner peut dérouter, c'est vrai s'est ce qui fait son talent.
J'ai adoré sa façon de décrire ces paysages ces fleurs, ces jasmins en fleurs qui le soir venu libèrent ces parfums, ou encore ce fameux oiseau-moqueur, sorte de rossignol qui a le don d'imiter d'autres oiseaux.
Je me suis vu assis dans un rocking-chair, un verre de thé glacé à la main entrain d'écouter ces bruits, respirer à plein poumon ces parfums enivrants.
J'ai aimé ce roman, ce son et lumière qui nous donne envie d'ailleurs.
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Commenter  J’apprécie          542
Woland
  07 juillet 2012
Sartoris
Traduction : R. N. Raimbault & H. Delgove
ISBN : 9782070369201

Sartoris ... Nom de grandeur, nom de folie, nom de l'une de ces grandes familles de l'aristocratie sudiste si chères à Faulkner parce que, jusque dans leur dégénérescence, leurs membres refusent de s'incliner devant le vainqueur yankee. Pour eux, le Sud, avec ses toddies que l'on déguste sur les vérandas en regardant le soleil se coucher, ses immenses champs de cotonniers blanchis par la saison, ses Noirs d'abord esclaves, puis domestiques, mais toujours liés aux familles blanches par des chaînes dont le Yankee primaire ne comprendra jamais l'étonnante et sulfureuse complexité, le Sud avec tous ses rêves et ses fantasmes, tous les siens et tous ceux que l'on projette sur son Histoire - ce Sud-là n'a jamais capitulé et il convient de continuer à le célébrer.
Car même s'il ne fait pas l'impasse sur les défauts et les excès du système dans lequel il naquit - voyez par exemple "Absalon ! Absalon !" - c'est bien à une célébration que nous invite le grand romancier américain. Une célébration amère, nostalgique, et pourtant fière, fière de tous ses Sudistes, depuis les rescapés de la bonne société de jadis que sont les Sartoris ou les Compson jusqu'aux "pauv' blancs" de "Tandis Que J'Agonise" ou encore la famille Snope en passant par les Noirs, domestiques, ouvriers, silhouettes à peine entrevues et pourtant si vivantes. Tous, il les dessine, les peint, les habille, fait naître en eux vertus et défauts, espoirs et désirs, tristesses et échecs. Et puis il les lâche dans ses pages, les laisse s'y pavaner, s'y déchirer, s'y tuer afin qu'ils l'aident à rendre au Sud l'un des hommages les plus grandioses qu'ait jamais connus la littérature américaine.
"Sartoris" - parfois publié sous le titre "Etendards dans la Poussière" - est le premier vrai roman de Faulkner sur le Sud et l'on peut y voir le point de départ de la saga qui aura pour décor le comté de Yoknapatawpha. L'action se situe à la fin de la Grande guerre, quand le jeune Bayard Sartoris, qui a vu son frère John, pilote de chasse comme lui, mourir au combat, revient dans la grande maison familiale. le caractère déjà difficile de Bayard ne s'est guère arrangé, d'autant que, n'ayant pu rattraper son frère, qui venait de sauter de son appareil en flammes, dans son propre avion, il se sent coupable de sa mort.
A partir de là, on peut dire que, sauf durant le bref intermède de sa passion pour Narcissa Benbow, qu'il finit par épouser, Bayard le Violent, Bayard le Casse-cou, Bayard le Hanté va tout faire pour mourir avant l'heure.
Son entourage le regarde faire sans pouvoir lui imposer de frein. Miss Jenny, son arrière-arrière-grand-tante, l'une de ces femmes du Sud au dos plus rigide qu'un cierge et au tempérament d'acier, vous le dira - mais peut-être pas en ces termes : chez les Sartoris, les mâles ont tous un grain. Depuis le Grand Ancêtre, le colonel John Sartoris, qui combattit vaillamment les Nordistes et fut assassiné pendant la Reconstruction, après avoir lui-même froidement abattu deux politicards yankees qui voulaient faire élire des Noirs, c'est à qui, parmi ses descendants, sera le premier à mourir de mort violente et inattendue.
Peut-être est-ce pour cette raison que Miss Jenny, grande, sèche, tourmentée mais aimante, veille sur le vieux Bayard (le grand-père de notre Bayard suicidaire) comme une poule sur le dernier de ses poussins. Avec un peu de chance, celui-là finira dans son lit.
Mais c'est sous-évaluer l'adversaire, ce Destin omniprésent dans l'oeuvre de Faulkner ...
Par delà la traduction, le style est riche, d'une poésie colorée et puissante qui nous fait voir, humer, sentir, entendre le Sud de Faulkner au début des années vingt. Comme l'a chanté quelqu'un, le temps y dure longtemps ; les après-midis au soleil s'y étirent indéfiniment ; dans le jardin, Miss Jenny se chamaille avec Isom, le jeune jardinier noir, puis, aussi vexés l'un que l'autre, chacun part de son côté, un outil à la main, et n'en fait qu'à sa tête ; dans l'office, Elnora, la mère d'Isom, prépare le repas et chantonne ; Simon, le majordome et cocher, grand-père d'Isom, attelle les chevaux pour aller chercher le vieux Bayard à sa banque ; et la petite voiture de Miss Benbow se profile à l'horizon, venant de la ville aux rues poussiéreuses et endormies ; là-bas, le vieux docteur Loosh Peabody, qui demanda jadis la main de Miss Jenny, attend paisiblement ses clients en lisant et relisant des romans de quatre sous, allongé sur son canapé ; son confrère et néanmoins ami, le jeune Dr Alford, fait des projets de mariage dont Miss Benbow est le centre ; comme elle est le centre des fantasmes de Snope, l'employé de banque, qui lui envoie des lettres anonymes qu'elle s'en vient régulièrement montrer à Miss Jenny ; et puis, il y a encore le vieux Falls, qui a connu l'époque de la Sécession et qui, tous les mois, se rend dans le bureau du vieux Bayard, à la banque, pour y évoquer le bon vieux temps, un bon vieux temps que Faulkner brosse avec panache et mélancolie dans un long récit d'ouverture qui ressuscite Jeb Stuart, la plume au chapeau, fonçant avec ses troupes, tel un diable gris et or, au beau milieu d'un camp de nordistes au repos et y faisant prisonnier, avec une si exquise courtoisie, un major ennemi confondu par tant de politesse ...
Et malgré tout cela, il y en a pour prétendre que, dans "Sartoris", il ne se passe rien. J'espère bien que vous lirez ce livre à votre tour et que vous vous joindrez à moi pour affirmer que celui qui affirme pareille chose ou n'a pas bien lu, ou ne sait carrément pas lire. ;o)
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Madamedub
  03 février 2012
Dans l'Amérique du sud qui lui est familière, William Faulkner narre une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers: les grandes familles du Sud déchues par la guerre de Sécession, les communautés et la ségrégation, les drames familiaux et leurs lots de confusion, la passion des hommes qui leur donne ardeur et ambition, et leur folie, qui les en éloigne. Pour beaucoup, « Sartoris » est le roman le plus « représentatif » de Faulkner, s'il n'est pas son plus brillant.
A côté d'un « Tandis que j'agonise« , d'un « Absalon!Absalon! » ou d'un « Lumière d'août« , « Sartoris » est un roman certes plus discret, mais il n'en n'est pas moins aussi fort et intense que les autres titres de l'écrivain. « Sartoris » est d'ailleurs son troisième roman, écrit en 1929, on dit que Faulkner eut du mal à le faire publier et reconnaître, alors qu'il le présentait comme « le » roman qui présageait tous les autres. Et pour cause. Matrice même de la conception familiale de la vieille Amérique aristocratique, les Sartoris sont le type de la famille réputée, renommée, mais au destin tragique, turbulant et surtout poussiéreux.
Descendant de soldats héroïques, les Sartoris sont des braves, des travailleurs, des valeureux…mais on dit qu'aucun d'eux n'est mort de fin naturelle. Dans cette confusion des générations qui est propre à Faulkner, les hommes se prénomment John et Bayard de père en fils, et ainsi semble descendre d'enfant, en petit-enfant, ce goût du risque et de la démesure. Car l'ubris est bien le propre de ces héros d'une autre époque, des héros qui ne seraient plus d'une réalité nouvelle, qui les rejette, et les fait paraître désuet.
Le vieux colonel Sartoris voit son petit-fils Bayard revenir après la guerre en Europe. Ce dernier, passionné d'aviation (comme Faulkner lui-même) fait face au deuil de son frère John, avec une attitude désinvolte et dangereuse, notamment en s'enivrant de la vitesse des nouvelles automobiles alors disponibles. Dans un engrenage douloureux, Bayard essaie de s'auto-détruire pour noyer sa culpabilité, entraînant malgré lui le colonel, et ceux qu'il aime.
Telle la Cassandre de la famille, Miss Jenny, la tante des Sartoris, prévoit avec pessimisme et rancune la fin de cette lignée de garçons d'un autre temps. Mais alors qu'une nouvelle ère s'ouvre, elle s'attache malgré elle à parler à ces fantômes, des hommes que l'on n'aime finalement mieux sur les portraits que l'on chérit, sur leurs tombes que l'on fleurit, que dans une réalité où ils sont finalement insupportables.
Faulkner dépeint avec intensité cette époque de mutation pour l'Amérique, qui peine à se dessiner une nouvelle cohérence sociale après la guerre de Sécession, et qui entre en guerre de l'autre côté de l'Atlantique. Les rapports entre les différentes communautés Noires et Blanches sont encore terriblement marqués par les ravages de l'esclavage, et la cohésion sera effectivement plus lente dans les Etats du Sud.
Figure d'une Amérique vieillissante, hésitante, « Sartoris » est la poussière d'une époque, la nostalgie poétique de grandes figures devenues détestables, la déchéance d'une classe qui n'en n'a pas moins marqué l'imaginaire américain.
« Sartoris » est donc sans conteste le roman d'un déclin douloureux, une fresque sociale juste et puissante, qui nous rappelle que bien souvent, la société préfère ses héros lorsqu'ils sont morts, sans quoi elle ne les assumerait pas.
Lien : http://madamedub.com/WordPre..
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Hammerklavier
  15 septembre 2013

Le premier livre par lequel il faut commencer la "petite comédie humaine" du comté de yopkhanapatha selon Faulkner. le quatrième livre de l'auteur que je lis pour ma part, car j'ai cette envie a présent de lire toute son oeuvre, et donc de l'attaquer par le début.
Sartoris ou étendart dans la poussière raconte la chute des Sartoris, une famille autrefois de riche propriétaire terrien qui suite a la guerre de sécession "se détruit" peu a peu.
Ce n'est pas le roman le plus connu de faulkner et pourtant les thèmes chers a l'auteurs sont déjà ici. Pas de technique d'écriture aussi novatrice que dans le bruit et le fureur, et une narration "plus simple" que dans sanctuaire ou Absalon Absalon, mais déjà une plume qui m'a transporté dans ce sud de l'aprés première guerre, lorsque les esclaves noires sont devenue domestiques, avec leur rapport complexe qu'ils entretiennent avec les propriétaires blanc. J'ai été happé par le récit du jeune bayard revenant de la guerre avec le deuil de son frere mort dans un combat aérien. Fou de mécanique, il s'ennivre dans ce sud en deliquescence au volant de son bolide, a traversé le comté de yopkhanapatha en soulevant la poussière de ses routes cuites au soleil.
On ressent cette nostalgie du sud, notamment dans la quatrième partie qui pour moi fut le paroxisme du roman. C'est dans cette partie que le jeune bayard, retourne "comme avant" chez les freres MacCallum pour une partie de chasse. le recit devient envoutant, et malgrés la beauté du décor, malgrés la chaleur du feu de cheminé et l'amitié des frère MacCallum, bayards n'est plus présent. Mélancolique, la nuit glaciale le recouvre. Et puis l'hebergement chez des domestique noires, qu'il trouvera sur le chemin du retour, chez qui il se refugiera et sera l'occasion d'une scène de repas ou la culpabilité du passé sudiste éclatera. Cette partie est remarquable et puissante et vaut a elle seul la lecture de ce roman.
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jimpee
  17 mars 2015
Aussi bizarre que cela paraisse, je n'ai jamais lu de Faulkner alors qu'il fait partie des grands écrivains américains, nobélisé. Quand on lui demandait par quel roman commencer son oeuvre, il conseillait Sartoris, roman qui contient les différents thèmes et personnages de ses romans.
Sartoris, version aboutie d'un romain qui devait s'appeler Etendards dans la poussière, se passe dans une petite ville du Mississippi. L'action se déroule à partir de 1919, avec le retour du front de l'aviateur Bayard Sartoris mais fait appel en permanence à l'histoire de la famille marquée par les hauts faits du général John Sartoris pendant la guerre de Sécession. La spécificité des Sartoris est qu'aucun homme n'est mort dans son lit, ce qui les fait traiter de têtes brulées et de solennels imbéciles par la Tante Jenny, véritable pilier de la famille sur plusieurs générations.
Le jeune Bayard Sartoris revient dévasté du front où il a vu mourir John, son jumeau, sans être capable de le secourir et il développe une tendance suicidaire en parcourant à toute vitesse la campagne au volant de sa voiture. Son grand-père, nommé aussi Bayard, l'accompagne dans le but de calmer ses ardeurs mais en vain. Bayard a perdu sa femme et son fils pendant la guerre et va séduire Narcissa Benbow mais l'abandonne peu après le mariage pour parcourir les Etats-Unis et finit par mourir en essayant un avion.
A côté de cette histoire de héros désespéré et suicidaire, il y a toute la vie de cette famille et de cette ville du Sud. Pour chacun, la guerre de Sécession est encore présente avec son histoire et ses héros, la haine des Yankees et de l'État fédéral. Les Sartoris sont servis par une famille de Noirs, plus tout fait esclaves pas mais loin, avec le vieux Simon qui cherche à en faire le moins possible et le jeune Isom, jardinier attitré de Tante Jenny, pas très futé.
Faulkner rend parfaitement l'atmosphère de cette ville, les petites histoires des uns et des autres, la vie du Sud éternel mais j'ai été un peu perdu par certains passages où il place des personnages, les Snopes et les MacCallum, et en parle comme si nous connaissions tout de leur passé et de leurs histoires. J'ai parfois eu l'impression d'être invité dans une conversation où les gens parlent de proches qui leur sont intimes mais nous sont inconnus, pas très confortable.
Ce roman n'est pas d'accès aisé ; le style est ample, très travaillé avec des descriptions admirables mais les digressions, la lenteur du récit rendent son abord un peu compliqué, nécessitent une concentration importante. Il faut être tout à fait disponible pour entrer dans cette histoire et ce style, je m'y suis repris à plusieurs reprises mais j'avais très envie d'aller au bout car il y a un monde particulier à découvrir dans ce roman.
Lien : http://jimpee.free.fr/index...
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
ValdimirValdimir   12 octobre 2017
Merde, dit-il, étendu sur le dos, en regardant par la fenêtre où il n'y avait rien à voir, attendant le sommeil sans savoir s'il viendrait ou non et sans se demander vraiment s'il arriverait. Rien à voir et cette longue, longue durée de la vie d'un homme. Soixante-dix ans à traîner dans le monde ce corps obstiné et à tromper ses exigences perpétuelles. Soixante-dix ans, disait la Bible. Et il n'en avait que vingt-six. Pas beaucoup plus qu'un tiers de passé. Merde !
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WolandWoland   07 juillet 2012
[...] ... Juin, maintenant, touchait presque à sa fin. L'odeur du jasmin, transplanté jadis par Miss Jenny s'insinuait insensiblement dans la maison, la submergeait tout entière de ses flots incessants et pressés semblables aux sons mourants des violes. Les fleurs plus précoces étaient passées ; les oiseaux avaient achevé de picorer les fraises et, maintenant, se tenaient toute la journée perchés aux alentours des bouquets de figuiers en attendant que les figures fussent mûres. Des zinnias, des renoncules fleurissaient, sans qu'Isom en prît le moindre soin. Car depuis que Caspey [= oncle d'Isom], qui n'était pas encore prêt de prendre sa retraite, était redevenu à peu près normal, on pouvait trouver Isom près de la haie de troènes qui bordait la clôture du jardin, du côté de l'ombre, en train de tailler une par une, avec une paire de ciseaux à tondre les mulets, les feuilles d'une unique branchette, et cela jusqu'à ce l'heure où Miss Jenny rentrait à la maison. Après quoi, il disparaissait, et allait s'allonger le reste de l'après-midi au bord du ruisseau, son chapeau sur les yeux, une canne à pêche calée entre ses orteils.

Simon bricolait en geignant, quelque part dans la propriété. Son cache-poussière de toile et son chapeau haut-de-forme pendus à un clou dans la sellerie accumulaient brins de paille et poussière. Les chevaux au pâturage engraissaient, devenaient paresseux et rossards. On ne décrochait plus maintenant le cache-poussière et le haut-de-forme du clou de la sellerie, on n'attelait plus les chevaux à la voiture qu'une fois par semaine, le dimanche, pour aller en ville à l'église. Miss Jenny déclarait qu'elle avait encore trop à faire pour son salut sans le compromettre en se rendant à l'église à cinquante milles à l'heure, qu'elle avait à son actif autant de péchés que pouvait en comporter son train de vie coutumier, surtout depuis qu'elle avait charge, par dessus le marché, de ménager coûte que coûte une entrée au ciel à l'âme du vieux Bayard qui, chaque après-midi, sillonnait à toute vitesse les routes de la contrée en compagnie du jeune Bayard, au risque de se casser le cou. Quant à l'âme du jeune Bayard, Miss Jenny était bien tranquille : il n'en avait pas. ... [...]
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WolandWoland   07 juillet 2012
[...] C'était un après-midi ensoleillé d'octobre. Narcissa et Bayard étaient partis en auto peu de temps après le déjeuner, et Miss Jenny ainsi que le vieux Bayard étaient assis au soleil, au bout de la véranda lorsque, précédée de Simon, la députation, débouchant de par derrière, apparut solennellement au coin de la maison. Elle se composait de six nègres diversement endimanchés : l'un d'eux, énorme, au cou de taureau, en redingote et faux-col ecclésiastique, marchait à leur tête, l'air majestueux, l'oeil farouche et autoritaire.

- "Les v'là, col'nel," annonça Simon et, sans attendre, il gravit les marches et fit volte-face, ne laissant à personne le moindre doute sur le parti auquel il entendait se ranger.

La députation fit halte et s'aligna avec un léger flottement en un groupe solennel et décoratif.

- "Qu'est-ce que c'est ?" demanda Miss Jenny. "C'est vous, Oncle Bird ?

- Oui, Miss Jenny."

L'un des membres de la délégation découvrit en s'inclinant sa toison laineuse et grisonnante.

- "C'ment qu'vous allez ?"

Les autres se dandinèrent d'un pied sur l'autre et, un à un, enlevèrent leur chapeau. Le chef de la délégation serra le sien sur son estomac, comme un député au Congrès en train de se faire photographier.

- "Enfin, Simon", demanda le vieux Bayard, "que signifie tout cela ? Pourquoi nous amènes-tu tous ces nègres ici ?

- Y viennent pou' leu' argent", expliqua Simon.

- "Leur argent ?" répéta Miss Jenny, intriguée. "Quel argent, Simon ?

- Y viennent pou' c'argent qu'vous leu' avez promis," hurla Simon. [Le vieux Bayard est sourd.]

- "Je t'ai déclaré que je ne leur donnerai pas un sou," fit le vieux Bayard. "Est-ce que Simon vous a dit que j'allais vous rembourser ?" demanda-t-il à la délégation.

- Quel argent ?" reprit Miss Jenny. "De quoi veux-tu parler, Simon ?"

Le chef de l'ambassade fit mine de parler mais Simon le devança.

- "Voyons, m'col'nel, vous m'avez dit vous-même d'dire à ces nègres que vous leur-z-y-payeriez.

- Je n'ai jamais dit chose pareille," répondit le vieux Bayard avec violence. "Je t'ai dit que, s'ils voulaient te faire fiche en prison, ils n'avaient qu'à ne pas se gêner. C'est cela que je t'ai dit. ..." [...]
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michemuchemichemuche   28 mai 2014
Il y a des hommes qui sont prédestinés dés leur naissance à avoir toujours une femme pour leur servir de paillasson, exactement comme d'autres sont nés cocus...
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sterou75sterou75   06 mars 2012
Le lendemain, il était mort, et, désormais, comme s'il n'avait attendu que cela pour s'affranchir du lourd vacarme des os et du souffle en perdant l'illusoire apparence de sa propre chair, il pouvait maintenant donner consistance et forme à ce qu'il entrait de lui dans la fatale ressemblance de sa légende, se matérialiser, comme un génie ou un divinité, dans les fastidieuses réminiscences d'un vieillard illettré ou dans une pipe culottée d'où l'âcre odeur du tabac consumé s'était depuis longtemps évanouie.
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15 décembre 2009 : Mot de l'éditeur : Un inconnu vient se réfugier en un lieu où il croit trouver la tranquillité : une cave donnant sur une petite place, dans un village du Sud. Un inconnu : un Arabe. Le jour, il charrie des tonnes de cailloux sur un chantier de terrassement. le soir il rentre dans son trou. Pourquoi se cache-t-il ? Le village s'agite, une hostilité sourde monte de la terre. Ici, il n'est pas chez lui et ne le sera jamais. L'Arabe n'entend rien, se berce de l'illusion qu'à force de vivre invisible, il finira par disparaître. Lorsqu'un meurtre est commis sur la place, cette illusion se dissipe. Aux yeux de tous, c'est lui le coupable. Mais les forces qui se dressent contre lui sont anciennes, comme le feu, la rage, la peur. Pour leur échapper, se rendre invisible ne suffira plus.
L'Arabe est un grand roman «sudiste», où des personnages de Faulkner ou de Flannery O'Connor traverseraient des paysages à la Giono. le Sud d'Antoine Audouard est lui aussi un vieux pays vaincu, peuplé de figures tour à tour tragiques et grotesques. Ecrit dans une langue où le parler populaire se mêle à un lyrisme altier, ce roman qui multiplie les dissonances et les ruptures de ton est l'oeuvre d'un écrivain accompli.
Antoine Audouard est né en 1956. Il est l'auteur de huit romans, dont Adieu, mon unique et Un pont d'oiseaux (Gallimard).
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