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Maurice Edgar Coindreau (Autre)
EAN : 9782070366217
640 pages
Gallimard (09/12/1974)
4.22/5   441 notes
Résumé :
La main allait, lente et calme, le long du flanc invisible. Il ne répondit pas tout de suite. Non qu'il essayât de l'intriguer. Il avait l'air de ne pas se rappeler qu'il devait en dire davantage. Elle répéta la question. Alors, il lui dit: - J'ai du sang noir. Elle resta étendue, parfaitement immobile, mais d'une immobilité différente. Mais il ne parut point s'en apercevoir. Il était couché, calme aussi et, de sa main, doucement lui caressait le flanc.
Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
4,22

sur 441 notes
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moravia
  13 mars 2013
J'avais fait une première tentative de lecture de William Faulkner, en ouvrant
" Sanctuaire". Diverses critiques avaient engendré en moi une certaine appréhension, car Faulkner était présenté comme un auteur "difficile".
Handicapé de cette malédiction je n'avais pas pu franchir ce Sanctuaire, et j'étais honteux, car je savais que j'étais coupable et non l'auteur. Aujourd'hui, peut être pour me dédouaner, j'ai pensé que les traducteurs ( il est dur de passer après Maurice E. Coindreau ) avaient aussi une part de responsabilité.Je le pense de plus en plus depuis que j'ai lu " Lumière d'août ".
Ne voulant pas rester sur cet échec j'ai pris au hasard ce second roman.
Ce fut comme une histoire d'amour. Au début on se remarque à peine, puis l'on s'apprivoise, on se rapproche jusqu'a ne plus penser qu'a l'autre.On vit ensemble de grands moments de joie dont on mesure l'importance que bien plus tard. Quand vient la fin.
Comme la fin de ce livre, que j'ai refermé empli d'une douce chaleur, et même si je savais que je venais de faire la rencontre d'un grand écrivain, je n'imaginais pas que longtemps après j'aurais toujours cette sensation de bonheur à l'évocation de cette lecture.
Comme une histoire d'amour...
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Creisifiction
  14 septembre 2021
Avec la publication en très peu de temps, entre 1929 et 1936, de cinq romans qui resteront parmi les plus marquants de la littérature américaine du XXème siècle (Le Bruit et la Fureur, Sanctuaire, Tandis que j'agonise, Absalon ! Absalon !, et Lumière d'Août), William Faulkner provoquera une onde de choc dans les milieux littéraires de son pays, transformant le génial écrivain sudiste en véritable icône, à l'aune duquel tout auteur ayant l'ambition de faire de la grande littérature ne pourrait désormais éviter de se mesurer, «ombre gigantesque » (selon l'expression de l'écrivain William Styron, dans une interview accordé au Monde en 1994) à laquelle à un moment ou un autre, il faudrait pouvoir se soustraire pour «tenter de s'accomplir soi-même».
LUMIERE D'AOUT est souvent considéré comme l'une de ses fictions les plus abouties. Un récit s'inscrivant dans la tradition du roman noir américain et qui, adoptant au démarrage un point de vue omniscient assez classique (en apparence seulement, le lecteur s'en rendra rapidement compte !), cherchera à retracer le parcours erratique de Joe Christmas, métis au sang noir et cependant blanc de peau, et auteur de l'homicide volontaire d'une femme blanche. Crime d'autant plus odieux et inexpliqué que cette dernière, Joanna Burden, en digne descendante d'une lignée d'Yankees égarés dans le deep south, fervents défenseurs des droits civiques des noirs affranchis et victimes à leur tour de l'hostilité de la communauté de Jefferson (ville fictive créée et située par Faulkner à proximité de Memphis), aura dédié l'essentiel de sa vie à elle à soutenir l'émancipation de la communauté afro-américaine abandonnée à son sort depuis la défaite sudiste de 1865. Meurtre sans aucun autre mobile possible que l'histoire elle-même, la psychologie, les traumatismes et humiliations subis par Joseph Christmas dans le contexte d'extrême violence raciale en vigueur dans les Etats du sud, ici le Mississipi natal de l'écrivain, où son personnage avait vu le jour, avant d'être rejeté et abandonné par la famille blanche de sa mère. Climat de violence encouragé enfin par la vague de puritanisme qui avait déferlé dans tout le pays, ayant abouti entre autres, durant les années 1920, à la Prohibition, à l'âge d'or des bootleggers, du crime organisé et du Ku Klux Klan.
On pourrait donc s'imaginer d'emblée que LUMIERE D'AOUT serait supporté par une intrigue somme toute relativement simple, ou en tout cas facilement repérable par le lecteur. Ce serait alors sans compter sur le talent et le style incomparables de l'auteur qui, selon la formule consacrée d'André Malraux, avait réussi à «introduire la tragédie grecque dans le roman policier». Faulkner, en effet, réussit somptueusement à transformer un propos ancré dans un territoire délimité, dans une contexte historique et socio-culturel particuliers, en quelque sorte régional, pourrait-on dire, en un récit grandiose, universel, exalté et indéniablement biblique. Il l'érige en tragédie aux accents antiques où le dénouement fatidique est déjà écrit, d'entrée de jeu et contre toute logique purement humaine, nourri par une autre, aux dimensions transcendantales et implacables, tissée sur ce même métier du fatum dont se servaient les antiques Parques. Où une galerie de personnages remarquablement dessinés (le révérend Hightower, Byron Bunch, le père McEachern, Doc Hines, Lena Grove..) par l'évocation de leurs trajectoires parallèles, croisées dans un désordre savamment orchestré par l'auteur, représenteraient également une sorte de choeur antique, chargé d'illustrer et de répercuter la descente aux enfers de l'héros tragique. Ou encore, si l'on veut bien, de la via crucis de Joe Christmas, personnage au patronyme ô combien symbolique et prémonitoire, monstre désigné (ce mot qu'il faut également entendre ici dans son sens étymologique premier : celui qui montre, révèle quelque chose au grand jour) dépassé par sa destinée, privé de tout libre-arbitre, et en même temps martyre sacrificiel, expiatoire, voué à la damnation par cette même communauté humaine qui l'avait engendré et exclu.
Summum absolu de la noirceur, rarement approché dans la littérature moderne, la lecture d'un roman comme LUMIERE D'AOUT est une expérience unique et éprouvante. A l'instar de ces rêves où l'on n'avance pas, ou alors péniblement, au ralenti, dans une quête effrénée d'abri contre une menace terrifiante et imminente, enfermés dans une atmosphère dense, hors temps, sentant le souffle ardent de notre perdition annoncée se rapprocher dangereusement derrière nous, nous espérons en vain la grâce d'une rédemption qui n'arrivera pas. Chez Faulkner aussi, le temps semble s'être figé en un seul bloc ; passé, présent et futur s'entrelacent, indissociables, se fondent, se confondent, à coup d'analepses récurrentes et tortueuses qui constitueront l'essentiel de la narration. de même pour le cheminement subjectif et la temporalité psychologique des personnages, systématiquement distordus, superposés, obturés ou, dans le meilleur des cas pour eux, carrément abolis.
«Rien n'advient -disait Sartre-, l'histoire ne se déroule pas chez Faulkner : on la découvre sous chaque mot, comme une présence encombrante et obscène, plus ou moins condensée selon les cas.» Ainsi, Christmas, quinze ans après avoir réussi à rompre avec les liens empreints de violence de son passé, avec ses parents adoptifs et son premier et malheureux amour de jeunesse, gardera-t-il le sentiment d'emprunter toujours la même rue où il s'était engagé après avoir passé définitivement la porte et avoir un instant espéré pouvoir changer sa vie. «La rue passa à travers les Etats d'Oklahoma et du Missouri, descendit au sud, jusqu'à Mexico, puis remonta au nord, à Chicago et à Détroit avant de redescendre encore pour s'arrêter enfin dans l'Etat de Mississipi».
Comment décrire l'envoutement trouble provoqué par ce récit crépusculaire, déroutant sans cesse le lecteur, tant par ses constructions de phrases vertigineuses, tournoyantes, que par ses formules lapidaires en suspension, par ses sous-entendus elliptiques, par se points de fuite multiples, la troisième personne de narration glissant à tout moment imperceptiblement pour s'enchevêtrer au flux de conscience des personnages, par les mises à distance récurrentes et en trompe l'oeil du narrateur, quand celui-ci, par exemple, se déchargeant de toute omniscience, finit par douter lui-même des raisons ou motivations qu'il leur attribuait, les abandonnant à leur propre mystère.
Si la négativité semble s'imposer comme un principe général chez Faulkner, si dans sa vision du monde aucun mouvement ne paraît susceptible de conduire à une transformation radicale des rôles qui nous ont été préalablement assignés sur l'échiquier visible du réel, c'est en même temps par ce même principe de négation, à condition que nous puissions réaliser et accepter qu'il est totalement vain de se battre contre ce qui aura toujours été là, que nous pourrions trouver une possibilité de rédemption à notre portée, ou tout au moins d'apaisement face au « bruit et à la fureur » shakespearien intrinsèques à la construction humaine -«Life is a tale, told by un idiot, full of sound and fury signifying nothing»-, ritournelle obsédante chez Faulkner ayant donné le titre et servi d'exergue à un de ses romans les plus célèbres.
C'est en fuyant à travers champs la traque implacable lancée contre lui après le meurtre qu'il a commis, que Joe Christmas, « courant sans but », se sentira pour la première fois de son existence « léger, impondérable» : «il ne pouvait jamais savoir quand il passerait de la nuit au jour, quand il s'apercevrait avoir dormi sans se rappeler s'être couché, ou quand il se trouverait en marche sans se rappeler qu'il avait cessé de dormir». Progresser enfin en toute légèreté, «au hasard, exprès, sur une terre sans consistance». Ici et maintenant : plus de mémoire, plus de conscience, plus de temps. Lumière d'août éclairant les ténèbres, permettant enfin de triompher sur sa destinée tragique avant le baisser de rideau. The rest is silence.
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5Arabella
  30 juillet 2016
C'est le premier livre de Faulkner que j'ai lu, il y a très très longtemps, j'en ai gardé un souvenir ébloui ; grâce à ce roman je suis devenue une passionnée de cet auteur, et j'avais par conséquence un peu peur d'être déçue , de ne pas retrouver complètement la magie de ma première lecture.Or il n'en ai rien, je crois que j'ai encore plus apprécié ce merveilleux roman la deuxième fois.
C'est sans doute le roman de Faulkner le plus construit, celui qui se rapproche le plus peut être d'un grand roman classique. le livre s'ouvre et se ferme sur Lena, jeune femme enceinte au début de l'histoire et qui a traversée plusieurs Etats à la recherche du père de son enfant. Lena, c'est la féminité absolue et sereine, elle me fait penser à ces déesses préhistoriques de la fécondité, rien ne semble troubler sa profonde quiétude.
Et entre ce début et cette fin qui irradient cette lumière présente dans le titre, il y a la violence, l'injustice, la bêtise et la souffrance d'êtres qui n'arrivent pas à trouver leur place. Au centre, Joe Christmas, dont on découvre petit à petit la terrible histoire, qui met en évidence toutes les failles et toutes les violences de cette société du Sud, puritaine, raciste, n'acceptant pas l'altérité ni entre les races ni entre les sexes, fondée sur la haine de l'autre et la haine de soi-même en définitif.
C'est pour moi l'un de plus beaux livres qui existent, l'un de ceux qui nous marquent à tout jamais.
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Woland
  10 septembre 2012
Light in August
Traduction et préface : Maurice-Edgar Coindreau
ISBN : 9782070366217
Une symphonie. Ou un fleuve. C'est à cela que l'on songe lorsque l'on arrive à la dernière page de "Lumière d'Août." On peut même dire que l'idée vous en vient dès que s'ouvre le coeur du livre : l'histoire De Christmas. Une symphonie au phrasé parfait, un fleuve au cours parfait : Faulkner maîtrise ici son art et oui, tout y est dans un équilibre parfait.
"Lumière d'Août" pourtant n'est pas un roman dont on vous parlera volontiers - à moins d'avoir affaire à un aficionado de Faulkner. Les grands et déstabilisants romans du début, comme "Le Bruit & la Fureur" ou encore "Sanctuaire", ont l'habitude de rafler la mise, avec leur parfum de scandale et cette espèce de chaos verbal et temporel que l'auteur s'est amusé à y semer. Avec une écriture dont la seule étrangeté réside dans le parler local utilisé pour les dialogues, et la ligne pure des trois mouvements de l'intrigue se succédant sans aucune de ces tricheries temporelles affectionnées par l'écrivain américain, "Lumière d'Août" a pratiquement tout ce qu'il faut pour être considéré comme le roman le plus classique de Faulkner, en tous cas dans sa forme. Parce que, pour les thèmes ...
Le passé du Sud, les fantômes de ces soldats gris et or qui foncent à toute allure sans se soucier beaucoup - à l'exception de généraux comme Johnston et Lee - de stratégie pratique, cet univers vaincu qui refuse de disparaître de la mémoire collective - ce thème majeur, l'un des premiers à pointer son nez dans les premières pages de "Sartoris", le Livre-Père, est ici confié aux bons soins du révérend Gail Hightower afin qu'il le défende, si nécessaire jusqu'à la mort. Et c'est ce que fera ce personnage étrange, mourant d'une attaque, les yeux ouverts sur une charge de cavaliers où il croit se voir, lui, bien vivant mais sous les traits de son grand-père. le drame du révérend - celui qui conduit d'ailleurs à son bannissement de l'Eglise dans laquelle il fut ordonné - c'est son obsession pour la Guerre civile et sa certitude de ne faire qu'un avec le grand-père esclavagiste qui la vécut. Ce protestant bon teint préserve en lui un petit coin bien caché pour le principe de la réincarnation - pour sa réincarnation. Etait-il fou dès le début ? L'est-il devenu ? Ou ne ferait-il pas preuve, au contraire, d'une grande lucidité ?Quel est le but exact de cette quête qui lui fait sacrifier ses études, sa foi, son église, sa femme et sa vie d'homme à une espèce de mirage ? le lecteur n'obtiendra pas la réponse mais c'est pour Faulkner une nouvelle manière de tenter d'exorciser la malédiction du Sud.
Ce que l'on peut désigner comme le "mouvement" Hightower se mêle étroitement au "mouvement" Lena Grove, sur lequel s'ouvre le roman. Lena est une jeune femme originaire de l'Alabama, qui a pris la route de Jefferson et donc du Mississippi afin de rejoindre un certain Lucas Burch, beau parleur qui lui a fait un enfant mais dont elle ne doute pas qu'il soit parti à la ville pour y trouver du travail et préparer leur avenir commun. Simple, gentille pas aussi naïve qu'on serait en droit de se l'imaginer, Lena est un personnage lumineux, apaisant, qui, une fois n'est pas coutume dans l'univers faulknerien, verra le Destin lui sourire.
A Jefferson en effet, où elle arrive un samedi après-midi, elle se rend droit à la scierie du coin, persuadée d'y trouver Lucas. En lieu et place, il n'y a que Byron Bunch, ouvrier modèle, l'un des rares Blancs à visiter encore Hightower, brave garçon paisible au coeur généreux qui, en la voyant, succombe au coup de foudre (le premier et le seul de son existence) et ne va plus la quitter. Mais quand il lui décrit les autres employés de la scierie - comme c'est samedi, il est seul à travailler - Lena comprend que son fameux Lucas y a travaillé sous un nom d'emprunt, celui de Joe Brown. Il faut en parler au passé car, depuis plusieurs mois, Burch-Brown s'est associé à un autre ancien employé de la scierie, un certain Joe Christmas. Les deux hommes vendraient de l'alcool trafiqué.
Et c'est ainsi que, après quelques notes timides mais entêtantes au tout début du livre, éclate dans toute sa puissance le "mouvement" central de "Lumière d'Août", celui consacré à Joe Christmas, homme que son teint basané et ses cheveux noirs font passer pour un étranger de souche italienne ou mexicaine mais qui sait, lui - ou croit savoir et il faut noter que le doute reste entier jusqu'à la fin du livre - qu'il a du sang noir dans les veines. Faulkner nous détaille l'essentiel de son existence d'orphelin songeur, adopté par une famille de paysans strictement religieux (son père adoptif est le puritain-type, qui voit une Jézabel dans chaque femme et ne parle de sexe qu'avec mépris et dégoût), puis vagabond qui choisit la marginalité parce qu'il est convaincu que "la goutte de trop" qu'il a dans les veines le condamne à ce genre de vie. Arrivé à Jefferson, Christmas y devient l'amant de la seule héritière de la famille Burden, vit avec elle une liaison passionnée et chaotique et finit par lui trancher la gorge avant de mettre le feu à la maison. Il s'enfuit alors et échappe quelque temps aux autorités jusqu'au moment où il choisit de se laisser capturer. Par une manoeuvre habile de Faulkner, et plutôt difficile à réaliser sans tomber dans l'incroyable ou le mélodramatique, son arrestation va lui permettre de retrouver ses grands-parents et de connaître les circonstances de sa naissance et de son abandon. Sous le choc, il parvient à s'échapper et tombe dans la même journée, les armes à la main, sous les balles d'un milicien de la garde locale qui le castre.
Le livre entier est porté par trois forces primaires que nous donnons ici dans un ordre qui n'est peut-être pas le bon - à chacun de choisir celui qu'il voudra : le sentiment religieux et l'éternel clivage sudiste du Blanc et du Noir, ce dernier se confondant cependant parfois avec la question religieuse puisque cette goutte de sang à la fois fatale et problèmatique, seule responsable du gâchis absolu que sont la vie et la mort De Christmas, est similaire à la malédiction biblique ancestrale subie, pour d'autres raisons, par Adam et Eve.
Il va de soi que Faulkner ne saurait présenter ces forces de manière simpliste. Ainsi, le sexe, la troisième et dernière de ces forces et une véritable jouissance pour Joanna Burden à une certaine époque de sa liaison avec Christmas, reste ambigu pour beaucoup de personnages. Christmas lui-même, avec l'éducation qu'il a reçue, méprise totalement les femmes et certains des affrontements qu'il a, enfant et adolescent, avec son père adoptif, ne sont pas sans révéler chez ce dernier une tendance à l'homosexualité qui réapparaît, effleurée plus qu'affirmée, dans les rapports De Christmas adulte avec celui qui le dénoncera, "Joe Brown" (on admirera l'ironie du nom usurpé), alias Lucas Burch. Mais le sentiment religieux est sans doute celui qui s'en tire le plus mal dans l'affaire puisque Faulkner démontre qu'il sert trop souvent de masque et de justification à l'asservissement de l'espèce féminine et, de façon générale, à celui des minorités.
Que dire encore sur cette "Lumière d'Août" ? Peut-être que Joanna Burden est la petite-fille ou l'arrière-petite-fille de l'un des deux Nordistes que le colonel Sartoris abattit lors de la Reconstruction. Surtout que ce roman de Faulkner est l'un de ses meilleurs livres, qu'il faut se garder de mépriser au prétexte qu'il n'a pas bénéficié de la même publicité que ses aînés. Et plus encore que sa lecture conforte dans la certitude qu'on gagne beaucoup à lire l'oeuvre de l'écrivain américain dans son ordre de parution.
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Bruidelo
  28 novembre 2017
Fascinée par la puissance, l'épaisseur de cette écriture qui n'a pas peur de s'embarquer dans la profonde et terrible folie des hommes. Subjuguée par cette technique « d'amassement d'un mystère et d'enroulement d'un vertige » dont parle Edouard Glissant dans Faulkner, Mississippi (merci Tremaouezan).
Fascinée par ces personnages intenses, égarés, étranges, déglingués, de la tragédie moite du Sud faulknerien.
Christmas bien sûr, qui a tout d'un blanc, qui ne sait guère plus qu'une chose de son père inconnu: il est noir, et cette information pèse comme une malédiction sur sa destinée; Christmas qui se voit « lui-même, de loin pour ainsi dire, sous les traits d'un homme attiré vers un gouffre sans fond ».
Mais peut-être encore plus Hightower, pasteur devenu paria, Doctor of Divinity ou Définitivement Damné, « oublieux de l'odeur dans laquelle il vit, cette odeur de dessiccation obèse, de linge sale, comme un signe précurseur de la tombe », Hightower si intensément lié au fantôme de son grand-père décédé pendant la guerre de Sécession qu'il se considère lui-même «mort un soir, vingt ans avant d'avoir vu la lumière», ne pouvant se sauver qu'en s'en allant mourir à l'endroit où sa «vie avait déjà cessé avant d'avoir réellement commencé».
Des personnages qu'on sent irrémédiablement prisonniers de quelque chose, coincés, acculés.
« Quand il se mit au lit, ce soir-là, il était décidé à s'enfuir. Il se sentait comme un aigle, dur, suffisant, puissant, sans remords et plein de vigueur. Mais cela ne dura pas, bien qu'il ignorât alors que, pour lui comme pour l'aigle, sa propre chair aussi bien que tout l'espace, ne serait jamais qu'une cage. »
Envoûtée par le sidérant tourbillon Faulknerien, par les tremblements, les dérèglements, les paradoxes, les contradictions de cet univers impressionnant. Éblouie par cette Lumière d'août.
Ce n'est pas confortable, mais c'est très fort.
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WolandWoland   10 septembre 2012
[...] ... Ils étaient réunis, tous les cinq, tranquillement, dans le demi-jour, près de l'entrée croulante d'une scierie abandonnée. Cachés à cent mètres de là, ils avaient vu la jeune négresse entrer et disparaître après un coup d'oeil à l'entour. Un des aînés avait combiné l'affaire, et il était entré le premier. Les autres tirèrent à la courte paille. Ils étaient tous vêtus de blouses semblables. Ils habitaient dans un rayon de trois milles et, comme celui qu'ils connaissaient sous le nom de Joe McEachern [= Joe Christmas], ils pouvaient tous, à quatorze ou quinze ans, labourer, traire, couper du bois comme des hommes faits. Peut-être ne s'était-il pas rendu compte que c'était un péché avant l'instant où il s'était représenté l'homme qui l'attendait à la maison car, à quatorze ans, le péché suprême serait plutôt d'être ouvertement accusé de virginité.

Son tour arriva. Il entra dans le hangar. Il faisait noir. Tout de suite, il se sentit en proie à une hâte terrible. Il y avait en lui quelque chose qui voulait sortir comme lorsqu'il lui arrivait de songer à la pâte dentifrice [référence à un épisode qui s'est déroulé durant sa petite enfance, à l'orphelinat]. Mais, tout d'abord, il ne put songer. Il restait là, debout, sentant l'odeur de la femme en même temps que l'odeur de négresse, prisonnier de la femme-négresse et de sa hâte, attiré, forcé d'attendre qu'elle parlât : bruit conducteur qui n'était pas vraiment un mot et qui le prit à l'improviste. Alors, il lui sembla qu'il pouvait la distinguer. Quelque chose d'étalé, d'abject ; ses yeux peut-être. En se penchant, il crut regarder dans un puits noir, et, tout au fond, il vit deux lueurs, comme le reflet d'étoiles mortes. Il avançait car il la heurta du pied. Puis il la toucha de nouveau, lui donna un coup de pied. Il la frappa violemment, frappant dans et à travers un gémissement étouffé de surprise et de peur. Elle se mit à hurler tandis qu'il la faisait relever, la secouant par le bras, lui lançant de grands coups sauvages, frappant la voix peut-être, mais, en tous cas, sentant la chair, prisonnier de la femme-négresse et de sa hâte.

Puis elle s'enfuit devant son poing, et lui-même recula en courant quand les autres tombèrent sur lui, en tas, s'agrippant, luttant, tandis qu'il ripostait, l'haleine sifflante de rage et de désespoir. Ce fut alors l'odeur du mâle qu'il sentit, qu'ils sentaient tous, et, quelque part derrière, la Femelle qui s'enfuyait, hurlante. ... [...]
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CreisifictionCreisifiction   13 septembre 2021
La route monte, arrive sur la crête. Il n’a jamais vu la mer, et il pense: «C’est comme le bord du néant. L’impression qu’en franchissant ce bord je tomberais à pic dans le néant. Là où les arbres ressembleraient à tout autre chose qu’à des arbres, là où ils porteraient un autre nom, là où les gens seraient, s’appelleraient autre chose que des gens. Et Byron Bunch n’aurait même pas à être ou à ne pas être Byron Bunch. Byron Bunch et sa mule réduits à rien par leur chute rapide, jusqu’au moment où ils prendraient feu, comme le révérend Hightower dit que cela arrive à ces roches qui vont si vite dans l’espace qu’elles s’enflamment et se consument sans même laisser une escarbille qui puisse tomber sur terre.»
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Myriam3Myriam3   04 janvier 2015
Il semblait qu'au lieu d'avoir été subtilement assassinée et transformée par l'homme inflexible et bigot en quelque chose qui dépassait le but qu'il s'était proposé et dont elle-même ne se rendait pas compte, elle avait été obstinément martelée, laminée chaque jour davantage, comme un métal passif et malléable, jusqu'à n'être plus qu'une réduction d'espoirs vagues, de désirs frustrés, indécis et pa^les aujourd'hui comme des cendres éteintes.
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WolandWoland   10 septembre 2012
[...] ... Et ce fut la dernière fois qu'on vit [Brown] à la scierie. Mais Byron connaît, et se rappelle maintenant, l'automobile neuve (dont un pare-chocs ou deux furent tout de suite faussés.) On la voyait sans cesse errer par la ville, oisive, sans but, avec Brown qui se prélassait au volant, sans trop bien savoir comment jouer son rôle d'homme oisif, dissolu, enviable. Il arrivait parfois que Christmas fût avec lui ; mais c'était rare. Et maintenant, leur occupation n'avait plus rien de secret. Tous les jeunes gens savent (et même les enfants) qu'on peut acheter du whiskey à Brown à n'importe quel moment ; et la ville s'attend chaque jour à sa capture, à le voir en sortir une bouteille de dessous son imperméable et l'offrir à un agent en civil. On n'est pas encore très sûr que Christmas soit de mèche avec lui, bien que personne ne croit Brown assez intelligent pour pouvoir faire à lui seul des bénéfices avec l'alcool de contrebande ; et il y en a qui savent que Christmas et Brown habitent ensemble dans une cabane, dans la propriété Burden. Mais, même ces gens-là ne savent pas si Miss Burden le sait ou non. Du reste, ils ne le lui diraient pas. C'est une femme entre deux âges qui habite seule dans la grande maison. Elle habite dans la maison depuis sa naissance, et cependant, on la considère toujours comme une étrangère dont les parents sont arrivés du Nord, pendant la Reconstruction. Une Yankee, une négrophile, sur laquelle la ville fait encore courir des bruits d'étranges relations avec des noirs de la ville et d'ailleurs. Cependant, il y a bientôt soixante ans que son père et son frère furent tués, sur la grande place, par un ex-propriétaire d'esclaves pour une question de vote des Noirs aux élections d'Etat. Mais quelque chose d'étrange, de sombre, d'inquiétant, plane encore sur elle et sur sa maison, bien qu'elle ne soit qu'une femme, et la descendante de ces gens que les ancêtres de la ville avait de bonnes raisons (ou le croyaient, du moins), de haïr et de craindre. Mais le fait est là : les descendants des deux partis face à face avec leurs fantômes réciproques, et toujours séparés par le spectre du même sang versé, la vieille horreur, la colère et la peur. ... [...]
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   16 janvier 2022
« On l’enverra à l’orphelinat des nègres, pensa-t-elle. Naturellement. Il faudra bien. »
Elle n’alla même pas tout de suite trouver la directrice. Elle était partie dans cette intention, mais, au lieu de tourner vers la porte du bureau, elle se vit la dépasser, continuer vers l’escalier et le monter. On eût dit qu’elle se suivait elle-même pour voir où elle allait. Dans le corridor, tranquille et vide, elle bâilla à nouveau avec un soulagement complet. Elle entra dans sa chambre, ferma la porte à clé, se déshabilla et se mit au lit. Les stores étaient baissés, et elle était étendue sur le dos, immobile, dans une obscurité presque complète. Ses yeux étaient fermés, son visage doux et vide. Au bout d’un moment, elle entrouvrit les jambes, puis elle les referma, lentement, sentant les draps glisser, frais et lisses sur elles, puis glisser à nouveau, lisses et chauds. Sa pensée semblait suspendue entre le sommeil qui la fuyait depuis trois nuits, et le sommeil qu’elle s’apprêtait à goûter, le corps ouvert, prêt à le recevoir, comme elle aurait reçu un homme.

(p. 167-168)
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Vidéo de William Faulkner
1/4 William Faulkner : Le Bruit et la Fureur (1979 / France Culture). Diffusion sur France Culture les 17 et 24 février et les 3 et 10 mars 1979. Traduction de Maurice-Edgar Coindreau. Adaptation de Claude Mourthé. Présentation de Michel Mohrt. Bruitage : Louis Amiel. Générique et accompagnement musical : Jerome Van Jones. Réalisation de Claude Mourthé. Photographie datée de 1950 de l'écrivain William Faulkner • Crédits : STF / AFP - AFP. "Le Bruit et la Fureur" (titre original : "The Sound and the Fury") est le quatrième roman de l'auteur américain William Faulkner, publié en 1929. Il figure à la 6e place dans la liste des cent meilleurs romans de langue anglaise du XXe siècle établie par la Modern Library en 1998. L'histoire se déroule dans la région de Yoknapatawpha, imaginée par Faulkner. Le drame se déroule entre les membres d'une de ces vieilles familles du Sud, hautaines et prospères autrefois, aujourd'hui tombées dans la misère et l'abjection. Trois générations s'y déchirent : Jason Compson et sa femme Caroline née Bascomb ; leur fille Candace (ou Caddy), et leurs trois fils, Quentin, Jason et Maury (qu'on appellera plus tard Benjamin ou Benjy pour qu'il ne souille pas le nom de son oncle Maury Bascomb) ; Quentin enfin, la fille de Caddy. Il y a deux Jason (le père et le fils) et deux Quentin (l'oncle et la nièce). Autour d'eux trois générations de domestiques noirs : Dilsey et son mari Roskus ; leurs enfants, Versh, T.P. et Frony ; plus tard, Luster, fils de Frony.
00:00 : Présentation de Michel Mohrt 07:50 : Début de l'adaptation radiophonique
Avec Rufus (Benjy), Malka Ribowska (Mrs Compson), Marcel Cuvelier (Mr Compson), Jenny Alpha (Dilsey), Manuel Gómez (Luster), Jean Levret (Jason), Gérard Lartigau (Quentin), Marianne Épin (Caddy), Jean-Paul Cisife (l'oncle Maury), Toto Bissainthe (Frony), Nathalie Calmé (la jeune Quentin), Bernard Tiphaine (Shreve), Olga Valery (Mrs Bland), Jacques Richard (Le marshal), Armand Meffre (Le juge), Robert Liensol (Le prédicateur), Tola Koukoui (Le récitant).
Et Gérard Essomba, Marie-Claude Benoît, Alain Janey, Jacques Galland, Louis Amiel, Didier Conti, Patrick Lemaître, Pierre Guéant, Paul Barré, Jean-Baptiste Tiémélé, Lucien Frégis, Jean Amos, Robert Duchet, Jacques Plée, Maryse Meryl, Michel Amiel, Gaëtan Jor, Joël Robin, Etoile Gómez, Pierre Garin, Marie-Jeanne Gardien, Mario Santini, Jean-Paul Tamaris, Martine Couture, Raphaël O'Neill, Pierre Hatet, Martin Trévières, Michel Montanary, Georges Aubert, Claude Bauthéac, Jacques Gheusi, Darling Légitimus, Fabrice Bruno, Jacques Gripel, Marc Bavarin, Prosper M'Barali, Janine Amadedou, Joachim Essomba, Jacques Charby, Sophie Jeney, Brigitte Winstel, et les enfants Aurélia Bruno, Frank et Loïc Baugin, Léonard Rollin, André M'Barali.
Sources : France Culture et Wikipédia
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Le Bruit et la Peur
Le Bruit et la Fureur
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