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EAN : 9782070321087
352 pages
Gallimard (06/04/2006)
3.94/5   86 notes
Résumé :
Sarinagara signifie cependant. Ce mot est le dernier d'un des plus célèbres poèmes de la littérature japonaise. Lorsqu'il l'écrit, Kobayashi Issa vient de perdre son unique enfant : oui, tout est néant, dit-il. Mais mystérieusement, Issa ajoute à son poème ce dernier mot dont il laisse la signification suspendue dans le vide.
L'énigme du mot sarinagara est l'objet du roman qui unit trois histoires : celles de Kobayashi Issa (1763-1827), le dernier des grands ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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MELANYA
  06 mai 2022
Ecrivain et essayiste français, Philippe Forest a écrit, entre autres « Sarinagara », un livre de voyage certes, mais aussi une autobiographie très émouvante.
« Sarinagara » signifie « cependant » en japonais. C'est le dernier mot d'un haïku de Kobayashi Issa. Un mot qui veut « tout » dire mais également « rien », qui sert de d'intrigue et de fil conducteur aux trois histoires bouleversantes de l'ouvrage de Philippe Forest.
Philippe et Alice Forest ont perdu leur petite fille Pauline, atteinte d'un cancer et âgée de quatre ans. Si la mort et le cancer sont des notions rimant la plupart du temps avec injustice, cette révolte est encore plus forte lorsqu'il s'agit d'un petit enfant, de sa fille, d'un être dont le départ ne semble pouvoir être surmonté (Alice et Philippe Forest ont envisagé, à un moment, le suicide pour mettre un terme à l'insupportable douleur).
« Sarinagara », c'est un hommage - un essai de délivrance - beaucoup d'humilité et d'impudeur mêlées pour raconter une vie qui se poursuit malgré et envers tout.
Après le décès de sa fille, Philippe Forest s'exile au Japon, le bout du monde pour lui, en espérant que cette coupure lui permettra non pas d'oublier mais au moins d'atténuer ce qui l'empêche de vivre.
A travers l'histoire de trois personnages (Natsume Sôseki, Kobayashi Issa et Yosuke Yamahata), Philippe Forest réalise que la souffrance est universelle et ne connaît aucune limite géographique ou temporelle.
En contemplant les clichés de Yamahata, qui entra dans Nagazaki juste après le bombardement, l'auteur livre une réflexion intéressante sur la démarche de ces personnes qui n'ont pas reculé devant l'horreur et ont affronté la mort et la douleur en face.
Pas vraiment comparable sur la forme avec la mort de son enfant, mais sur le fond, tout est là, la souffrance est identique - on se vide - l'âme doit accepter l'inacceptable - la vie va devoir continuer avec ces notions dans la tête. « les Japonais naissent - ils vivent - ils meurent, comme nous - ils passent d'un néant à l'autre, en essayant de sauver ce qui peut l'être du magnifique désastre d'exister».
En lisant cet ouvrage très chargé en émotions, on pense à la démarche de Sophie Calle dans "Douleur exquise", un exercice de deuil qui se déroule aussi au Japon, un affrontement indispensable de la douleur.
Philippe Forest se livre de manière intime et touchante - tous ses états d'âme y passent - on ressent ce qu'il a vécu - on soutient cet homme dans la détresse et on en arrive, guidé par la douceur de ses mots, à la conclusion qui s'impose : la vie est là.
Avec ou sans nous, elle continue d'être. « Vivre et souffrir »… C'est la vie, c'est la mort.
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Ichirin-No-Hana
  10 février 2017
Philippe Forest nous fait voyager à travers le temps avec son roman Sarinagara. A travers des interludes à Tokyo, Kyoto et Kobe, l'auteur nous partage dans ce roman très autobiographique le deuil de sa fille unique qu'il l'a conduit à rechercher un nouveau sens à sa vie au Japon. Ces trois différents voyages sont entrecoupés par trois parties distinctes qui correspondent à trois portraits d'hommes japonais qui ont su marquer l'histoire de leur pays. On y découvrira Kobayashi Issa, grand maître haïku de la fin de la grande période Edo (XIXe siècle), Natsume Sôseki, considéré comme le précurseur du roman contemporain japonais (fin XIXe siècle et début Xxe) et dont on retrouve le visage sur les billets japonais et Yamahata Yosuke, photographe connu pour ses photos de l'après-Nagasaki. Ces trois portraits nous amènent de nombreuses réflexions autour de la mort et du deuil. Ces trois hommes ont le point commun d'avoir vu leur vie ébranlée par la perte de proches ou par des visions de morts très difficiles.
En plus d'être très intéressant et enrichissant par les différents portraits qu'il présente, Philippe Forest nous propose, avec ce roman très personnel, une plume fabuleuse. Il utilise les mots de façon très belle et très poétique. Loin de vouloir nous en mettre plein la vue, Philippe Forest utilise les mots pour nous toucher directement au coeur. Même en n'ayant pas été touché par la même tragédie, on ne peut qu'être ému par ce texte. Ce roman ne cherche pas à nous faire couler les larmes, loin de là, c'est un roman plein de sérénité et d'apaisement.
Sarinagara est un roman pris complètement par hasard sur les étagères de la bibliothèque que je fréquente. N'ayant jamais entendu parler de ce roman, je suis heureuse d'être tombée dessus et je le recommande vivement.
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ivredelivres
  21 octobre 2012
Un livre superbe que Philippe Forest baptise roman mais qui apparaît comme un objet littéraire qui tient tout autant de l'essai, de la biographie ou du journal.
Dans un roman précédent L'enfant éternel l'auteur a raconté comment Pauline leur fut enlevée à l'âge de 4 ans après des mois de souffrance.
Après ce deuil « le Japon nous est apparu naturellement comme le lieu vers où aller au lendemain de la mort de notre fille ».
Ce voyage et ce séjour au Japon va servir de fil rouge à ce livre, fil rouge qui va réunir un poète, un romancier et un photographe japonais.

Trois hommes, trois vies qui sont elles aussi ébranlées par la perte de proches, d'enfant, ou par la position de témoin
Le premier le poète Kobayashi Issa le maître du haïku qui vit dans un Japon « qui a fermé ses frontières » dont la « vie est une longue errance, les voyages à travers le pays, la poésie, des poèmes par centaines et à côté d'eux, tout juste le labeur banal du malheur, de la misère. »
Philippe Forest nous présente le poète qui fait face au malheur, à l'écoulement du temps car « la poésie est le sentiment du temps » et qui cependant va être « le poète de la vie, des enchantements d'enfants et des éveils émerveillés dans la nature »
Nous sommes au monde
Et nous marchons sur l'enfer
Les fleurs le répètent

Toute sa vie de vagabond, de père attendri et meurtri, entre dans ses poèmes car dit Issa « si la poésie ne parle pas de ce monde alors elle n'est rien. »

Venons maintenant au romancier, Natsume Sôseki le père du roman japonais jamais remis de la mort de son premier enfant, évènement qui va inspirer son travail.
Cet écrivain, contemporain de Proust et de Kafka, écrit des livres étranges en particulier pour nous européens, romans qui témoignent d' « une sorte d'effarement devant le mouvement s'accélérant du temps » .
Sôseki qui connaît l'exil en Europe, se marie de retour au Japon et « comme le malheur est patient » il voit disparaitre la plus jeune de ses filles, mort qu'il raconte dans un roman dont le sens du titre est « à l'équinoxe et au-delà (…) car il n'y a pas de raison pour un romancier que tout s'achève avec la vie. »

Le troisième homme est photographe, Yamahata Yosuke fut envoyé à Nagasaki immédiatement après l'explosion atomique et il rapporta des photos des ruines et des victimes.
Le 6 août est son anniversaire, il a vingt huit ans, il est affecté à une base comme photographe, parviennent des rumeurs de choses terribles qui se seraient produites, il n'est qu'à 160 km de Nagasaki et ses supérieurs l'y expédient pour faire des photos qui témoignent de l'explosion.
Il atteint « l'extrême limite au delà de laquelle plus rien n'existe »
Yamata « dut éprouver à quel point paraissent irréelles les choses les plus vraies »
Il fait des clichés des vivants et des morts, il dit n'avoir éprouvé aucune émotion, aucune pitié « c'est seulement plus tard que sont venus la souffrance et la honte ».
Ces photos furent longtemps tenues cachées, mais Yamata décida de les conserver, de les sauver.
A travers ses trois vies bouleversées par la perte, l'écriture ou les photos servirent de planche de salut comme l'écriture servit de tuteur à Philippe Forest.

Le titre de ce livre grave sarinagara signifie : pourtant, cependant, chute d'un des haïkus les plus célèbres d'Issa Kobayashi.
Ce livre exigera de vous un effort de lecture, il délivre un message non d'oubli mais d'apaisement. Une écriture portée à la fois par une douleur indicible et par la volonté de choisir le chemin de la sérénité.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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fklevesque
  16 juin 2017
Un ouvrage de qualité exceptionnelle. à travers trois destinées réelles d'artistes (un poète, un romancier et un photographe), Philippe FOREST nous présente une réflexion très profonde et pleine de sensibilité sur les concepts de temps et de réalité éphémère de la Vie matérielle. Sur la précarité de l'instant et la douleur que génère la conscience de cet état de fait.
Son propos est particulièrement bien mis à en valeur de par le choix des mots, toujours justes qu'il assemble avec une délicatesse infinie tels les idéogrammes d'un merveilleux haïku. Description d'un instant fixé dans sa réalité éphémère, hélas toujours trop bref. Instant riche d'émotions que l'on voudrait voir durer toujours mais que la cruauté de la vie fait aussitôt disparaître. Beauté et Amour fugaces que l'homme conscient se doit de figer pour s'en nourrir intérieurement même si c'est au prix de la Douleur.
L'auteur clôt son ouvrage sur l'évocation du drame qu'il a vécu à travers la perte d'un enfant dont l'existence fut trop brève mais dont le souvenir et la souffrance intérieure sont encore en lui. Un Amour paternel et maternel qu'il s'est attaché à figer avec des mots tel un haïku en ne se contentant pas de décrire les choses mais en s'en détachant pour mieux décrire son ressenti en incitant le lecteur à la réflexion afin de lui permettre de mieux appréhender la réalité du monde et de la Vie.
Poésie et sobriété sont au coeur de cet ouvrage qui m'a enthousiasmé de par la richesse des impression et réflexions qu'il fait naître. Un moment de pur bonheur !
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Taneda
  26 février 2013
Récit poétique, dramatique, troublant, des états d'âmes d'un voyageur au Japon : A Tôkyô, Kyôto et Kôbe, l'auteur fait état des ses impressions et sentiments intimes, particuliers dans le contexte qui l'a conduit dans l'archipel, sans tomber dans une banale description. Récit entrecoupé et articulé de 3 volets consacrés à trois "artistes" nippons, témoins et narrateurs de 3 époques et 3 styles : Kobayashi Issa le poète, Natsume Sôseki le romancier et Yamahata Yosuke le photographe. Reste au lecteur à analyser, comprendre le sens de ce texte ou bien à se laisser simplement porter par la beauté des mots et Philippe Forest...
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
mariedupuismariedupuis   07 août 2022
Et puis vient la mémoire qui bâtit ses monuments sur les fosses, fait grandir ses arcs de triomphe un peu partout où gémissaient des ruines. La ville d'Hiroshima a édifié un grand musée en souvenir du bombardement nucléaire.
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LutvicLutvic   02 novembre 2020
Le sentiment du "déjà-vu" ne se comprend pas autrement : toute son existence à venir, chacun l'a rêvée enfant et c'est pourquoi, devant tout événement vécu, quelque chose nous avertit obscurément que cela, nous l'avons déjà connu. Chaque expérience nouvelle vient vérifier l'un ou l'autre des vieux récits que le cerveau s'est, il y a bien longtemps, raconté à lui-même dans la nuit. Il faut bien qu'il en soit ainsi. Si secrètement il n'en savait déjà tout, comment l'esprit pourrait-il, le jour venu, soutenir le spectacle de l'affolante réalité sans s'anéantir tout à fait ? La longue répétition nocturne des rêves d'enfance était nécessaire à la survie : comme une éducation lente au néant qui, inévitablement, viendrait. Ou plutôt : tout a déjà eu lieu. Et la vie adulte, elle-même, n'est que l'étirement d'un songe d'enfant depuis longtemps révolu, son lent affadissement inquiet dans le matin indifférent du temps (pp. 22-23).
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PiatkaPiatka   31 mai 2017
On sait bien que rencontrer un écrivain n'est rien, que sa présence, sa conversation ne révéleront aucune vérité - même minuscule, anecdotique - en rapport avec son œuvre. [..]
Ce qui vous conduit chez l'un ou chez l'autre de ceux que vous avez lus est d'une autre nature. On désire simplement retourner à quelqu'un le signe que ses livres vous ont adressé, comme un salut amical en passant, une main agitée pour rien comme le font de derrière la fenêtre d'une voiture ou d'un train des enfants, à l'adresse d'un inconnu qu'ils ne reverront pas, qui hésite puis lève à son tour la main, sourit, bouge un peu les doigts et dont au loin la silhouette s'évanouit déjà. Et si puéril que cela puisse paraître, on peut s'émouvoir de la gratuité splendide, de la beauté désintéressée d'un tel geste, de la vitesse vaine et bouleversante de ce signe tracé dans le vent et le vide.
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PiatkaPiatka   29 mai 2017
C'est comme ça toujours que tout commence : lorsque vient la certitude d'avoir touché le fond, d'en avoir fini pour de bon avec le fatigant commerce des pensées, des émotions, des sentiments et qu'il n'est plus possible de se vouer à rien sinon au vide en soi. J’en étais parvenu à ce point très précis de ma vie. (..)
Écrire avait été ma façon de partir, de disparaître en plein jour. Et j'avais réussi. J’avais réussi au-delà de toutes mes espérances. Nulle part n’existait plus où me figurer que ma vie m’attendait.
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Ichirin-No-HanaIchirin-No-Hana   03 février 2017
Je voulais changer d'espace, pas pour me délivrer de ma peine mais pour en éprouver ailleurs et autrement l'inépuisable et pathétique profondeur. J'ai donc écrit ce roman. Je l'ai fait au hasard : comme on s'enfonce dans un rêve. Je voulais m'en aller, tout laisser derrière moi, tourner le dos au monde où j'avais vécu. Je pensais que n'importe quel récit me délivrerait, me conduisant loin de moi.
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Videos de Philippe Forest (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Forest
Dans son ouvrage, "Beaucoup de jours. D'après Ulysse de James Joyce", réédité à l'occasion du centenaire de la parution d'Ulysse de James Joyce à Paris, Philippe Forest nous emmène sur les traces du roman-monde.
Lecteur passionné de Joyce, Philippe Forest nous guide dans la lecture de ce monument de la littérature moderne longtemps considéré comme "illisible", "compliqué", qualifié de "faux chef-d'oeuvre par excellence".
"Cette difficulté à laquelle le lecteur est confrontée, c'est ce changement permanent de styles, de points de vue, de genres. C'est lié à l'ambition de Joyce, de créer un roman total, qui couvrirait toutes les ambitions artistiques", nous explique Philippe Forest. Censuré dans le monde anglophone pour obscénité, ce livre, dès sa parution à Paris, "a choqué davantage qu'il n'a apporté d'adhésion" dit Philippe Forest. Face à ses détracteurs, "Beaucoup de jours" se construit comme une aide pour la lecture d'"Ulysse", auquel Philippe Forest, en tant que lecteur, ajoute ses réflexions et méditations personnelles.
#jamesjoyce #philippeforest #franceculture _____________
Prenez place à La Grande Table pour rencontrer d'autres personnalités qui font l'actualité des idées https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrpsBVAaqJ_sANguhpPukaiT ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie
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