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EAN : 9782070321087
352 pages
Gallimard (06/04/2006)
3.93/5   94 notes
Résumé :
Sarinagara signifie cependant. Ce mot est le dernier d'un des plus célèbres poèmes de la littérature japonaise. Lorsqu'il l'écrit, Kobayashi Issa vient de perdre son unique enfant : oui, tout est néant, dit-il. Mais mystérieusement, Issa ajoute à son poème ce dernier mot dont il laisse la signification suspendue dans le vide.
L'énigme du mot sarinagara est l'objet du roman qui unit trois histoires : celles de Kobayashi Issa (1763-1827), le dernier des grands ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Philippe Forest nous fait voyager à travers le temps avec son roman Sarinagara. A travers des interludes à Tokyo, Kyoto et Kobe, l'auteur nous partage dans ce roman très autobiographique le deuil de sa fille unique qu'il l'a conduit à rechercher un nouveau sens à sa vie au Japon. Ces trois différents voyages sont entrecoupés par trois parties distinctes qui correspondent à trois portraits d'hommes japonais qui ont su marquer l'histoire de leur pays. On y découvrira Kobayashi Issa, grand maître haïku de la fin de la grande période Edo (XIXe siècle), Natsume Sôseki, considéré comme le précurseur du roman contemporain japonais (fin XIXe siècle et début Xxe) et dont on retrouve le visage sur les billets japonais et Yamahata Yosuke, photographe connu pour ses photos de l'après-Nagasaki. Ces trois portraits nous amènent de nombreuses réflexions autour de la mort et du deuil. Ces trois hommes ont le point commun d'avoir vu leur vie ébranlée par la perte de proches ou par des visions de morts très difficiles.

En plus d'être très intéressant et enrichissant par les différents portraits qu'il présente, Philippe Forest nous propose, avec ce roman très personnel, une plume fabuleuse. Il utilise les mots de façon très belle et très poétique. Loin de vouloir nous en mettre plein la vue, Philippe Forest utilise les mots pour nous toucher directement au coeur. Même en n'ayant pas été touché par la même tragédie, on ne peut qu'être ému par ce texte. Ce roman ne cherche pas à nous faire couler les larmes, loin de là, c'est un roman plein de sérénité et d'apaisement.

Sarinagara est un roman pris complètement par hasard sur les étagères de la bibliothèque que je fréquente. N'ayant jamais entendu parler de ce roman, je suis heureuse d'être tombée dessus et je le recommande vivement.
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Un livre superbe que Philippe Forest baptise roman mais qui apparaît comme un objet littéraire qui tient tout autant de l'essai, de la biographie ou du journal.
Dans un roman précédent L'enfant éternel l'auteur a raconté comment Pauline leur fut enlevée à l'âge de 4 ans après des mois de souffrance.
Après ce deuil « le Japon nous est apparu naturellement comme le lieu vers où aller au lendemain de la mort de notre fille ».
Ce voyage et ce séjour au Japon va servir de fil rouge à ce livre, fil rouge qui va réunir un poète, un romancier et un photographe japonais.

Trois hommes, trois vies qui sont elles aussi ébranlées par la perte de proches, d'enfant, ou par la position de témoin
Le premier le poète Kobayashi Issa le maître du haïku qui vit dans un Japon « qui a fermé ses frontières » dont la « vie est une longue errance, les voyages à travers le pays, la poésie, des poèmes par centaines et à côté d'eux, tout juste le labeur banal du malheur, de la misère. »
Philippe Forest nous présente le poète qui fait face au malheur, à l'écoulement du temps car « la poésie est le sentiment du temps » et qui cependant va être « le poète de la vie, des enchantements d'enfants et des éveils émerveillés dans la nature »

Nous sommes au monde
Et nous marchons sur l'enfer
Les fleurs le répètent

Toute sa vie de vagabond, de père attendri et meurtri, entre dans ses poèmes car dit Issa « si la poésie ne parle pas de ce monde alors elle n'est rien. »

Venons maintenant au romancier, Natsume Sôseki le père du roman japonais jamais remis de la mort de son premier enfant, évènement qui va inspirer son travail.
Cet écrivain, contemporain de Proust et de Kafka, écrit des livres étranges en particulier pour nous européens, romans qui témoignent d' « une sorte d'effarement devant le mouvement s'accélérant du temps » .
Sôseki qui connaît l'exil en Europe, se marie de retour au Japon et « comme le malheur est patient » il voit disparaitre la plus jeune de ses filles, mort qu'il raconte dans un roman dont le sens du titre est « à l'équinoxe et au-delà (…) car il n'y a pas de raison pour un romancier que tout s'achève avec la vie. »

Le troisième homme est photographe, Yamahata Yosuke fut envoyé à Nagasaki immédiatement après l'explosion atomique et il rapporta des photos des ruines et des victimes.
Le 6 août est son anniversaire, il a vingt huit ans, il est affecté à une base comme photographe, parviennent des rumeurs de choses terribles qui se seraient produites, il n'est qu'à 160 km de Nagasaki et ses supérieurs l'y expédient pour faire des photos qui témoignent de l'explosion.
Il atteint « l'extrême limite au delà de laquelle plus rien n'existe »
Yamata « dut éprouver à quel point paraissent irréelles les choses les plus vraies »
Il fait des clichés des vivants et des morts, il dit n'avoir éprouvé aucune émotion, aucune pitié « c'est seulement plus tard que sont venus la souffrance et la honte ».
Ces photos furent longtemps tenues cachées, mais Yamata décida de les conserver, de les sauver.
A travers ses trois vies bouleversées par la perte, l'écriture ou les photos servirent de planche de salut comme l'écriture servit de tuteur à Philippe Forest.

Le titre de ce livre grave sarinagara signifie : pourtant, cependant, chute d'un des haïkus les plus célèbres d'Issa Kobayashi.
Ce livre exigera de vous un effort de lecture, il délivre un message non d'oubli mais d'apaisement. Une écriture portée à la fois par une douleur indicible et par la volonté de choisir le chemin de la sérénité.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Un ouvrage de qualité exceptionnelle. à travers trois destinées réelles d'artistes (un poète, un romancier et un photographe), Philippe FOREST nous présente une réflexion très profonde et pleine de sensibilité sur les concepts de temps et de réalité éphémère de la Vie matérielle. Sur la précarité de l'instant et la douleur que génère la conscience de cet état de fait.
Son propos est particulièrement bien mis à en valeur de par le choix des mots, toujours justes qu'il assemble avec une délicatesse infinie tels les idéogrammes d'un merveilleux haïku. Description d'un instant fixé dans sa réalité éphémère, hélas toujours trop bref. Instant riche d'émotions que l'on voudrait voir durer toujours mais que la cruauté de la vie fait aussitôt disparaître. Beauté et Amour fugaces que l'homme conscient se doit de figer pour s'en nourrir intérieurement même si c'est au prix de la Douleur.
L'auteur clôt son ouvrage sur l'évocation du drame qu'il a vécu à travers la perte d'un enfant dont l'existence fut trop brève mais dont le souvenir et la souffrance intérieure sont encore en lui. Un Amour paternel et maternel qu'il s'est attaché à figer avec des mots tel un haïku en ne se contentant pas de décrire les choses mais en s'en détachant pour mieux décrire son ressenti en incitant le lecteur à la réflexion afin de lui permettre de mieux appréhender la réalité du monde et de la Vie.
Poésie et sobriété sont au coeur de cet ouvrage qui m'a enthousiasmé de par la richesse des impression et réflexions qu'il fait naître. Un moment de pur bonheur !
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JCe livre a engendré chez moi une véritable émotion.
Pourtant, rien de palpitant dans la narration.
Philippe Forest, à travers l'étude de 3 artistes japonais dont je n'avais jamais entendu parler, raconte son rapport à l'existence, que ce soit la vie mais également la mort.
On découvre en filigrane que son épouse et lui ont perdu un jeune enfant et que le Japon s'est révélé un échappatoire possible.
Cela s'approche d'une confession romancée sur la résistance et la résilience mais quel style, quelle densité, quelle poésie !!!
L'Art japonais y est, de plus, pleinement magnifié.
Pour tout lecteur qui s'attache au style, c'est poignant et tout simplement magnifique.
Un choc auquel je ne m'attendais nullement qui rend cette lecture encore plus inoubliable
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Récit poétique, dramatique, troublant, des états d'âmes d'un voyageur au Japon : A Tôkyô, Kyôto et Kôbe, l'auteur fait état des ses impressions et sentiments intimes, particuliers dans le contexte qui l'a conduit dans l'archipel, sans tomber dans une banale description. Récit entrecoupé et articulé de 3 volets consacrés à trois "artistes" nippons, témoins et narrateurs de 3 époques et 3 styles : Kobayashi Issa le poète, Natsume Sôseki le romancier et Yamahata Yosuke le photographe. Reste au lecteur à analyser, comprendre le sens de ce texte ou bien à se laisser simplement porter par la beauté des mots et Philippe Forest...
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Le sentiment du "déjà-vu" ne se comprend pas autrement : toute son existence à venir, chacun l'a rêvée enfant et c'est pourquoi, devant tout événement vécu, quelque chose nous avertit obscurément que cela, nous l'avons déjà connu. Chaque expérience nouvelle vient vérifier l'un ou l'autre des vieux récits que le cerveau s'est, il y a bien longtemps, raconté à lui-même dans la nuit. Il faut bien qu'il en soit ainsi. Si secrètement il n'en savait déjà tout, comment l'esprit pourrait-il, le jour venu, soutenir le spectacle de l'affolante réalité sans s'anéantir tout à fait ? La longue répétition nocturne des rêves d'enfance était nécessaire à la survie : comme une éducation lente au néant qui, inévitablement, viendrait. Ou plutôt : tout a déjà eu lieu. Et la vie adulte, elle-même, n'est que l'étirement d'un songe d'enfant depuis longtemps révolu, son lent affadissement inquiet dans le matin indifférent du temps (pp. 22-23).
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On sait bien que rencontrer un écrivain n'est rien, que sa présence, sa conversation ne révéleront aucune vérité - même minuscule, anecdotique - en rapport avec son œuvre. [..]
Ce qui vous conduit chez l'un ou chez l'autre de ceux que vous avez lus est d'une autre nature. On désire simplement retourner à quelqu'un le signe que ses livres vous ont adressé, comme un salut amical en passant, une main agitée pour rien comme le font de derrière la fenêtre d'une voiture ou d'un train des enfants, à l'adresse d'un inconnu qu'ils ne reverront pas, qui hésite puis lève à son tour la main, sourit, bouge un peu les doigts et dont au loin la silhouette s'évanouit déjà. Et si puéril que cela puisse paraître, on peut s'émouvoir de la gratuité splendide, de la beauté désintéressée d'un tel geste, de la vitesse vaine et bouleversante de ce signe tracé dans le vent et le vide.
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C'est comme ça toujours que tout commence : lorsque vient la certitude d'avoir touché le fond, d'en avoir fini pour de bon avec le fatigant commerce des pensées, des émotions, des sentiments et qu'il n'est plus possible de se vouer à rien sinon au vide en soi. J’en étais parvenu à ce point très précis de ma vie. (..)
Écrire avait été ma façon de partir, de disparaître en plein jour. Et j'avais réussi. J’avais réussi au-delà de toutes mes espérances. Nulle part n’existait plus où me figurer que ma vie m’attendait.
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Je voulais changer d'espace, pas pour me délivrer de ma peine mais pour en éprouver ailleurs et autrement l'inépuisable et pathétique profondeur. J'ai donc écrit ce roman. Je l'ai fait au hasard : comme on s'enfonce dans un rêve. Je voulais m'en aller, tout laisser derrière moi, tourner le dos au monde où j'avais vécu. Je pensais que n'importe quel récit me délivrerait, me conduisant loin de moi.
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Oui, il y a la longue et interminable douleur de vivre, la fatigante routine du corps laissant passer sur lui les jours, la torture du temps et son lent travail d'effroi, toutes les affections les plus vraies une à une défaites, l'affolante solitude sur le versant le plus noir de la nuit ouverte et puis, dans la lumière verticale d'un matin indifférent, le corps aimé allongé et sans vie d'une enfant. Nul n'est censé ignorer tout cela. Pourtant, le dernier mot n'est pas tout à fait dit. Malgré la vérité, dans l'infini du désir, quelque chose insiste encore quand tout est terminé.
Tout est néant, bien sûr. Mais Issa ajoute : cependant
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Videos de Philippe Forest (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Forest
Tout a-t-il déjà été dit en littérature ? L'écrivain est-il condamné à se répéter ? Et comment réinventer la littérature après Balzac, Baudelaire ou encore Proust ? Pour répondre à ces questions, Guillaume Erner reçoit l'essayiste et romancier Philippe Forest.
#litterature #culture #livres ___________ Découvrez tous les invités des Matins de Guillaume Erner ici https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDroMCMte_GTmH-UaRvUg6aXj ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins
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