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EAN : 9782072760891
240 pages
Éditeur : Gallimard (04/01/2018)

Note moyenne : 3.19/5 (sur 18 notes)
Résumé :
"Un matin, un mot m'a manqué. C'est ainsi que tout a commencé. Un mot. Mais lequel, je ne sais pas". Un homme se réveille, convaincu d'avoir égaré un mot dans son sommeil, incapable de se le rappeler. Une idée s'insinue dans son esprit et prend bientôt l'allure d'une obsession : son langage se défait, sa vie se vide à mesure que les souvenirs se détachent de lui. Un homme - peut-être le même, peut-être un autre - observe l'océan depuis sa fenêtre. Une brume perpétue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  03 août 2019
Le moins que l'on puisse dire est que l'on a affaire à un auteur sacrément rusé. Et culotté. Voire les deux.
Je m'explique. Philippe Forest réussit l'exploit de faire publier un écrit vide. La couleur est annoncée : le noeud de l'histoire est un oubli. L'oubli d'un mot. Lequel? Bien évidemment, on n'en sait rien et l'auteur non plus puisqu'il l'a oublié (l'histoire est connue : j'ai perdu mes clefs. Où? Je ne sais pas, sinon elles ne seraient pas perdues). Et autour de ce drame, quelques réflexions pseudo-psychanalytiques qui relèvent souvent de la brève de comptoir. Comme par exemple, cette phrase, en exergue entre deux paragraphes :
« La mer c'est bien ».
Voilà, voilà. Tout est dit. Autrement dit : on s'ennuie ferme.
Mais pire que ça, alors que pour m'occuper en tournant les pages, j'imaginais déjà ce que j' pourrais écrire dans cette chronique, je tombe sur un paragraphe qui correspond exactement à l'argumentaire que je prévoyais, dans une sorte de mise en abyme qui tient plutôt du chien qui poursuit sa queue :
« Sans aucun doute, c'était le cas de celui-là. le roman ne comptait pas d'autre personnage que l'homme qui y racontait son histoire et dont la parole remplissait toutes les pages. L'intrigue était inexistante, dotée de plus d'une vraisemblance fort douteuse. Passé le milieu du livre, elle se délitait complètement et tournait à une sorte de méditation passablement abstraite à laquelle l'auteur lui-même ne paraissait pas croire et dont il n'avait pas l'air de savoir où elle le mènerait. Surtout, le lecteur éprouvait la désagréable et exaspérante impression que l'écrivain ne lui disait jamais les choses qu'à demi, entretenant une sorte de suspense artificiel, se refusant à lui livrer le secret qui, seul, aurait peut-être donné un peu de prix à son récit. Il en manquait la moitié. 
Le héros du roman – mais nul ne l'aurait pris pour un héros et le livre ne se présentait pas comme un roman – racontait l'expérience singulière qui avait été la sienne. Un matin, il s'était réveillé, persuadé d'avoir égaré un mot dans son sommeil. Une idée délirante s'était emparée de lui. Il avait acquis la conviction que le langage, sous ses yeux, était en train de disparaître et qu'il ne pourrait arrêter l'hémorragie verbale dont l'univers était victime qu'à la condition de retrouver dans sa mémoire le mot qui d'abord lui avait fait défaut. Il se lançait alors dans une longue enquête incohérente parmi ses souvenirs afin de reprendre possession de celui qu'il avait égaré. Et lorsqu'il mettait enfin la main sur lui, au lieu de révéler au lecteur le mot de l'énigme, il annonçait sa décision de renoncer à lui, de l'abandonner à l'oubli qui seul, disait-il, saurait le conserver en vie.»

Voilà, je ne l'aurais pas mieux dit.
Ce qui me conforte aussi dans mon hypothèse que tout cela est volontaire et un peu pervers. Contre la page blanche, écrivons n'importe quoi, et avouons le à la fin.
Il me reste une chose à faire : oublier cette lecture. Ce ne sera pas le plus difficile.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Tricape
  10 septembre 2020
Une nouvelle fois, dans un roman, Philippe Forest change d'approche (d'aucuns utilisent à peu près toujours les mêmes ficelles ou racontent finalement toujours la même histoire ; lui, non). Il y a eu les romans directement liés à la mort de sa fille, le roman sur la vie de son père, son nouvel amour, le Chat de Shrödinger, sa fiction Crue et voici "L'Oubli"... A chaque fois, une nouvelle façon de dire les choses, même si la plume devient assez vite identifiable et si la présence de l'enfant disparue reste toujours aussi prégnante, quoique de plus en plus subtile.
Ici, il ne se passe pas grand chose, et encore moins que dans "Crue" : un homme passe plusieurs semaines sur une île de l'Atlantique dans une chambre louée. Au mur un tableau à dominante de blanc. Par la fenêtre, l'océan et le ciel. Deux cadres. L'un reflétant l'autre...
Une vie vécue, une vie imaginée et toujours, chez Forest, ces mots qui reviennent sans cesse : le vide, le rien, le néant. Souvent aussi, après une affirmation, l'expression d'un doute ou après la formulation d'une proposition, celle de son contraire... D'un tableau qui ne dit a priori précisément "rien", on peut partir et imaginer. D'un mot oublié, on peut se lancer dans une quête quasi obsessionnelle. de ses rêves (et de l'oubli ?) peut naître le bonheur. Quoique...
Si vous n'avez pas le temps de lire le début du roman, lisez au moins ceci : « quelqu'un que j'avais aimé puis perdu. Un de ces fantômes que le temps efface forcément, différent pour chacun, mais qui semblablement creuse pour tous dans le tissu des apparences l'un de ces trous donnant sur le vide qui avale tout. » N'est-ce pas là, sans la nommer, la délicate évocation de son enfant "à jamais" ?
La trouvaille du mot oublié est exploitée tout au long de ce roman philosophique ; beaucoup d'entre nous se retrouveront dans la recherche de ce mot, dans les commentaires sur les mots et les dictionnaires. Tous, je l'espère, apprécieront les allusions métaphoriques (que l'on pourrait aussi considérer comme des élucubrations nées du seul plaisir d'écrire) et passeront un bon moment à suivre la quête de ce grand chercheur es lettres.
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Viictoriia
  25 février 2018
Comment le décès d'un être cher peut vous transformer, vous amener dans une autre dimension qui n est autre que la votre? Dans ce conte métaphorique sur le deuil, le personnage mène sa quête du mot perdu. Mais quel est le mot pour désigner un parent qui a perdu un enfant ? Troublant et émouvant, ce texte laisse libre cours à l imagination pour exprimer les sentiments et les pensées les plus profonds, avec leurs paradoxes. Dans un paysage marin, des rêves délirants ou plutôt des contes enfantins mêlant le fantastique, la mythologie et la nature, ce texte poétique à la prose remarquable vous transportera dans les profondeurs d'un univers où les spectres sont libres et doux, et où la conscience cohabite avec le rêve.
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8deCarreau
  19 février 2018
Un histoire qui se veut poétique, celle d'un mot perdu qui doit être retrouvé.
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Ruah
  21 mars 2018
Avoir aimé n'a jamais de fin. Il y a toujours une suite.
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critiques presse (2)
LeFigaro   19 mars 2018
Réfugié sur une île, le narrateur observe l'océan depuis sa fenêtre et recherche le mot qui lui échappe.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   05 janvier 2018
En fin de saison face à l’océan, un homme recherche le mot qui lui échappe. Avec « L’Oubli », le romancier signe un très beau piège à spectres.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   22 janvier 2018
J’en arrivais à penser de l’oubli qu’il n’est pas le contraire du souvenir mais qu’il en constitue peut-être la condition. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Seul l’oubli conservait sauf le souvenir, le mettait à l’abri des mensonges dont la mémoire le menace lorsqu’elle métamorphose le passé en toutes petites histoires. Il en allait du souvenir comme il en va du rêve. C’est pourquoi l’on ne peut jamais se saisir de l’un que sous la forme que l’autre lui donne. Ce que l’on se rappelle prend l’apparence d’un songe que l’on a fait dans son sommeil. Ce dont on rêve paraît semblable au souvenir que l’on croit conserver d’un événement que l’on a authentiquement vécu.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   04 janvier 2018
Cela recommence. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse. Cela recommence.
Je suis comme tout le monde. J’aurais voulu d’une vie ordinaire. Sans trop en demander. Le genre de vie dont personne n’avouera jamais l’avoir souhaité mais que chacun s’estimera quand même soulagé d’avoir vécu. Au bout du compte. Quand on se dit, au moins, avec la fin qui vient, que l’on a évité à peu près le pire et que, malgré tout, on ne s’en est pas si mal tiré.
J’aurais préféré qu’il en fût ainsi et n’avoir rien à raconter.
J’aurais mieux aimé le silence à l’histoire qui commence ici.
Plutôt : rien.
Mais qu’y puis-je, moi, si un mot manquait ce matin-là ?
Je m’en suis aperçu à mon réveil. Au moment où, d’un seul coup, tout vous revient en tête. Il faut préciser qu’il s’agissait d’un matin comme tous les autres. Banal. J’insiste. Au risque de me répéter : sans rien d’exceptionnel. Comme on le dit lorsque l’on veut à tout prix qu’il y ait eu un signe ou même une absence de signe pour annoncer la suite, faisant miroiter pour personne la perspective d’une révélation d’autant plus formidable que rien ne la préparait
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PiatkaPiatka   24 janvier 2018
On dit du temps qu’il est un fleuve et que l’on ne s’y baigne jamais deux fois dans le même lit. Mais la vérité est plus vertigineuse. Car ce fleuve est depuis toujours sorti du cours où il coule. Se répandant dans toutes les directions à la fois et entraînant avec lui quiconque s’abandonne à son mouvement. La ligne qu’il est censé suivre, d’hier vers demain, ne constitue qu’une simplification à laquelle s’en remet l’esprit de chacun : la réduction à une seule de ses dimensions d’un espace qui en possède plusieurs sans que quiconque, d’ailleurs, puisse dire exactement combien.
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FioHFioH   17 mars 2018
On dit du temps qu'il est un fleuve et que l'on ne s'y baigne jamais deux fois dans le même lit. Mais la vérité est plus vertigineuse. Car ce fleuve est depuis toujours sorti du cours où il coule. Se répandant dans toutes les directions à la fois et entraînant avec lui quiconque s'abandonne à son mouvement.
La ligne qu'il est censé suivre, d'hier vers demain, ne constitue qu'une simplification à laquelle s'en remet l'esprit de chacun : la réduction à une seule de ses dimensions d'un espace qui en possède plusieurs sans que quiconque, d'ailleurs, puisse exactement dire combien. Tout à fait comme le tracé qu'un géomètre se résout à dessiner sur une carte d'un fleuve dont les méandres mènent bien vers la mer mais dont il n'ignore pas à quel immense et insituable réseau souterrain il se relie, duquel le plus scrupuleux des savants ne peut proposer visuellement qu'une représentation approximative et finalement mensongère.
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FioHFioH   17 mars 2018
Le langage des hommes dépérissait. A vue d'œil. Tout le monde en convenait. Munis d'une poignée de petits mots, ils vivaient. Deux cent, disait-on, suffisaient. La plupart des individus, quotidiennement, n'en utilisaient pas davantage. Le reste était du superflus. De quoi nommer les objets de la vie courante, obtenir la satisfaction de ses besoins les plus élémentaires, exprimer sommairement son contentement ou son mécontentement, son approbation et sa désapprobation.
Dire "J'aime" ou "Je n'aime pas". Des onomatopées, des interjections remplaçaient progressivement des mots qui, eux-mêmes, se réduisaient de plus en plus à des abréviations sibyllines, à des sortes de borborygme éructés à la chaîne et impropres à l'expression d'aucune véritable idée.
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Videos de Philippe Forest (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Forest
POÉSIE 20e – La revue TEL QUEL : entretien avec Philippe Forest (France Culture, 1995) Une compilation de deux émissions intitulées « Du jour au lendemain », par Alain Veinstein, diffusée les 14 et 15 septembre 1995. Présence : Philippe Forest.
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