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EAN : 9782070368877
384 pages
Gallimard (04/10/1977)
3.97/5   74 notes
Résumé :
En quittant la Santé pour Fontevrault, je savais déjà qu'Harcamone y attendait son exécution. A mon arrivée, je fus donc saisi par le mystère d'un de mes anciens camarades de Mettray, qui avait su, notre aventure à nous la pousser jusqu'à sa pointe la plus ténue: la mort sur l'échafaud qui est notre gloire.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
JLBlecteur
  12 août 2022
Un pavé littéraire organique, fait pourtant des pierres dont on construit les prisons, un granit lourd, gris et massif, mais un poème aussi, une ode langoureuse à ces amours emmurées exprimée par un lyrisme parfois cru, planqué derrière une écriture extrêmement dense, touffue voire humide comme une forêt tropicale qui vous enserre, ligneuse et fleurie des fleurs du mal, le texte éjaculé d'un trait n'étant rythmé par aucun chapitre ni même aucun paragraphe. Un jet dis-je!
Une lecture qui se mérite, qui suppose un effort permanent, une concentration accrue de tous les instants.
Comme une condamnation, une souffrance mais consentie, une forme de masochisme cérébral.
Pas aisé de suivre ces pérégrinations intellectuelles qui sanctifie l'acte criminel comme celui qui le commet, qui sublime les relations entre ces hommes relégués au rang de renégats, relations qui vont jusqu'au plus profond de l'intimité d'une homosexualité assumée voire revendiquée.
La violence côtoie la crasse ou le sordide. La mort, omniprésente, rôde dans les couloirs louches, marche dans les sombres escaliers, serpente sur les hautes coursives glacées, surveillées puis louvoie sous les lourdes des geôles ou gisent ou se lovent les gironds gibiers de potence promis à l'échafaud ou les jeunes et jolis gitons soumis jouissant de viriles protections sodomites.
On y aime ou s'y persuade d'aimer pour ne pas crever.
Une hiérarchie tacite s'instaure qui soumet corps et âmes, une turpide raison d'exister dans un univers parallèle ou les mécanismes ordinaires n'ont pas droit de cité, la virilité exacerbée y étant élevée au rang de religion, de culte, de mythe, le condamné à mort de totem suprême.  
Les prisonniers n'ont d'histoire que derrière les barreaux de la maison de redressement ou de la prison, le passage de l'une à l'autre étant une évidence, une logique quasi mathématique. La vie antérieure à l'enfermement est effacée par une discipline souvent absurde qui alimente des envies d'évasion toujours vouées à l'échec.
On y apprend le sournois système de surveillance qui subordonne matons ou matés, les matins qui déchantent, l'aube pisseuse, les compromissions et les petits arrangements avec toutes les strates de l'autorité carcérale, faits plutôt des gros durs qui ne risquent aucune vengeance de la part de leurs vaincus vassaux résignés.
Ça grouille, ça sue, ça suinte, ça pue mais ça idéalise, ça idolâtre…et ça rêve !
Un rêve tragique !
Et ce rêve tragique est sublimé par une écriture flamboyante, exaltée, tantôt lourde et collante, faite de la poussière poisseuse des galetas des cellules, tantôt onirique et fantasque quand le propos amoureux libère des chaînes scellées à la muraille mortifère.
On y croise des silhouettes aux noms improbables, qui tel des ombres chinoises, s'entremêlent ou se cherchent des noises dans une redondance langoureuse ou douloureuse, un tango haletant ou les participants bandent aux néons blafards des taules ondulées.
Genet besoin de personne pour envoûter ou rebuter un lectorat averti que l'ouvrage entre ses mains ne peut être cédé à tout le monde.
 
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Diabolau
  06 février 2019
En version poche, ce livre de 370 pages ne paye pas de mine comme ça, mais il est parfois assez indigeste, sur la forme comme sur le fond, ce qui ne l'empêche pas d'être édifiant.
Pas de chapitres, peu de paragraphes, peu d'ordonnancement des idées, peu de plan semble-t-il, on a constamment la sensation que l'auteur a déroulé le fil de sa pensée, multipliant les changements de lieux et d'époque... et les digressions. Ce qui n'est pas étonnant en soi, puisqu'il semble en avoir écrit une grande partie... au cachot.
Genet est un grand littérateur, c'est indéniable. Son style force d'autant plus le respect quand on connaît sa biographie d'orphelin déscolarisé très tôt et ayant traîné ses savates de pénitencier pour enfants en prison centrale. Un brillant autodidacte, c'est le moins que l'on puisse dire... mais obsédé (à tous les sens du terme), tourmenté, torturé, écorché vif... et même halluciné, parfois.
Si ses élans métaphysiques sur "l'amour" m'ont souvent laissé de glace, malgré la flamboyance du style, c'est surtout par sa valeur documentaire que son ouvrage m'a frappé.
J'avais lu, il y a un bon moment de cela, "la chasse aux enfants" de Jean-Hugues Lime, histoire romancée de l'évasion du bagne pour enfants de Belle-Ile, en 1934, immortalisée par le poème éponyme de Jacques Prévert qui fut le témoin écoeuré de cette chasse alors qu'il passait ses vacances sur l'île morbihanaise.
Je me souviens m'être dit à l'époque que Lime en faisait peut-être un peu trop sur le côté sexuel (forcément homosexuel, donc, puisqu'il s'agissait d'un établissement pour garçons) de la vie dans ce pénitencier.
À la lecture du Miracle de la Rose, dont l'auteur a passé trois ans au pénitencier pour enfants de Mettray, je me dois de présenter mes plus plates excuses à Lime et de reconnaître qu'il a, bien au contraire, largement édulcoré la réalité pour ne pas trop heurter son lectorat.
J'ai découvert avec horreur que Mettray et assimilés étaient en fait de gigantesques lupanars organisés et codifiés où l'exception n'était pas de passer à la casserole, mais au contraire d'y échapper. La sodomie était à la fois une punition et une récompense, une marque d'estime et de mépris, un code de conduite, un signe d'appartenance, une monnaie d'échange, une organisation hiérarchique... Et tout cela sous le regard au mieux indifférent, au pire complice des gardiens. Il en était de même pour les injures et les coups, pouvant aller jusqu'au meurtre... Dans ces conditions, rien d'étonnant à ce que ces établissements aient été incapables, bien au contraire, d'accomplir leur mission qui était "d'amender une jeunesse en perdition".
Plus qu'un roman, ce livre me restera donc comme un témoignage essentiel sur le naufrage d'un système judiciaire qui échouait déjà – et peut-être plus encore qu'aujourd'hui – à réinsérer ses... victimes. Là, il n'y a pas d'autre mot.
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gorgospa
  14 septembre 2015
Magnifique oeuvre que celle de Jean Genet dans le Miracle de la Rose. Histoire d'amour que l'on vit à travers la pensée d'un homme brut, simple. Jean Genet ne connaît que cet amour là et s'en trouve troublé jusqu'au plus profond de lui-même lorsqu'il s'en rend compte.
Livre de pensée, le miracle de la rose est parfois assez difficile à lire et à suivre mais on est vite transpercé par les sentiments et l'humanité qui en ressort.
Magnifique livre de vie.
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Hanna21
  30 mars 2022
Le vrai miracle n'est pas celui du titre mais bien celui de l'écriture de Jean Genet. L'auteur nous raconte le quotidien de Mettrai, la colonie pénitenciaire où il a passé son adolescence, mêlé à celui de Fontevrault, la prison proche, qui est la suite "logique" pour tous ces jeunes. Il nous entraine irrémédiablement dans une version réelle de "Sa Majesté des Mouches", où la loi du plus fort règne, où la domination s'exerce par la sexualité et le viol, où des enfances sont saccagées, assassinées, sous le regard indifférent d'une poignée d'adultes. Il nous raconte une prison pour enfants appelée "colonie", une prison sans murs et pleine de fleurs, mais où on meurt de faim ou sous les coups. Il nous raconte un monde exclusivement masculin, d'où toute tendresse est bannie et considérée comme une marque de faiblesse, où les rapports homosexuels sont subis ou imposés. Un monde où tout est codé : les vêtements, la façon dont ils sont portés, les tatouages, le langage. Il réussit le tour de force d'évoquer des situations d'une grande crudité, ou d'une grande violence, sans aucune vulgarité. Il nous raconte ce qu'est le monde quand les enfants sont livrés à eux-mêmes dans un univers carcéral. Il nous raconte ce que deviennent ces enfants à travers le sort tragique de ses compagnons de prison: décapités, exécutés lors d'une tentative d'évasion, noyés...
Ecrit en prison, "Le Miracle de la rose" est d'une grande force poétique, mêlant visions oniriques et scènes d'un grand réalisme. On perçoit, en filigrane, l'immense sensibilité de Genet, son attention aux sons, aux bruits, aux détails, aux codes de la langue, aux parfums ("l'inceste végétal" de la glycine et du rosier). Ce sont ces mille détails qui donnent vie à des scènes qui hantent: la mort de Toscano, les rendez-vous avec Bulkaen dans l'escalier, et ce dernier adieu à Mettray de Divers, suspendu dans le vide à un vasistas, pour dire au revoir une dernière fois à Genet.
Jean Genet est un survivant: de Mettray, de la prison, de sa vie de voyou. Son écriture est son héritage, il faut en prendre soin.
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Myriam3
  15 septembre 2014
Après avoir vu son film Un Chant d'Amour, une représentation poétique de la prison, de l'amour qui naît entre des hommes qui ne peuvent qu'à peine se voir mais s'échangent petits mots et cigarettes entre les barreaux de leurs fenêtres, je m'étais lancée dans la lecture de Miracle de la Rose.
Encore une fois Jean Genet nous amène en prison, celle dans laquelle il a passé une bonne partie de sa vie, dès l'adolescence. On y retrouve cette poésie de la description, ce regard pas forcément dur ni cynique, ce monde dans lequel il a même rencontré l'amour.
Ceci dit, dur dur de s'accrocher. le livre est dense et très, pour ne pas dire trop descriptif et confus - pour moi, j'entends- et j'ai fini par me lasser... j'avoue, je ne suis pas du genre à persévérer en matière de lecture, tant d'autres m'attendent avec impatience, mais je regrette encore cette lecture avortée et peut-être m'y remettrai-je (quand tous ces autres livres ne m'attendront plus!)
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
gorgospagorgospa   14 septembre 2015
Tout à coup, je crois que c'est la dureté glacée de son regard qui m'a fait croire à sa tendresse, peut-être à cause de cette idée que la glace de ses yeux ne résisterait pas à ma chaleur. Et quand je songe à mon abandon par ce gosse, ma main se serre sur ma plume, mon bras invente un geste poignant. S'il savait le mal que j'ai, il quitterait la mort pour venir, car sa cruauté était bonne.
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HardivillerHardiviller   18 février 2018

Si dans vingt ans je rencontrais au bord de mer un promeneur couvert d'un grand manteau , et que je lui parle de l'Allemagne et de Hitler , il me regarderait sans répondre et brusquement , saisi de panique , je soulèverais le pan de manteau et je verrais à sa boutonnière la croix gammée . Je bégaierais : " Alors , Hitler , c'est vous ? " . Ainsi m'apparut Divers , aussi grand , aussi évident , aussi pur que l'injustice divine . ( " Miracle de la rose " Gallimard 1951 , page 250 )
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Myriam3Myriam3   15 septembre 2014
Mon enfance était morte et, avec elle, en moi, les puissances poétiques. Je n'espérais plus que la prison demeurât ce qu'elle fut longtemps, un monde fabuleux. Un beau jour, tout à coup, à des signes je compris qu'elle perdait ses charmes. Cela veut dire, peut-être, que je me transformais, que s'ouvraient mes yeux à la vision habituelle du monde.
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DiabolauDiabolau   28 janvier 2019
Pauvre, j'étais méchant parce qu'envieux de la richesse des autres et ce sentiment sans douceur me détruisait, me consumait. Je voulus devenir riche pour être bon, afin d'éprouver cette douceur, ce repos qu'accorde la bonté (riche et bon, non pour donner, mais pour que ma nature, étant bonne, fût pacifiée). J'ai volé pour être bon.
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guedasjpguedasjp   31 mars 2021
Ce livre m'a coûté beaucoup. J'écris sans plaisir. Avec moins de goût je plonge, la tête la première, dans les aventures de cette enfance exceptionnelle. Sans doute, je sais encore faire le noir en moi, et sur l'indication d'un souvenir, m'enivrer de mes histoires passées, les refaire ou les compléter selon le mode tragique qui transforme chacune d'elle en poème dont je suis le héros, mais ce n'est plus avec la même fougue. C'est le luxe que je m'accorde. En cellule, les gestes peuvent se faire sur une extrème lenteur. Entre chacun d'eux, on peut s'arrêter. On est maître du temps et de sa pensée. On est fort d'être lent. Chaque geste s'infléchit selon une courbe grave, on hésite, on choisit. Voilà de quoi est fait le luxe de la vie en cellule. Mais cette lenteur dans le geste est une lenteur qui va vite. Elle se précipite. L'éternité afflue dans la courbe d'un geste. On possède toute sa cellule parce qu'on en remplit tout l'espace avec une conscience attentive. Quel luxe d'accomplir chaque geste avec lenteur,même si la gravité ne réside pas en elle. Rien ne pourra déchirer complètement mon désespoir.
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