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Jean Rosenthal (Autre)
EAN : 9782070378012
186 pages
Gallimard (28/02/1987)
3.67/5   38 notes
Résumé :
Jander ne se faisait pas d'illusions : ce n'était pas pour jouir des beautés de la nature que Hebden et ses inquiétants compagnons s'étaient retirés dans cette cabane de pêcheurs.
Mais pourquoi semblaient-ils toujours sous pression, prêts à exploser, à se détruire ? Quel monstrueux secret liait la vieille soûlarde à Gatheridge, le colosse à la cervelle de moineau ? Et qu'est-ce qui retenait ici la bouleversante Vera, pure comme une apparition, froide comme un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Premier plongeon dans les eaux troubles de David Goodis (1917-1967) avec La pêche aux avaros.
Roman publié en 1967 quelques semaines après le décès de l'auteur sous les titres Somebody's done for ou The Raving Beauty aux Etats-Unis.

« Il n'y avait pas une terre en vue. »
Normal, nous sommes dans les eaux de la baie du Delaware, au Sud du New Jersey.
Dès l'incipit nous sommes pris à l'hameçon: une homme épuisé lutte contre une mort éminente par noyade loin de tout rivage.
Calvin Jander venu passer un après-midi tranquille loin de l'enfer familial de Philadelphie (une mère et une soeur névrosée) loue un canot pour une partie de pêche mais il ne prête pas attention à la météo. de fait, la tempête le surprend et, lorsqu'il recouvre ses esprits et la mémoire il est déjà trop tard, il n'a plus de canot et rien à l'horizon.
Peut-être un bruit, oui c'est ça, le bruit d'un canot à moteur. Calvin espère. Oui, les secours arrivent, enfin peut-être. le canot approche de plus en plus prêt, un tour, deux tours, trois petits tours et puis s'en va! Horrible et cruel, les deux hommes à bord se disputent, s'invectivent et au final ne lui portent pas assistance. Un cauchemar éveillé pour Calvin mais il arrive à discerner un objet flottant, sa planche de salut, l'un des hommes a laissé tomber dans le sillage une bouée de sauvetage...

Pas le choix, désespéré, il s'accroche, lutte encore et finit par échouer harassé et comateux sur une grève de sable où il s'endort nu comme un ver.
Cauchemar, réalité, il ouvre les yeux, et là comme une apparition les contours d'une jeune femme se dessinent, une personne bienveillante peut-être, qui passait par là et qui le sort de ce mauvais pas.
Mais celle-ci lui assène régulièrement des avertissements alors qu'ils sont en route vers le réconfort (une habitation avec de la nourriture, des vêtements...) via les bourbiers du marais: il faudra qu'il reste muet comme une carpe s'il ne veut ne pas s'attirer d'ennuis etc... Effectivement cette cabane isolée à tout l'air d'une planque.

Un huit clos dans un lieu incertain coupé de la civilisation commence.
La tête pensante, Hebden, sa compagne Thelma bourrée du soir au matin, le colossal Gathridge, délinquant sexuel, le vieux Rezinger, un repenti ou en voie de le devenir et l'indéfinissable Vera, l'unique fille de Hebden et Thelma...
Calvin ne sait pas ce qu'il fait là, pris en otage, confronté à des durs à cuire qui ne se séparent jamais de leur fusil. La samaritaine, Vera, à l'air d'avoir un problème.
Seuls les souvenirs de Calvin, remontés des brumes du passé, et d'un autre protagoniste nous permettent d'échapper à la tension de ce huit clos et de comprendre les liens qui unissent ces petits truands ainsi que le lien noué entre Calvin et Vera.

J'ai adhéré à ce court roman noir à la construction efficace qui au-delà de l'intrigue nous fait pénétrer dans les interrogations de Calvin, cet anti-héros qui s'obstine à vouloir sauver Vera (il a une dette envers elle, elle lui a sauvé la vie en le recueillant) mais aussi à percer le mystère de la violence qui règne dans cette cabane branlante de pêcheurs et les secrets de ses occupants.
J'ai aussi apprécié les variations chromatiques utilisées dans l'écriture pour évoquer les émotions: violet pour le songe, le rêve ou le cauchemar, le pourpre pour le désir...
La sensibilité et la finesse pour évoquer les bleus à l'âme et les attentes amoureuses de Calvin prêt à tout pour sauver Vera, la femme à la beauté délirante.
Très peu d'hémoglobine malgré les règlements de compte mais des passages tout en finesse sur la quête d'un bonheur incertain, d'un ailleurs imaginable mais peut-être pas réalisable.

Une journée électrique aux reflets améthyste .

Une lecture addictive, agréable et troublante.
Sûr que je reviendrai faire un tour dans l'univers de David Goodis, un des maîtres du roman noir américain.
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Qu'est venu faire Calvin Jander dans la Baie de Delaware par un temps pareil ? Pécher mais aussi prendre l'air loin de l'emprise de sa soeur et de sa mère qui l'étouffent. Somme toute, avant de s'y rendre, il aurait peut-être dû jeter un oeil à la météo car le temps a rapidement tourné à l'orage et la partie de pêche au désastre. Ejecté de son canot, il finit par s'échouer sur une plage déserte. Il est secouru par Vera, une jeune et belle apparition
qui lui propose de venir se reposer pas loin d'ici, dans un endroit tranquille mais..malfamé. Ce monde étranger au sien va pourtant le fasciner...
Dans sa dernière série noire de 1968, David Goodis plonge cette fois-ci son héros, un Américain moyen, sans histoire mais en fuite, dans une sorte de huit clos mystérieux, angoissant et violent où la seule couleur dominante à part le noir est la couleur violette de l'Améthyste. Plus que l'histoire cauchemardesque, c'est l'atmosphère envoûtante et la chute de ses personnages qui font mouche chez Goodis.
La pêche aux Avaros, c'est une très bonne prise dure à lâcher.
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David Goodis (1917-1967)
Il forme avec Jim Thompson le duo le plus sombre et le plus méconnu du roman noir américain du XXe siècle.
*
Ignoré des Américains mais adulé par les lecteurs français.
Les histoires de David Goodis ont toujours les mêmes: un homme au bout du rouleau est rattrapé par son passé.
La fatalité pèse sur lui et l'entraîne toujours plus loin dans l'alcool et la déchéance.
*
Le décor non plus ne change pas: une ruelle obscure, un bar pour paumés qui s'oublient dans l'alcool.
Pas de lumière du jour, pas d'espoir.
*
De Sans espoir de retour à Tirez sur le pianiste!, Goodis développe toujours le thème de l'homme seul qui tente d'échapper à la misère, à son existence marginale par le rêve et l'amour.
*
Mais le monde est vide de sens et c'est dans l'alcool qu'il finit par noyer ses illusions.
Son oeuvre est une métaphore de sa vie, celle d'un homme qui réussit un instant une carrière de journaliste, romancier et scénariste à Hollywood avant de tout perdre.
*
David Goodis a le don d'évoquer sans cesse des images.
Le cinéma s'en est volontiers emparé (Truffaut a réussi la plus belle adaptation avec Tirez sur le pianiste) car il a le sens du détail, du geste révélateur, du dialogue et du rythme.
«Je n'écris pas de romans policiers mais, dans mes thèmes, il y a du mélodrame et de l'action», dit David Goodis à François Truffaut à l'occasion de leur unique rencontre en 1960 à New York.
*
La musique de Goodis est celle du jazz, comme une longue plainte, une note qu'il maintient longtemps.
«Ce qu'il écrit est étrange, dit de lui l'écrivain Marvin Albert. Il était fasciné par la mort, par la lente agonie des êtres et la sienne propre ou celle du pianiste... Ah, Goodis, un mélange d'amour fou et de tristesse désespérée et calme à la fois, une agonie lente et romantique. C'était un homme désespérément seul.» C.F.
- A lire: La nuit tombe (Gallimard/Série Noire)
*
Courte biographie
GOODIS David (1917-1967)
Difficile de faire la part du vrai dans la légende Goodis. Est-il cet auteur "zéro", longtemps inconnu aux Etats-Unis, sauf peut-être pour les frasques (sa passion pour les grosses femmes noires, entre autres) et les masques derrière lesquels il se cache ?
*
Est-il au contraire cet auteur maudit (donc culte) dont la France s'entiche dès la fin des années 1940 ? Il faut attendre 1984 et la superbe enquête Goodis, la vie en noir et blanc de Philippe Garnier (N°2182 de la collection 10/18) pour commencer à percer le mystère Goodis.
*
David Loeb Goodis est né le 2 mars 1917 à Philadelphie.
Etudes sans trop d'histoires (à l'université de Temple, diplôme de journalisme).
La famille Goodis ne roule pas sur l'or, mais ne manque de rien.
Pour David, très tôt, une chose compte plus que tout : écrire.
*
Employé dans une agence de publicité, il parvient en 1938 à publier son premier roman : Retour à la vie. Succès d'estime chez les critiques, mais bide commercial. Cet échec, sans aucun doute, l'affecte. Goodis se lance alors dans l'écriture mercenaire.
*
Il s'installe à New York. Pour de nombreux pulps, il vend des récits de sports, d'aventures, des westerns, des policiers et se spécialise dans les combats aériens de la première guerre mondiale. Un train d'enfer qui l'emmène à 1946. Année phare.
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Le deuxième roman de Goodis, Cauchemar (Dark passage), est acheté sur épreuves par le studio Warner pour 25 000 dollars. Pour la même somme, le Saturday Evening Post en assure la publication sous la forme d'un feuilleton. Jackpot pour Goodis.
D'autant que Dark Passage (Les Passagers de la nuit de Delmer Daves, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart, 1947) lui ouvre les portes d'Hollywood où il est engagé comme scénariste.
*
A 29 ans à peine, Goodis est au zénith. La suite est pourtant l'histoire d'une longue dégringolade.
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A la Warner, Goodis ne reste que deux ans, et ne laisse pas de grands souvenirs. Tout juste quelques participations sans gloire à quelques films sans succès.
*
Rentré à Philadelphie, Goodis écrit frénétiquement pour les livres de poche qui remplacent progressivement les pulps.
Goodis fournit : Cassidy's Girl (1951), La lune dans le caniveau (1953), Sans espoir de retour (1954), Descente aux enfers (1956).
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Goodis vend, comme un forçat du roman de gare, et tant pis si la critique américaine, forcément, se détourne.
*
Reste la France, qui couvre sa prose (publiée dès 1949 dans la Série Blêmel'article) de louanges. La France aime les loosers de son univers, ses anti-héros.
*
François Truffaut adapte bientôt (1959) Tirez sur le pianiste. Jean-Jacques Beinex (La lune dans le caniveau, 1983), Gilles Béhat (Rue Barbare, 1984) François Girod (Descente aux enfers, 1987) témoignent de cette fascination persistante.
*
Outre-Atlantique, Goodis fournit toujours ses éditeurs jusqu'en 1961 mais s'enfonce progressivement dans la déprime. La perte de son père (1963), de sa mère (1966), les difficultés de son frère cadet Herbert, souvent interné, affecte un Goodis très lié à sa famille. Il tombe malade fin 1966 et décède à l'hôpital le 7 janvier 1967, seul et dans l'indifférence générale.

- http://www.polars.org/rubrique9.html
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polar "classique américain"
livre de chevet... pas tout jeune... date de 1967.

Une écriture très simple et efficace, de ces classiques du roman noir qui se lise vite et agréablement.

Pour en savoir plus sur David Goodis, se reporter à mon précèdent article : http://culture-confiture-mazel.blogspot.com/2008/06/david-goodis.html
*
Jander a décidé de se mettre à la pêche pour ne plus avoir à supporter la cohabitation du week-end avec sa mère et sa soeur qui le ponctionnent, le vampirisent.

Il mène une vie assez tranquille jusqu'au jour où il décide de louer un canot pour assouvir sa nouvelle passion.

Un orage soudain, et le voilà en train de lutter contre les éléments pour échapper à la noyade.

Laissé dans l'eau par deux hommes en bateau, il rejoint la côte grâce à une bouée donnée discrètement par l'un d'eux.Sur le sable, éreinté, il est secouru par Vera.

Un trio infernal qui continue une vie commune commencée en prison et passe son temps à se menacer, vivre sous tension.

Et Vera, femme fatale sans le vouloir, inapprochable, intouchable qui obsède tous les hommes qui croisent sa route.

Une histoire construite de telle manière que le lecteur se questionne sur le dénouement possible, imagine différentes pistes, arrive à la fin et… en redemande.


Cinéma

« La Pêche aux avaros » devient en 1972 "LA COURSE DU LIEVRE A TRAVERS LES CHAMPS", un film de René Clément.

Distribution :
Jean-Louis Trintignant (Tony)
Robert Ryan (Charley)
Aldo Ray (Mattone)
Lea Massari (Sugar)
Jean Gaven (Rizzio)
Daniel Breton (Paul)
Tisa Farrow (Pepper)
André Lawrence (chef gitan)
Nadine Nabokov (la majorette)
Robert Party
Emmanuelle Beart

Voir l'article : http://cinema.aliceadsl.fr/article/default.aspx?articleid=AR009684
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Du pur Goodis. Une femme fascinante et ambiguë, (Vera) , des lascars vraiment très méchants que l'histoire humanise (un peu, parfois), un personnage principal qui se débat entre l'absurdité de la vie et la volonté de faire (Jander). Et puis, bien sûr, énormément de clopes fumés, quelques litres de gnôle descendus et une ou deux bagarres biens senties. Goodis pour ce dernier roman est comme il a été durant toute sa carrière de romancier : noir jusqu'au bout des ongles.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
- C'est terrible de ne pas arriver à se rappeler, dit-il d'une voix sourde. La seule chose qui me revienne, c'est une sorte de frémissement intérieur, une vibration, une sorte de contact entre deux personnes. Seulement, ça n'a rien de physique. C'est beaucoup plus profond que ça. Et quand on l'a éprouvé une fois, on en reste marqué.
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Il contemplait la table d'un air songeur. Cet endroit ne lui plaisait pas.
Qu'est-ce qui te gène ?
- Tout ce violet. C'est une obsession.
- C'est la couleur de l'améthyste.
- C'est aussi la couleur d'une ecchymose. La couleur de la souffrance.
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Si tu lui dis qui elle est, qui elle est vraiment, ça ne l'avancera à rien. Au contraire, tu lui ôteras quelques chose. Tu lui enlèveras le sens de sa propre identité. Elle ne sera plus personne.
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Il avait la plus grande considération pour Maclin Cottersby Jr. et une formidable envie de lui casser la gueule.
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Video de David Goodis (2) Voir plusAjouter une vidéo

La Collection Cinéma Cinémas : épisode 7
Sommaire : - Ferreri tourne "I love you"- Fragments d'un scénario : Eurstache- Cassavetes : "Loves streams"- Trois camarades- Apparitions : le ciel est à eux- Rencontre : Ben Gazzara- Petits papier : Pascale Ogier- Sur les traces de... David Goodis1. Ferreri tourne I love youà 22:30:43:00 - 00:01:57:00Reportage consacré au tournage du film "I love you" de Marco FERRERI dans les studios...
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