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EAN : 9782413025429
98 pages
Delcourt (28/08/2019)
3.69/5   62 notes
Résumé :
Strasbourg, juillet 1518. La ville est soumise depuis quatre ans aux pires calamités. La sécheresse, les grands froids, la famine, la maladie... C'est ce qui explique pourquoi Enneline est allée précipiter son enfant depuis le pont au Corbeau. Ça et la folie de la danse qui s'est saisie d'elle tout de suite après. Nombreux furent ceux à entrer dans la danse à sa suite... certains jusqu'à la mort.
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Si Strasbourg, jusqu'alors, était considérée comme une ville où il faisait bon vivre et que le monde enviait, de terribles revers de fortune allait la plonger dans un terrible chaos. Essuyant durant quatre longues années des périodes de sécheresse, de grand froid ou de crues, la cité se trouve alors, en cette année 1528, démunie de ses principales ressources. Famine, maladies et désarroi touchent de plein fouet la populace... Parce qu'elle sait qu'elle ne pourra subvenir à son nouveau-né, c'est les yeux débordant de larmes qu'Enneline, la femme du graveur, le jette du haut du Pont du Corbeau. de retour chez elle, la voyant prostrée et accablée, celui-ci la rassure en lui disant que c'était la seule chose à faire. Non loin de là, Jérôme, attablé, vient juste de terminer son assiette. Son plat : sa petite fille ! Toujours assise, Enneline commence à taper du pied par terre. Puis, elle se lève, sort de chez elle et commence à danser sur la place, devant les yeux ébahis de son mari et de Jérôme. Ce dernier, accablé lui aussi, la rejoint sur la piste improvisée, bientôt suivi par d'autres hommes... Un "mal" qui va se propager de plus en plus et dont nombre d'instances vont se cogner la tête pour le soigner...

La danse serait-elle devenue, en cette année 1528, à Strasbourg, une véritable maladie qui touche de plus en plus de gens, aussi bien les femmes que les hommes ? Oui, à en croire les historiens qui recensèrent plusieurs manifestations importantes de manie dansante, aussi bien à Erfurt en juin 1237, à Aix-la-Chapelle en 1417 et en Alsace en 1417 et 1518 (au total une vingtaine d'épisodes entre 1200 et 1600). Une épidémie dansante dont les causes restent encore inconnues. En 2018, Jean Teulé reprend cet incroyable épisode historique dans son roman "Entrez dans la danse" qui, l'année suivante, sera adapté en bande dessinée par Richard Guérineau. Si ce fait divers, aussi incroyable qu'étonnant, nous laisse pantois, Guérineau y apporte une touche personnelle en y ajoutant une touche onirique et en transposant les délires visuels d'Enneline. Il dépeint parfaitement l'incompréhension des hautes autorités (qu'il s'agisse des médecins, des élus ou des religieux) concernant cette maladie et le choix expéditif d'y remédier. Graphiquement, le trait est maîtrisé et adroit, les décors en parfaite adéquation avec l'époque et des couleurs plutôt vives qui contrastent avec l'ambiance tragique et le drame à venir.
Un album à la fois passionnant et terrible...
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Strasbourg.
1518.
Y a pas que la banlieue qu'est morose.
Lorsqu'on en vient, pour cause de famine, à bouffer son bébé, voire à le jeter du haut d'un pont, c'est que ça commence à chier grave dans le ventilo.
La famine tourmente les corps.
La folie guette.
Elle se manifestera par l'irrépressible et perdurable envie de danser, non pas avec de pseudos stars mais avec la mort, au point de succomber, parfois, après moult jours et tout autant de nuits à se démener sur la bande-son de leur propre démence.

Tiré d'un fait réel, cet Entrez dans la danse fascine en dépit de l'âpreté du sujet.
Cette épidémie dansante intrigue d'autant plus qu'elle prit la forme d'une contagion rapide encore inexpliquée à ce jour.
Les tentatives pour l'enrayer furent aussi étonnantes que cruelles.
L'église n'étant pas la dernière en matière de charité bien ordonnée à soumettre ses vues bien peu chrétiennes au regard de ses pseudos discours humanistes n'ayant pour seul et unique but que de récolter du flouze auprès de pigeo...de croyants espérant ainsi échapper à cette fiévreuse infection.

Le trait est hyper agréable et rend parfaitement grâce à ces impécunieux marathoniens de l'entrechat famélique.

Entrez dans la danse instruit tout en divertissant et ça, ça me botte !
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« Quand je pense qu'il y a quelques années, Erasme avait écrit à propos des Strasbourgeois : 'La discipline des Romains, la sagesse des Athéniens et la sobriété des Spartiates.' » (p. 23)
Plus rien de cette dignité en 1518 dans la population, chez les 'gueux' (sic).
Après quatre années d'intempéries à Strasbourg, les habitants souffrent de la faim, au point de noyer les bébés pour abréger leurs souffrances, et de manger leurs enfants. Un mal étrange gagne ensuite certains : ils dansent, de manière frénétique et incontrôlable, des jours durant.
.
Les grandes instances sont perplexes.
Un médecin est formel : il ne s'agit pas d'épilepsie. Pas non plus d'hystérie, réservée aux femmes. CQFD.
L'astrologue ne se mouille pas, expliquant les faits par une « mauvaise conjonction des astres, un néfaste alignement des étoiles ».
L'église sait comment y mettre un terme : « des chaussons de fer chauffés à blanc, ça va les calmer. » Car chez ces gens-là, monsieur, on ne réfléchit pas, on menace, on punit, on fait payer. « Chercher à comprendre constitue une atteinte blasphématoire à la sphère divine ! » Soit...
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L'album est signé Richard Guérineau, "d'après Jean Teulé".
Je ne sais pas s'il a repris certaines des phrases du texte éponyme, mais on reconnaît la patte de Teulé : anecdotes historiques et cruelles, anti-cléricalisme - ceci illustré de scènes et de propos crus, qui allègent le côté dramatique, mais dont l'accumulation est lourde dans certains romans.
L'inscription de cette page d'Histoire dans des menaces de guerres de religions (musulmans au sud, et luthériens à l'est) est également intéressante.
J'ai admiré le dessin de Guérineau : traits fins, jolis visages, sens du détail, reconstitutions réalistes d'une ville médiévale et de sa cathédrale, couleurs expressives.
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La naïveté des 'experts' et l'approximation des remèdes proposés auraient pu m'amuser il y a encore moins d'un an. Hélas, on voit que la médecine et les dirigeants (politiques aujourd'hui, religieux au XVIe siècle) sont tout aussi désemparés lorsque survient une nouvelle maladie, mais n'en imposent pas moins leurs idées fantaisistes.
Le parallèle se précise et le malaise s'accroît avec cette formule proche du 'quoi qu'il en coûte' : « Ça coûtera ce que ça coûtera à la municipalité, mais il ne faut pas qu'ils crèvent de faim ! »
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J'ai aimé deux personnages en particulier : Melchior Troffea, amoureux attentionné, et le 'maire' (Ammeister) qui s'oppose habilement à un évêque bien assis sur sa fortune tandis que la population crève de faim.
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Merci aux auteurs de BD qui adaptent avec talent les intrigues de Jean Teulé - je n'ai plus le courage de lire ses romans, trop lourds, trop crus, souvent à vomir (les tortures dans 'Je, François Villon' et 'Darling', pourtant mes deux préférés).
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Richard Guérineau a illustré l'excellent roman de JeanTeulé. Je rappelle très brièvement l'histoire : en 1518, Strasbourg n'est pas une ville où il fait bon vivre. Depuis quelques années, elle subit tous les aléas : sécheresse, famine, froid… A tel point que les habitants, ne pouvant nourrir leurs enfants, vont les jeter du haut du pont du corbeau. En juillet, une bien étrange chose se produit : les villageois sont pris de pulsions et dansent jusqu'à s'en épuiser. On appellera cela la peste dansante mais on ne sut jamais d'où cela venait.

J'aime beaucoup le graphisme de cet album. Les maisons à pans de bois sont représentées à merveille, de même que la simplicité des intérieurs des villageois. Les couleurs collent à l'histoire : les tons beige/marron clair prédominent, ainsi que le rosé pour montrer la différence entre le jour et le soir qui tombe. Les personnages sont bien représentés et même si souvent on se fait sa propre représentation dans un roman, je n'ai pas été déçue par l'apparence que leur a donné Richard Guérineau.

Bref, j'ai adoré cet album !
Lien : https://promenadesculturelle..
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Cette contagion ( ? ) a réellement existé en 1518 à Strasbourg, ville du SERG à l'époque. Les récoltes sont mauvaises trois ans de suite. La famine et les épidémies sévissent. Enneline, femme du graveur Troffea, se met à danser dans la rue sans raison, et sans s'arrêter. Petit-à-petit, d'autres Strasbourgeois mourant de faim dansent sans discontinuer. Au bout de 15 jours, l'ammeister (échevin ) réunit des autorités pour statuer sur les danseurs. Les médecins et l'évêque ne sont pas d'accord : épilepsie ? action du diable ?
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Cette BD de Richard Guérineau, dont j'adore le graphisme, est tirée du roman historique du même nom de Jean Teulé, dont je reconnais "la patte".
Ce phénomène est la danse de Saint-Guy, je ne le connaissais pas. Les médecins n'ont pas trouvé l'origine de ce mal, qui a fait à Strasbourg entre 400 et 2000 victimes. Cette danse, appelée aussi chorée, et qui a été déclenchée dans quelques villes à différentes époques entre 1200 et 1600, avait un rapport avec Saint Guy, soit une guérison miraculeuse, soit des déclenchements autour de la date de la Saint Guy.
On ne connaît pas ce qui provoque les symptômes ( nourriture ou autre ? ).
.
Ce qui est intéressant, c'est que les auteurs accentuent à peine l'avidité de l'évêque à grosse bague, avide d'impôts et de simonies, alors que le peuple crève de faim.
Sur ce, nous avons les affiches placardées par les partisans huguenots de Martin Luther qui dénoncent les abus de chantage financier des autorités catholiques ( pas de rachat financier de vos péchés, pas de paradis ! ), phénomène dont se sert l'ammeister pour rabattre sa superbe à l'évêque.
.
Bref, un bon moment passé avec cette BD offerte pour mon anniv par nos enfants :)

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critiques presse (2)
BDGest
24 septembre 2019
Superbe et terrifiante évocation d’un passé mystérieux, un travail graphique éblouissant et une morale convenue, mais tellement universelle, Entrez dans la danse est une invitation impossible à refuser.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario
16 septembre 2019
Une adaptation des plus réussies (bravo Monsieur Guérineau !) qui donne une affreuse envie non pas de danser mais de se plonger dans le roman de Jean Teulé.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
- Que se passe-t-il, là-bas, le long des remparts ? Regarde ce couple de lépreux enlacés qui ondule dans la lumière mourante du jour !
- Ah oui... c'est beau !
- C'est beau mais c'est interdit ! C'est comme s'ils en avaient assez de vivre ces deux-là. Vise-les !
- Mais... on dirait que quelque chose les unit tellement...
- Dis-toi que ce sont des turcs !
- Ah oui... Vu sous cet angle, c'est plus commode !
(Tchak !... Tchak !)
- Allez, hop ! Deux bouches en moins à nourrir !
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[ une étrange maladie (mortelle ?) frappe la ville - des représentants de l'Eglise rameutent dans les rues ]
- Gloire à Dieu ! Rachetez vos péchés, esprits damnés !
- Achetez des indulgences, si vous ne voulez pas en chier au moment du jugement dernier !
- Trois Kreutzers pour une année de purgatoire en moins !
- Pour cent Florins, c'est le paradis direct !
[ un passant grommelle ]
- Le Diable ne cesse de pisser des curés ! Ni les juifs, ni les païens, ni les tatares n'ont autant d'infamies dans leurs pratiques !
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Quand je pense qu'il y a quelques années, Érasme avait écrit à propos des Strasbourgeois : « La discipline des Romains, la sagesse des Athéniens et la sobriété des Spartiates » … S'il revenait en ville, il ferait une drôle de gueule au milieu de tous ces agités du cul !
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C'était, en ce temps là, une ville merveilleuse que le monde entier enviait. Joyau républicain enchâssé dans le Saint-Empire-Romain-germanique, admirablement servi par la nature, l'endroit était surnommé "Pays de cocagne" - "Scharaffenland" dans le patois local.
Commenter  J’apprécie          100
[ deux curés brandissent des croix devant une femme ]
- Tu as dansé, tu as péché, ceci te sera défalqué de ta portion de paradis ! Vous brûlerez en enfer en châtiment de cette folie !
[ son époux ]
- Allez vous faire foutre ! L'enfer est ici, le vôtre me fait moins peur !

(p. 26)
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