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EAN : 9782848766249
Philippe Rey (05/10/2017)
4.08/5   283 notes
Résumé :
Grand frère est chauffeur de VTC. Enfermé onze heures par jour dans sa « carlingue », branché en permanence sur la radio, il rumine sur sa vie et le monde qui s’offre à lui de l’autre côté du pare-brise.

Petit frère est parti par idéalisme en Syrie depuis de nombreux mois. Engagé comme infirmier par une organisation humanitaire musulmane, il ne donne plus aucune nouvelle.

Ce silence ronge son père et son frère, suspendus à la question r... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (96) Voir plus Ajouter une critique
4,08

sur 283 notes

Kirzy
  20 juin 2018
Tout sonne terriblement juste dans ce premier roman percutant qui dresse le portrait de la société française depuis la banquette d'un uber.
A commencer par les deux personnages principaux, Grand frère et Petit frère, mère bretonne partie trop tôt, père syrien. Etre enfin quelqu'un, trouver sa place dans la société alors que l'ascenseur social est cassé et que du coup faut l'escalader en étant souple et en s'adaptant. Tel est leur leitmotiv.
Chacun se livre, se raconte dans une alternance de chapitres. Mais chacun prend une voie différente pour se trouver un avenir. Grand frère est allé de magouille en magouille, à éviter de justesse la case prison et le voilà trainant son amertume dans son uber. Petit frère, le plus doué, a misé sur les études, infirmier, mais c'est un cérébral qui rêve d'idéal et croit le trouver dans la religion et la compassion.
Lorsque le roman commence, on sait qu'il est parti au Cham, en Syrie, des étoiles plein les yeux au sein d'une association humanitaire proche de Daech. Et voilà qu'il revient après avoir disparu des radars familiaux, trois ans après.
Magnifiques personnages ( sans parler de celui du père ou de la grand-mère syrienne ) qui nous ouvre à un monde qu'on s'évertue à ignorer. Ce roman nous parle des bordures, du sentiment de colère face à aux injustices de la vie sans aucun cliché, ni caricature ni tabou sur les banlieues.
Mais en fait, le personnage central de Grand Frère , c'est la langue de Mahir Guven. Ultra vivante, métissée de parler banlieue, de verlan, d'arabe. Elle tourbillonne sous nos yeux, bouillonne, percute, crée. Si vraie, et pourtant, on la sent très travaillée, on sent que l'auteur a pesé les mots pour les agencer, pour leur insuffler un rythme fou.
Et que dire de la montée en puissance qui te pousse
à tourner frénétiquement les pages … un véritable thriller psychologique qui t'achève essoufflé là vers un final que tu n'attendais pas. L'histoire se termine au dernier mot.
Un récit puissant, actuel, profondément humain. Gros coup de coeur !
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Kittiwake
  30 mars 2020
La langue est séduisante mais elle ne fait pas tout.
le portrait de ces deux frères est saisissant. Grand frère, le principal narrateur s'accommode de ses identités multiples, pratiquant le grand écart de la Bretagne à la Syrie, et prompt à mettre le focus sur ce qui arrange son interlocuteur. Pour lui, la vie, c'est conduire les gens, dans son Uber, au grand dam de son père qui se demande bien comment il va négocier sa licence de taxi, celle qui devait lui assurer une retraite confortable.
Au-delà des anecdotes du quotidien, Grand frère porte un fardeau qui le ronge, et ce fardeau c'est Petit frère, parti pour faire de l'humanitaire sur la terre de ces ancêtres, malgré la période qui n'est pas propice à ce genre d'initiative. Que raconter au flic qui le protège, lorsqu'il pense avoir aperçu Petit frère à la gare?
Le récit de la confidence tourne au thriller et on dévore les pages sans répit. Ecrit dans la langue des banlieues, mélange de verlan, d'argot, et d'arabe, c'est tout simplement scotchant. le lexique proposé peut aider mais n'est pas indispensable tant on est emporté malgré soi dans le flot de la narration (et il ne faut pas dix pages pour comprendre ce qu'est un splif!).

Très belle découverte, avec cette histoire de fraternité indestructible, au coeur d'un récit ancré sur les dérives de notre monde du vingt-et-unième siècle.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Archie
  06 février 2019
Je ne suis pas du genre à tomber en extase à tort et à travers. Mais là, avec Grand frère, j'ai été bluffé ! Bluffé par l'effervescence étourdissante de ce roman social et psychologique, dont la fin est aussi haletante qu'un thriller. Bluffé dès les premières pages, car ce qui frappe au premier abord dans ce livre, c'est la langue.
Une langue qui explose à la figure, qui coupe le souffle. Une langue brutale, mais émouvante, car on n'y trouve nulle haine. Juste de la colère et de l'amour au bord de l'ébullition. Une langue inspirée de celle des jeunes des banlieues, des cités, celles du neuf-trois, car c'est là qu'ont été élevés les deux narrateurs du roman, deux frères franco-syriens. Un univers social que connaît bien l'auteur, Mahir Guven, né apatride à Nantes d'une mère turque et d'un père kurde, tous deux réfugiés.
Une vie en HLM, ça n'était pas vraiment ce qu'envisageait le père de nos deux narrateurs, lorsqu'il avait quitté sa Syrie natale, dans les années quatre-vingt, pour terminer ses études à Paris. Dans le contexte socio-économique que nous connaissons, il a malheureusement dû se contenter d'une carrière d'artisan taxi. le daron – comme on dit dans la langue de ses fils – est un homme entier, pénétré de certitudes, profondément laïque malgré une éducation musulmane. Maman, une femme douce originaire de Saint-Malo, est morte subitement devant ses fils encore enfants. Dix-huit ans plus tard, c'est comme si c'était hier. Ce qui reste d'elle, hormis le chagrin, c'est l'amour.
L'amour de la famille ! La famille importe avant tout, même si le daron ne comprend rien à ses fils. Et entre ceux-ci, Grand frère et Petit frère, c'est à la vie à la mort. Depuis que maman est partie, rien ne compte plus pour l'un que l'autre. Ils se comprennent et savent ce que l'autre ressent sans se parler, sans même se regarder.
Grand frère est chauffeur VTC affilié à une plateforme, une trahison pour le daron, un plan B acceptable pour ceux qui, dans les quartiers, n'ont pu réussir dans le foot ou la musique. Dans les chapitres dont il est le narrateur, au volant de sa japonaise noire, il commente avec un humour teinté d'amertume le quotidien de précarité, de trafics, de prêches islamiques et de menaces policières dans lequel il zigzague avec ses potes. Il finit par dévoiler, au compte-gouttes, les turpitudes les plus inavouables de son passé et les lésions probablement irréversibles résultant de son addiction au bédo, au cône, au pilon, à l'oinj, au sbah, au spliff, au tonton…
Vous ne comprenez pas ?... Mais moi non plus, je ne savais pas qu'il y avait autant de mots pour dire « un joint ».
Petit frère est infirmier. Soigner les gens est une vocation pour cet idéaliste. Il travaillait en salle d'opération dans un grand hôpital parisien. Il raconte comment, à l'insu et au grand dam du daron et de son grand frère, il s'est engagé dans une ONG humanitaire musulmane, qui l'a fait passer en Syrie, là où sont ses racines. Son voeu : apporter ses services de soignant aux populations civiles martyrisées par les troupes de Bachar el-Assad. Mais les ONG se font phagocyter par l'état islamique et les deux parties s'entretuent au même cri d'Allahou Akbar. Petit frère, plus idéaliste que jamais, est désorienté par ce qu'il découvre. Que faire ? Lui est-il possible de rentrer en France ? Et comment ?
Le fait est qu'il est rentré, et Grand frère – on ne se refait pas ! – fera tout pour l'aider… jusqu'au moment où un doute terrifiant le saisit…
Le roman vire au thriller, d'autant plus crispant et oppressant, que l'on ne le voit pas venir. Des retournements de situation à couper le souffle.
Et comment reprendre son souffle, si ce n'est en prenant conscience, dans les toutes dernières pages de ce livre génial, que tout est littérature ?

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Christophe_bj
  28 mars 2022
Grand frère et Petit frère sont tous les deux nés en France d'un père syrien et d'une mère bretonne, maintenant décédée. le père a fait tout ce qu'il a pu pour les élever le mieux possible, les laissant à l'écart de la religion car son idéal était le communisme. Jeunes adultes, Grand frère se retrouve chauffeur de VTC, faute de mieux, et Petit frère est parti en Syrie avec une ONG humanitaire musulmane, « Islam & Peace », tout en prétendant partir au Mali. Il ne donne plus aucune nouvelle, ce qui angoisse le père et le grand frère. ● le style est ce qu'il y a de mieux dans ce roman inégal aux nombreuses longueurs. En effet, l'écriture, en prise directe avec la réalité de la cité (ou du moins ce que j'imagine qu'elle est), est incisive, savoureuse, dynamique, émaillée de mots arabes (un glossaire figure à la fin du roman). ● Cependant, l'alternance narrative entre Grand frère et Petit frère ne fonctionne pas très bien. Ce procédé, aujourd'hui fréquent, marche beaucoup mieux dans d'autres ouvrages. ● Et surtout, la fin est une véritable catastrophe qui entache rétrospectivement tout le roman.
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Ptitgateau
  27 avril 2020
Un roman et deux témoignages. Celui du grand frère, qui raconte son parcours : son enfance, l'armée, où il a échoué, le deal, les démêlés avec la justice, sa vision de son daron aux idées bien arrêtées qui semble-t-il n'auront d'influence que sur l'aîné, des amours, une liaison « vite fait » comme il le laisse entendre, son lien avec Gwen, policier paternel non désintéressé, ses tourments au sujet du petit frère, infirmier, parti sans prévenir pour travail dans l'humanitaire... Tous ces propos sont d'une grande sincérité, ce personnage « nature » voit et juge le monde de façon très logique, conscient des ses faiblesses, mettant en doute sa façon de s'exprimer, ce langage qui immerge dans la réalité de vie des protagonistes et qui pimente agréablement la lecture.

Un grand frère émouvant qui accroche le lecteur avec ses inquiétudes, car à travers ses réflexions, on voit se profiler des soucis et on peut envisager de terribles épreuves pour ces deux frères et leur famille : un famille à la fois unie et désunie : la mère décédée, la grand-mère en maison de retraite, le père, conducteur de taxi en conflit avec son fils aîné, (l'auteur aborde alors le problème des VTC), un père aimant, à sa façon, capable de remuer ciel et terre à la recherche du cadet disparu, un grand frère qui crie sa colère face au comportement de ce jeune qui semble prendre le chemin de la radicalisation, sujet brûlant que l'auteur amène avec délicatesse, permettant au lecteur de découvrir lui-même l'ampleur du problème et la façon dont on peut le vivre quand on est dans une famille d'émigrés.

Un autre thème abordé : le déracinement et la quête d'une identité : qui sont-ils ces deux frères ? Mère Bretonne, père Syrien, impossibilité de lien avec le pays, les uns pratiquant une religion, les autres non, pas facile de prendre des repères pour un grand frère qui se cherche sans parvenir à répondre à toutes ses questions.

Que dire de mon ressenti de lecteur quant du récit : une tension qui monte tout au long du roman, un inquiétude grandissante, une fin surprenante.

Un récit poignant, et surtout un roman ou transparaît un amour fraternel fort et sincère.
Une bonne réflexion sur le problème de l'émigration.
Je remercie les 68 premières fois pour ce partenariat.

Lien : https://1001ptitgateau.blogs..
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critiques presse (5)
Actualitte   14 août 2018
Simplicité du récit et sincérité du ton, Mahir Guven réussit à capter l’attention du lecteur. Par le réalisme des descriptions : on s’imagine au milieu d’une barre d’immeubles grise et sans avenir. On veut s’échapper, mais en même temps, on est rattrapé par l’odeur du café turc.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LePoint   07 mai 2018
Ce premier roman est incisif, drôle, terrible, réfléchi et plein d'imagination, de quoi oublier quelques invraisemblances et déséquilibres de narration pour n'en garder que le goût d'alcool fort.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaLibreBelgique   23 février 2018
Comme écrit dans l’urgence, la nécessité et surtout l’authenticité, «Grand frère», vous happe dès le début.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   03 novembre 2017
Deux frères aux destins opposés se confrontent, dans un premier roman au style percutant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   25 octobre 2017
Le livre de Mahir Guven est construit au travers de la parole des deux personnages, l’une après l’autre, alternant réponses, souvenirs et espoirs.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (114) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   12 mai 2020
INCIPIT
Grand frère
La seule vérité, c’est la mort. Le reste n’est qu’une liste de détails. Quoi qu’il vous arrive dans la vie, toutes les routes mènent à la tombe. Une fois que le constat est fait, faut juste se trouver une raison de vivre. La vie ? J’ai appris à la tutoyer en m’approchant de la mort. Je flirte avec l’une en pensant à l’autre. Tout le temps, depuis que l’autre chien, mon sang, ma chair, mon frère, est parti loin, là-bas, sur la terre des fous et des cinglés. Là où, pour une cigarette grillée, on te sabre la tête. En Terre sainte. Dans le quartier, on dit « au Cham ». Beaucoup prononcent le mot avec crainte. D’autres – enfin quelques-uns – en parlent avec extase. Dans le monde des gens normaux, on dit « en Syrie », d’une voix étouffée et le regard grave, comme si on parlait de l’enfer.
Le départ du petit frère, ça a démoli le daron. Suffit de compter les nouvelles rides au-dessus de son monosourcil pour comprendre. Toute sa vie, il a transpiré pour nous faire prendre la pente dans le bon sens. Tous les matins, il a posé le cul dans son taxi pour monter à Guantanamo ou descendre à la mine. Dans le jargon des taxis, ça veut dire aller à Roissy, ou descendre à Paris, et transporter des clients dans la citadelle. Celle qu’on ne pourra jamais prendre. Et soir après soir, il rapportait des sacoches épaisses de billets pour remplir le frigo. La dalle, le ventre vide, la faim ? Sensation inconnue. Toujours eu du beurre, parfois même de la crème dans nos épinards.
Mais bon, quoi que le vieux ait fait, à part la Terre, ici-bas rien ne tourne vraiment rond. Parfois, je voudrais être Dieu pour sauver le monde. Et parfois, j’ai envie de tout niquer. Moi y compris. Si c’était aussi facile, je prendrais le chemin de la fenêtre. Pour sauter. Ou du pont au-dessus de la gare RER de Bondy. Pour finir sous un train. Moins rapide et plus sale. En vrai, j’en sais rien et j’m’en bats lek1, parce que aujourd’hui c’est le 8, et c’est le jour que Dieu a choisi pour son plan.
Le 8 septembre, c’est le jour où Marie la vierge est née. Pas le 7, pas le 9. Le 8, pour la faire naître et, des années plus tard, lui confier la mission d’accoucher de Jésus. Le 8 ? Un chiffre sans fin, et c’est le seul, c’est un double rond. Un truc parfait. Quand vous y mettez le pied, vous n’en ressortez plus. Le 8 : une embrouille, une esbroufe, un truc d’escroc, l’histoire que vous raconte un Marseillais. Et c’est aussi le jour où la femme sur la photo accrochée au mur au-dessus du buffet, celle qui sourit à côté de mon père, est remontée chez Lui, à Ses côtés. Fin de la mission. Morte.
Chaque fois, elles tremblent. Mes lèvres. Alors, j’essaie de faire sans. Ses bras, ses mains, son odeur, sa voix. Et son visage, et ses sourires, et la douceur de ses caresses dans nos cheveux. C’est pas facile de vivre. Ça fait pitié de le dire, mais j’ai pas honte. Je préférerais vivre sans ce truc dans le cœur. Me lever le matin, tôt, avant l’aube même, la tête vide, et boire mon café dans un bistrot du boulevard de Belleville en lisant les résultats sportifs, au milieu des bruits de vaisselle et des garçons qui s’activent. C’est dur de mourir en septembre, le 8. Parce que c’est le jour où Marie est née. Et Marie, elle n’a rien demandé à personne, on lui a mis Jésus dans le ventre et, par la force des choses, elle est devenue une sainte. En réalité, personne n’a rien compris. Personne. Ni les prophètes, ni les califes, ni les prêtres, ni les papes. Le choix de Dieu, c’est pas Jésus. Non, c’est Marie. Celle qu’il a choisie pour faire Jésus. La seule qui a obtenu ses faveurs. Le choix divin, c’est elle.
Sur la photo au mur, mon père est pas encore vieux. Mince comme un fil de pêche. Pas de moustache, mais déjà le monosourcil épais, scotché au-dessus de sa truffe de métèque. Zahié, la vieille de mon père, ma grande-reum, disait de ce sourcil que c’était l’autoroute de Damas à Alep. Comme si l’ange Gabriel lui avait calé la barre noire au milieu du front pour le différencier et jamais le perdre de vue. Un sourcil à mon père, et à Marie, il lui a dit de revenir à ses côtés. Combien d’années depuis son départ? Au moins dix ou quinze…? Peut-être vingt? Elle adorait Zidane. Elle le trouvait beau. L’équipe de France. Les bleus. Thuram et ses deux buts. La Coupe du monde. Dix-huit ans! Ça fait dix-huit ans et j’ai réussi à vivre tout ce temps. Plus longtemps sans elle qu’avec elle, et pourtant ça se referme pas, ça brûle toujours. Un puits de braise au milieu de la poitrine. Pourquoi nous ? Tout allait bien à cette époque. Enfin sûrement, je sais plus, comme l’impression que oui. Mais peut-être que c’était différent. On saura jamais. Et pourquoi le daron est resté seul tout ce temps? Il faut le voir : aigri, bougon, lui arracher un sourire mériterait une Légion d’honneur. Qu’est-ce qu’il fait à part regarder la télé, le foot, les émissions politiques ? Ou parler de son taxi? Je sais même pas si c’est son boulot ou la vie sans épouse qui l’a rendu aussi énergique qu’une huître qui se bute à la marie-jeanne. Les deux sûrement. Mais dix-huit ans seul ! Avec son taxi et son zgeg, ma parole. Une main sur le volant, l’autre sur le poireau. Et encore, pas sûr qu’il s’astique, qu’il mouche le petit singe, même pour l’entretien de la machine. Peut-être que le vieux va voir les tainps? Il a joué au cow-boy de la vie. Un tacos pour cheval, sa langue pour flingue, les joues chargées de mots à cracher sur les enculés, et deux fistons pour lieutenants. L’un parti pour le Far East. L’autre à sa table, buvant sa soupe et écoutant ses salades. Non, en vérité, ça aurait été plus simple autrement.
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KirzyKirzy   20 juin 2018
La vie ? J’ai appris à la tutoyer en m’approchant de la mort. Je flirte avec l’une, en pensant à l’autre. Tout le temps, depuis que l’autre chien, mon sang, ma chair, mon frère, est parti loin, là-bas, sur la terre des fous et des cinglés. Là où pour une cigarette grillée, on te sabre la tête. En Terre Sainte. Dans le monde des gens normaux, on dit "en Syrie", avec une voix étouffée et le regard grave, comme si on parlait de l’enfer. Le départ du petit frère, ça a démoli le daron.
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fanfanouche24fanfanouche24   24 février 2018
Petit Frère
Tu sais , Frérot, je suis comme toi. J'ai deux moi. (...) Et y avait l'autre moi, celui qui voulait sauver la Terre. Parce que le monde m'appelait au secours. La nuit, j'entendais
les pleurs des enfants palestiniens, maliens, soudanais, somaliens et syriens, et de tous les autres; Les bombes pleuvaient sur les innocents, et moi, impuissant, je devenais fou; Il paraît qu'on vivait dans le pays de la liberté, des droits de l'homme, mais rien que l'Etat sponsorisait des bombardements sur les innocents. Je me suis longtemps demandé pourquoi j'étais parti. La vie, c'est complexe. Les choix qu'on fait, les routes que l'on emprunte dépendent du boy caché au fond de notre cerveau. De la manière dont il se construit. Dont il s'enrichit jour après jour. Et de l'état d'esprit du moment. Y a des routes où tu peux faire demi-tour et d'autres où, quand tu y mets le pied, c'est fini. Et encore d'autres, où tu ne sais pas ce qu'il y aura au bout. (p. 15)
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LoloKiLiLoloKiLi   16 juin 2019
Parfois j’entends à la radio des débats sur notre zone ; pas des politiques ou des journalistes, mais des types de bon niveau, façon professeurs d’université. Pourtant même eux racontent n’importe quoi. C’est comme quelqu’un qui parlerait de la jungle, des lions et de la brousse sans y être allé. Le premier frère de chez nous qui l’entendrait le reclasserait fissa en « non crédible ». On devient pas banlieusard sur les bancs de la fac. On obtient d’abord sa licence en usant ses semelles sur le béton, puis un master en se battant pour du laiton, et éventuellement un doctorat, le jour où les pieds font les cent pas dans la cour de la prison.

Dans l’autre sens, c’est pareil. Souvent les gars de chez nous punchent des conneries sur les quartiers riches, Neuilly, le XVIe, et tout le tralala. Rien qu’ils en savent walou. Moi, en toute modestie, la tête est pleine de ce que je vois et j’entends. Parce qu’un chauffeur, il rôde, il rencontre. A longueur de journée, enfermé dans sa carlingue à écouter les clients, la radio, il réfléchit, il confronte et, du coup, il déborde d’histoires à raconter.
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LoloKiLiLoloKiLi   03 juin 2019
Partout à la Défense […] les décideurs avaient mis des œuvres d’art au milieu des tours, convaincus que c’était bien pour les gens. Mais tout le monde s’en cognait, et personne ne comprenait rien. On aurait dit des décorations. Pour comprendre, fallait prendre le temps et s’intéresser. Sinon, l’art pour l’art, tout le monde s’en balance. L’art, il faut déjà que ça vous mette un uppercut au premier coup d’œil. Puis, quand vous analysez, vous découvrez tous les détails. Et là, vous concluez au chef d’œuvre.
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