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EAN : 9782330058210
379 pages
Actes Sud (07/10/2015)
3.84/5   168 notes
Résumé :
Peintre en vogue, pêcheur ardent, philosophe artisanal, Jim Stegner tombe dans un engrenage fatal le jour où, témoin accidentel, il prend la défense d’une petite jument maltraitée. C’est qu’il est un poil sanguin, ce père orphelin, en quête d’une sérénité à jamais perdue avec sa fille violemment arrachée à la vie, son mariage pulvérisé, son rapport au monde passablement conflictuel. Pour ne rien arranger, l’homme est profondément allergique à l’injustice, et dangere... >Voir plus
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Dans ce roman intitulé étrangement Peindre, pêcher et laisser mourir, Peter Heller nous entraîne aux États-Unis, dans l'état du Colorado. Jim Stegner est un peintre qui commence à vivre de son art. Ses productions ont désormais une bonne cote. Lorsqu'il ne peint pas, Jim pêche et lorsqu'il ne pêche pas, il ... philosophe. Ou bien pense à Alce sa fille regrettée, morte tragiquement il y a quelques années.
On pourrait penser qu'il est épicurien...
Alce lui manque, il ne cesse de se culpabiliser car à cette époque, Jim n'allait pas bien, buvait beaucoup, avait le sang chaud, était un poil bagarreur... Après la mort de sa fille, il y a eu le divorce... Jim a plongé et puis il est remonté à la surface...
Depuis ce drame, Jim est devenu sobre et côté peinture s'applique une discipline rigoureuse... Pêcher devient alors une magnifique digression à travers les roseaux et les joncs... Les berges des alentours sont des lieux inspirants pour tenter de se reconstruire.
La rencontre avec Sofia qui pose depuis peu pour lui est peut-être enfin une lumière qui s'allume dans son existence, un peu comme un phare dans l'océan, une boussole, ou tout simplement une relation apaisante et harmonieuse. Sa beauté sensuelle vient se couler dans Un océan de femmes, une toile de 121 x 96 cm que Jim est en train de peindre...
Jim semble avoir trouvé une paix intérieure, peindre, pêcher... Se pencher sur le bord d'une berge, écarter les herbes hautes comme on ouvre le rideau d'une fenêtre, guetter l'or des truites, au loin le paysage embrase les sauges et les églantiers... Sans doute la nature a posé de la douceur sur des blessures anciennes sans pour autant les refermer... J'ai aimé suivre Jim dans ces premières pages où la nature ressemble à un cocon, j'ai aimé respirer avec lui le crépuscule, le chant de la terre. Il y a une tendresse comme si chaque mouvement des bêtes, élans, faucons, chouettes, était habité par le souvenir d'Alce. Un gazouillis, un cri, une mélopée...
Et cette paix retrouvée dans la beauté qu'il contemple inspire son geste de peindre, donne un nouveau sens à son pouvoir de création. Oui c'est une paix retrouvée dans la beauté du monde, tandis que les seins de Sofia domine l'univers de Jim et lui font tourner un peu la tête...
Mais voilà que du jour au lendemain, Jim va basculer dans un engrenage irrémédiable. Il vient d'assister à une scène de cruauté inouïe : des braconniers immondes torturant une petite jument rouanne. le sang de Jim ne fait qu'un tour car il ne supporte pas l'injustice, la barbarie. Cet élan de compassion va transformer alors son quotidien dans une sorte de séisme, une course-poursuite s'ensuit où il devient une proie mouvante comme un animal traqué...
J'ai été pris dans cette tourmente. Et dans cette traque, c'est brusquement un autre univers qui s'ouvre dans le tréfonds de l'âme de Jim, comme quelque chose d'insondable, qui se révèle à lui, comme si les souvenirs douloureux et déchirants revenaient à la surface...
Ce roman est pour moi une très belle découverte avec de magnifiques thèmes autour de l'art, la nature, l'amour, le deuil, la vengeance, la mort ainsi qu'une histoire qui prend parfois l'allure d'un road-movie et où le héros met le doigt dans un engrenage irréversible.
C'est aussi une quête de sens où sa vie bascule brusquement dans une trajectoire où il lui semble perdre totalement le contrôle de son existence. Mais l'a-t-il seulement eu dans sa vie ?
J'ai adoré le personnage de Jim, empli d'aspérités et de contradictions et c'est ce qui me l'a rendu si attachant. J'ai aimé ses passions, sa violence intérieure, sa fragilité.
J'ai senti dès le début que sa relation avec Sofia était enfin une manière d'aborder le monde autrement. C'est une relation très sensuelle, avec quelque chose de fraternel en même temps.
Je me suis laissé séduire par une écriture très visuelle et poétique où la nature joue un rôle merveilleux, elle est un personnage à part entière et cela ne peut que me réjouir.
Cela m'a rappelé des récits de Jim Harrison, un autre Jim, un autre auteur américain que j'aime beaucoup et qui aime convoquer la nature et les grands espaces pour dire les émotions et les blessures de ces personnages.
Mais comment faut-il classer ce roman inclassable ? Nature writing ? Thriller ? Road movie ? Déambulation philosophique ? Impossible de le faire entrer dans une seule catégorie.
C'est un récit qui ressemble par moments à une odyssée dans les profondeurs de l'âme d'un homme meurtri, instable, qui se culpabilise. Dans son rapport à l'art et à la nature il y confronte sa douleur, il cherche dans ces paysages comme un écho, des réponses peut-être.
Et puis la tension du récit se crispe, le rythme a pris le pas dans des pages addictives qui prennent brusquement l'allure d'un thriller. Les berges ressemblent au bord de l'abîme. J'ai craint pour Jim. Sofia me manquait déjà, surtout pour lui... Je le savais en danger autant pour les menaces extérieures que pour les démons intérieurs qui pouvaient surgir de nouveau...
Dans cette fuite fulgurante, Jim prend le temps de nous inviter à poser un regard sur des peintures qui l'ont marquées. Je pense notamment à celle de Picasso qui l'avait touchée il y a quelques années à la Tate Modern de Londres, intitulée Femme nue dans un fauteuil rouge, représentant son amante d'alors âgée de dix-sept ans, Marie-Thérèse Walter. J'ai trouvé magnifiques et touchantes les descriptions qu'il en fait... Il évoque ainsi l'amour, la mort, le sacré, des paysages que l'existence traverse, le sens de la vie à un moment où la sienne bascule dans quelque chose d'insaisissable qui lui échappe furieusement.
Au-delà de l'action bien rythmée, j'ai aimé beaucoup le côté onirique du récit dans la manière qu'a le narrateur d'évoquer les animaux ou de décrire une toile ; la nature, l'art comme un trait d'union entre les vivants et les morts.
Vous l'aurez compris, ce livre atypique offre des variations multiples comme des vagues, des chemins parfois entrepris et restés inachevés. On pourrait s'y perdre, je me suis perdu d'ailleurs par moments, et c'est si beau de se perdre aussi. La richesse de ce récit est peut-être qu'il reste inachevé à certains endroits. Un peu comme nos vies d'ailleurs.
À quel moment accepte-t-on enfin de dire : « laisser mourir »... ?
Ce voyage et ses digressions valent le détour. Je retournerai bien ce soir me poser sur la berge d'une rivière et regarder le crépuscule respirer avec la dernière clameur des oiseaux et les mots de ce roman qui s'y mélangent.
Merci à Diana (DianaAuzou), Fanny (Fanny1980), HundredDreams (Sandrine), Nathalie (Romileon) pour cette belle lecture commune à cinq voix, nos échanges étaient très riches, complémentaires et ont permis d'éclairer de nouveaux angles d'approche.
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Après « La Constellation du chien », j'ai eu envie de retrouver la plume de Peter Heller avec « Peindre, pêcher et laisser mourir ».
Le deuxième roman de l'auteur entrelace habilement plusieurs genres littéraires : le roman noir, le polar, le thriller et le nature writing.

Jim Stegner est un artiste-peintre reconnu, passionné de pêche à la mouche. Impulsif, irréfléchi et bagarreur, père d'une adolescente dont la vie s'est terminée tragiquement, il tente de se reconstruire en laissant derrière lui les douleurs du passé.

« Il y a des rivières que vous aimez, voilà tout, et voir le panneau représentant la voie ferrée et la gorge escarpée m'a rappelé que nous pouvons avancer dans la vie aussi facilement d'amour en amour que de perte en perte. »

Hors, un après-midi, alors qu'il part pêcher, il est témoin d'une scène bouleversante extrêmement cruelle : un homme bat à mort une petite jument Rouanne.
Cette scène de maltraitance animale m'a serré le coeur, ma sensibilité et mon amour pour les animaux y sont pour beaucoup. Heureusement, l'auteur n'entre pas dans les détails, laissant la part belle à des émotions poignantes plutôt qu'à des descriptions crues et voyeuristes qui n'auraient rien apporté à l'histoire.

« le cheval, les yeux qui roulent, l'écume aux lèvres hurlantes, une hystérie, aiguë, plus qu'un geignement ou qu'un grognement, quelque chose de quasi humain. »

Ne pouvant rester insensible à cette violence gratuite et démesurée, il intervient. Mais le face à face entre les deux hommes va dégénérer et provoquer une réaction en chaîne incontrôlable.

*
Inévitablement, l'intrigue ne peut se passer d'un personnage principal fort, charismatique.
Peter Heller n'a pas son pareil pour donner vie à de beaux personnages qui ne soient ni lisses, ni parfaits grâce à une étude approfondie de leur caractère et de leur personnalité.

« Jamais je n'aurais cru que je deviendrais peintre. Que je pourrais créer un monde et y pénétrer pour m'y perdre. Que l'art serait une chose que je ne pourrais pas ne pas pratiquer. »

Jim Stegner, le personnage principal, est particulièrement sympathique malgré ses nombreux défauts.
Cet homme complexe revêt de multiples visages. Au fil du récit, sa personnalité s'enrichit de nouvelles nuances : sensible, solitaire, empathique, accablé par le remord et le chagrin, l'auteur donne l'occasion de révéler une autre facette de sa personnalité. Il excelle à retranscrire cette instabilité et ces basculements où Jim Stegner, en proie à des tensions internes importantes, est capable de devenir, suivant les circonstances, un homme irascible, implacable et extrêmement violent.

« La violence qui semblait me suivre à la trace frappait sans aucun discernement et s'attaquait à tout ce qui m'entourait : chevaux, amis, voisins. »

Son histoire personnelle entraine forcément la compassion et l'empathie à son égard. Malgré sa rudesse, sa violence intérieure, son impulsivité, il est impossible de le trouver antipathique et de ne pas s'attacher à cet homme au passé si douloureux.

*
Le récit est prenant grâce à une écriture remarquable, intense, très visuelle, « métamorphique », alternant une écriture lyrique, un registre de langue parlée intégrant des jurons, ou bien une écriture plus acérée, presque violente, intérieure ou exprimée.

Ainsi, l'écriture se pare d'une étonnante poésie, et, devant nos yeux, l'auteur devient un peintre paysagiste, exprimant, par la force des mots, des tableaux de ces grands espaces dont il restitue la beauté avec une facilité déconcertante.

« Voilà vers quoi se dirigeait mon coeur. Vers eux. Vers l'eau fraîche. Les sons légers de l'eau qui coule sur la roche, l'eau fluide sur la roche lisse, soudain perturbée par un rapide bouillonnant, mais tout aussi apaisant. Sous la lune, l'eau blanche serait en lambeaux dans l'obscurité, les étangs seraient noirs ou peut-être que leur noirceur accueillerait le reflet de la lune brillante, la truite invisible mais levant les yeux vers le radieux firmament. J'étais incapable de nommer ce sentiment que mon coeur éprouvait. »

Au coeur de ces étendues sauvages et préservées, ces pages sont comme des écrins de verdure, apportant un parfum de bonheur et de magie. Peter Heller nous enveloppe de sensations douces et apaisantes où la nature est reine. Les traits de pinceau de l'auteur caressent la toile, se faisant léger et minutieux pour peindre les vastes forêts parcourues de rivières, le murmure de l'eau, et la faune sauvage.

Et, l'instant d'après, on est brusquement ramené au centre de l'intrigue. Ces moments de quiétude et cette atmosphère de rêverie sont balayés en quelques coups de pinceau secs, énergiques et violents. La tension monte d'un coup et le récit nous surprend, prenant des chemins auxquels on ne s'attendait pas.

*
J'ai particulièrement aimé la façon dont les tableaux de l'artiste s'intègrent parfaitement à l'intrigue. Peter Heller a une magnifique prose pour décrire les peintures de Jim Stegner. Les descriptions sont si précises, éloquentes que l'on imagine aisément chacune d'entre eux.

L'auteur en profite également pour nous offrir une belle réflexion sur l'art et la création comme facteurs de résilience. La peinture devient une porte d'entrée dans son intimité. A travers son regard, l'art devient un moyen de survivre aux épreuves de l'existence, d'extérioriser le chagrin et la violence, de surmonter les traumatismes pour construire une vie qui a du sens.

On voit comment la vie personnelle de Jim Stegner, ses pensées, son esprit torturé, ses actes, son inconscient influent sur ces oeuvres et s'expriment dans ses tableaux. Tout au long de l'intrigue, le lecteur voit ses tableaux acquérir plus de profondeur, plus de noirceur et de mystère.

*
Vous l'aurez deviné, ce roman a de nombreuses qualités. Cependant, je n'ai pas été totalement séduite. Ce n'est bien sûr qu'un avis très personnel, mais, même si Peter Heller maintient la tension, j'ai été perturbée par le rythme du récit. Au lieu de monter progressivement en puissance, l'intrigue oscille, dessinant en alternance des moments calmes de peinture ou de pêche à la mouche, entrecoupés d'autres soudains, nerveux, violents, palpitants.

De plus, l'auteur se concentre essentiellement sur le personnage de Jim Stegner, explorant ses pensées, ses peurs, ses rêves, et ses sentiments. le récit, raconté à la première personne du singulier, fait valoir uniquement son point de vue, et l'on perçoit les personnages secondaires uniquement à travers son regard. Même si ce procédé est particulièrement intéressant, les autres acteurs sont finalement brossés assez grossièrement.

*
Roman singulier, « Peindre, pêcher et laisser mourir » est un roman de dualité, à la fois sombre et lumineux, paisible et emporté. Ici, la vie côtoie la mort, l'auteur capte ses instants incroyables de parties de pêche brusquement interrompues par la brutalité des hommes.
C'est un beau roman sur le deuil, la résilience, la rédemption, avec pour ligne de vie, l'art, la nature et la pêche.

Attiré par ce titre à la fois poétique et mystérieux, ce « laisser mourir » qui m'a interrogée jusqu'au dénouement, je ne regrette pas cette lecture, bien au contraire. Elle me donne même envie de découvrir "La rivière".

***
C'est avec plusieurs compagnons de lecture que j'ai entrepris ce voyage dans les immensités américaines, Diana (DianaAuzou), Fanny (Fanny1980), Nathalie (Romileon), et Bernard (Berni_29). Je les remercie pour ces échanges si enrichissants, ces lectures communes sont de belles expériences qui permettent de partager nos ressentis tout en découvrant de nouveaux aspects auxquels on n'avait pas prêté attention.
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Découverte 15 décembre 2015- Librairie Caractères- Issy- les- Moulineaux , en furetant !- Lecture reprise le 16 juillet 2023

***Lecture ébouriffante , singulière et captivante...avec l'amour de l' Art comme
" colonne vertébrale " de notre narrateur , figure peu banale...se situant loin des artistes de salon.. !

J'ai beau me fustiger régulièrement et de la plus verte façon, mes constantes boulimies me font inévitablement abandonner des lectures, de façon injuste et arbitraire...comme ce roman étonnant débuté fin 2015 et repris seulement en cet été 2023...

Le narrateur, Jim, un artiste peintre assez talentueux et côté, s'est retiré loin des villes, dans une nature où il espère à la fois l'inspiration pour sa peinture, pêcher, sa deuxième passion et surtout tenter de reprendre pied, après la mort violente de sa fille unique, Alse, âgée de seulement 15 ans....et la séparation qui a suivi d'avec sa femme ....

Notre anti- héros est en bagarre avec le monde entier; il ne trouvait son équilibre qu'entre l'amour pour sa fille et sa peinture...Comme c'est un impulsif, qu'il ne supporte ni la
" connerie", ni l'injustice, ni la violence, ni les abus des forts sur les faibles, il a toujours " fort à faire" et se retrouve régulièrement dans des situations délicates et embarassantes avec la
loi !

Le long passage qui suit donne une idée assez juste du caractère
" sanguin" de notre narrateur :

"" C'était quoi votre question ? Pourquoi le fils d'un simple bûcheron peint ?"
" C'est cela, a-t_il répondu en souriant.Pourquoi choisir d'être un artiste outsider dans un marché de l'art inconstant et capricieux, d'affronter les doutes et les tourments de la créativité ?
Je veux dire que cela revient quasiment à vouloir être pauvre, du moins durant les dix ou vingt premières années dans le meilleur des cas, non ? Et votre famille ne doit pas tellement pouvoir vous soutenir financièremnt, j'ai lu que vous aviez grandi dans une caravane en forêt . Pourquoi choisir l'art plutôt qu'un revenu décent et régulier en tant que bûcheron, comme votre père ?"
(...)

Je voyais bien que c'était la question du jour.Était-ce désinvolte de la part d'un fils de bûcheron d'aspirer à être artiste.C'était cette désinvolture qui expliquait cet art
" viscéral, musclé, exubérant et outsider".Ainsi qu'il l'avait décrit dans son introduction.J'ai pigé. Comment fonctionnait le monde de l'art: vous pouviez être un outsider du moment que vous gardiez votre pagne et votre lance, que vous restiez primitif.Que vous ne vous mettiez pas à avoir de trop grandes idées.

Je l'ai regardé. Je savais qu'il n'aurait jamais posé cette question à un étudiant sorti d'une école d'art.J'avais passé des nuits en prison à cause d'hommes comme lui, des hommes condescendants qui m'attaquaient.Me poussaient à me battre.J'avais payé des amendes, été mis en liberté surveillée. "

Revenons à l'histoire de Jim ...loin de la ville, il vit calmement dans une campagne retirée entre son amour de la nature, de la pêche, véritable passion à laquelle il réserve de nombreuses heures de liberté ...et bien sûr son métier de peintre, noyau vital, central , qui le fait "vivre ", dans toutes acceptations du mot...!

Tout aurait presque parfait si Jim n'était pas un jour " tombé " sur une scène scandaleuse et un " abruti fini", Dell, fermier et chasseur du coin ,en train de battre et massacrer une petite jument ! le sang de Jim ne fait qu'un tour, il fonce sur le malotrus et se bat avec lui. Il emmène la bête laissée dans un état préoccupant, appelle un ami éleveur, lui demande de l'aider, de soigner cette pauvre jument...qu'il protège et sauve d'une mort certaine !

Le surgissement de cette violence et barbarie gratuites vont l'affecter immensément !

Jusqu'à une nuit imprévue où Jim surprend Dell, à l'écart de ses compères, il va le tuer, sans préméditation, sa rage explosant contre ce prédateur détesté de tous; prédateur pour les jeunes femmes comme pour les animaux ou pour plus faibles que lui.!

Homme haï et craint de tous, appartenant à une famille du coin, qui compte dans la communauté, finalement, Jim a débarrassé la terre d'un être nuisible ...!

Après son meurtre, sa bande dont son frère vont le soupçonner aussitôt ; ils vont vouloir se venger.Notre " artiste" redresseur de torts
( quelque peu expéditif, certes !) va se retrouver en " gibier traqué" par cette bande déchaînée !
Et on tremble avec lui ! Une vraie montée dramatique

Parallèlement, une enquête va être ouverte....Notre peintre poursuit son travail de peintre, s'attache à une jeune femme, Sofia, qui lui sert de modèle par périodes...et tout cela, en étant sur ses gardes, en déjouant les coups tordus et la traque des " affreux, sales & méchants..." !

Dans cette ambiance inquiétante à souhait, l'auteur nous offre quelques pauses calmes , heureuses, avec des descriptions magnifiques de paysages sauvages , d'une nature inspirante
ainsi que ses équipées de pêche ressourçantes....

il nous offre aussi de grands moments concernant son travail de peintre, et ses élans constants, salvateurs pour l'Art. La révélation qu'il eut un jour pour la peinture se révéla après un coup de colère, où il en voulait, une fois encore, à la terre entière ...il se rendit dans un Musée pour se calmer...et un déclic extraordinaire survint en admirant un tableau
d' Homer Winslow (*** d'autant plus ravie, personnellement, que j'adore l'univers et la palette de cet artiste).À la suite de cette révélation, il comprit qu'il avait trouvé " son essentiel"....

Je me permets d'insérer une longue citation épatante sur le don ou non de REGARDER une oeuvre :

""Un océan de femmes " était peut être un grand tableau. Il emmenait le regardeur en des lieux nombreux et divers, ce qui est l'apanage des grands tableaux. (...)

Un bon tableau devait faire ça. Inviter le regardeur à entrer en lui d'où qu'il se tienne, l'entrainer dans un voyage différent de celui qui expérimentera son voisin.J'adorais ça, observer plusieurs personnes regarder un tableau au même moment.Parce que c'était la transformation qu'il provoquait : devant une oeuvre de qualité un spectateur cesse de voir pour commencer à regarder, une action plus précise, une prise en chasse, une quête, comme on recherche le bateau d'un être aimé sur la ligne d'horizon, ou un élan entre les arbres.Devant un bon tableau, il cherche les indices de sa propre existence."

J'ai eu du mal à quitter notre " peintre en vogue, pêcheur ardent, " et surtout " philosophe artisanal"; j'adore ces derniers qualificatifs...qui confirme le ton de ce texte et la personnalité de Jim, ce peintre habité par son art, se moquant des mondanités et des singeries sociales...

Après cette lecture détonante et prenante ,envie et curieuse de poursuivre la connaissance des autres écrits de cet écrivain !







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CHALLENGE MULTI-DEFIS 2022
ITEM 45 - Deux verbes minimum dans le titre de ce LIVRE
Peindre, pêcher et laisser mourirPeter Heller****

Jim est peintre, passionné de pêche, amoureux de la nature, en fusion avec elle, mais les années passées après la mort de sa fille Alce n'ont pas réussi à adoucir sa souffrance, sa vie est un abyme de tourments une douloureuse et paradoxale autodestruction comme combat pour continuer le chemin. A cela la vie vient avec sa contribution de rencontres malheureuses où la mort se réjouit d'avoir le dernier mot.
Cheminement à l'intérieur et à l'extérieur et les carrefours voient se croiser plusieurs routes sans flèches sans orientation.

Les chapitres se succèdent comme un défilé ou une galerie de toiles. Plutôt un défilé car il entraîne un mouvement, un chemin à faire, continuer à mettre un pas devant l'autre, vers le passé d'où les souvenirs reviennent avec quelques portes fermées, vers l'avenir immobilisé dans un brouillard épais. Pour tenir debout l'équilibre est instable.

Premier chapitre, première toile choisie pour l'ouverture, elle s'appelle Destruction ! et fait partie de la collection de l'artiste. Ah ! Il garde la destruction, elle lui appartient.

Le combat que Jim mène avec lui-même est un fil rouge, loin d'être conducteur il égare et fait mal, mais la guerre contre les salops est bien réelle : « ...l'homme qui brandit la massue. L'homme beaucoup plus gros que le petit cheval. L'homme qui envoie le coup avec cette haine, tuer ou ne pas tuer, il s' en fout. » « … je n'ai jamais commis d'acte violent, mais là, je voudrais l'attacher à un poteau pour le fusiller. Comment est-ce qu'on devient comme ça ? Une telle ordure. » (p.70)
Une Iliade et une Odyssée en même temps, une guerre, pas pour conquérir mais pour punir et un retour vers soi-même en combat long douloureux épuisant.

Mais Jim n'est pas un guerrier, et c'est sa fille qui lui disait « Non, toi tu es dans la réaction. C'est pour ça que tu passes ton temps aux urgences » (p.3) Humour noir et sec sans pathos, les phrases sont courtes et les détails rares.

L'écriture rapide et rythmée, frappe et choque à chaque phrase, à chaque souvenir qui a laissé sa marque, sa plaie saignante ou sa cicatrice. le point final comme signe de ponctuation est presque brutal, il cogne, se digère mal, comme la tendresse après le fouet : « La jument hennit en me voyant venir vers elle. Ne bouge pas, mais tremble. Son dos est couvert de coupures, d'entailles… Elle est paralysée de terreur… Elle tressaille à l'approche de ma main mais ne s'écarte pas… La longe pend du licou… Je reste à côté d'elle et je respire. Ni elle ni moi ne bougeons. »( p. 40-41)

Lieux et gens, rencontres et découvertes, une scénographie sommaire, en coups de marteau ou en caresses de velours, elle crée des images saturées d'émotions autant bonnes que mauvaises : L'odeur âcre de la fumée et celle, douce, de la décomposition des feuilles. Je sentais mon passé. »

Irmina, la vieille amie, guérisseuse d'âme et de corps, le secoue le soutient le réconforte et éveille sa force affaiblie par des mots-images qui lui sont uniques et qui font le charme de la plume de Peter Heller : « Tu es une planète et tu possèdes une résonance magnétique… et une vitesse de rotation, et une force gravitationnelle, aussi. Tu possèdes une atmosphère ainsi qu'un noyau en fusion… D'autres ont un noyau qui refroidit. Tu connais des saisons et des marées, et une ou deux lunes te tourneront autour jusqu'à la fin de tes jours. »(p.50)

Il y a des points qui mettent fin à un paragraphe, un tableau vivant, un court moment, une émotion qui reste, une possible définition de la vie : « … le seul moyen pour moi de me poser : en restant mobile. L'unique moment où je pouvais m'oublier, oublier Alce. Je n'existait plus que pour ce combat avec le poisson. Et si je finissais par l'attraper et qu'il s'était battu comme un beau diable et qu'il était sublime, ce qui était toujours le cas, alors je le maintenais délicatement dans l'eau d'une main, et d'un mouvement de torsion, lui retirais l'hameçon de la bouche et le gardais encore un peu avec moi. Je le portais et le regardais qui restait là, la queue bougeant lentement tandis qu'il reprenait son souffle et des forces. Comme moi, pensais-je… Puis, après un contorsion, il m'échappait et se volatilisait, perdu dans l'ombre verte des pierres, et je disais merci. Merci de m'avoir laissé vivre une autre soirée. » (p.59)

Appels et réponses en retour, d'un vivant à l'autre, différents et proches, où l'amour et la haine se rencontrent et s'étonnent de pouvoir cohabiter, la vengeance ne peut pas réparer un passé, ne peut pas faire revenir ceux qui sont partis et ne peut non plus faire mourir certaines douleurs. Une guerre une vengeance et puis de nouveau une guerre, pas de fin possible, pas de vainqueur, ni d'irrémédiablement vaincus, des Jasons à la recherche de la Toison d'or, d'une guérison possible ? Ce point d'interrogation reste fort et droit sur ses pattes.

Les contradictions de la vie, les troubles qui en résultent pour mieux définir l'étrangeté de notre passage, le questionnement qu'on s'impose comme un auto harcèlement, encore plus impitoyable, trouvent souvent une échappatoire dans la création, celle qui s'exprime comme un besoin vital de faire sortir le trop plein.
Jim est peintre, il peint beaucoup et vite il a du succès, la peinture comme tentation d'équilibre ou effort de ne pas tomber, un silencieux combat avec soi-même. L'homme devant sa débâcle, qui cherche le visage de ce qui n'a pas de visage. Il cherche une lumière qu'on atteint parfois, mais on ne la garde pas dans sa poche, on la perd. Il faut à chaque fois se lancer à sa recherche. Il est sans défense, c'est sa force. Il cherche à comprendre, à savoir mais au final il ne sait pas.

Peter Heller donne le titre de son roman par trois verbes à l'infinitif qui, pour moi, dans ce cas précis, ont une résonance particulière, des infinitifs comme modes… de vie répétés à l'infini, création, mort et renaissance, en cycles sans fin. Tout prend fin pour que tout puisse recommencer. « De quoi avais-je peur ? Je ne saurais le dire. » (p.83) « S'il y a bien une chose dont on est sûr : la vie ne perd jamais de son étrangeté. » (p.79) Peur de tout savoir, et de ne pas savoir. La peur de se faire prendre par la police pour homicide développe chez Jim une avalanche de questions sur son existence, la raison de ses actes et les lourdes factures que la vie lui a imposées, à la limite de l'implosion. Sa seule force est sa faiblesse. Se maintenir en mouvement, peindre, pêcher, circulation entre deux créations la sienne et celle de la nature. Se figer serait fausser la vie, comme ne pas laisser mourir, car la vie c'est naître et mourir, vivre n'est pas seulement l'accepter mais l'embrasser. Souvent c'est difficile  et épuisant, souvent on ne peut pas, on ne peut plus !

La mise en page est une autre façon de créer une scénographie simple composant avec la respiration dans l'espace-temps, la pause le silence, le suspense de l'action et de l'interrogation intérieure. Cette émotion paralyse, bloque, arrête le temps, le moment dure, se dilate, se développe, s ‘allonge.
C'est aussi, peut être une façon de laisser à ses lecteurs le choix de continuer de s'arrêter de revenir en arrière ou de fermer le livre pour le reprendre une fois retrouvé le souffle.

Beaucoup de thèmes se croisent dans ce roman chacun demandant des larges développements à approfondir : le deuil, la culpabilité, l'amitié, la vengeance, le pardon, la nature. Cette extrême richesse risque de donner au roman une trop grande densité, le trop plein difficile à avaler, et en même temps une frustration du non accompli, mais c'est aussi ce qui arrive sur le plan d'eau de nos vies…

Fiction et vie, laquelle imite l'autre ?

Une belle et riche expérience de lecture commune avec Fanny (Fanny1980), Sandrine (HundredDreams), Nathalie (Romileon) et Bernard (berni_29). Merci à tous pour ces moments partagés.
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Le titre nous dit tout de la vie de Jim Stegner : peindre, pêcher et laisser mourir.
A écouter sa voix parler de son Art, décrire ses oeuvres, ses déambulations le long des rivières, dans les rivières sa canne à la main, on imagine mal la violence intérieure, la colère rentrée qui n'attend qu'un incident pour exploser.
Cet incident, c'est Dellwood qui va le provoquer. Cette brute épaisse, dans tous les sens du terme, bat une petite jument, qui, sans l'intervention de Jim, serait morte sous les coups du bourrin braconnier.
L'engrenage vient de se mettre en place. Jim qui a soif de justice ne se contentera pas de lui mettre son poing dans la gueule et se trouvera exposé au désir de vengeance des proches de Dell.
Echapper aux méchants, échapper aux enquêteurs, échapper à ses tourments intimes, échapper à ses questionnements, le récit alterne entre poursuites sur routes ou rives et fuites intérieures pour oublier, s'oublier dans la peinture ou la pêche.
Si cette dernière est efficace, son Art révèle à ceux qui veulent bien voir les secrets de son psychisme qui mouline sans arrêt.
Raconté du point de vue de Jim, on pénètre dans la tête de cet homme complexe, torturé, blessé, tenté souvent d'abandonner mais toujours relevé par un sursaut vital, une détente semblable à celle d'une truite fario qu'il ferre pour mieux lui rendre sa liberté.
Le rythme du récit est comme le cours d'une rivière, c'est très troublant. Par moment les actions s'enchainent avec rapidité, puis le calme revient et parfois même lors de scènes sensément soutenues l'allure se brise par les rêvasseries de Jim qui semble pris dans les remous de son âme malheureuse.
Une fois de plus je suis séduite par un texte de Peter Heller qui bien que déclinant les mêmes thèmes : la nature apaisante et réconfortante et dont on sent qu'il en parle en connaisseur, le respect et l'amour des animaux, la pêche en rivière, il sait proposer à ses lecteurs d'autres problématiques avec ici une réflexion sur la peinture et le marché de l'Art, offrir des intrigues différentes et les mener de telle sorte qu'à 50 pages de la fin je ne savais toujours pas où il me menait.
Si ce n'est pas absolument un coup de coeur c'est peut être du à la multiplicité de thèmes abordés qui ne sont pas exactement aboutis. C'est sans doute une volonté de l'auteur mais je n'en suis pas certaine.
Cette lecture a été menée en Lecture Commune avec @ Fanny1980, @HundredDreams, @bernie-29 et @DianaAuzou que je remercie pour nos échanges riches, stimulants et fructueux.
Ma dernière remarque m'est venue suite à une intervention de Diana qui a probablement mis le doigt sur ce qui me retenait d'être absolument sous le charme.
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Installé le chevalet sur le carrelage près de la fenêtre et j’ai pris une autre toile de soixante par quatre-vingt-dix de la pile enveloppée dans une bâche, sorti mes tubes et j’ai peint un cheval couvert de poissons rouges et bleus se tenant au bord d’une falaise et perché sur un rocher, un corbeau à l’œil bleu qui l’observait. Le bec du corbeau était à moitié ouvert. Rien de plus. Ça me plaisait. Le corbeau n’était pas totalement désintéressé puisqu’un cheval mort était synonyme de grand festin, de potlatch pour corbeau, mais je crois que l’oiseau parlait plutôt de choix au cheval, lui disait qu’il n’était pas obligé de sauter. Il était clair que pour une raison ou une autre, le cheval était censé sauter et que le concept de libre arbitre lui était inconnu. Tous les événements de sa vie s’étaient présentés dans un certain ordre et soit on lui avait dit quoi faire, soit il l’avait su en son for intérieur, si bien que l’idée d’avoir à choisir entre deux possibilités n’était jamais entrée en ligne de compte.
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Le soir tombe, comme à l’instant où je peignais, des ombres jetées vers l’est dans la lumière rasante, vers la montagne, et les poneys avancent en tandem, même allure, même rythme dans l’approche, le bruit sourd des sabots et le jeu de la lumière tardive, le tout comme mis en musique, la proximité de leurs flancs pareille à une danse, puis j’ai compris pourquoi ils arrivaient ensemble : en travers de leurs deux garrots, en équilibre, le corps emmailloté d’une jeune fille. J’étais stupéfait. La brosse à mi-chemin de la toile : respiration. Malgré tout, j’ai continué de peindre. J’ai peint la jeune fille ballottée sur leur dos, pas même attachée, tenue en équilibre en dépit de l’allure rapide et bondissante, maintenue en équilibre, je le voyais désormais clairement, grâce à la seule prévenance des chevaux, grâce à leur amour.
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" C'était quoi votre question ? Pourquoi le fils d'un simple bûcheron peint ?"
" C'est cela, a-t_il répondu en souriant.Pourquoi choisir d'être un artiste outsider dans un marché de l'art inconstant et capricieux, d'affronter les doutes et les tourments de la créativité ?
Je veux dire que cela revient quasiment à vouloir être pauvre, du moins durant les dix ou vingt premières années dans le meilleur des cas, non ? Et votre famille ne doit pas tellement pouvoir vous soutenir financièremnt, j'ai lu que vous aviez grandi dans une caravane en forêt . Pourquoi choisir l'art plutôt qu'un revenu décent et régulier en tant que bûcheron, comme votre père ?"
(...)

Je voyais bien que c'etait la question du jour.Était-ce désinvolte de la part d'un fils de bûcheron d'aspirer à être artiste.C'était cette désinvolture qui expliquait cet art " viscéral, musclé, exubérant et outsider".Ainsi qu'il l'avait décrit dans son introduction.J'ai pigé. Comment fonctionnait le monde de l'art: vous pouviez être un outsider du moment que vous gardiez votre pagne et votre lance, que vous restiez primitif.Que vous ne vous mettiez pas à avoir de trop grandes idées.

Je l'ai regardé. Je savais qu'il n'aurait jamais posé cette question à un étudiant sorti d'une école d'art.J'avais passé des nuits en prison à cause d'hommes comme lui, des hommes condescendants qui m'attaquaient.Me poussaient à me battre.J'avais payé des amendes, été mis en liberté surveillée.

( p.183)
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Les ruisseaux entrecroisés qui se faufilaient entre les saules verts et rouges comme un petit delta, les corbeaux qui volaient. Les trois corbeaux de la vie. Et non les sentinelles de la mort. Je les entendais pendant que je peignais, ce cri caractéristique et exubérant qui bourdonne comme un câble électrique. J’ai peint l’épervier de Cooper qui tournoyait très haut en altitude, les nuages au-dessus de lui poussés dans leur propre trajectoire. J’ai peint les poissons qui jaillissaient hors de l’eau même si les miens ne sautaient pas vraiment, mais venaient plutôt aspirer des insectes à la surface, mais je me suis dit, on s’en fout, pas la peine d’être trop littéral, et je me suis retenu de caser un poulet ou la mort dans un coin quelque part. C’est marrant, mais c’était très libérateur de m’en tenir simplement au paysage sous mes yeux.
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"Un océan de femmes " était peut être un grand tableau. Il emmenait le regardeur en des lieux nombreux et divers, ce qui est l'apanage des grands tableaux. (...)

Un bon tableau devait faire ça. Inviter le regardeur à entrer en lui d'où qu'il se tienne, l'entrainer dans un voyage différent de celui qui expérimentera son voisin.J'adorais ça, observer plusieurs personnes regarder un tableau au même moment.Parce que c'était la transformation qu'il provoquait : devant une oeuvre de qualité un spectateur cesse de voir pour commencer à regarder, une action plus précise, une prise en chasse, une quête, comme on recherche le bateau d'un être aimé sur la ligne d'horizon, ou un élan entre les arbres.Devant un bon tableau, il cherche les indices de sa propre existence.

( p.110)
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Vidéo de Peter Heller
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Réalisé à la Villa Gillet durant Littérature Live Festival 2023 et aux Artisans de la Fiction. Interviews : Lionel Tran - Julie Fuster - Caméra : Lionel Tran -Montage : Ryu Randoin
QUI SOMMES-NOUS ? Les Artisans de la Fiction sont des ateliers d'écriture situés à Lyon. Nous prônons un apprentissage artisanal des techniques d'écriture et avons pour objectif de rendre nos élèves autonomes dans l'aboutissement de leurs histoires. Pour cela nous nous concentrons sur l'apprentissage et la transmission des techniques de base de la narration en nous inspirant du creative writing anglophone. Nos élèves apprennent en priorité à maîtriser : la structure de l'intrigue, les principes de la fiction, la construction de ses personnages… Nous proposons également des journées d'initiation pour vous essayer au creative writing et découvrir si cet apprentissage de l'écriture de fiction est fait pour vous. Retrouvez tous nos stages d'écriture sur notre site : http://www.artisansdelafiction.com/
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